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LES PARLERS
DES
VOSGES MÉRIDIONALES
MACOS', PROTAT FREKES, IMPRIMIURS
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1f'
A Messieurs
Antoine MEILLET et Antoine THOMAS
Hommage respectueux.
LES PARLERS
DES
VOSGES MÉRIDIONALES
(arr()\'I)issi;m[;n'1' dh remire.mont, dhpartemfnt dhs vosges)
ETUDE DE DIALECTOLOGIE
PAR
OSCAR BLOCH
DOCTEUR ES LETTRES
AGRÉGÉ DE GRAMMAIRE
PROFESSEUR AU LYCÉE BUFFON
PARIS
LIBRAIRIE ANCIENNE H. CHAMPION, ÉDITEUR
EDOUARD CHAMPION
5, QUAI MALAQUAIS (6e)
I9I7
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3D2-/
NOTICE PRELIMINAIRE
Ce travail a pour base principale les matériaux publiés dans
mon Atlas linguistique des Vosges méridionales, Paris, Champion,
19 14, sans lequel il pourra difficilement être lu ou utilisé. C'est
pourquoi on peut se dispenser ici de donner sur le domaine de
l'enquête, les témoins interrogés et le système graphique les
indications qui se trouvent dans l'introduction de Y Atlas. D'autre
part des références fréquentes sont faites à un autre ouvrage,
Lexique français-patois des parlers des Vosges méridionales, qui paraît
en même temps que ceux-ci et contient beaucoup de matériaux
n'ayant pas trouvé place dans V Atlas ; mais, comme les formes
patoises sont ordinairement citées ici, on pourra à la rigueur se
passer de ce lexique.
INTRODUCTION
Les vingt-deux localités dont les parlers font l'objet du pré-
sent ouvrage sont toutes situées dans l'arrondissement de Remi-
remont. La vallée de la Haute-Moselle en comprend dix et celle
de la Moselotte sept : ce sont, en allant d'amont en aval, d'une
part Bussangj Saint-Maurice,, Presse, le Thillot, le Ménil,
Ramonchamp, Ferdrupt, Rupt, Maxonchamp, Vecoux, Dommar-
tin, d'autre part la Bresse, Cornimont, Ventron, Saulxures,
Thiéfosse, Vagney, Saint-Amé. Au confluent des deux rivières
s'étend, au milieu des montagnes qui l'encerclent, une assez
large plaine : c'est là que la ville de Remiremont est bâtie, sur
la rive gauche de la Moselle ; en face, sur la rive droite, au pied
du .Saint-Mont, se trouve Saint-Etienne. Saint-Nabord est au
delà, à quelques kilomètres en aval ; enfin Bellefontaine et le
Val-d'Ajol, plus éloignés vers l'Ouest et le Sud-Ouest, sont sépa-
rés de Remiremont par des hauteurs en grande partie couvertes
de bois.
A l'Est, cette région s'adosse à la chaîné des Vosges qui forme
en même temps la frontière de l'Alsace. Au Sud, elle est limitée
par la chaîne des Faucilles qui sert de démarcation aux deux
départements des Vosges et de la Haute-Saône, le long de la
vallée de la Haute-Moselle ; plus loin cependant le Val-d'Ajol
et Bellefontaine se trouvent sur le versant méridional de cette
chaîne. Au Nord, un contrefort des Vosges s'élève entre la val-
lée de la Moselotte et celle de la Vologne, où s'étale le lac de
Gérardmer.
L'histoire de ces vingt-deux localités est étroitement liée à
celle de la puissante abbaye de Remiremont. On sait que, fon-
dée au vii"^ siècle, elle arriva à étendre sa juridiction sur 52 bans,
dits bans Saint-Pierre, dont notre domaine faisait partie, et qu'elle
se défendit âprement contre les empiétements des ducs de Lor-
raine '. Ce n'est parfois qu'assez lentement qu'elle réussit à éta-
blir son autorité: dans la région qui nous intéresse, le Val-d'Ajo
dépendait jusqu'à la fin du xiir siècle du comté de Bourgogne et
du diocèse de Besançon % et l'on voit le roi de France renoncer,
en 1704, au titre de possesseur de la Franche-Comté, à toutes
prétentions sur les bans de Ramonchamp, de Longchamp (qui
couvraient la vallée de la Haute-Moselle, sauf Vecoux et Dom-
martin) et du Val-d'Ajol, au profit du duc de Lorraine'.
L'abbaye de Remiremont a dû jouer un rôle important dans
la colonisation des vallées. « Il fallut l'action systématique des
monastères, dit M. Vidal de La Blache, pour introduire dans ces
solitudes forestières là culture et la vie : Épinal, Remiremont,
Saint-Dié, Senones, Etival, etc. La vallée lorraine des Vosges
ne s'est peuplée et n'a vécu que par l'appui des petites villes qui
se sont formées sur sa périphérie '^. » Notre région qui était
encore couverte, au début du Moyen Age, d'épaisses forêts,
« vastes et telles que les Carlovingiens les jugeaient les plus
dignes de leurs chasses hnpériales '», n'était cependant pas com-
plètement déserte, même à l'époque gallo-romaine. Une voie qui
allait de Metz à Bâle suivait la vallée de la Moselle ^ ; et une sec-
1. Sur toute cette!; histoire bien connue, et intéressante surtout au point de
vue politique, voir la bibliographie dans Ulysse Chevallier, Répertoire des
sources historiques du Moyen Age (Topo-Bibliographie), Montbéliard, 1894.
2. Gravier, Notice sur les villages de Fougerolks et Val-d\i/\, Académie
des Sciences, Besançon, 1843, p. 178 sq.
3. Baumout, Etudes sur le règne de Le'opold, duc de Lorraine et de Bar (1697-
1729), Berger-Levrault, Paris et Nancy, 1894, p. 181.
4. Tableau géographique de la France, Paris, Hachette, 1903, p. 194.
5. Michclct, d'après Seignobos, Extraits historiques de J. Michelel, A. Colin,
Paris, 1903, p. 91.
6. Il est vrai que ni l'Itinéraire d'Antonin, ni la table de Peutinger ne la
XI
tion de Ramonchamp qui est située sur la rive droite de cette
rivière, à l'endroit où cette voie devait passer et où passe aujour-
d'hui la route nationale, lui doit son nom Létraye, en patois
Ihrày «< slraia.
Le rôle joué par l'abbaye de Remiremont dans le développe-
ment de notre région n'en est pas moins capital. Il ne semble
pas qu'il y existe un seul nom de lieu habité d'origine gauloise ',
et l'on n'a jusqu'à présent trouvé aucun vestige gallo-romain
dans les deux vallées -. Le centre principal, Remiremont, Monlis
Roniarici 640, Reiiieriiiioiit et Remircinoiit dans les textes médié-
vaux ', a été désigné d'après le nom de saint Romaric, qui fonda
un monastère sur le mont Habend, casteUo Habendiini vu*' siècle,
probablement le Saint-Mont d'aujourd'hui ; le nom de son com-
pagnon, saint Amé, est celui d'une commune voisine. Quelques
noms de formation ancienne révèlent que la colonisation dut
progresser assez vite. Le suffixe acuiii est attesté par Wahiniaco,
Vagney, \i^ ou xii" siècle, et par villa de Adiaco 1204, preposiiits
Aviacixi^ ou xiV siècle, où il s'agit certainement du Val-d'Ajol,
bien qu'il soit difficile d'y rattacher la forme moderne, en patois
vo dPjo. Comme noms formés avec villa ou villare, on peut citer
la Dermanville, le dhinàvyàl (Rupt), Bréhavillers herhâvle (Saint-
Amé), Crémanvillers keniiàvle (Vagney), Mevvillers inàyvele (près
donnent, cf. Desjardins, Géographie... de la Gaule Romaine, 1876-1896, t. IV,
planches 8 et 10, après les pages 38 et 78 ; et j'ignore sur quels documents se
sont appuyés les auteurs qui en affirment l'existence, cf. entre autres P. Boyé,
Les haut es -chaumes des Vosges, Berger-Levrault, Paris, 1903, pp. 51, 162, 165;
D"" Bleicher, Les Vosges, le sol et les habitants, Paris, 1890, p. 30. L'article de
Werner, La traversée des Vosges... à V époque romaine. Revue d'Alsace, 191 1,
p. 34, est scientifiquement insignifiant.
1. Le dictionnaire topographique du département des Vosges, dont le
manuscrit est prêt, n'est pas encore publié ; mais l'auteur, M. P. Maréciial, a eu
la grande obligeance, dont je tiens à lui exprimer ici ma vive reconnaissance,
de mettre à ma disposition les renseignements dont j'avais besoin.
2. Boyé, op. laud., p. 52.
3. Remerimont 1208, NAL. 2529, 41, etc., Remiremont 1291 (ou -92), id.
2530,47, etc.
XII
de Saint-Étienne), Maillevcler 1303 (ou -04) ', Peccavillersp^w/^
(Saint-Amé), Paschaveleir 1291 % Remanvillers rmàvle (Fer-
drupt), Zainvillers (èvie (Vagney), sections situées dans le voisi-
nage de Remiremont ou tout au plus vers le milieu de la vallée
de la Haute-Moselle. Nombreux sont aussi les noms de lieux
formés suivant une svntaxe très ancienne, tels que Ramonchamp
remoM, Ferdrupt /rJJ//, vraisemblablement formé de (c Frédéric »
-\- rû <C rivii, Cornimont honhno, dont le premier élément est
cependant obscur 5, Thiéfosse tyejos, Tierfosse 1433, probable-
ment formé de « Thierry » -}- « fosse », Gérardfeing///ï?/<^ (Belle-
fontaine) où feing correspond au fr. fange, cf. § 29, 9°, les Gal-
manpvé?, gi'lnioprâ (Ferdrupt) etc. Au contraire, dans les noms de
date plus récente, le nom du propriétaire est postposé, cf. les
Chaix-barbe le ië bârb (Bussang) où et' est la forme locale du fr.
essart, les Champs-Colnot le fà kôlnô (Bussang), Faing-Bairer
le fe hîre (Ventron), Pré-Jacquot prâ jâJcà (la Bresse), etc.
M. P. Boyé, dans son ouvrage déjà cité, a longuement montré
le rôle considérable des populations alsaciennes dans l'exploitation
des hauts pâturages et la colonisation de la partie haute des val-
lées, d. notamment le chapitre IV et les pages 72, 74, 83, 88,
108, 342, etc. Il est cependant remarquable que peu de noms de
lieux habités aient une origine germanique ; Ventron, Wintheraiu^
alias Ventron 1594, paraît contenir comme premier élément
l'allemand îVinter, le traitement de la terminaison étant assez
obscur; mais le nom germanique de la Bresse IValle 1402,
Wolh 1426, n'a pas triomphé, bien que cette localité soit très
voisine de la vallée de Munster, d'où les colons sont venus en
grand nombre : ce fait indique que la pénétration de ces popula-
tions ne s'est pas produite par masses.
La vie du paysan de ces régions ingrates, où la terre est très
1. l^AL. 2521, 68.
2. Id. 2530, 47 ; cf. aussi § 22.
3. Cornimont et Xoulcc, section de cette commune, figurent déjà dans un
acte de 940, v. Rové, op. huul., p. 68.
— XIII —
pauvre et le climat rude, devait être modeste. La « Vosge « était
encore la partie la plus pauvre du duché de Lorraine au
xviii'^ siècle ', et Montaigne, qui la traversa, appelle Bussang
« petit meschant village, le dernier du langage François ^ ».
Mais la pauvreté du pays n'était pas pour lui une garantie de
sécurité; car c'était une région de passage. Il souftrit de l'inva-
sion des Hongrois à la fin du ix= siècle et au début du x^ ^ La
guerre de Trente Ans surtout, si funeste à la Lorraine, causa de
grands ravages même dans les hautes vallées ; la dépopulation
y prit des proportions considérables '^, et des déplacements de
populations en furent la conséquence : c'est ainsi que beaucoup
d'habitants quittèrent Gérardmer «afin d'aller chercher à Vagney
leur pauvre vie 5 ». D'autre part, à partir du xvi*" siècle au moins,
des mines de cuivre et d'argent furent exploitées dans la région
de Bussang, Saint- Maurice, Presse et le Thillot, et le duc
Charles III y attira des ouvriers d'Allemagne et de Suède ''. L'in-
dustrie forestière employa également des ouvriers étrangers ?, et
les scieries qui se développèrent au début du xvii^ siècle ^ utili-
sèrent certainement des ouvriers venant d'Alsace, car nous ver-
rons à la fin de cette ouvrage, § 153, que le scieur de profession
est, dans tous nos parlers, désigné par des représentants de l'alle-
mand Sâger. Enfin il est possible que les mesures bienveillantes
que prit le duc Léopold, et qui firent presque doubler la popu-
lation de Lorraine au début du xviii'^ siècle, aient agi également
dans notre région 9.
1. Baumont, op. laiul., p. 564.
2. Journal de voyage de M. Montaigne en Italie, éd. 1774, I, 41.
3. Duhamel, Des relations des Empereurs et des Ducs de Lorraine avec Tabhaye
de Reniiremout, Epinal, Gley, 1886.
4. Boyé, op. laud., p. 45, ch. X, p. 280 sq.
5. Boyé, id., p. 291, d'après les archives communales de Gérardmer.
6. Boyé, id., p. 210 sq. Les mines du Thillot étaient encore en exploitation
au xviiie siècle, mais elles étaient coûteuses et peu productives, cf. Baumont,
op. laud., p. 580 sq.
7. Boyé, id., p. 210.
8. Boyé, id., p. 236.
9. Baumont, op. laud., p. 556.
— XIV —
Quoi qu'il en soit, quelques renseignements statistiques qu'on
possède sur les derniers siècles n:iontrent à quel point la population
de nos localités était parfois réduite en comparaison du chiffre
actuel des habitants ', cf en particulier les indications données
pour Tannée 1710 dans Touvrage de Louis et Chevreux ^ A Bus-
sang, qui a actuellement 2.898 habitants, il n'y avait en 1590
que 28 « conduits », en 1704 les habitants n'étaient qu'environ
445, et en 1789 ils approchaient de i.ooo '. Gérardmer, qui en
compte aujourd'hui plus de 10.000 (dont il faut enlever environ
un millier qui représente la population militaire), n'avait en
1535 que 22 « conduits », et la Bresse, qui possède aujourd'hui
5.655 habitants, n'avait en 1559'que 100 «conduits» et en 1708
1.067 habitants '♦.
Des indications sommaires qui précèdent il ressort que, s'il est
vrai que « ces hameaux épars dans les vallées formèrent de petites
autonomies » et que « sous le nom de « bans », qu'on retrouve
dans toute les parties des Vosges, ils se groupèrent en petites
unités distinctes, ayant leurs relations, leurs coutumes et leurs
mœurs » '\ la population n'était cependant pas formée unique-
ment d'éléments stables. De plus les diversescommunautés n'étaient
pas profondément isolées les unes des autres : le mode d'habitat
de notre région, qui doit être très ancien, était très favorable aux
relations ; en effet, entre les différents centres, on rencontre,
tout le long des routes et des cheipins, et jusqu'à la lisière des
1. Atlas, Introduction, p. i.
2. Louis et Chevreux, Le département des Vosges, 1888-1890, VII volumes.
D'après une communication de M. Philippe, archiviste du département des
Vosges, les auteurs de cet ouvrage ont puisé leurs renseignements dans celui
de Lepage et Charton, Le département des Vosges, Nancy, Pciffer, 1845, ^^ 1^
document de 1710 se trouve probablement aux archives deMeurthe-et-Moselle;
en tout cas il ne se trouve pas àÉpinal.
3. E. Richard, Histoire de Bnssang, Jouve, Paris, 1909, p. 272, n. 2,
p. 273 sq.
4. Boyé, op. laud., pp. 114, 258, 508.
5. Vidal de La Blache, op. laud., p. 19). Cf. aussi ce que dit Boyé, op.
laud., p. 165 de la Bresse.
— XV —
forêts, des maisons isolées qui s'échelonnent de proche en proche.
Les hauteurs qui séparent les vallées forment des obstacles par-
fois considérables, mais des sentiers très praticables les sillonnent ;
de plus, entre la vallée de la Moselotte et celle de la Haute-Moselle,
l'affaissement qui s'est produit à la hauteur du Thillot et de Cor-
nimont, et au fond duquel se cache le Ménil, a permis d'établir
une belle voie de communication et a rendu les relations en tout
temps plus aisées. Naturellement, la vallée de la Moselle, avec
sa route ancienne et « faite en chaussée », était plus fréquentée
que celle de la Moselotte, à l'extrémité de laquelle la Bresse
n'était reliée à la vallée de Munster que par un mauvais chemin '
et demeurait ainsi «un lieu perdu » ^. Les forêts ont aussi beau-
coup reculé; cependant elles sont encore aujourd'hui fort denses
entre Remiremont et le Val-d'Ajol, et certainement n'ont pas
peu contribué à l'isolement de cette dernière localité. Remire-
mont était sans aucun doute un centre important d'échanges
commerciaux. « C'est là, dit M. Vidal de la Blache en parlant
des villes situées au débouché des vallées, que le Vosgien venait,
à époques fixes, troquer son bétail ou les produits de son indus-
trie pour le grain nécessaire à sa nourriture, pour le lin qui devait
occuper son travail d'hiver » \ Je manque de renseignements
précis sur les foires et marchés de notre région avant le xix*" siècle,
où ils sont devenus nombreux et importants dans les chefs-lieux
de canton et les autres gros centres. Je puis cependant signaler
que, sur la demande de la communauté de Gérardmer en 1574,
un marché et des foires furent établis à Vagney +, et qu'en 1560
Christine de Danemark, mère de Charles III de Lorraine, auto-
risa l'établissement à Bussang d'un marché franc qui se tenait
chaque samedi 5.
1. Boyé, op. lauâ., p. 163 ; Vidal de La Blache, op. laïui., carte 33, p. 195.
2. Boyé, op. latid., pp. 335, 336. La belle route qui relie Gérardmer à
Munster date seulement du milieu du xix^ siècle, Boyé, id., p. 338, note.
3. Op. laiid., p. 194.
4. Boyé, op. laud., p. 260 sq.
5. Boyé, id., p. 1 18.
— XVI —
Depuis le milieu du xix= siècle, les conditions de la vie ont été
profondément changées par le développement extraordinaire de
l'industrie cotonnière. Les routes ont été améliorées et multi-
pliées ; deux voies de chemin de fer vont l'une 'jusqu'à Bussang,
l'autre jusqu'à Cornimont; des ouvriers étrangers, parmi lesquels
les Alsaciens sont très nombreux, sont venus en masse peupler
les cités ouvrières et les villages ; plusieurs de ceux-ci sont devenus
de petites villes où le commerce est très actif et l'aisance mani-
feste. Ces modifications ne pouvaient pas ne pas atteindre la vie
du paysan de notre région ; il n'a pas renoncé à sa ferme, mais
souvent, pour augmenter le revenu de la maison, il envoie ses
enfants à la fabrique, et parfois il y descend lui-même. Quelles
ont été les conséquences de ce nouvel état de choses sur la vitalité
de nos patois, c'est ce que j'ai l'intention d'examiner dans une
étude en préparation sur les rapports du français et du patois
dans notre région ' .
*
.* *
Le présent travail est essentiellement linguistique : c'est lin-
guistiquement que les faits sont classés et interprétés. On se pro-
pose de montrer comment les systèmes phonétique et morpho-
logique de nos parlers se sont formés, et d'où procède l'étonnante
variété de ces systèmes ; en outre une troisième partie, consacrée
au lexique, montre que l'activité lexicale n'est pas moindre. Dans
cette étude on a pris pour base l'état actuel des parlers. La
méthode qui consiste à partir du latin à propos de parlers popu-
laires contemporains a fait son temps : appliquée surtout à la
phonétique, elle date d'une époque où on les considérait comme
le résultat 'd'une évolution du latin importé en Gaule par la con-
quête romaine ; elle était commode mais mécanique, entraînait
à des redites fastidieuses, et surtout ne mettait pas en valeur les
faits intéressants, c'est-à-dire les innovations qui résultent de
I. Cf. Louis Lafmc, La ri\'ioii lorraine, p. 155 sq. de l'ouvrage Les divisions
régionales de la l-'rance (Bibliothèque générale des sciences sociales, t. XLVII),
F. Alcan, Paris, 1913.
— xvir —
l'activité des parlers. Quant à en suivre l'évolution depuis le
Moyen Age dans des documents écrits, on sait qu'il est presque
toujours impossible de le faire, en raison de l'insuffisance ou de
l'atsence de textes ; et c'est le cas pour notre région '. CepeU'
dant ce n'est pas un simple pis-aller qu'une étude de parlers
populaires fondée sur leur état actuel. Cette méthode a de sérieux
avantages : elle permet de distinguer nettement les traitements
communs et ceux qui sont différenciés, et de grouper ceux-ci
suivant les tendances d'où ils procèdent. Et ainsi il est possible
de mettre en lumière l'importance relative de ces différences et
de l'activité des parlers considérés. Théoriquement, on pourrait
même concevoir la fusion de la phonétique et de la morpholo-
gie ; mais cette fusion aurait l'inconvénient de disperser l'atten-
tion, qu'il est préférable de fixer successivement sur ces deux
ordres de faits bien différents.
La géographie a aussi sa part dans ce travail : étant donné la
configuration de notre domaine et l'existence du centre prépon-
dérant que Remiremont a été à toute époque, il convenait
d'examiner quelle action le parler de cette ville a exercée sur
ceux des autres localités. Ce parler, aujourd'hui en pleine décom-
position, présente quelques divergences, qui paraissent provenir
d'une certaine indépendance que les faubourgs et les hameaux
manifestaient à l'égard du centre. Le Val-d'Ajol doit à sa situa-
tion excentrique un certain nombre de singularités. Enfin les
échanges entre nos parlers, leurs relations avec d'autres parlers
voisins, le contact plus étroit du Val-d'Ajol avec la Franche-'
Comté, la pénétration de populations alémaniques ont intro-
duit des traitements ou des termes étrangers : c'est à ces ques-
tions que sont consacrés le chapitre VIII de la première partie,
le chapitre VII de la deuxième et les §§ 152 et 153 de la troi-
I. Cf. pour ces questions de méthode, concernant l'étude des traitements
phonétiques, Terracher, Les aires morphologiques dans les parlers populaires du
S'ord-Ouest de V Angoitniois, Paris, Champion, 1914, p. 40.
Les parlers des Vosges nic'ridioiniles. n
— XVIll —
sième. Mais j'ai réservé pour un travail ultérieur l'étude des
limites des parlersvosgiens et franc-comtois.
Avant de terminer cette introduction, je neveux pas manquer
d'exprimer à M. Meillet ma profonde reconnaissance pour ks
conseils qu'il m'a prodigués sans se lasser : l'ensemble et le détail
ont été passés au crible de sa critique aussi franche que bien-
veillante et, si ce livre est à peu près construit, c'est à M. Meillet
qu'il doit de l'être.
BIBLIOGRAPHIE
Cette liste ne contient que les ouvrages fréquemment utilisés ; on y a joint
les abréviations sous lesquelles ils sont ordinairement cités.
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Winter, 191 isq. (en cours de publication ; le 8^ fascicule, allant jusqu'au début
de la lettre T, a paru en 1914). — Abrév. .M. L., EJV.
F. V. Poulet, Essai d'un vocabulaire étymoloiji<]ue du patois de Flancher-lcs-Mincs
(Haute-Saône), Paris, Lahure, 1878. — Abrév. Poulet ou Plancher-les- Mines .
Ch. Roussev, Glossaire du parler de Bournois (Doubs), Paris, Weltcr, 1894.
Abr. Roussev ou Bournois.
Schvvan-Bclirens, Grammaire de l'ancien français, traduction fr. par Oscar
Bloch, 2e éd. tV. d'après la 9« édition allemande, Leipzig, Reislaud, 191 5. —
,\brév. Schwan-Behrens.
C. This, Die Mundart der fran~ôsische>i Ortschaften der Kantons Falkenberg
(Inaug. Diss.). Strasbourg, Heitz, 1887. — Abrév. This.
.'\. Thomas, Essais de philologie française, Paris, Bouillon, 1S97. — .\brév.
Thomas, Essais.
A. Thomas, Nouveaux essais de philologie française, Paris, Bouillon, 1904.
— Abrév. Thomas, Nouveaux Essais.
A. Thomas, Mélanges d'ètymologie française, Paris, /Mcan, 19(12. — Abrév.
Thomas, Mélani;es.
J. Tissot, Le patois des Fourgs (Doubs), Paris. Besançon, 186). — .\brév.
Tissotou Les Fourgs.
A. Vautherin, Glossaire dupalois de Chdtenois (Territoire de Belfort), Belfort,
Devillers, 1896. — Abrév. Vautherin ou C/w'/no/V.
L. Zéliqzon, Lothringische Mundarten, Metz, Scriba, 1889. — Abrév. Zéliq-
zon '.
I. J'ai regretté de ne pas avoir à ma disposition d'e.Kcmplaire de l'ouvrage
de Thiriat, La vallée de Cleurie, Remircmonf. 1869, qui contient d'utiles ren-
— XXI —
J'ai entre outre utilisé les nombreuses chartes provenant de l'abbave de
Remiremont, qui se trouvent à la Bibliothèque Nationale dans les volumes
2550 et suivants des Nouvelles Acquisitions latines, par abréviation KAL.
seignements sur les parlcrs de cette vallée voisine de celle de la Moselotte ;
mais l'ouvrage est devenu fort rare et paraît ne plus se trouver que dans les
bibliothèques.
LES PARLERS
DES
VOSGES MÉRIDIONALES
PREMIÈRE PARTIE
PHONÉTIQUE
CHAPITRE I
DESCRIPTION DU SYSTÈME PHONiaUE ACTUEL
Cette description fondée sur une enquête auditive, dont les
défauts ont été indiqués dans mon Atlas, p. xiv de l'introduction,
ne peut être que grossière et ne prétend pas donner une image
complète de la réalité. Mais, si une description véritablement
scientifique au moyen d'observations instrumentales est actuel-
lement impraticable pour des raisons que M. Terracher a rappe-
lées pp. 35 et 36 de son ouvrage déjà cité plus haut, il reste
possible, et c'est ce qu'on se propose de faire ici, de signaler les
faits les plus frappants et, en fin de compte, les plus caractéris-
tiques.
1° Vocalisme.
Tous nos parlers possèdent la série suivante de voyelles
orales: t, î, e, e, e, e, à, à, 0, 0, 0, û, û, û, û, œ, œ, ê.
Un autre trait commun à nos parlers, c'est qu'ordinairement
les voyelles longues sont très longues et les voyelles brèves très
brèves.
Par contre œ existe seulement au Val-d'Ajol et 0, en plus de
Lei parlers des Vosges tuéridionales. i
ce point, à Bellefontaine et à Saint-Nabord. En outre e, i, quand
elles sont voyelles d'appui, particulièrement à la pause, sont sou-
vent faiblement prononcées. Pour œ, que je n'ai noté que dans
quelques localités, il est probable que mes graphies sont insuf-
fisantes et que les signes ê, œ représentent plus d'une fois ce
phonème. Enfin j'ai indiqué p. xv de l'introduction de l'Atlas
pour quelles raisons j'ai renoncé à distinguer la qualité des
voyelles a, i, «, n, bien qu'a paraisse être, suivant mes plus
récentes observations, généralement ouvert.
Tous nos parlers possèdent d'autre part la série suivante de
voyelles nasales longues :
î, è, à, d, il.
Quant à œ, il est rare et sporadique. En outre La Bresse possède
en position finale une nasale è moins ouverte et suivie d'une
résonance ».
L'aire i-io, c'est-à-dire la vallée de la Haute-Moselle, est
seule à posséder les voyelles brèves ï, e, o, et a n'existe qu'au
Val-d'Ajol.
Le dégagement d'un u devant une dentale ou d'un » devant
une palatale, à l'intérieur d'un mot ou d'un groupe étroitement
lié, par exemple dans le groupe formé de l'article « un » suivi
d'un substantif ou d'un adjectif, est fréquent dans l'aire 19-22,
il est exceptionnel ailleurs, cf. § 38.
2" Consonantisme.
Les semi-consonnes w et y sont usitées partout, y étant sou-
vent mollement articulé à la fin des mots après les voyelles î et
û ; mais w est à peine attesté dans quelques parlers et quelques
mots, cf. § 71 et ajoutez le français adapté jïùl juin L. employé
par la plupart des témoins.
Les consonnes b, p, v, /, d^ t, g, k, /, m, n, :^, s,,j, €, connues
partout, ne comportent pas d'observations.
h, comme je l'ai signalé p. xiv de l'introduction de V Atlas, est
une fricative laryngienne sonore. M. P. Passy, Revue de philolo-
gie française, 1892, p. 137 sq., distingue au Val-d'Ajol une fri-
cative gutturale sonore, qu'il transcrit H, et une sourde /;.
— 3 -
D'après mes observations et quelques expériences instrumen-
tales, nous sommes partout en présence d'une laryngienne
sonore.
M. P. Passy, loc. cit., a signalé qu'au Val-d'Ajol r est franche-
ment roulé, du bout de la langue, et qu'à Plombières ce r est
remplacé par un r vélaire, très désagréable : dans la région de
Remiremont, comprenant les points ii et 13-15, c'est cette
vélaire qui prédomine, tandis que, dans les autres localités, on
entend surtout r dental ; mais on a vu p. xiv de l'introduction
de Y Atlas que l'observation est actuellement difficile et que beau-
coup de témoins paraissent employer les deux phonèmes.
Sauf les particularités de l'articulation de r, tous les phonèmes
précédents sont communs à tous nos parlers. Au contraire les
suivants n'existent que dans une partie de notre domaine : é, ;,
souvent légèrement mouillés, sont localisés dans l'aire 1-8, 19-
22 et inconnus des autres points ; d'autre part la fricative ç n'ap-
partient qu'à Taire 9-1 1, 13-22, et la fricative voisine c qu'au
Val-d'Ajol. M. P. Passy, loc. cit., tout en n'adoptant qu'un seul
signe X := c, fait observer que devant les voyelles antérieures c,
i, u et la semi-consonne y la fricative est palatalisée et se rap-
proche du ch de l'allemand ich; mais il m'a paru que la fricative
du Val-d'Ajol se distingue partout de celle des autres points par
une articulation plus gutturale, cf. aussi Atlas, introduction,
p. XX.
Enfin, en position finale, et surtout dans la région de Remire-
mont, ou entend assez souvent des demi-sourdes, plus rarement
ailleurs, cf. § 31. Le phonème intermédiaire t'' a été également
peu observé, cf. § 76 ; mais il est possible que ce phonème et le
sonore correspondant d^ existent dans les mots où j'ai simplement
noté ty, ky, dy, gy, cf. p. ex. sarcler c. 683, etc.
Pour la question de l'accent d'intensité, v. Atlas, introduction,
p. XIV.
CHAPITRE II
TRAITEMENTS COMMUNS RÉGULIERS
Le nombre des cas où tous nos parlers présentent le même
traitement de la voyelle ou de la consonne est relativement
réduit. Il le serait bien davantage, s'il fallait tenir compte, dans
le vocalisme, des différences de la quantité et de la qualité.
L'interprétation de ces différences m'est apparue si délicate et si
fragile que j'ai finalement renoncé à en faire un exposé systé-
matique. Aussi bien pour la quantité que pour la qualité^ il est le
plus souvent impossible d'établir quels sont les parlers qui con-
servent l'état ancien et quels sont ceux qui ont innové, comme
on pourra s'en rendre compte dans plusieurs des paragraphes sui-
vants. Il convient aussi d'ajouter que l'observation seule est déjà
fort difficile, et qu'une enquête orale ne donne pas la confiance que
donnerait une enquête instrumentale et impose une certaine
réserve. Cette insuffisance a sa contre-partie : elle permet de
réunir un nombre plus grand des traitements qui constituent
l'unité fondamentale de nos parlers. Pour ce même motif on en
trouvera ici quelques-uns qui ne présentent que de menues
variations : celles-ci pourront au reste être reprises dans la suite.
Enfin j'ai cru intéressant, en raison de leur nombre très res-
treint, de ne pas supprimer, contrairement à ce que j'ai fait
pour le consonantisme, les cas où le vocalisme de nos parlers
concorde avec celui du français. Par contre, je réserve pour
d'autres chapitres les mots dont le traitement, tout en étant
identique dans tout notre domaine, est en désaccord avec celui
d'autres mots se trouvant dans les mêmes conditions, ou a un
caractère accidentel.
Grâce à ces éUminations, les faits qui sont considérés ici
appartiennent pour la plupart i\ la catégorie de ceux qui caracté-
risent les parlers orientaux et représentent ordinairement un état
fort ancien. On est même parfois amené, par exemple à propos
— 5 —
du traitement de la consonne finale des mots tels que « dimanche »
etc., cf. § 13, à partir de l'état latin, tant la divergence dialectale
remonte à une époque reculée.
A. — Vocal i s Die.
â est le traitement unique :
1° d'un certain nombre de mots où a était anciennement
entravé en syllabe tonique devant r; parfois l'entrave existe
encore aujourd'hui : rnà, ta renard, tard L., arbre c. 39 ;
sur l'extension de ce fait, cf. Meyer-Lûbke, Gr. d. Rom. Spr.y
I, §238;
2° de mots où il représente une ancienne diphtongue ay,
issue du latin a suivi d'un phonème palatal en syllabe tonique :
à, iiiâ, fà, frân j'ai, il fait, mais, frêne L. ; si la forme
régionale de malade c. 466 procède bien des formes anciennes
*iiialayvo <C *inalavyo ■< *}ualavito •< malehabiUi, comme l'a
proposé M. Horning p. 11 du travail cité § 13, cf. en outre p. 15,
1'^ de notre domaine y est régulier. Cependant « graisse » n'est
normal qu'au point 12, ailleurs il est refait sur engraisser c.
295, soit que 1'^? ait été abrégé dans l'aire 17-22, soit qu'il ait
été remplacé dans les autres localités par la voyelle protonique c
d'« engraisser ».
§ 2. e
A. — e est le traitement unique :
1° de frer, mer, per, frère, mère, père L., fève c. 343
etc., où e représente un ancien e ouvert, issu du latin a tonique
libre ;
2° de bet, fet, tet bête, fête, tête L., etc., où un ancien e,
ouvert était suivi d'un s qui s'est amuï ;
3° de la terminaison 'e, anciennement el =^ fr. eau : be, ve
beau, veau L., etc.
B. — ë est le traitement unique de nombreux mots où c est issu
d'un ancien a entravé devant consonnes sourdes en syllabe
— 6 —
tonique : dycs, huct, ret (== fr. rate) glace, quatre, souris
L., hèé, l'c^' 1-8, 19-22, -£ 8'-i8 hache, vache i., etc. Quand
la voyelle est devenue finale par amuïssement de la consonne, ë
m'a souvent paru moins ouvert, et en outre le Val-d'Ajol pré-
sente un traitement particulier, cf. § 63.
C. — Dans plusieurs séries importantes de mots, nous trou-
vons des variations de la quantité et de la qualité :
1° Dans les mots terminés par l'ancien suffixe aige = fr. âge
<C aticuÇcî. tesmoignaige NAL. 2529, 41, heritaige id.2531, 83*;
naturellement la graphie âge existe également) e est le traite-
ment des deux vallées, mais l'aire 11-15 dit presque exclusive-
ment é,cf. fromage c. 368, village L., etc. La comparaison
de hy, vh et le traitement ej du Val-d'Ajol prouvent qu'g' s'est
fermé avant l'assourdissement de la consonne, il est d'autre part
assez probable qu'è des deux vallées est dû à un abrègement syn-
tactique ; mais la région de Remiremont a-t-elle connu cet abrè-
gement et la fermeture s'y est-elle produite en syllabe brève où
longue, ce sont des questions insolubles actuellement.
2° e ouvert persiste partout dans set septZ,., mais dans la
terminaison qui correspond au fr. elle il se ferme et s'allonge
dans la région de Remiremont: sel i-io, 11 b, ié-22 mais sel
14 a, 15 a, il/ 12, 13 ch aise Z., éc rouelles c. 277, truelle
c. 770; sel de 14, 15 montre que la fermeture de la voyelle
n'est pas la conséquence de l'allongement.
3° Un ancien i <C lat. î est devenu e dans tous nos parlers
devant / et n mouillés. Actuellement devant y <^ [e est le traite-
ment de presque toutes les localités ; la voyelle est parfois longue
dans la région de Remiremont. e est rare, je ne l'ai relevé que
dans etrèy étrille L. des témoins lia, b; mais^' est le seul
traitement du Val-d'Ajol : fosey partout sauf -èy 12 faucille
L., chenille c. 175, fille c. 346. « Cheville » et « étrille »
présentent quelques formes accidentelles en œy : pour « cheville »
cf. § 58, quant à etrœy de 11 c, c'est une forme probablement
refaite sur « étriller » que je n'ai pas recueilli, cf. aussi § 20
ad finem. Dans géy partout sauf gey 12 quille L. < germ.
(franc) hegil M. L., EJV. 4686, il est impossible de savoir si nos
parlers ont passé par un stade /.
— 7 —
Quand la voyelle est devenue finale dans fils c. 347, « mil »
millet L., à côté de/i?, me de tous les autres témoins, 11 a, c
disent/(£', ma, 14 a pmœ,tmœ, peut-être aussi sous l'influence de
la consonne labiale, cf. § 58.
Les mots qui contiennent n se réduisent à deux, ligne L.,
vigne c. 791, et, sans parler de la pénétration de la forme fran-
çaise, le développement de ces deux mots est compliqué par la
réduction de n à n dans la région de Remiremont et la dispa-
rition de la consonne dans l'aire 20-22. Quoi qu'il en soit, on
voit que la plupart de nos parlers présentent e, souvent nasalisé,
et allongé au point 14 ; seul le Val-d'Ajol dit e.
4° Le suffixe qui correspond au fr. ier, ière est partout er au
féminin ; mais le masculin offre deux formes, e dans les deux
vallées, êy, le plus souvent long, dans l'aire 11- 15 : premier,
-ère c. 613, etc. Il semble bien que l'ouverture d'^)- soit ancienne
et antérieure à la fermeture d'e, er. Quant à l'absence du y
devant e, elle est explicable de deux façons : on peut admettre
que \e y 3. été absorbé par les chuintantes, comme cela s'est pro-
duit en français, et que nos parlers ont étendu par analogie la
forme du suffixe sans y à tous les autres mots. Il est possible
aussi que l'ancien groupe yey ait été réduit par dissimilation àey;
car un développement de ce genre semble avoir eu lieu dans des
groupes semblables, d'origine différente, qui vont être examinés
ci-dessous.
5" Tous nos parlers sont d'accord pour représenter par e le
latin e ouvert tonique suivi d'un y. On considère en général que
les parlets orientaux, qui ont presque tous ce 'traitement, n'ont
pas diphtongue la voyelle, contrairement au français où le groupe
latin èy est devenu / en passant par yey, cf., entre autres, Hor-
ning, § 35, n. 3 ; Meyer-Lûbke, Gr. d. R. Spr., I, § 160. L'hypo-
thèse que nos parlers auraient connu yey n'est cependant pas
inadmissible; en effet la c. 790 vieux, vie i lie donne pour plu-
sieurs de nos parlers les deux formes vye, vey ; or, si l'on admet
l'explication proposée § 145 d'après laquelle ces formes représen-
tent vêtu, *veta, il en résulte que dans notre région vey est une
— 8 —
forme dissimilée de *vyey ■< *veta par une étape *viedà. Il semble
que ce soit l'opinion actuelle de M. Meyer-Lûbke, cf. Hist. Gr .,
§§ 5^» 57 i "^^is il ne le dit pas formellement, et peut-être n'est-
ce là qu'une apparence due à la forme succincte de l'exposé. Quoi
qu'il en soit, si nos parlers ont un e commun, la quantité et la
qualité sont très variées : cf., à côté de /Ir lire Z.,^;//ly i-io, i6-
22 et âmey 11-15 demieZ., dix c. 254, lit c. 458, six c. 712.
Ici, comme dans le suffixe « ier », les parlers de l'aire 11-15
paraissent conserver la qualité la plus ancienne de la voyelle.
6° Dieu L. apparaît de même sous des formes variées, mais
avec un e, dans quelques formules archaïques et aussi dans le
composé « pour Dieu », qui a été dégagé de phrases telles que
(( demander son pain pour dieu », au sens de mendiant c. 489.
Ici également M. Horning admet, loco cit., qu'^ ne s'est pas diph-
tongue devant le y que nos parlers et d'autres parlers lorrains
ont développé après la voyelle ; mais ce qui a été proposé
plus haut 5° s'applique aussi bien au traitement de « dieu ».
7° Enfin Ye fermé du latin sebu suif c. 730 est régulièrement
représenté par e dans l'aire 8-22, £œy, ç- de Remiremont étant dû à
un développement local postérieur, cf. § 20, 2°, et éû de 1-7 étant
la reformation d'une forme disparue £e d'après l'ancien fr. siu.
§ 3- ^•
0 est le traitement commun:
1° de do, gro dos, gros L., où un ^ final s'est amuï;
2° de bo bois Z,., mot difficile à expliquer dans les dialectes
comme en français ;
3° à'ov partout sauf 0/ 11, 12 a, 13-15 eau Z. ;
4° de /o, ^0, W7(? faux (subst.), haut, mal £., cheval c. 179,
etc., où un ancien groupe al est devenu 0, suivant un dévelop-
pement bien connu ;
5° de do, so, ol, pbl dé <C ditale, sel, aile, pelle L., échelle
c. 264, où a latin libre a été conservé puis est devenu 0 sous
l'influence de / vélaire, cf. Meyer-Lûbke, Gr. d. R. Spr., I, § 350;
6° d'une série de mots où 0 continue une très ancienne diph-
tongue au : tyor, por, po clore, pauvre, peu L., îyo clou L.,
— 9 —
cf. Meyer-Lùbke, Hist. Gr., § 8i ; de même le franc hlao, bleu,
est représenté par Ayo bluetL. dans plusieurs localités,
§ 4- ^^■
A. — œ est le traitement unique de mœ mieux L. ; e latin
ouvert n'a pas été diphtongue devant / mouillé, ou la diphtongue
ie a été réduite par dissimilation, cf. plus haut § 2 €5°; plus tard
/ mouillé a perdu son élément palatal devant s et, après s'être
vocalisé, s'est combiné avec e. pour aboutir à œ.
B. — Des variations de la quantité et de la qualité se ren-
contrent dans le cas où œ est le traitement du latin 0 ouvert ou
fermé devant ;y, suivant un développement bien connu et répandu
dans les parlers orientaux. Mais œ <i 0 ouvert -|~ y représente-
t-il la même triphtongue *uoi que le fr. ni, ou 0 s'est-il maintenu
sans subir la diphtongaison ? Une question analogue s'est déjà
posée à propos à'èy § 2 C 5°, et la solution qu'on adopte pour ce
groupe entraîne évidemment l'explication (Xby. C'est pourquoi je
suis disposé à considérer que les parlers lorrains ont connu, comme
le français, le stade *noi, tandis que M. Meyer-Lûbke, Gr. d. R.
Spr., I,§ 191, et M. Horning, § 84, admettent que la voyelle 0 n'a
pas étédiphtonguée. Quoi qu'il en soit, œse présente actuellement
dans nos parlers avec de multiples variations de la quantité et
de la qualité. C'est ainsi que tous disent avec œ kœr, œt cuire,
huit L., le suffixe féminin œr = fr. oire dans écumoire c. 279,
planche à laver c. 584 etc. (sur le suffixe ur qui le bat en
brèche, cf. § 148) et avec œ Me 1-8', 11 a, c, -ç 9, 10, 11 b,
13-22, -c 12 cuisse L., et que d'autre part on trouve à au Val-
d'Ajol dans ncîy krœy à côté de nœ i-ii, 14-22, nœy 11 a, 13 a,
krœ partout sauf -y ii a, 13 nuit, croix L. Ici, comme dans éy
< an'u et è -\- y, cf. plus haut p. 7 sq., la voyelle ouverte du
Val-d'Ajol paraît être l'état le plus ancien.
Il semble aussi qu'un ancien groupe e-û a dû aboutir régulière-
ment à œ, mais des réactions analogiques n'ont laissé subsister
ce traitement qu'aux points 12, 16-22, cf. les §§ 28 et 142.
§ 5- '^'•
w correspond au français en < latin 0 tonique fermé et libre ;
— 10 —
il est bref quand il est final : chaleur c. 150, etc., ilest bref ou
long, suivant les localités, quand il est devant une consonne : ûr
i-io, 16 a, ûr 11-15, 16 b-22 heure L. ; on notera aussi kûy i-
10, 16-22, kû ri-15 queue L. Nous traiterons § éo de quelques
cas isolés où u est devenu 0.
§ 6. i et it.
1° /et H correspondent, comme en français, aux voyelles latines
ï et û toniques et libres, hors de toute condition spéciale . Tan-
tôt ils sont brefs partout : drœmi dormir L., tosï ici id., mur
c. 516; tantôt la quantité varie, suivant les localités, particuliè-
rement devant r : c??r i-io, 14 a, 16 a, ^fr 11-13, 15-22 dire Z,.,
€ûr 1-8', ç- 9-11 b, fwr 16-22, c- 12 sûr L., etc.".
2° u, bref ou long, est issu, conformément à un développe-
ment répandu dans les parlers orientaux, d'un ancien ui <; latin
u -\- y : fruit c. 370, trou, trouer c. 769 pour les représen-
tants du fr. pertuis et de l'a. fr. pertuisier.
3" î correspond, comme le fr. i, au latine fermé tonique libre
et précédé d'une palatale : (I)r5mè partout sauf -à 12 réveillon-
ner i. < recenareM. L., EIV. 7108, etc.
§ 7- yé-
yé représente, comme en français, mais avec un e partout fermé,
le latin e ouvert tonique et libre. En position finale la voyelle est
brève : mye, pye miel, piedL. ; devant consonne, particulière-
ment devant r, la quantité varie : pyer i-io, 16-22, pyer 11-15
pierre L.
§ 8. U'é.
wé est le traitement du latin e fermé tonique et libre après
labiales. En position finale la voyelle est brève : piue poil, poix
L. ; devant r on trouve, comme dans les cas précédents, des
variations de la quantité : boire, foire, poire L.
I. Si ab r i c. 6 est exprimé par les formes ^t'r^ 1-9 et evrS 10-22, c'est
que nous sommes en présence d'un substantif issu d'un verbe que je n'ai pas
recueilli, mais qu'on peut aisément inférer d'après la forme donnée par Hingre
pour La Bresse a zwrMjc < upricarcM. L., I:JF. 560.
Il —
§9.
1° yœ et œ <i 0 latin tonique ouvert et libre.
yâ est le traitement régulier en syllabe finale, par exemple dans
byâ, yœ bœuf, œuf Z. y s'est combiné avec n précédent et a
donné n dans ya-neuf Z,., adjectif et nom de nombre, et, avec une
voyelle longue, dans n^i' I- 10, 16-22, -/i 1, 12 a, 14 a, 15a neuve
Z,. ; il a été absorbé par la chuintante dans jeudi c. 420, mot où
la voyelle présente des variations de la quantité et de la qualité.
Deux mots « feu » et « lieu » n'ont actuellement aucune trace
dey devant la voyelle : on dit fé partout sau( fœy 11 a, c, fœy
12 feu L., Ici' partout sauï lœy 12 lieuL. L'anomalie vient cer-
tainement de la forme des types étymologiques, mais il est diffi-
cile de saisir le procès de ces mots. Il est en tout cas certain
que la forme Ici'Çy) est ancienne, car leu est très fréquent dans les
textes médiévaux NAL. 2531, 47, 2542, 37 (j'ai en outre noté
une forme curieuse /«/y 2542, 33, dont la graphie s'exphque pro-
bablement par la prononciation œ des mots transcrits fréquem-
ment avec ni, tels que huit etc.). L'explication que M. Meyer-
Lûbke donne pour le ïr. feu, Hist . Gr., § 75, peut convenir à nos
parlers : u de la triphtongue *iiûu ou *iieu a été absorbé par la
labiale/. Mais pour leu il faut supposer qu'au stade postérieur
*lîioû *hïeû une dissimilation a fait disparaître le premier élément
de la triphtongue. Le y final qu'on trouve au Val-d'Ajol et à
Remiremont dans ces deux mots peut être assez récent, cf.
§ 29, 5°, et n'a pas dû jouer de rôle dans le développement de la
voyelle. Un troisième mot jeu L. n'apporte aucune lumière :
ce peut même être un mot français récemment adapté, sans que
son traitement phonétique permette de l'affirmer.
2° ye devant nasale.
Devant n tous nos parlers s'accordent pour présenter un ye dont
le y est parfois absorbé par une chuintante précédente : jeune c.
422 et les formes toniques de sonner, tonner Z., en partie
modifiées par des réactions analogiques, cf. § 143, A. On peut
noter aussi tonnerre L. qui, sauf au point 12, est refait sur « il
tonne ». ye, plus ou moins nasalisé, est le traitement le plus
répandu ; seul le Val-d'Ajol dit jyen avec un e long et fermé, sui-
12
vant un développement fréquent dans cette localité. Il est pro-
bable que ye est issu du stade yœ ; jœn du point ii, jœn des
points 3 et 4 sont en effet des formes récemment reprises au
français plutôt que des traces d'un état ancien. De toute façon
l'influence de ;/ sur la voyelle précédente est ancienne ; on en
trouve la preuve dans une forme précieuse que le témoin 2 b a
donnée en réponse à fils c. 347 A^ E. jzveh, dont je reparlerai
plus loin § 88, 3°.
§ 10. oeiii issus d'() latin devant/.
Il convient d'examiner ensemble et dans un paragraphe spécial
les mots où 0 latin ouvert ou fermé était suivi de /; il faut en
outre distinguer le cas où / était implosif et s'est amuï et celui où
il était intervocalique. Dans ce dernier cas, 0 persiste devant / :
c'est ainsi qu'on dit partout înol < meduUa moelle L., cf. aussi
le représentant de ciicuUa au sens de citrouille c. 193. Quand
/ est implosif, u représente régulièrement le latin 0 fermé : pfir
i-io, 16 a, 17 2i, pur 12-15, 18-22 poudre L., etc. Au con-
traire 0 ouvert dans les mêmes conditions donner : luo, mormou,
moudre Z. Faut-il expliquer 0 <iol -\- cons. par un stade inter-
médiaire au, comme on l'admet pour des régions voisines, cf.
Schwan-Behrens, § 217, Rem. 2 : c'est assez probable, bien que
je n'aie pas relevé dans les textes du Moyen Age des graphies en
aw, comme on en retrouve ailleurs, cf. id., IIP partie, p. 97. Ici
de plus il existe une importante exception : on dit en effet par-
tout sb soûl L., dont le type étymologique contient un 0 fermé.
Nous avons affaire soit à un masculin refait sur un féminin *sol
que je n'ai pas recueilli mais qu'il est facile de restituer, soit à un
mot français récemment assimilé sur le modèle de so souZ,., qui
existe encore en quelques points, et de mots analogues. Pour
« fou » cf. § 62.
§ II. Les voyelles nasales .
Si l'on réserve momentanément quelques développements
secondaires, nos parlers présentent les nasales à,e, à,i, îi dans des
conditions partout identiques.
à correspond à la nasale du français issue non seulement à.' a
— 13 -
latin suivi de ;/ appuyé, p. ex. dans chanter L., mais encore
d'e latin dans la même position, quand la voyelle nasale est
actuellement en contact avec un r : par, /^r (adj.) prendre,
tendre L.
e correspond à la nasale du français de main, painZ,., de
plein L. abrégé dans l'aire i-io et aussi du représentant de lin-
teolndrap de lit c. 260. On peut expliquer i de chanvre c.
155 par un étymon *câitàpe dont 1'^ serait devenu régulièrement
yc puis le y aurait été absorbé par la palatale ; au reste le mot
paraît avoir circulé, cf. § 88, 3°.
On a déjà vu dans les pages antérieures de nombreux exemples
d'à.
Quant à / et ù, ils conservent plus fidèlement que le français
l'état ancien des voyelles nasales d'/ et u : vi vin L., jeun c.
421, brun c. 125, etc.
Enfin l'ancienne nasale en (e) issue d'^ latin devant n ou m
entravés donne lieu à des traitements compliqués et d'une
interprétation délicate. En syllabe tonique, si l'on réserve les
différents procès de dénasalisation et le cas déjà étudié où
la nasale est suivie d'un ;', tous nos parlers attestent un état
ancien qu'on retrouve, quoique assez rarement, dans les textes
médiévaux : cf. vondui (vendu), on (= en adverbe pronominal)
NAL. 2542, 42, londemain id. 2531, 81, on saie, en sac, on sep,
en prison. Déclaration des droits du ban de Vagney par Jehan
de Planoy 1345, Documents rares, II, p. 224, 225, et pour les
faits actuels descendre c. 245, eson i-ii b, c, 14-22, -on 11 a,
b, 13, ason 12 ensemble L.,fôm femme id., ressemble c.
653, etc. Cependant le Val-d'Ajol se sépare souvent du reste du
domaine et présente à : entre c. 302, rentrer c. 647, ta, va
temps, vent L., etc. Il est difficile de décider si nous avons
affaire à un mélange de parlers ou à un développement phoné-
tique particulier : il est possible qu'ô abrégé en syllabe finale soit
redevenu a (en tout cas on ne peut pas se baser sur les formes
avons c. 68, aurons c. 75 dont à a une autre origine, cf.
§ 131) ou qu'à représente un stade antérieur à 0; cette dernière
hypothèse est appuyée par le traitement de bon c. 104, cf. l'a.
fr. btien, point c. 590.
Pour la syllabe protonique, cf. ^ 21 .
B. — Consonantisnie.
§ 12. Tous nos parlera présentent plusieurs traitements tort
anciens, à savoir :
1° la conservation du /; germanique : hache cité p. 6, etc.;
2" le traitement du qn latin intervocalique dans aqua, repré-
senté par V ou dans l'aire 11-15 par /qui en est un dévelop-
pement secondaire, cf. les formes p. 8;
3° la réduction du k palatal latin h y dans les représentants de
(je -\-) medicare, cf. M, L., EIV. 5457, au sens de guérir c. 404
etde radicare, cf. id. 6992, arracher c. 45, et l'amuissement de
cette palatale dans fàler 17-22 < *filicana fougère c. 356 (il
ressort de cette forme que toutes celles qui sont usitées dans les
autres localités sont reprises au français).
4° îu germanique est représenté dans une série importante de
mots par w, cf. p. ex. garder c. 374 < franc *wardôn, guère
c. 403 <C anc. h. ail. weigaro, regarder c. 640 pour les formes
du composé de « guetter », dérivé du franc *iuahta, etc. Il n'est
cependant pas certain que le w actuel continue directement le la
germanique ; il se pourrait que les deux zu soient séparés par un
stade intermédiaire v; en effet gazon c. 377 ■< ïràv\c*u'aso et
les représentants de l'a. fr. gaïm, regaïin, cf. § 28, ont un v dans
un nombre important de localités ; le nouveau développement
de z; en îy serait comparable à celui qui est exposé § 17, 3° et fin
du § 40. M. P. Passy a relevé des faits analogues dans la région
du Val-d'Ajol et dans les parlers franc-comtois voisins, cf.
Revue de philologie française, 1891, p. 144, et 1896, p. 195 ; et
dans l'aire 23-26 on peut également noter •y dans guérir c. 404,
etc. Le traitement de « voici, voilà » des points 19-22, cf. § 72,
ne peut cependant pas être invoqué comme une preuve que" le
V de « gazon » etc. est récent, car c'est vraisemblablement [un
développement accidentel.
§ 13. Les consonnes des proparoxytons latins.
On sait que les parlers orientaux présentent fréquemment des
- î5 —
traitements différents de ceux du français; et il va de soi que
ces différences qui remontent à une époque très reculée se
retrouvent également dans notre domaine. On sait aussi qu'elles
constituent un des problèmes les plus délicats de la phonétique
historique des parlers français. Mais ce n'est pas ici le lieu de le
traiter, et je me contenterai d'exposer les faits les plus caractéris-
tiques, en renvoyant au travail de M. Horning, Die Behandliing
der lateinischcn Proparoxytona in den Muiidarten der Vogesen und in
Wallonischen (Programme), Strasbourg, Heitz et Mùndel, 1902.
Dans coude L. qui se dit partout ^(?/rl, dérivé d'une forme
ancienne kot attestée ailleurs, particulièrement aux points 23-25,
le groupe b -\- voy. -|- / a été réduit à / ; si, à côté de ce traite-
ment, les représentants de malade c. 466 ont v (ou un /posté-
rieurement développé), c'est que ce mot se rattache peut -être à un
étymon *niaîabidu issu de malehabitii iM. L., EIV. 5 264 par substi-
tution de suffixe ' ou que, suivant l'opinion de H., p. 14, c'est un
mot de la langue des médecins^ réduit plus récemment. D'autre
part, on ne doit pas faire état des formes /)_>'/(/, pyâd perte I,.,
recueillies dans quelques localités des deux vallées, car elles sont
sans doute ref;iites sur le v. « perdre » ou même représentent un
postverbal très ancien comme les mots du provençal perdu, renda,
enia, venda, cf. Schultz-Gora, Altproven^alisches Elementarbuch,
Winter, Heidelberg, 1906, p. 106.
Quand la labiale érait précédée d'une nasale, elle était plus
résistante, et c'est la consonne de la syllabe finale qui s'est amuïe,
cf. les représentants d'*emputare M. L., EIV. 2862 au sens de
greffer c. 397 et les dérivés en é d'une forme ancienne issue de
cambita id. id. 1542 au sens de jante c. 413.
Dimanche c. 252 et manche c. 468 ont partout une con-
sonne sonore, sauf dans la région de Remiremont où la sourde
est récente; cf. de même « huche » < *hutica § 20, 1°. Enfin la
palatale s'est amuïe dans les représentants de nux *gallica noix
c. 527. Suie L., sœ£ 1-8, 19-22, -e 8-18, est en désaccord avec
I. M. Thomas a eu l'obligeance de me suggérer cette explication, et de me
signaler l'existence de formes provençales telles que le dérivé malavciar cité
par M. L. qui exigent un étymon pourvu à'unb.
— lé —
ce mot, mais l'origine en est obscure et l'étymon *sudica certaine-
ment à rejeter.
§ 14. L'épenthèse.
L'absence régulière de la consonne épenthétique est un fait
commun aux parlers lorrains et à tout notre domaine . Il suffi-
ra de citer pour les différents groupes étymologiques nr, Fr,
ml, s'r, sk'r tàr tendre Z,., mor moudre id., ressemble
c. 653, coudre L., cf. § 18, knos 1-8, 11 a, c, -ç 9-1 1 b, 13-22,
-c 12 connaître L., croître c. 235, etc.
M. Meyer-Lûbke, Gr . d. R.Spr., I, p. 532, admet cependant
que le d des formes lorraines de jungere, exstinguere, cf. pour
notre domaine atteler c. 54, ted 2 a, 8 a, eçted 19c éteindre
L. khtènde Hingre (c.-à-d. Çtènde), s'est régulièrement développé
dans le groupe ng'r, et il reprend cette théorie Hist. Gr., § 182.
Cette opinion est soutenable, et jèr du point 87 de VAL. peut à
la rigueur être considéré comme une forme refaite. Mais il est
bien certain que la plupart des mots où nous rencontrons une
consonne épenthétique sont des emprunts plus ou moins anciens
au français. C'est le cas de cendre c. 143 et très probablement
de tordre c. 757, etc. « Joindre » lui-même, malgré son sens
local d'atteler, peut bien être également un emprunt, qui aurait
fait disparaître un mot plus ancien issu à'applicare, cf. M. L.,
EW. 548. La carte 54 nous montre que ces deux mots sont
actuellement en lutte dans l'aire voisine 23-26.
§ 15. « •< ancien groupe nil.
Par suite de l'absence de la consonne épenthétique, /;/'/, après
s'être conservé, s'est changé en lun qui a abouti à ;/ attesté
dans les deux mots « ensemble », cf. p. 13, ressemble c.
653.
On ne peut cependant pas s'appuyer sur ce traitement pour
affirmer que « femme », cf. p. 13, a possédé autrefois un ;;
comme d'autres parlers orientaux, cf. Meyer-Lûbke, Hist. Gr.,
§§ 10 et 172. Les deux groupes ml et )nn peuvent s'être déve-
loppés l'un en mn, l'autre en jiim à des dates différentes; et en
tout cas nin n'est actuellement représenté dans nos parlers que
— 17 —
par w, V. semer L. Il faut en outre remarquer que m est égale-
ment le traitement des textes anciens, d. faine NAL. 2531, 68,
fe\7n'\me id., 83'', etc.
§ 16.
Les deux traitements suivants sont de date plus récente :
1° le changement de / combiné en j, quand / était précédé
des consonnes b, p,f, k, g, et que le groupe était initial ou appuyé :
bya, pyo,fyœrï, tyo, dycs blanc, plomb, fleurir, clou, glace
L., etc. ;
2° le développement de n, quand n se trouvait devant un y
d'origine diverse : mé neuf L., éternuer c. 315, étrangler
c. 321 (cf. § 81, A 6°), nerf I.
§ 17. Amuïssement de consonnes.
Il fout en outre signaler une série importante de phénomènes
d'amuissement qui ont atteint r implosif, y après consonne et
devant voyelle et v devant lu.
I ° r s'amuït régulièrement devant les consonnes dont l'articu-
tion se fait avec la pointe de la langue :cf. devant/ parler c. 553,
devant d, t garder c. 374, porter L. (pour le traitement par-
ticulier du Val-d'Ajol v. § 87, 3°), devant s qui a donné nais-
sance aux phonèmes £, t, ç morceau L., porc c. 598 pour les
représentants de <( pourceau », devante journée c. 425, éter-
nuer c. 315. La conservation de r dans (e)çternï < *stermre,
faire la litière c. 459 aux points 16-22 provient de ce que r y
a subi une série de métathèses, d. § 32, qui l'ont préservé de
l'amuïssement.
Au contraire, devant les labiales, r se maintient régulièrement
partout : germer c. 387, etc. Pour le traitement de t devant les
chuintantes €, €, ;,/, cf. § 75, 6°.
2° )' issu de / s'amuït devant une voyelle antérieure dans
remplir c. 642-4, enclume c. 290, okT i-ii, 13-19 a oncle
L., fûtè 19, 20 < a. h-.Jîaùter siffler c. 710; pour cercle
c. 144, ongle c. 533, cf. § 29, 2°.
3° V disparaît par assimilation devant w: avoine c. 63, veine
c. 780, etc. Pouri'/;;, voisin, de 20-22, cf. § 72.
Les parler s des Vosges méridionales. 2
CHAPITRE III
TRAITEMENTS COMMUNS IRREGULIERS
Un nombre important de traitements communs se présente
sans régularité. Les uns ont été contrariés dans leur développe-
ment par des influences analogiques, les autres appartiennent
à la phonétique syntactique qui, comme on sait, ne s'exerce pas
avec la rigueur des développements phonétiques ordinaires : nous
en avons déjà constaté les effets dans certaines variations de la
quantité relevés §§ 2 sq. En outre il est fréquent que ces deux
phénomènes se manifestent concurremment. Par suite, les faits
sont si compliqués et d'un aspect si incohérent que l'explication
en devient fort embarrassante.
A. — Vocalisme.
§ 18. Traitement de la voyelle représentant 0 latin tonique
fermé et entravé.
Trois traitements sont en rivalité dans toutes les localités.
On trouve à la fois et partout: 1° u dans hX i-io, 15-22,
-^i2a, kûs II, 13, 14 coudre L., etc. ; 2° 0 dans ^-o/ goutte
L., etc. ; 3° w/o dans bourse c. 113, etc. Bien plus ils coexistent
parfois dans le même mot ; c'est ainsi qu'on a ô et uv dans kwôr
i-iib, 13, 16-22, kwor 12 et kor lia, c, d, e, 14, 15 = a. fr.
courrecouYÏv L., fwoé 1-8, 19-22,-^ 8'-ii b, e, 13-18 et /^r^ 12
fourche L., «eto dans rouge c. 669, genou C..384, soleil
c. 716, formé partout avec le suffixe Jiclu, û et wb dans bûé 1-8,
19-21, -€ 8^-18 tibwbé 22 bouche Z,., miie 1-8', i r a, c, -^9-11
b, e, 13-22 et viivoc 12 mouche L., «, 0 et wo dans court c.
217, four c. 358. Il arrive aussi qu'un même mot présente deux
traitements dans les parlers de tous les témoins d'une localité :
— 19 —
c'est ainsi que le Val-d'Ajol dit à la fois tô tontL. et tûjô tou-
jours c. 759.
La situation est la même dans d'autres parlers lorrains.
M. Horning, qui ne l'a pas relevée dans notre région, l'a cons-
tatée dans plusieurs localités de la Lorraine annexée §§ 104 et
105. M. Haillant donne pour Uriménil à la fois conhh, cohh et
coiiot, court, fouo, four, et mouhhe, mouche, VAL. pour Gérardmer
76 moc, mouche, et hû€, bouc, etc. ; dans les parlers de la région
messine 0 est particulièrement fréquent, cf. This, § 49 sq., Zeliq-
zon, § 46, et cependant This cite § 47 his, coudre. Il serait
facile d'allonger cette liste, v. Herzog, Einleitung, § 46, et l'on
trouverait des faits semblables dans les parlers franc-comtois
pour lesquels il suffira de signaler got, goutte, moé, mouche, et
fil, four, des points 23-26 démon enquête.
Un tel état de choses n'est pas aisé à expliquer, et les brèves
interprétations qu'en ont données MM. Horning et Meyer-
Lûbke me semblent peu satisfaisantes. M. H. se contente, dans
une note de la page 51, de se demander si « 0 n'a pas été
diphtongue dans cette position, comme le fait est vraisemblable
pour é entravé ; b serait une réduction à'oii, comme 0, a sont des
réductions d'o/. Les deux éléments seraient encore reconnaissables
dans ù ». On remarquera l'obscurité de la dernière phrase. M.
M. L.,Gr. d. R. Spr., I, §§142 et 144, est plus affirmatif et admet
qu'en lorrain 0 fermé entravé s'est diphtongue en du qui, par ôw,
s'est ensuite réduit à ô, sauf après les labiales et les gutturales,
après lesquelles une métathèse m > ou se serait produite. Mais
il ne dit pas comment, dans cette hypothèse, il explique les cas
fréquents où l'on trouve 0 après des labiales et des gutturales et
la présence d'w. On voit que la démonstration de M. M. L. est
insuffisante; de plus elle se heurte, dans notre domaine, à une
objection sérieuse. Si l'on considère wo comme l'état le plus
ancien, on est amené, pour expliquer les formes avec 0, à
admettre que wo se réduit à 0 dans des parlers qui manifestent
au contraire une tendance très nette à développer «.', ainsi qu'on
le verra plus loin § 40.
En conséquence, il me paraît plus satisfaisant de prendre
— 20
comme point de départ non pas une ancienne diphtongue mais
une des deux voyelles o, u et de voir dans w un phonème d'ori-
gine récente. Mais est-ce o qui a succédé à n ou inversement ?
Il faut avouer que le choix est délicat, et l'on ne peut trouver
aucun secours dans les textes du Moyen Age, dont les graphies
sont, on le sait, ambiguës, cf. Kisserling, Die betonten Vokale im
Altlothringischen (Inaug. Diss. Halle), 1890, p. 11 sq. La part
qu'on peut faire au mélange des parlers est restreinte ; on voit
bien que kwo, fivo, court, four, qui coexistent à côté de 'hU,
fui dans les localités 2-6, y sont des formes étrangères, et que de
même, à Uriménil, les formes couhh, cohh et couot ne peuvent pas
être toutes trois autochtones : mais ce sont là les seuls cas où
l'on puisse être affirmatif. D'autre part l'extension d'o est si
grande qu'il est difficile de le considérer comme issu d'?/ et en
même temps de justifier la persistance à'u dans un certain
nombre de mots. S'il faut donc admettre qu'« est dû à un dévelop-
pement secondaire, quel en a été le procès ? L'influence d'une
labiale précédente ne peut pas être la cause essentielle, puisque
« coudre » et « court » présentent également n. Par contre, il
me semble qu'on rend compte d'une façon satisfaisante de l'état
actuel en supposant qu'// s'est développé en syllabe ouverte.
Dans cette hypothèse, ô se serait maintenu quand il était
suivi de deux consonnes dont la première était implosive : c'est
ainsi que nô, vo, to, nous, vous, tout, où la voyelle est finale, ont
pu subsister grâce à des groupes syntactiques tels que « nous le tai-
sons », etc. Dans les mots terminés par une consonne tels que
« bouche », « mouche », etc., u s'est développé dans les phrases
où le mot s'est trouvé devant un mot à initiale vocalique. Des
exceptions comme bwoi, bouche, de 22, viwoc, mouche, de 12
deviennent ainsi facilement explicables : elles représentent les
formes usitées devant consonne et où plus tard un iv s'est déve-
loppé dans des conditions exposées § 40.
L'interprétation proposée ici a l'avantage de s'accorder avec le
développement d'w dans la syllabe protonique, cf. § 25, 3°, et
aussi de s'appliquer au cas embarrassant de « cheveu », qui est
traité dans le paragraphe suivant.
— 21 —
§ 19- Traitement de la voyelle dans l'ancienne terminaison
el < lat. /■////.
Tandis que ceux c. 142 N. E. se dit partout sa, v. encore
§ 129, 1°, cheveu c. 181 se présente partout avec ii. Le traite-
ment de « ceux » est fort ancien, car les textes du Mo3^en Age
ont fréquemment des graphies telles que ceo^ NAL. 2529, 41,
ceos id. 2531, 48, etc., cf. aussi Schwan-Behrens, § 21 r, Rem. û
de « cheveu » est donc récent et, conformément à l'interprétation
adoptée dans le paragraphe précédent, il faut non pas l'attribuer à
l'influence de la labiale v, mais y voir un développement particu-
lier de phonétique syntactique.
§ 20. 0, u, i en syllabe finale terminée par «une consonne.
C'est encore à la phonétique syntactique que sont dues les
variations du traitement des mots où 0, //, i se trouvent dans la
syllabe finale devant une consonne.
Tandis que certains mots conservent la voyelle étymologique,
d'autres l'atTaiblissent en œ, t et, devant une nasale, en ('; et sou-
vent la phonétique syntactique cause en outre des modifications
secondaires de la quantité.
1° 0, u, i devant une consonne autre qu'une nasale.
On trouve d'une part des mots tels que tyôé 1-8, 19-22, -f
8'-i8 cloche L., pof 1-8, 19-22, -e 8-18 =r fr. poche louche
L. avec 0 partout conservé, et d'autre part soc c. 713, byœé, -e
(f.) (pour les témoins qui ont fourni ces formes, cf. le Lexique
au mot indiqué plus loin), qui représente le fr. bloc avec chan-
gement de genre bille de bois L., où œ s'est développé en syl-
labe entravée '.
Il en est de même d' u qui est devenu œ dans jœt 1-8, 19-22,
/- 8'-i8 juste!,., hâ] 1-8, 19-22, -/ 16-18 et, avec une voyelle
allongée, hœe ne, 13 a, 15 a, -y 8' b, 9 huche L. Pour /, cf.
génisse c. 383.
2° 0, II, i devant nasale.
I. Brosse c. 120 N. E. est plus ou moins refait sur « bi'osser » qui,
de son côté, doit à « brosse » Vo de nombreuses localités.
— 22 —
La syllabe étymologique persiste souvent partout, avec des
modifications de laquantité, p. ex. dans hom me, lune, cuisine
L. D'autres fois au contraire elle s'est abrégée et affaiblie en syl-
labe entravée. Les faits sont ici assez compliqués. Les deux trai-
tements sont en rivalité dans personne c. 573, po mme c. 594.
En outre, dans les cas où la voyelle est réduite, elle est ordinaire-
ment e, conformément à ce qu'on a vu § 9, 2°; mais, en plus
d'allongements secondaires, on trouve aussi œ, è dont l'interpré-
tation est délicate comme le montre l'exposé suivant.
A côté à' en une L., seule forme de tout le domaine, et de
pyhn i-ii c, 13-ié a, iq-ii, pyem 12 plume L., les témoins
II a, b, 16 b disent pyèni, et de même l'aire 11, 14, 15 emploie
y eléni j'allume c. 27. œ, issu d'o, a une plus grande extension:
si « moissonne », cf. moissonner L., ne présente -un qu'au
point ii,pœm, pomme, est usité dans les localités 8', 9, 10, 16
et 19. Enfin, en ce qui concerne/, « cuisine », forme verbale de
cuisiner L., n'offre -6';/ que chez les témoins 11 a, c, ailleurs
on dit -en, -en et, avec allongement, -en au point 12.
œ, t semblent bien représenter l'état antérieur à e dans les
mots dont la voyelle étymologique est 0 ou u. Mais le fait n'est
pas absolument certain pour les verbes où nous pouvons avoir
affaire à des reformations analogiques d'après les formes où la
voyelle est protonique, zi. § 24. D'autre part, à Remiremont, t
est peut-être dû à une régression récente ; on voit en effet par
kœjèn, il cuisine, que tout ë y devient è ; on peut y signaler
encore /J^j pièce L. des témoins 11 a, c, ecry, Ç- suif c. 730, cf.
sur ce mot p. 8, et etrœy, étrille, de 1 1 c, cité p. 6.
§ 21 . Traitement de la voyelle nasale en (e) issue d'e latin devant
n ou m entravés en syllabe protonique.
Les faits actuels sont fort complexes : 0 ou la voyelle dénasa-
lisée 0 sont rares, on trouve sporadiquement e et très fréquem-
ment e. La vallée de la Haute-Moselle qui, ordinairement, ne
dénasalise pas les voyelles nasales brèves, ne présente avec e'que
gencive c. 380 et set recueilli dans la plupart des localités de
cette vallée sentirL. Le préfixe « €« » est presque toujours
devenu e, cf. empoigner c. 283, remplir c. 642, et l'on verra
— 23 —
§ 2é ad finem que cet e est même parfois sujet à disparaître.
Cependant les témoins a et c de Remiremont disent ofâ enfant
L. à côté à'efà de tous les autres témoins, 9 dit opûtà et 18, 21 a
(*- emporter Z., 17 a-c, 21 a odrâ endroit L,, au Val-d'Ajol,
où e est également prépondérant, en s e m bl e L. se dit ason ; enfin,
la préposition en c. 289, à côté d'e qui est le traitement le plus
répandu, offre 0 aux points 9, 10, 0 aux points 16, 17 et 0 au
point 12.
Etant donné que le traitement de cette nasale dans la syllabe
tonique suppose partout un ancien on, cf. § 1 1 , il est impro-
bable qu'en syllabe protonique eti (e) ait été conservé avec sa
prononciation ancienne. De plus, en cette hypothèse, on ne voit
pas comment il faudrait expliquer les formes avec ô, 0, 0. Il faut
donc admettre que la nasale de la syllabe protonique a passé,
comme celle de la tonique, par le stade à et que, dans quelques
cas seulement et par analogie, elle a suivi le même procès ô,
d'où è. Le plus souvent une dénasalisation s'est produite, et â
est devenu successivement à aujourd'hui disparu puis e. Le trai-
tement d'année c. 32 appuie cette explication'.
Les mots empruntés au français tels que c harpe ntier c. 162
flottent naturellement entre les deux traitements. On ne peut
pas faire état du pronom adverbial en c. 284-8 qui peut être con-
sidéré comme tonique ou protonique, ni de sentier c. 704 qui
peut être refait sur « sente » ; enfin dans les futurs de tenir, venir,
L. Va de l'aire 17-22, p. ex, à la 3* pers. du singulier tare, vâre,
est très probablement récent, cf. § 51.
Mais il reste à expliquer «gencive » et « sentir ». Le premier
doit la conservation d'Jàla palatale précédente, comme gendre
c. 381. « Sentir » est plus embarrassant ; on ne peut pas songer à
I . Les formes de ce mot sont étonnamment variées : c'est qu'en eflfet au stade
à deux développements étaient possibles, soit ù < ^ < ?, soit û <; ô ■< 5 ; de plus
ddes localités 12, 20, 21 représente un développement secondaire récent d'?en
à, conforme au § 5 1 ; mais de toute façon la présence de deux traitements dans
plusieurs localités de la région de Remiremont, cf. aussi anaue et onaue à
La Bresse dont la deuxième forme est plus usuelle d'après Hingre, est certai-
nement due à des faits de mélange.
- 24 ~
voir dans e l'effet d'une nasalisation récente ; la seule explication
possible, c'est d'en attribuer le maintien à l'action des voyelles i,
u au participe (on verra § 5 1 des faits analogues d'accommoda-
tion vocalique), et à une action analogique dans les formes
toniques.
Enfin au Val-d'Ajol le triple traitement e, 0 et a est vraisem-
blablement dû à un mélange de parlers.
§ 22. Syncope de la voyelle d'une syllabe protonique intérieure
ou initiale.
Ces syncopes sont fondamentalement de même nature que
celles qui ont produit les formes du français larcin, soupçon, a.
fr. corder, cf. Meyer-Lûbke, Hist. Gr., § 132, mais nos parlers sont
allés dans cette voie beaucoup plus loin que le français.
1° Les cas de syncope de la voyelle protonique en syllabe inté-
rieure sont nombreux, et toutes les voyelles sont sujettes à subir
le développement, c'est ce qui ressort des exemples suivants :
allumer c. 26, moissonner c. 504, cheminée c. 172,
oseille c. 537 que la plupart des localités désignent par un
dérivé en ette d'un simple que M. Meyer-Lûbke rattache à *aci-
dula EW. 104, noyer c. 527 qui, sauf au point 12, est exprimé
partout par un dérivé en /^r du mot qui signifie noix <^ nux *gal-
lica M. L., £"^.3659, servante c.706 désigné dans la majorité
des localités par des représentants du fr. demoiselle, carnaval c.
136 désigné encore en quelques points par le composé « carême
entré ».
Comme la plupart des mots qui pouvaient être atteints par ce
développement sont des verbes ou des dérivés, il n'est pas surpre-
nant que, dans beaucoup de cas, la voyelle ait été maintenue ou
rétablie sous l'influence des formes où elle est tonique : c'est ce
qui s'est produit dans un nombre variable de localités pour ceri-
sier c. 147 d'après « cerise » mais avec une quantité différente,
aiguiser c. 12, arranger c. 46, les représentants du fr. lima-
çon limace c. 455 ; de même renverser c.650 qui se dit
(r^èféà i-j, -ç- 21 est refait sur les formes toniques aux points 11
et 14 qui disent rvydçe {rewoee de 8', 12, 13 vient d'un autre éty-
-i)
mon *revolvicareM.. L,, EIV. 7285 plutôt quç*reverticare id. 7278
et Horning p. 119 s. v° rcvwosi). Il arrive même que la voyelle
soit partout maintenue, p. ex. dans les représentants de *pertusiare
trouer c. 769, déjeuner L., etc. Si dans boulangère, iio
la voyelle intérieure n'a pas été syncopée, c'est que nous avons
affaire à un mot français adapté et que la syncope de la voyelle
de la syllabe initiale, tout en exigeant un moindre effort, le trans-
formait moins; dcvete i-io, ié-22, -ey 11-15 = fr. arch. devantier
tablier L. est plus étonnant : c'est sans doute un mot introduit
assez récemment, si on le compare à « arranger » syncopé dans
la majorité des localités et à dcfti = fr. dévêtir de l'aire r-19
désha biller L.
2° La syncope de la voyelle protonique de la syllabe initiale
présente des faits analogues aux précédents : parfois elle se pro-
duit uniformément dans tous les parlers, mais fréquemment aussi
la voyelle est maintenue ou rétablie, surtout par analogie. Ici de
plus les faits sont compliqués par la phonétique syntaciique : la
syncope en effet ne pouvait avoir lieu qu'après un mot à finale
vocalique; c'est pourquoi les formes non syncopées sont plus
résistantes que dans le cas précédent. Si Ton ne fait pas état des
mots qui ont le même traitement en français, les cas où la syn-
cope est commune à tous les parlers ne sont pas très nombreux,
cf. p. ex. soleil c. 716, vous dites c. 253, pisser c. 583,
connaître L., verrou id., voulez-vous c. 807 (où l'on
peut ne pas tenir compte de vnlè 11, évidemment refait sur le
français, ni de vélc des témoins 11 a, c, dont a emploie aussi vie),
etc. ; plusieurs mots ne sont plus connus de quelques témoins,
mais les réponses suffisent pour prouver que la forme synco-
pée a existé partout, cf. tnte i-io, 16-22, nitèy 11, 12 a,
14 a, 15 a métier à tisser L., sle 1-9, 10 c, 16-19 c,
21 a, 22 a, -^3* II a, 13 a, 15 a cellier id., Imér 11 a, b,
13 a, b lumière L., cf. aussi lampe c. 440; cependant
pne panier c. 550 a une aire actuellement fort restreinte, et
peut-être est-il trop hardi d'être aussi affirmatif pour ce mot.
Au reste un a étymologique est sujet à être syncopé comme les
autres voyelles : c'est ce que montre la forme actuelle pkovlè des
— 26 —
témoins 9, 16 h, 17 a, b du nom de lieu Peccavillers (section
de Saint-Amé), issu de « Pascal -\- viler », aisément reconnais-
sable dans Paschaveleir cité dans l'introduction, Pescaviler NAL.
2542, 52 (Mai 1295).
En de nombreux cas, la syncope ne s'est produite que dans
une partie des localités : à côté de ^-a 1-7,- 17-22, les points 8-10
c, 12-16 disent /)^;(^, 11 2-c pé- pesant L., cf. encore les repré-
sentants de pisellu pois c. 592, léger c. 444. Dans ces mots la
forme non syncopée est celle qui était usitée après consonne ;
mais dans d'autres mots, particulièrement dans les verbes, ce
peut être aussi l'analogie d'autres formes ou de mots voisins qui
a soit entravé le développement, soit fait disparaître la forme
ancienne : ainsi l'extension de la forme syncopée est assez grande
dans je perds c. 568, perdu c. 570, donner c. 259, faner c.
335, elle l'est moins dans il fallait c. 333, elle est très restreinte
dans les représentants de *tittiare téter c. 748 et dans sécher c.
700. De même moulin c.511 a subi dans de nombreuses loca-
lités l'influence du v. moudre L., et monnaie c. 506 peut-
être celle de mener c. 490, s'il ne s'agit pas simplement d'un
mot français adapté. Les formes du dérivé Ôlq ^alln pour désigner
le cochet L., jèîé 2 c, 5 d, 6 e, /- 8 c, 8' c, d, f, jà- 12 a, 17
a, 18, ;- 19 a-c, jo- 15 a, sont remarquables à côté du traitement
de « geline » poule c. 602 (cf. Meyer-Lûbke, Einfûhrung in das
Studium d. Rom. Spr., 2* éd., § 138) et sont évidemment dues à
l'influence analogique des représentants de gallu j'ô 1-8, 19-22,
/o8'-i8 coq Z,. De même si pêcher c. 558 et pîUo 1-8', 11 a,
c, -c- 12, -ç- 9-1 1 b, 13-22 poisson L. ont partout une voyelle
protonique, c'est probablement sous l'influence des formes
toniques de « pêcher » (qui par une réaction réciproque doivent
leur û à « poisson »), comme moisson c. 504 va de pair avec
moissonner id. Il arrive même que la syncope n'ait pas lieu
dans des mots qui la subissent en français, soit par l'analogie des
formes toniques p. ex. dans « mener », soit par l'action de la
phonétique syntactique : c'est ainsi que chemin c. 171 est uni-
quement dissyllabique, après voyelle comme après consonne,
dans les aires 1-7, 17-22.
— 27 —
La conservation de la voyelle, protonique peut provenir de
bien d'autres causes, date de l'introduction du mot, celle de la
réduction d'un groupe de consonnes intérieur, etc. Le besoin de
clarté peut par exemple réagir contre les forces aveugles du déve-
loppement phonétique : ainsi les représentants de solariu au sens
de fenil L. sole i-io, 16-22, -éy 11-15 ont partout conservé la
voyelle protonique, dont la chute eût amené une confusion
gênante avec « cellier », cf. p. 25.
Finalement tant de causes concourent à entraver la syncope que
les mots où elle n'a pas lieu sont peut-être plus nombreux que
ceux qui l'ont subie ; et ces parlers dont la syncope est en somme
un trait caractéristique en arrivent à présenter des formes où la
voyelle protonique est longue, non seulement sous l'influence
d'un simple comme dans le diminutif qui désigne la petite scie à
un homme c. 691 dans l'aire 1-8', mais dans des mots dont le
simple n'existe plus ou n'a jamais existé dans notre région, ou
même dont la terminaison est identique à un suffixe usuel, p. ex.
bouleau, poison L., etc. Ce dernier fait se remarque dans un
nombre important de mots : que l'on compare à la voyelle brève
de garder c. 374 la voyelle longue de parrain, marraine,
mardi, marguillier L., et au traitement de faine L. <
*fagina, cf. § 28, 2°, celui de lait L. <C *lacticeUu qui se dit lâst
dans tout notre domaine lorrain, tandis que les parlers franc-
comtois limitrophes ont des formes à voyelle brève Ihe 23, lâ-
24, 25, là- 26.
§ 23. Réduction d'?< en hiatus à ît».
Cette réduction se produit soit à l'intérieur du mot, soit en
syllabe initiale, cf. d'une part alouette c. 30, les représentants
de l'a. fr. ajfouer 2i\\\im.Qr c.26 et de l'autre chouette c. 190,
bzvè boyau c. né, hive hoyau L. recueilli seulement en
quelques points, et les formes du pronom relatif et interrogatif
« où » dans le composé « où est-ce que » c. 539-541. Mais
dans le deuxième cas la phonétique syntactique a fait parfois sub-
sister les formes non réduites : c'est ainsi que l'aire 1-7 dit à la
fois ^wâ essuyer c. 3 11, ;f/^ j ouer c. 424 et ^îi^ chier c. 188
— 28 —
(sur Vu de ces verbes, cf. § 143), et que rml, avant-train de la
charrue, charrue Z,., est la seule forme attestée par les témoins
qui ont indiqué ce mot. Au contraire, dans louer, nouer L.,
les formes réduites avec zu sont si résistantes qu'après consonne,
outre Inà 1-9, les témoins 2 a, e, 4 a disent lewà, et qu'à l'initiale
2 a, e, 4 a, 18, 20 a ont employé nhm, cf. les formes analogues
de Noël c. 524.
§ 24. Affaiblissement des voyelles protoniques en œ, è et ë.
Quand la voyelle protonique n'a pas été syncopée soit pour
une des causes exposées dans le paragraphe précédent, soit parce
que les consonnes qui l'entourent nécessitent un phonème voca-
lique ou parce qu'elle est initiale, nos parlers la réduisent très
fréquemment à œ, è (ces deux signes peuvent être considérés
comme équivalents pour les raisons indiquées p. 2); mais ce
développement est aussi souvent entravé que celui de la syncope
et pour les mêmes causes. On peut citer comme exemples de
faits communs à tout le domaine sœpe partout sauf -à 12 sou per
L., drœmî dormir lâ.., fè.mày i-io, 14-22, -ey 11, 13, 4 12
fumée id.. Certains mots ou formes de moindre extension
méritent d'être également signalés : les représentants de l'a. fr.
escupir < *exconspuere avec modification de la terminaison ? Kôr-
ting 3374 cracher c. 224, les formes anciennes de « *roublier »
oublier c. 543, raye recueilli dans les localités 1-9, 11, 14, 15,
16 au sens de « racler le fumier de l'étable » fumier L., qui est
un dérivé de « râble » <C rntabuln\ les représentants de l'a. fr.
siibïer (plutôt que sibler^ au sens de siffler c. 710, le dérivé
de (( coin » <C r/m^w coin à fendre le bois c. 197.
La voyelle protonique passe parfois au stade <': dans couleuvre
c. 21 6, fourmi c. 360 l'aire en est assez restreinte, mais cou-
ture c. 22oratteste pour presque toutes les localités et connais-
sons c. 205 également partout où des reformations secondaires
I. M. Thomas, qui a rattaché à rotxilus toute une série de formes méridio-
nales, Nouveaux Essais, p. 329, propose de considérer notre verbe comme dérivé
de ce type, mais les faits réunis § 89, 4.0, semblent être plutôt à l'appui de notre
hypothèse.
— 29 -
d'après l'infinitif n'ont pas eu lieu, cf. encore Plombières L.
et les formes du nom des habitants de Ventron id. Il est pos-
sible que dans « fourmi » et « couture » le développement d'^
soit le résultat d'une assimilation partielle à la voyelle claire de
la syllabe tonique. Au contraire un ancien e devient assez fré-
quemment ce, ^ dans j e perdrai c. 569, perdu c. 570, perdrix
c. 571, dimanche c. 252 dont la syllabe initiale correspond
presque partout à celle de l'a. fr. dieinanche, fermer L., vêtir
id., « dévêtir » déshabiller id., maréchal-ferrant c. 479,
« limaçon » limace c. 455, mots où la voyelle est dans le voisi-
nage d'une consonne labiale, et en outre dans éternuer
c. 315 au seul point 12 et dans les représentants de *sternire
faire la lit ière c. 459 à la fois au point 12 et dans l'aire 1-7 :
cf. sur les relations de ces voyelles § 27.
Enfin d'une façon analogue un -n protonique en hiatus et sou-
tenu par un groupe de consonnes initiales tend à s'affaiblir en è,
è dans cor V éec. 214, éc roue lies c. 277, truelle c. 770 (pro-
bablement après développement d'un zu entre 'ii et la voyelle
suivante bien que je l'aie pas saisi partout, cf. § 28, 3°).
L'analogie a considérablement compliqué l'aspect actuel de nos
parlers. Très fréquemmentl'influence des formes verbales toniques
ou celle d'un simple a troublé l'évolution de la voyelle protonique.
Parmi les verbes on peut citer il buvait c. 103 où le traitement
phonétique hè- n'existe qu'en quelques points, fermez c. 342
pour les formes de « clore », trêve àt 11, 13-15 à côté de trovà
des autres localités trouver L. Les faits sont plus complexes
dans les verbes « couvrir, mourir, nourrir, pourrir » : ci a passé
de la syllabe protonique dans les formes toniques où il est
devenu œ, puis il a repassé avec cette nouvelle quantité longue
dans la syllabe protonique ; il en est de même d'(é de fyœte^-à =:
a. fr. flaiïter siffler c. 710 et d'I, au point 12, dans les verbes
«ouïr » et « jouir » qui s'y disent ey et jey, entendre L.,
réussir c.655.
Les cas où un simple a réagi sur un dérivé, empêchant ou fai-
sant reculer le traitement propre à la protonique, sont fort nom-
breux, cf. entre autres clocher c. 195, pommier c. 596, pru-
— 30 —
n i e r c. 619 pour les représentants du dérivé de « beloce » <; *bul-
lucea Meyer-Lùbke, EW. 1390, taie d'oreiller c.736 désigné
partout par un dérivé en elle, oison L. dont la consonne même
vient d'« oie », modifiés à des degrés divers par cloche Z,.,
pomme c. 594, prune c. 6 r 8, taie, oie L. ; cf. encore et eu le
c. 316, dont la forme çtèlà de 21 montre qu'y des autres localités
est analogique, ou brosser c. 120 souvent refait sur « brosse ».
Il en est de même de poignée L. et d'empo igner c. 283 qui
sont refaits sur poing c. 590 et les formes toniques du verbe
dans l'aire 1-16, tandis que dans l'aire 17-22 la voyelle protonique
est ^, e; poignet L. est même refait à peu près partout. En
ce qui concerne Vu de pûnty, epûne, pniio de i, 2, l'origine en
est semblable à celui de pnyï pouvoir c. 606 et d'autres mots
étudiés § 25. Journée c.425 est particulièrement intéressant;
car les formes avec é des deux vallées montrent que, si 0 proto-
nique en syllabe terminée par r -\- cons. s'est généralement déve-
loppé en w, cf. § 25, et ne s'est pas réduit à œ, è, la résistance de
cette voyelle vient non pas d'une date différente des développe-
ments, mais de l'influence conservatrice exercée par les formes
toniques. On comprend que dans ces conditions la voyelle de tel
mot qui est conservée dans nos parlers ait été réduite ailleurs au
point de s'amuïr complètement : c'est ainsi que « pourceau » qui
a dans tout notre domaine une syllabe initiale ^« porc c. 598 se
dit p'hhé-X Mailly (Meurthe-et-Moselle), etc., Adam, p. 362, cf.
dans ce même village p'bhon, poisson, id.,p. 360, et de nom-
breuses formes de « pommette » pomme, pomme de terre,
pommier AL. et Adam, p. 360 sq.
Finalement la loi de l'affaiblissement de la voyelle protonique
est si fréquemment battue en brèche que, même dans des mots
non dérivés, elle ne s'exerce que dans une partie des localités,
quand elle n'a pas été complètement annihilée, par ex. dans
oiseau L., cf. les formes § 25. C'est ainsi que le représentant
d'*ortcione dérivé d'om au sens d'ourlet c. 545, attesté dès le
Moyen Age par oressoii du Psautier Lorrain, cf. Apfelstedt, Loth.
Ps.,p. 175, et Meyer-Liibke, Gr. d. R. Spr., II, § 413, se dit
orso dans plus de localités qu ctrso (dans le v. correspondant
— 31 —
ourler c. 544 e s'est substitué à œ sous l'influence des nombreux
verbes à initiale er-, cf. plus loin § 27). Le mot qui signifie
nombril c. 528 et qui contient l'élément radical du fr. boudiné,
encore dans Oudin (1642) avec le sens de « nombril » d'après
le D. G., présente des faits analogues. Fromage c. 368, fro-
ment c. 369, fourmi c. 360, n'est-ce-pas ? c. 522 vraisem-
blablement formé de « non -f- mie » conservent également la
voyelle Ô dans un nombre variable de localités. On peut cepen-
dant, à propos de froml, fourmi, usité seulement dans les deux
points 2 et 8', se demander si nous n'avons pas affaire à un phé-
nomène de régression causé par la labiale suivante.
§ 25. Maintien dVi, 0 et développements secondaires dans la
syllabe protonique.
On a vu dans les paragraphes précédents que la voyelle proto-
nique, malgré la tendance de tous nos parlers à la syncoper ou
à la réduire, est fréquemment maintenue. C'est ainsi qu'« repré-
sente un ancien 0 devant / implosif dans la syllabe protonique
comme dans la tonique, cf. kût'è couteau L. et § 10. A la
suite du maintien d'un ancien 0, dont on a déjà noté quelques
exemples à la fin du § 24, il s'est produit un développement
secondaire en u dont les conditions sont délicates cà saisir.
1° u représente régulièrement une ancienne diphtongue oi
dont \q y 2. été absorbé par une palatale suivante, cf. poisson
L. cité § 22, moisson c. 504, poison c. 593, iijé 1-8', 11 a, c,
-/;- 9-11 b, d, e, 12-22 oiseau L., quelques formes de « poi-
gnée, empoigner » citées § 24, et aussi bfuo i-^' , 11 a, bu- 11 c,
b-ûÇo 9-1 1 b, d, 16-22, bu- II e, 13-15, -co 12 buisson L.,
mot d'origine obscure, cf. M. L., EW. 1226, mais dont la
forme ancienne est boisson. Si la consonne labiale a pu jouer
quelque rôle dans le développement d'o en u, « oiseau » montre
que cette condition n'est pas essentielle, v. en outre plus loin
p. 33.0 est rare; je ne l'ai noté en rivalité avec wque dans les
représentants de l'a. fr. liiissel < *globnsceIlu, M. L., EW.
3794, pelote L. Dans noisette c. 526 û n'est attesté que par
nûhàt du Val-d'Ajol, dont on peut rapprocher nûèy noyer
— 32 —
c. 527, ailleurs œ peut provenir de l'affaiblissement d'un ancien 0
ou être analogique d'après « noix « .
2° Les mots dont le type étymologique contenait un 0 entravé
devant r -\- consonne présentent des faits plus compliqués. Le
traitement le plus répandu et régulier est u : il suffira de donner
comme exemple typique p-ûtà i-io, 16-22, -e 11, 13-15, pû^à 12
porter L. Mais des réactions analogiques nombreuses sont
intervenues. VÔ du participe passé tordu c. 758 est évidemment
dû aux formes toniques, cf. tordre c.j^j, et l'analogie s'est
même exercée sur un dérivé local qui désigne un bâton servant
à serrer la corde de la voiture à foin autour d'une autre pièce de
bois tûdÔ 5 d, -0 14 a, b, 15 a, -yo 1 1 a, tnjô 12 a, mais tôdo 8 c, 8'
d, f, -à 16 a, 19 c, 22 a voiture L. Gâteau c. 376, qui se dit
régulièrement tûte dans les localités 1-7, 13, 14, se dit tôtè aux
points 8-9, I j- 1^ d'après tot=ïr. towte tartine c. 742. Jour-
née c. 425 n'a la voyelle?/ que dans l'aire 11- 15 ; dans les deux
vallées 0 a été maintenu ou rétabli d'après jour L. ; sur les
formes avec ê, cf. § 24. Le mot local rote 2 c, 5 c, d, 6 a, 8 a,
8' f, ne, 15 a, 19 c, riuoéé 12 a qui désigne l'herbe ramassée en
longues bandes après avoir été fanée tas L. conserve la voyelle
du simple, dont il dérive avec le suffixe e, = a. fr. reorte <C
retorta, v. bardeau L. Enfin zuo a été fréquemment introduit par
analogie, surtout à La Bresse, cf. écornée c. 274, fourneau
c. 361, corbeau c. 211, etc.
3° Le traitement des mots dont la voyelle est actuellement en
syllabe ouverte, réserve faite de ceux dont il vient d'être parlé,
est particulièrement difficile, oet ûy coexistent partout, cf. d'une
part les dérivés de « mouche ^) et de « bouc » abeille c. 4,
bouc c. 115, d'autre part bouteille c. 115; parfois ils riva-
lisent dans le même mot, p. ex. dans les représentants de
« courroie » arc-en-ciel c. 40 et courroie L. Les faits expo-
sés 1° et 2° et § 18 montrent que nous avons affaire à un déve-
loppement d'o en û et non au développement contraire, comme
on pourrait être tenté de le supposer. Ces mêmes faits et le trai-
tement de mots tels que ^«/ra bientôt c. 99 montrent en outre
qu'il n'est pas dû à une labialisation et que, d'une façon ana-
— 33 —
logue à ce qui a été admis § i8, o est devenu û spontanément en
syllabe ouverte.
Mais si cette loi est vraisemblable et peut convenir aussi aux
faits exposés i°, il faut reconnaître qu'elle a été fréquemment
entravée, au point même quM est plus représenté qu';/. L'analo-
gie a certainement joué un rôle important surtout dans les
verbes, et c'est ainsi qu'on peut expliquer Ô des représentants du
fr. bouter au sens de mettre c. 494, du fr. douter au sens de
craindre L., etc. ; de môme Vô de pônfi, pondu, de 20-22 à côté
de piliiH des autres localités pondre L. vient de la syllabe
tonique. On a vu aussi p. 26 que moulin c. 5 1 1 doit VÔ de
divers points au v. « moudre » ; et ivo dekzvorà, bientôt, 20 et 22
a la même origine que celui des mots étudiés 2°. Finalement,
en raison de ces modifications analogiques, le développement
d'Ô en u a été entravé ; c'est pourquoi on voit 0 subsister sans
cause apparente dans de nombreux mots tels que « bouteille »
déjà cité, boto partout bouton L., les représentants du fr.
archaïque mo«/z^r î?iÔt£ i-ro, 16-22, -éy 11-15 église id., ceux
de solariu au sens de fenil, cf. p. 27, collier c. 198, soulier
c. 721, etc. Cet état de choses a aussi pour conséquence que
les patoisants, ayant le sentiment (\Viô correspond au fr. n, assi-
milent avec 0 des mots empruntés, cf. bourrelier c. 112, et
qu'ainsi il est impossible de reconnaître si certains mots comme
« bouton », etc., sont récemment adaptés ou doivent leur voyelle
à un développement spontané.
§ 26. Chute d'è initial.
L't' qu'on appelle prosthétique et qui s'est développé dès
l'époque latine devant s -\- cons.,cf. Schwan-Behrens, §§ 10^ 4 b
et 28, tombe très fréquemment par un phénomène de phoné-
tique syntactique analogue à ce qui s'est passé en Italie et ailleurs,
cf. Meyer-Lùbke, Gr. d.R.Spr., I, § 273. Toutefois l'accord com-
plet de nos parlers ne se manifeste que dans une forme, très
usuelle il est vrai, le participe passé du v. être tû -< statutu, mais
à l'imparfait le Val-d'Ajol dit et~i, étions, età était c. 325, à
Les parlers des Voscres mer idi ouates. 5
— u —
côté de il et des formes commençant par t des autres localités.
Dans les autres mots l'extension des formes sans ï est moindre
encore ; on trouve la voyelle non seulement dans les parlers de
la région de Remiremont, mais encore dans ceux de la vallée de
la Moselotteoù, en raison delà persistance de s devant consonne,
un ^ d'appui est souvent nécessaire : épais c. 303, éternuer c.
315, éteule c. 316, étoupe c.320, étrangler c. 321, étroite
c. 327, etc.; il est même partout maintenu dans le représentant
du fr. échevette au sens d'écheveau c. 266, d'« épier » au
sens de regarder c. 640, épaule c. 305, étoile c. 319, en
partie sous l'influence du français.
L'apocope s'est également produite non seulement dans
essuyer c. 311, essuie-mains c. 3 10 exprimé par un dérivé
ou un composé de ce verbe, à côté duquel essayer c. 309 révèle
une action probable du français, mais aussi dans quelques mots
où e provient d'une ancienne nasale, cf. enclume c. 290 et sur-
tout encore c. 291. Bien que la phonétique syntactique ait con-
tribué au maintien fréquent de la voyelle, cf. encore échelle
c. 264, la chute a commencé à se produire à une date fort
ancienne, ainsi que le montre la forme .vfl/<?}' dérivée d'« échelle »,
que j'ai relevée dans la phrase une chcrre de loingne^ a cher xaley
rendu a Remiremont d'un texte non daté, mais probablement du
XIV* siècle, NAL. 2542, 76.
§ 27. Les voyelles caduques ^"et è.
Tous nos parlers possèdent deux voyelles caduques ë et è, saut
à Remiremont où è est prépondérant, et même exclusif chez les
témoins a et c. Au contraire, dans toutes les autres localités, la
voyelle la plus usitée est è : de, ne, que Z,., cerise c. 146,
chenille c. 175, les représentants de « geline » poule c. 602.
è apparaît fréquemment après les chuintantes é, ^,),j'. chemin
c. 171, chemise c 173, cheval c. 179, génisse c. 383, etc.
Dans ce dernier mot la voyelle est également caduque, bien que
je n'aie recueilli que la forme usitée après consonne : c'est ce que
montrent les deux formes données par Hingre oic gcneusse, lai
hnensse. Or il prouve que la présence d'é ne dépend pas essen-
tiellement d'une labiale voisine. Au reste ù existe encore dans
— 35 —
d'autres conditions : il est assez fréquent à la fin des mots termi-
nés par un groupe de consonnes, quand ils sont suivis d'un mot
à consonne initiale : arbre c. 39, chambre c. 151, ombre c.
531, et aussi la y personne du pluriel de Taire 19-22, cf.
pondent c. 597, portent c. 599, etc.
Il semble bien qnë représente l'état le plus ancien et qu'^ soit
un développement nouveau qui tend à s'y substituer. On a vu
plus haut § 24 qu'un ancien e protonique devient assez fréquem-
ment œ, è ; et la même rivalité des deux phonèmes existe dans
des mots où la voyelle est soutenue par les consonnes voisines
ou l'a été jusqu'à une époque très récente : cheminée c. 172,
chevreuil c. 184, chevron L., mercredi c. 491. Dans le cas
particulier où une voyelle a été développée entre consonne et r
final, cf. montre c. 508, dans des conditions exposées § 143,
nos parlers ont une préférence marquée pour é qui devient e au
Val-d'Ajol et é seulement à Remiremont, cf. aussi § 20 ad finem.
L'hypothèse qu'c est dû à une régression récente est beaucoup
moins vraisemblable. Mais il est bien certain que la coexistence
des deux traitements amène parfois un développement secondaire
à'œ, è en ë. C'est ainsi qu'il faut expliquer les cas cités § 24, où
une ancienne voyelle protonique 0, u est devenue e, après avoir
nécessairement passé par le stade et, è; de là aussi les trois
voyelles û,è, e de corvée c. 214 et le traitement du fr. truand
paresseux c. 552, dont la forme trtyà du point 12 est sans
doute l'étape intermédiaire entre triifà et ûrfà des autres locali-
tés. C'est enfin en raison de cette rivalité de traitements que des
mots récemment empruntés au français comme garde-cham-
pêtre c. 373, orphelin c. 536, quatre-vingts c. 625, la
3* pers. du sing. de « servir » refaite sur l'inf. cf. servir L.,
simplement id. présentent à la fois t et l.
Les conditions dans lesquelles la voyelle caduque tombe ou se
maintient ont été si clairement et si complètement exposées par
M. Grammont, La Franche-Montagne, p. 22, qu'il suffit de ren-
voyer à cet ouvrage. Les parlers de mon domaine ne présentent
que quelques particularités dignes de remarque. Quand les mots
à initiale formée de consonne -f y sont précédés d'un mot à
finale consonantique, il se développe régulièrement entre la con-
- 3é -
sonne et le y un / de liaison, par ex, dans suer L. sy% après voyelle,
siyï après consonne (partout sauf au point 12 qui dit cûa), cf.
aussi roue c. 667 et lièvre c. 454; cet i devient rarement e, je
ne l'ai recueilli que dans « lièvre» au point 5. Enfin il est une
autre particularité notable de nos parlers : dans les mots qui
commençaient anciennement par r-j-^ -f- cons., nos parlers pré-
sentent fréquemment, quand ces mots sont après consonne ou
commencent la phrase, des formes avec %r -\- cons. : regar-
der c. 640, recevoir, reculer, rechute L., etc., dont Xï
provient vraisemblablement, par agglutination, des pronoms
atones « le », « la », de l'article, ou de la préposition « de », etc.
B. — . Consoiiantisme.
§ 28. Développement de consonnes entre voyelles en hiatus.
L'amuïssement des diverses voyelles protoniques en hiatus est
un fait bien connu du moyen français, cf. Schwan-Behrens,
§ 271; et il n'est pas surprenant que le même développement
se soit produit dans de nombreux mots de mon domaine : dô, ve
dé, veau L., jeun c.421, chaîne c 149 issus d'anciennes
formes *dml, veel, jciiu, chac'uic, et les participes passés bii, rsû,
vu, tu (cf. § 26), etc. Il n'y aurait donc pas lieu d'insister sur
ces syncopes, s'il n'existait pas un groupe important de mots ou
de formes, qui présentent, dans un nombre variable de localités,
une voyelle protonique non syncopée et séparée de la voyelle
tonique par un des phonèmes v, y ou iv.
r V.
V se présente à la fois dans les participes eu c. 73, su c. 688 et
dans le substantif taon c. 740; dans les formes participiales il
s'explique aisément par l'influence des autres formés verbales ;
mais si ûvè, -en de 17-22, taon, issues régulièrement de tabaiiu,
montrent que les tormes en à des autres localités résultent d'une
substitution de suffixe ou peut-être d'un croisement du patois et
du français, de toute façon v n'est pas dû à un développement
récent et se rattache directement au latin /'.
:>/
2° V.
y a une extension beaucoup plus grande. Outre le participe
cru c. 234,011 il peut être considéré comme analogique d'après
les autres formes du v. « croire », on le trouve dans mûr c. 517,
les représentants de l'a. fr. sei'i ■< sabucii sureau c. j^/[,feyt)i i-
9, II a, b, 19-22, -/;/ 13, 14, -lu 10, II c, e, 15 a, mais/lw 12/
faîne /,., les formes correspondant:! l'a. fr. gaï)ii, regahu •< * vua-
dimen automne c. 59 et regain c.639 (cf. sur la terminaison
de ces formes §§ 148. et 151 s. v°) ; quelques formes n'ont été
recueillies ou ne subsistent qu'en quelques points : treyi 2 c, 5 d,
9, 14 b, 15 a, 16 a train L., reyl = a. fr. rai':^ <C r^^/V^ seule-
ment dans l'aire 1-3 radis c. 6'^4,çeyn'r 14, heyœr 2 c chaise
L., cf. aussi khayére Hingre, qui correspondent à l'a. fr. chaiere <i
cathedra avec des modifications expliquées § 151 s. v° ; enfin on
notera aussi la forme curieuse Rayhie, n. propre fém., Reine,
donnée par Hingre.
De cet exposé, il résulte que le Val-d'Ajol se sépare de toutes
les autres localités et ne connaît que des formes syncopées. Mais
l'accord de ces autres localités est loin d'être complet : elles ne
traitent semblablement que « faîne » et les représentants de *vua-
dimen, pour ne parler que des formes obtenues partout, c'est-
à-dire les mots où la voyelle tonique a ou avait ancienne-
ment le timbre i ; par contre « mûr » et les représentants de l'a.
fr. seil sont syncopés dans l'aire 17-22 comme au Val-d'Ajol. On
peut donc conclure que, dans tout notre domaine, à l'exclusion
du Val-d'Ajol, un v s'est développé régulièrement (dans « faîne »
il serait sans doute plus exact de dire qu'il s'est maintenu) entre un
^ protonique et une voyelle tonique de timbre/, et que c'est par
une propagation en quelque sorte analogique que ce même
traitement a pénétré entre î protonique et u tonique, ce qui
explique que l'aire en soit plus restreinte. Cf. encore pour les
formes participiales § 142.
Nos parlers ont, au reste, une tendance très marquée à déve-
lopper un 3» entre voyelles en hiatus. On peut citer le traitement
des verbes «ouïr » et « jouir» entendu c. 298, réussir c 655,
et aussi celui du mot français adapté truand au sens de pares-
- 38-
eux c. 552. Le fait se produit même entre deux mots : on dit
en effet partout e y 7, -à un, cf. à L., et y se dégage d'une façon
analogue après / adverbe dans les groupes [« que j'y aille, que
j'y envoie »] c. 418. Mais on ne peut pas faire état des formes
du pronom de la i""* personne îy, en raison des difficultés qu'en
présente l'explication, cf. § 105, 2°.
3° w.
Enfin, je me contenterai de rappeler qu'un zv apparaît après un
ii dans les mots déjà cités § 24 « corvée, écrouelles, truelle », car
je ne puis pas affirmer que dans les points et dans les mots tels
qu'essuyer c. 311, jouer c; 424, etc., où je ne l'ai pas noté,
ce phonème n'existe réellement pas. Mon audition a pu être en
défaut, et il serait par conséquent risqué de raisonner sur des
faits dont la valeur est incertaine.
§ 29. Amuïssement des consonnes finales.
Outre les cas où l'amuissement existe également en français et
qui sont passés sous silence, nos parlers en présentent un grand
nombre d'autres. Mais, si important qu'y soit ce phénomène, la
sphonétique syntactique et l'analogie le rendent souvent irrégulier
et il arrive même que nos parlers conservent certaines consonnes,
finales que le français ne possède plus, cf. fin du paragraphe.
i' r.
r, très anciennement final ou devenu final par l'amuissement
d'une consonne, disparaît à peu près sans exception, cf. les infini-
tifs en î = fr. ir, ceux en e = fr. oir dans avoir, savoir L.,
les suffixes é = fr. oir, û = fr. eur, etc., le suffixe à = fr. ard,
fwo fort L., etc. En dehors des mots empruntés au français, les
adjectifs noir et sûr L. ont partout un r qui provient de la
forme féminine.
r est en outre tombé dans trois mots où il était anciennement
suivi d'un ^ féminin, à savoir derrière c. 244, encore c. 291
et guère c. 403. La forme avec r de ce dernier mot subsiste
encore aux points 12 et 13, du moins quand il est indépendant;
car dans le composé qui signifie vaurien L. et qui correspond
au fr. « guère d'œuvrc », 12 et 13 disent tvklyœv, -J.
— 39 —
L'amuïssement d'un r qui occupe la deuxième place d'un
groupe final donne lieu à des faits plus variés. Il se produit par-
tout dans les verbes anciennement terminés en are. tels que
fendre c. 338, etc., mais ailleurs, et dans des mots de toutes
les époques, il se maintient dans un domaine variable : arbre
c. 39, les représentants de scindula au sens de bardeau c. 84,
ceux à'ubcr au sens de pis de la vache c. 582, cendre c. 143,
encre c. 292, genièvre c. 382, ombre c. 531, maître Z,. ;
il faut particulièrement noter quatre!,, qui se dit partout kwet
devant consonne et à la pause, mais conserve la forme plus
ancienne kiuetr devant voyelle chez la plupart des témoins.
2° /.
L'amuïssement de / n'est pas moins répandu que celui de r, cf.
le suffixe I = a. fr. el, 50 sel L., mye miel id., etc. Les excep-
tions sont rares : tous les témoins disent, comme en fr., novel a,
nouvel an, et dans les expressions « un bel homme, de beaux
hommes », quelques-uns emploient encore bel à côté de be, qui
est beaucoup plus usité, cf. nouveau, beau L.
On a vu § 16 que / après diverses consonnes devient j ; aussi
est-il impossible de reconnaître à quel stade la consonne s'est
amuïe dans cercle c. 144, ongle c. 533, /r^/ trèfle Z., etc.
3«/-.
/tombe de même partout dans byœ, yâ bœuf, œufZ,., etc.,
saufdansle nom dénombre neuf Z,. qui se dit nœf dans toutes les
localités quand il est final. Dans la phrase, devant consonne,
deux témoins seulement ont été interrogés, i a a employé ijœf,
mais I b nœ, que j'ai souvent entendu dans la région du Thillot.
Un seul mot (d)evÔ avec L. atteste l'amuïssement du k final,
parce que ce phonème a eu dans nos parlers un développe-
ment particulier, dont il sera parlé § 36.
5°;-.
Les faits concernant y final sont beaucoup plus compliqués
que les précédents, et parfois même l'interprétation en est tout à
fait incertaine. On sait en efi"et que les parlers orientaux et parti-
culièrement les lorrains présentent fréquemment au Moyen Age
— 40 —
après la voyelle tonique un / parasite, cf. entre autres Schwan-
Behrens^ ch. IV, p. î28, et IIP partie, p. 97, Suchier, Gr. Gr., pp.
764-5. Maison en connaît mal l'extension et les conditions, si
bien que l'explication des faits actuels est souvent obscure. On
trouve par exemple un )' final dans « feu, jeu, lieu »,cf. §9, dans
la région de Remiremont, dont on ne peut dire si c'est un traite-
ment ancien en recul, ou un traitement nouveau et analogique
d'après les nombreux mots qui conservent un y final issu d'une
ancienne palatale ; cf. aussi sœy 21, 22, say 12 sureau c.734.
Mais c'est certainement à une extension analogique de ce genre
que sont dues les formes avec y particulièrement fréquentes
au Val-d'Ajol telles quœy eu c.j}, sœy su c. 688. De même
il est probable que le y final fréquent dans la région de Remire-
mont après t' =r fr. eau, p. ex. dans lâsey 11 a, c lait L., etc.,
est récent ; en tout cas le développement se produit également
dans des formes françaises adaptées telles que dey 11 a-c dé L.,
et il est caractéristique du français populaire de la région de
Remiremont, cf. § 74.
Il peut même arriver que l'état actuel de nos parlers ne
permette pas de reconnaître s'il faut le rattacher aux faits
les mieux établis du Moyen Age. Le traitement ei, corres-
pondant à ^ du français < a latin tonique libre, appartient à
tous les textes lorrains ; quelques exemples de notre région
suffiront : âonciNAL. 2529, 41, meix, prei id. 2531, 66, etc.;
or nos parlers ne présentent actuellement aucune trace de y.
Mais ces réserves faites, il existe des cas nombreux où un y,
encore attesté dans un nombre variable de localités, est ailleurs
en voie de recul.
a) }■ issu d'un ancien /.
Un y, issu d'un ancien /, très anciennement final, dans des
formes masculines, subsiste encore partout dans pnly pou L.,
mais il s'amuït fréquemment ailleurs et dans une aire variable,
cf. genou c. 384, verrou L., seuil id., soleil c. 716 partout
formé avec le suffixe iiclu, les représentants de l'a. fr. crama il
crémaillère c. 227 ; l'amuîssement est général dans les repré-
sentants de l'ancien accusatif issu de /iliii fils c. 347 et dans
ceux de « mil » millet L.
— 41 —
b) y développé entre voyelles.
Suivant un traitement très répandu dans les parlers lorrains,
cf. Horning, §§ 132 et 171, et Meyer-Lûbke, Gr. d.R. Spr., I,
§§ 378 et 43 e, un nombre considérable de mots, qui se terminent
en français par une voyelle suivie d'un e féminin, est, dans nos
parlers, terminé par un y. Ce y peut s'être développé entre la
voyelle et Ve féminin en hiatus après amuïssement ancien d'une
dentale, cf. p. ex. année c. 32; il peut aussi représenter le
deuxième élément d'une ancienne diphtongue, p. ex. dans dby,
doigt c. 256, qui correspond à l'a. fr. doie <i*dita, ou une
ancienne palatale dans le mot qui équivaut au fr. raie ■< riga,
roy partout sauf n'iy lé a, ro 12, au sens de sillon L. ; l'origine
du y n'est pas certaine dans charrue c. 165, oy partout s2ii\îwoy
12 oie L.
Après /et u, c&y est actuellement en voie d'amuïssement, cf.
araignée c. 38, chargée c. 159 bis^ « tenue » s. v. tenir L. ;
il est également notable dans roue c. 667, queue L. kfiy i-io,
ié-22 mais kû 11-15. Le Val-d'Ajol présente des faits particu-
liers : il emploie à la fois woy, oie, swoy soie L., tûyta.ïe id. et
ro, sillon, iiiiio monnaie c. 506, où l'on a affaire soit à un
développement spontané soit à un mélange de parlers ; il est en
outre difficile de dire si la terminaison e qui correspond au fran-
çais ée p. ex. dans « année « y a perdu un ancien y ou, comme
dans les parlers franc-comtois, ne l'a jamais possédé.
On a vu plus haut p. 8 que nos parlers possèdent encore dans
quelques expressions figées une ancienne forme de « dieu » où y
s'était développé ; ce y persiste encore dans la région de Remire-
mont et dans la vallée de la Moselotte. On trouve un y de même
origine dans les formes de « suif » de l'aire 11-15, cf. p. 8, dans
l'adjectif pronominal mey mien L. de l'aire 19-22 et dans les
formes d'imparfait en éy, sur lesquelles cf. § 137.
c) y issu d'une ancienne palatale.
Les conditions dans lesquelles ce y apparaît ont déjà été expo-
sées p. 7 sq. Dans le suffixe correspondant au fr. ter l'aire 11-15
le conserve régulièrement. Dans les mots qui contenaient étymo-
logiquement un 0 latin suivi de v, il a une extension moindre :
on ne le trouve plus guère que dans les localités 11, 12 et 13,
- 42 —
cf. p. 9, cependant 17 a, f, g, 18 disent aussi /(^j^)» = fr. fossoir,
pioche à fer large, pioche Z. Là même il est fréquemment
amuï : c'est ainsi que dans huit L. œy n'a été indiqué que
par 12 b. Dans les mots dont l'étymon possédait un e latin
ouvert suivi de y, celui-ci a davantage résisté : si « lit », 3
p. s. du V. lire L., se dit partout le. et si le participe passé ne
se dit ley qu'au Val-d'Ajol, lit c. 458, pis c. 581 et six c.
712 ont un y final dans les deux aires 11-15 et 19-22, et le
pronom personnel féminin tonique issu à'*illaei ley i-io, 16-
22, ley 11-15 le conserve même partout. Quant à dix c. 254^ il
est probable que dïy^-, -ç de la région de Remiremont doit
le maintien du jy à l'influence des formes sans consonne finale
que je n'ai pas recueillies, et qui n'existent peut-être plus
aujourd'hui.
6° La spirante finale €, Ç.
« Six» a perdu partout toute trace de son ancienne spirante
finale, de même que les représentants âi*exarsii au sens de sec
c. 697-9, ^f- sur ce mot '§ 85, 2°. Par contre «huis » au sens
de porte L. la conserve partout, âe 1-8', 11 a, c, œd 9-1 1 b,
13-22, oç 12 a, b. Cf. aussi § 37.
7° t après ç <i s.
Cet amuïssement ne se produit que dans la vallée de la Moselotte,
parce que c'est la seule partie de notre domaine où s, à l'état de
Ç, se soit maintenu devant consonne, cf. § 43 ; mais il n'en com-
prend pas toutes les localités. Si l'on compare crête c. 229,
croûte c. 236, les représentants de l'impératif de « dévêtir » au
sens d'ôte tes habits c. 538, hêtre Z,., on voit que seule l'aire
20-22 amuït le / et présente des formes se terminant avec Ç, tan-
dis que les villages situés en aval conservent encore Çté. L'aire
même 20-22 n'a pas perdu toute trace de l'état antérieur : j'ai
recueilli mœÇU qui correspond à l'a. fr. moiste <C *mnccidu Meyer-
Lûbke, EW. 571 1, non seulement chez les témoins 19 a-d mais
chez 21 a, cf. humide Z,., et Hingre donne également meakhtc
pour La Bresse. Le v. meukhtlé, devenir humide, signalé aussi par
H., explique peut-être l'irrégularité de « moiste », cf. encore sur
ce mot§ 78.
- 43 —
B° d du groupe nd.
Cet amuïssement ne se produit également que dans la vallée
de la Moselotte, et seulement dans les points 20 et 21 ; il est en
effet consécutif d'un traitement propre à cette région. Dans la
terminaison des mots qui correspondent à des mots français en
endre, la voyelle se dénasalise en dégageant un w, cf. § 38 ; de là
provient le traitement ond de La Bresse et, par une réduction pos-
térieure, 5« des deux points 20-21, cf. cendre c. 143, des-
cendre c. 245, etc. Je n'ai relevé ce développement que dans
les mots en ôiid ; « joindre «qui s'emploie au sens d'atteler les
bœufs c. 54 se dit jed dans l'aire 20-22 ; Hingre donne, outre
jède, jènde et seulement khênde, éteindre, que je n'ai pas demandé
aux points 20 et 21. t ne subit pas le même traitement, cf. trente
c. 767 où la dénasalisation n'a pas suivi la même voie que dans
les mots en endre, et on verra plus loin § 98 que dans l'aire 19-
22 la 3*pers. du pluriel de l'indicatif présent est en /; cependant
dans le canton de Faulquemont de la région messine, l'ancienne
désinence nt est réduite à n dans les verbes à radical terminé par
une voyelle, cf. This, § 122, et Meyer-Lûbke, Gr. d. R. Spr.,
Il, § 139.
9° n-
Les anciennes terminaisons aîgne, eigne, correspondant au fr.
agne, eigne, igné se sont réduites à. è (è suivi d'une résonance
nasale « à La Bresse) dans la partie la plus reculée de la vallée de
la Moselotte, mais cette innovation n'a pas complètement éliminé
la prononciation antérieure. Montagne c. 507 ne se dit mdthi
qu'au point 22 (dont le témoin 22 a a également employé motefi,
sans doute en raison de ses déplacements), cf. aussi juontain
Hingre. Dans « Allemagne » qui sert à désigner l'Alsace L., è a.
une extension plus grande : àlmèn 22 a, b, — e 20 c, 21 a, e,
olme 19 d. Hingre cite en outre pour La Bresse lain, ligne à
pêcher, peiti, peigne de tissage, et même campain, campagne, et
de mon côté j'ai recueilli le 20 c, 21 e ligne L., pe 21 peigne
c. 560 et ve 21 vigne c. 791, mais Ihj 19 à.,pen 20, 22, ven 19,
20 et kàpeiî, 21, 22 campagne L. Hingre donne lui-même,
outre campaigne, le mot régional charpaigne, qu'il traduit
— 4^ —
par charpagne, terme du fr. populaire de tout notre domaine, et
qui concorde avec èh'pen de la carte 550 panier.
Cette réduction du y final a été relevée par M. Horning dans
une autre localité orientale, la Poutroie, § 178, et je l'ai notée
dans une région très éloignée, la Nièvre, la môle d eâlà, la mon-
tagne de Chalon, d'après Meunier, Monographie phonétique du par-
ler de Chanlgiies, p. 1 10, § 219, Paris, Champion, 19 12.
Les formes du mot correspondant au (v. fange ■< goih. fa iii
Meyer-Lûbke, EfV. 3184, étymologie qui soulève des difficultés,
et très usité dans les parlers orientaux pour désigner un terrain
marécageux et particulièrement dans des noms de lieux, donnent
en apparence une extension beaucoup plus grande à la réduction
à'aig7u à è. J'ai en effet recueilli d'une panfhj (f.) i c, 2 c,(m.)
2 c, 4 a, 5 a, c, 6 b, 8 c, 8' c, fen (f.) 15 b, (m.) 1 1 a, 14 a et
d'autre part Je (f.) 17 a, 19 a-d, 20 c, 21 a e, fèn 22 et l'expres-
sion di fè là 9, lé b, 17 a, b, 18, 19 d, 22 a, fange, fangeux
L. De plus, dans les noms de lieux, à côté de rot fen, la Ronde-
Feigne (Bussang) de i c, 2 c, j'ai obtenu non seulement rot fè
21 a, lâfèd l evyâ, Feigne-de-l'Envers (Ventron)id.,mais ;;/(V)'ô/è,
Mailleronfeing (Bellefontaine) lia, 13 b, la fè lôyô (ce dernier
mot est un nom de personne dérivé du nom ancien de la com-
mune d'Eloyes L., qu'on appelle aujourd'hui suivant les parlers
e ou âloy=.ir. « es -\- loges ^y), les Fains-Loyaux (Saint-Etienne)
15 ; cf. aussi dans le long article de Haillant Uriménil feine les
noms de lieux cités, particulièrement Plainfaing, commune du
canton de Fraize, Ranfliing, commune du canton de Brouve-
lieures, tous deux dans l'arrondissement de Saint-Dié. Mais
s'il est possible et même probable que dans là vallée de la
Moselotte, où le mot est encore féminin, fè soit la réduction
de fen, comme le montre la comparaison du patois rot pè
et du français Ronde-Feigne, il semble bien qu'ailleurs/^ soit
une forme masculine refaite : on remarquera en effet que le mot
est souvent masculin, et on notera aussi l'expression d) pè là qui
explique probablement le changement du genre, bien que je ne
l'aie guère recueillie que là où /é est encore féminin; enfin on en
trouve une autre preuve dans le nom de lieu Plainfaing, dont le
premier élément est l'adjectif masculin « plain •>.
— 45 —
Suivant une autre réduction, n perd parfois à la fin du mot son
élément palatal et devient n. Ce traitement a dû se produire
devant les mots à initiale consonantique, comme on le voit
également à l'intérieur du mot en différents points dans étran-
glerait c. 322. Actuellement il est localisé dans l'aire 11-15 où
du reste n persiste encore plus ou moins suivant les points et les
témoins, et il se manifeste dans des mots de toute époque, cf.
montagne c. 507, peigne c. 560, signe c. 711, vigne c. 791,
charogne, empeigne, ivrogne, ligne L., etc. On ne peut
pas faire état de kvoii borgne L., usité partout, pour conclure
que la réduction de n à n appartient à tout le domaine ; car,
outre que ce mot est d'origine inconnue, cette forme isolée
peut bien avoir été empruntée.
Bien que l'amuïssement des consonnes finales soit, comme les
pages précédentes le montrent, plus important dans nos parlers
qu'en français, il arrive qu'une consonne s'y maintienne, alors
qu'elle est amuïe en français. On a déjà vu plus haut p. 42 le cas
d'« huis » ; de même chez la plupart des témoins deux et
trois ont des formes à consonne finale à la pause : dns partout
sauf ^« 7 a, 12 b, tro£ 1-8', n a, c, -ç 9-1 1 b, 13-22, -ç 12; et
dix c. 254 N. E. conserve cette forme, même dev'ant consonne.
En outre l'analogie fait parfois triompher à la pause la forme à
consonne sonore, normalement usitée devant voyelle, dans troj,
trois, I b, 7 a, dix c. 254. Toutefois, il ne faut pas voir dans
frtit fruit c. 370 une forme où / final se serait maintenu par
une action de la phonétique syntaciique, mais le représentant
d'un étymon *fnicta qui se retrouve dans d'autres parlers
romans, cf. Meyer-Lubke, EW. 3537, et Gr.d. R. Spr. ,11, § 54.
§ 30. Les liaisons.
En raison de l'amuïssement des consonnes finales, les hiatus
dans la phrase sont plus nombreux qu'en français.
1° Entre adjectif et substantif, on a vu p. 39 que « beau » se
dit ordinairement bé même devant voyelle, ptî petit L. est la
seule forme usitée. Au contraire ^/ quel L. dans la phrase
[« Quel âge as-tu ? »j a été employé par presque tous les témoins.
-4é -
Les noms de nombre présentent de même ordinairement des
formes à finale consonantique devant les mots à initiale voca-
lique; cependant dfi deux L., fré trois id. sont très fréquents
devant voyelle, surtout dans la vallée de la Haute-Moselle, et ce
fait est assez remarquable en raison des particularités signalées
plus haut sur ces deux noms de nombre.
2° Après un substantif, la liaison ne subsiste que dans quelques
locutions usuelles : je n'ai guère recueilli que d enœt e kï^, d'au-
jourd'hui en quinze, 20 a et 22 a aujourd'hui L., de td:(e ot,
de temps à autre, 2 c .
3° Après une forme verbale, la liaison n'est régulière que
lorsque le pronom sujet de la 3^ personne est postposé, cf. p. ex.
elle Z,.; je n'ai pas demandé « vas-y, donnes-en », cf. toutefois
à la fin du paragraphe. Elle est en outre assez fréquente après
«c'est », cf. être L., et, avec des consonnes variées, dans l'im-
parfait prochain formé, comme on le verra § 125, avec l'ancien
adverbe or. Mais, en dehors de ces cas, elle est exceptionnelle : je
n'ai relevé q\iQe forât et..., il faudrait être..., du témoin 20 a, v.
la c. 334 N. E., et un y d'origine obscure, dû peut-être à une
propagation de celui que nous verrons 4°, entre l'indicatif présent
d'« avoir » et le participe « eu » au seul point 19, avoir L.
4° Après les prépositions et les conjonctions la liaison est éga-
lement très rare, sauf dans des composés tels qu'avant- hier L.,
qui de plus présente parfois un :{ analogique, etc. Je n'ai en
outre recueilli que pw^ « en avoir » des témoins 9 et 14 a, cf.
en c. 285 N. E., e y en..., à une..., des témoins 19 c et 22 a, à
Z,., qui est refait snvey t, à un, cf. p. 38, et cy ûr, à l'heure,
de 17 f, g heure L. qui a peut-être la même origine.
Parmi les faits concernant les conjonctions, il faut signaler
l'emploi indifférent de kà et kàt, quelle que soit l'initiale du mot
suivant quand L., etv'it e y œt, vingt-huit, des témoins 17 f,
19 c, 20 a, 22 b vingt L., dont le y paraît être une propagation
de celui que nous venons devoir après « à ».
5° Les faits obtenus concernant l'adverbe sont peu nombreux.
Quand l'adverbe précède l'adjectif, tro tropZ,. est la seule forme
usitée ; par contre « bien » est partout lié par n, et ce traitement
— 47 —
est de beaucoup le plus répandu dans l'expression « je voudrais
bien avoir de celle-ci », bien L; cf. aussi tôt e le rod, tout à la
ronde, i8, 20 a, 21 a, 22 a autour L.
A côté de ces cas où, dans l'ensemble, la liaison a rarement
lieu, il en est un certain nombre où elle est au contraire con-
stante, à savoir après les articles et les pronoms et adjectifs prono-
minaux, en notant ce fait important que yetw ont partout la
valeur de consonnes et empêchent toute liaison : je n'ai relevé
qu'une exception pour u> dans m woe auge c. 57 au Val-
d'Ajol.
Il s'est même produit après les pronoms quelques développe-
ments analogiques. « on », p. ex. dans on a c. 67, « on est »
être L., est lié dans de nombreuses localités par un :( qui pro-
vient probablement de « nous, vous » ; l'influence d' « ils, elles »
est exclue puisque ces deux pronoms se disent partout el, ell
devant voyelle. De même, on emploie partout « ça z » devant
une forme verbale à initiale vocalique, cf. ce L. ; seul le témoin
18 dit sa « est », mais c'est très probablement un usage individuel.
Dans l'expression donne-m'en c. 284 la plupart des témoins
disent « me-s-en », évidemment d'après « nous-en », et de
même une forme :^î s'emploie après je c. 418 d'après « nous-y »,
etc.; ce développement ne s'est produit que dans les localités où
le pronom « je » a une seule forme /, et où par conséquent le
groupement de « je » avec « y » était devenu à peu près impos-
sible sans ce procédé.
§ 31. Assourdissement des consonnes finales.
Conformément à un traitement qui dépasse de beaucoup notre
domaine et qui appartient sans doute à la phonétique syntac-
tique de tous les parlers français, une consonne sonore qui
devient finale par suite de la chute d'un e féminin s'assourdit,
quand elle se trouve en contact avec une sourde suivante, cf.
|.ais-toi c. 739, à côté de l'infinitif se taire c. 738, exprimé par-
tout par le représentant de l'a. fr. coisier <^*qnetiare Meyer-Lûbke,
EW. 6956 ; laconsonne de mange c. 474 est restée sonore devant
« puisque tu as faim », là où les témoins ont fait une pause.
-48-
Ce phénomène d'assimilation est semblable à celui qui se pro-
duit à l'intérieur du mot, cf. § 8i, A i°.
C'est par une extension analogique de ce traitement que les con-
sonnes sonores finales sont devenues sourdes en toute position,
sauf naturellement devant une consonne sonore suivante. Mais
ce phénomène caractérise la région de Remiremont et surtout
les points ii, 13 et 14, où l'assourdissement a lieu à peu près
sans exception. Les points 12 et 15 le présentent également,
mais avec moins de régularité, cf. le traitement du suffixe âge
p. ex. dans fromage c. 368, il neige c. 520, le représen-
tant du latin uber au sens de pis de la vache c. 582, garde
c. 372, il garde c. 375, froide c.367, seize c. 702, treize
c. 765, dos 11-15. sauf ^cl;^ 12 b douze L., etc.. Arbre c. 39,
gerbe c. 385, herbe c. 406, cL aussi rîd', meule à écraser le
chanvre, 14a, chanvre L., sont à peu près les seuls mots où la
consonne finale m'ait paru moins nettement sourde, et peut-être
ce fait est-il simplement attribuable à l'insuffisance de mon
audition.
En dehors de l'aire 11-15, l'assourdissement est peu répandu;
le point lé est le seul où il se manifeste avec quelque fréquence ;
ailleurs il est sporadique, cf. ^os 10 a, b, 11, i2a-ié chose L.^
mύ, moisit, 9 moisir L., aire et grange c. 15 et 394, bise
c. 100, etc; ; quatorze c. 624 a une sourde finale dans une aire
plus considérable qui comprend les localités 9-17, 19-21. On
voit par ces exemples que le phénomène est étranger à la plu-
part des parlers de la Haute-Moselle ; cependant, ainsi que le
fait est indiqué dans V Atlas, introduction, p. xx, la sonorité des
consonnes finales est moins nette qu'en français, et j'ai même noté
grîj 2c, 6 b grise L., inortiuçs 2c mortaise L.,blcs 5 c Biaise L.,
et làe, -s 5 d, qui représente probablement le même type que
le tr. longe et s'emploie pour désigner la longue poutre qui
passe sous les essieux, voiture L. Pour le s du féminin kh-yd'S,
creuse, profonde c. 617 de l'aire 19-22 et d'autres adjectifs en
eâsse et aussi pour celui du substantif betœs, lait de beurre, cf.
§§ M 5 et 147.
— 49 —
§ 32. Métathèses de r.
Ces métathèses qui sont multiples sont souvent en contradic-
tion apparente : c'est un fliit qui résulte à la fois de l'époque dif-
férente à laquelle elles ont dû avoir lieu et de réactions analo-
giques qui en ont troublé le cours.
1° D'après les c. 222 couvrir et 547 ouvrir, exprimé dans
la plupart des localités par un composé avec « de » (pour la
reformation de l'aire 11-15, cf. § 143, B), r s'est placé parméta-
thèse après la consonne initiale. Le traitement existe actuellement
dans toutes les formes verbales, et cependant kœvrî des témoins
I b, 5 a, 7 a, 8 a, c semble prouver que la métathèse s'est d'abord
produite dans les formes toniques.
2° Suivant une autre métathèse, r implosif final dans la syl-
labe protonique passe après la consonne initiale, cf. fourmi c.
360 et corvée c. 214 ; fromage c. 368 est un exemple douteux
parce que le traitement est analogue à celui du français ; quant
zdrœmt dormir L. et à fermer L. et c. 342, on ne peut pas
non plus en foire état, parce que la métathèse a pu se produire
dans les formes toniques. Quoi qu'il en soit de ces deux verbes,
elle est attestée très anciennement par la forme saint fremin
NAL. 2531, 78, et en tout cas elle est antérieure à la suivante.
3° D'après celle-ci, r combiné avec la consonne initiale d'une
syllabe protonique passe à la fin de cette syllabe. Toutes les
localités la présentent dans les formes de « prendre », cf. prenez
c, 614, les futurs de verbes tels qu'entrer, rentrer, montrer
L., les représentants de l'a. fr. trestuit tous c. 761, et également
à peu près sans exception dans ceux de l'a. fr. grillet aux sens de
grillon et de grelot c. 401 et 398 ; elle se produit même dans
des mots récemment. adaptés du français tels que brebis c. 118,
grenouille c. 400. Mais souvent elle ne comprend qu'une partie
du domaine et reste localisée dans la vallée de la Moselotte, sauf
ûrwel truelle c. 770 qui existe au point 5 et quelques formes
de la préposition « entre » en composition, cf. entre c. 302
N.E. Dans la vallée même de la Moselotte l'extension en est
variable: à côté de fourmi c. 360, fromage c. 368, froment
Les parlers des Vosges méridionales. 4
— 50 —
c. 369^ premier c. 613, les représentants du fr. trua^id au sens
de paresseux c. 552 qui couvrent l'aire 17-22, codcrne 19-22
chardonneret Z,., issu par étymologie populaire du croisement
de « chardonneret » et de « chaudronnier », broyer c. 123,
corvée c. 214, prêter c. 61'), perye 20-22 prier L.,kervâ 1^-22
crever L. ne dépassent pas le point 19 qui parfois ne possède
pas le traitement. Exceptionnellement e/e^ru^^/éc rouelles c. 277
existe au seul point 5 ; mais dans ce cas il est très probable que
nous avons affaire, comme dans groseille c. 402, à un mot
influencé par le français. Le traitement de mots comme « fro-
mage, froment, premier » est-il dû à une action semblable du
français dans les points où la métathèse n'est pas attestée ou en
est-il indépendant, il est impossible de le dire. Mais en tout cas,
ailleurs l'irrégularité a nécessairement une autre cause. Dans les
verbes « crever » etc. elle est clairement due à l'influence des
formes toniques où la métathèse n'a pas lieu, cf. ces formes au
Lexique; et comme ces verbes sont à la fois assez nombreux et
très usités, le développement de la métathèse a été par propaga-
tion analogique entravé dans des substantifs tels que « fourmi »,
etc.
CHAPITRE IV
TRAITEMENTS ANCIENNEMENT COMMUNS EN RECUL
Il m'a paru intéressant de grouper ensemble un petit nombre
de traitements qui sont représentés dans toutes les localités, sauf
parfois au Val-d'Ajol, mais n'y existent plus que comme des sur-
vivances d'un état ancien. Les causes du recul de cet état peuvent
être multiples, développement phonétique, réactions analogiques,
disparition des mots qui étaient soumis au traitement considéré,
etc. Les faits exposés au § 37 sont, d'après l'explication qui y
est admise, d'origine morphologique, mais en raison de leur
aspect actuel, qui a parfois fait croire qu'on est en présence d'un
développement phonétique de r final, j'ai jugé préférable de les
classer ici.
A. — Vocalisme.
§ 33- è <i^y devant r.
On a vu § I que nos parlers ont réduit l'ancienne diphtongue
ay 2. â en position finale tonique. Devant r un développement
particulier en e s'est produit anciennement, mais il n'en reste
plus que des traces. Actuellement er <C area est usité dans les
localités 1-7, 19-22 au sens de jardin c. 414, we(r) guère c.
403 <C anc. h. ail. weigaro l'est dans les localités 11-14, j'ai en
outre relevé en quelques points les dérivés de « vair » <C vàriu
comme noms de bœufs ou de vaches vèrôÇm.) 12 a, 19c, vertl(î.^
12 a à côté de varel 3a bœuf, vache L. ; mais hrer =1 fr. braire
au sens de pleurer L.,Jèr, trer faire, traire id. n'existent plus
qu'au Val-d'Ajol. Il est clair que brâr,fâr, trâr des autres points
ont été refaits sur les formes de l'indicatif présent brâ, jâ, trâ ;
dans « guère » e est devenu â puis 0 sous l'influence de la labiale
— 52 —
initiale dans les localités autres que 11-14, vârel de 3 a doit son
â à la même cause.
Il est dii-ficile de dire si le développement s'est fait d'à en e ou
au stade ay par ey. Cependant la deuxième hypothèse est plus
probable ; car le développement est non seulement ancien, mais
dans les textes médiévaux on trouve, à côté des formes eire, ère
< area NAL. l'y'^i, 81, etc., des formes iere, hiere où ie semble
attester un diphtongaison de Yc sous l'influence du y, diphton-
gaison qui se sera ensuite réduite comme dans le suffixe « ier »
et le groupe ^'^^f < lat. c ouvert -|- y, cf. plus haut, p. 7. Je n'ai
pas relevé ces formes dans les chartes des NAL., mais elles sont
courantes dans V Inventaire sou ti)i aire : ieres 1381^ III, p. 39,
col. I, 13 16 id., p. 40, col. 2, hiere 1307, I, p. 50, col. i, etc.
§ 34. Traitement d'il latin protonique en hiatus.
C'est un fait bien connu que la conservation d'il latin proto-
nique en hiatus dans les parlers lorrains et wallons, cf. Horning,
§ 118. M. H. a également constaté que dans l'aire F de son
enquête, c'est-à-dire dans mon propre domaine, / rivalise avec
û (d'où w), mais sans essayer d'expliquer ce fait. En effet û (d'où
w) a actuellement une extension beaucoup moins grande qu'z
(d'où y). On ne le trouve partout que dans truelle c. 770, dont
l'étymon avait certainement un û comme le français et la plu-
part des langues romanes, cf. triia, truella, triilla Kôrting 9771
et 9775, et dans les représentants du fr. huer huà, -e, d'origine
onomatopeïque, cf. Meyer-Lûbke, £"/^. 4221, au seub de crier
L., recueillis dans la plupart des localités. Essuyer c. 311 n'a
û ou îf que dans l'aire 1-7 et bruyère L. que dans l'aire 20-
22 sous la forme berwer. Quant à trûyà des points 9, 10 pares-
seux c. 552, c'est sans aucun doute une forme adaptée du fr.
truand. Dans tous les autres cas on ne trouve plus qu'//, iv au
Val-d'Ajol seulement et, dans les autres locaUtés, y qui, en com-
binaison avec un n précédent, donne y, cf, éternuer c. 315,
les représentants de « nuée » nuage c. 530, ceux de « buée »
au sens de lessive c. 447, « essuyer » déjà cité, sye partout sauf
cûà 12 suer L., tye partout sauf tive lia, c, -à 12 tuer id. On
remarquera qu'au Val-d'Ajol // (ou w) est le traitement prédomi-
— )i —
nant: on y dit en effet niiê ou mue, biue, reciuà, Ciîà, tiuà; cependant
à côté de b-wà, faire la lessive, de 12 b, le témoin a a indiqué ^^â et
« éternuer » n'a que des formes avec n. Quant à tiOe de 11 a, c,
c'est très probablement la forme française adaptée.
Le recul d'« est à mon avis le résultat d'actions analogiques ;
la plupart des mots où u protonique s'était conservé sont des
verbes ou des substantifs verbaux; il n'est donc pas surprenant
quu ait pénétré des formes toniques dans les protoniques pour
se réduire ensuite à. i, y; et dans « nuée « qui n'a pas de verbe
correspondant, u s'est introduit par propagation analogique, si
ce n'est pas plutôt un emprunt relativement récent, cf. § 151, s.
v° nuage^
B. — Consonantistne.
§35. Persistance de w dans le groupe kw.
Ce traitement qui est également un des plus caractéristiques
des parlers lorrains, cf. Horning, § 146, est encore bien repré-
senté dans notre domaine : toutes les localités le possèdent dans
hivet quatre L., cacher c. 130, carême c. 134, les représen-
tants du type quadruviu au sens de visite c. 795, cf. sur ce
mot § 151. Mais dans d'autres mots, même apparentés à ceux-
ci, il est en voie de régression, et l'évolution en cours s'exerce
différemment dans les 22 localités: « querre » et « (re)quérir »,
usités partout au sens de chercher c. 176, ont perdu iv dans
l'aire 1-8', c'est également dans cette région que l'initiale de
« carême entré » qui signifie carnaval c. 136 est réduite à k ;
mais *quetiare employé partout au sens de se taire c. 738 ne
présente plus hu que dans les points 12, 13 et 22, àcôtéde tohuc
toujours c. 759 de l'aire 17-22 formé de « tout -j- coi », cf.
infra § 151; dans quatorze c 624, hu n'existe plus qu'à La
Bresse, et enfin zu a complètement disparu dans ka, kât quand
L. et dans ekcl écuelle c. 278, qui suppose une forme plus
ancienne ekweh recueillie ailleurs par Horning § 118.
I. Xyeryat, rouet, de 20-22, dérivé de « roue », cf. § 59, on ne peut
rien conclure, car c'est un mot voyageur, cf. § 151 s. vo.
— 54 —
§ 36. è, € <C ancien /^ final.
Ce traitement, anciennement attesté dans les parlers lorrains
oîi il est très répandu, cf. Horning, § 133, appartient également
à notre domaine, où il est en voie de recul. Le Val-d'Ajol même
ne le possède pas; mais l'a-t-il perdu ou ne l'a-t-il jamais connu,
c'est une question présentement insoluble. Le seul mot où é, e
paraissent avoir disparu par développement phonétique est sec c.
697-9, qui se dit jo aux points i-io, 12 et sa au point 19 ; et
encore cette explication n'est-elle pas certaine ; il est en effet pos-
sible que dans ces localités la forme masculine ait perdu sa con-
sonne sur le modèle des nombreux adjectifs dont le masculin se
distingue du féminin par l'absence de consonne finale. Quoi qu'il
en soit, en dehors de ce cas, le recul des formes avec ë, € provient
de la substitution de formes nouvelles : dérivés, emprunts au
français ou aux parlers voisins. Le représentant du français hac
au sens d'auge c. 57, queM. Meyer-Lubke, EW . 868, rattache à
un type haccus d'origine obscure, ne subsiste plus que dans l'aire
16-22, tandis qu'ailleurs on emploie « auge », cf. § 89, 2° ; soc
c. 713 est exprimé par un dérivé dans les localités 1-8, 12 ; bouc
c. 105 n'offre même plus de formes simples; sac L. se dit scë
1-8, 19-22, -€ 8-10 c% 14-18, c%s 13 a% mais les témoins 10 a-
c, II- 14 a- emploient la forme française sàk. Quant au repré-
sentant de « bloc » au sens de bille de bois L., cf. § 20, 1°, je
ne l'ai recueilli que dans quelques localités.
§ 37. ^, f <; ancien groupe final rs.
Toutes les localités, à l'exception du Val-d'Ajol, présentent e
ou le phonème f qui en est issu, cf. sur ce développement § 47,
à la fin d'un certain nombre de mots qui ont un r en français
actuel ; toutefois leur accord ne s'étend qu'à une partie des
exemples. Clair L. se dit bien lye 1-8', 11 a, c, -ç 9-11 b,
1 3-22 à côté de /)'a de 12 b; mais mur c. 516 se dit;;/// aux points
12 et 19-22 ; les témoins 12, 20 a, 21 a emploient àû à côté
de àiXe 1-8', 11 a, c, -f 9-11 b, 13-19, 22 dur L. ; et les formes
avec ^, f de vert c. 787, court c. 217 et four c. 358 occupent
un nombre encore plus restreint de localités ; si ffee, -ç fiel c.
— 55 —
344 sont sans aucun doute des formes de « fier », qui a eu le
sens d'amer et a été ainsi employé substantivement pour dési-
gner le fiel, on ne peut cependant pas se prononcer sur la forme
fye qui peut représenter phonétiquement « fier » ou « fiel ».
L'explication de ces faits a été donnée par This, p. 40, à qui
M. Meyer-Lubke, Gr.d.R. Spr., I, § 561, l'a empruntée -.-e, ç
représentent le développement phonétique d'un ancien groupe
final rs, dont le s n'est autre que celui du nominatif de l'ancienne
flexion nominale. Cette explication est beaucoup plus satisfai-
sante que celle que M. Cuny a admise Revue des langues romanes,
t. 49, p. 532, et d'après laquelle^, Ç seraient issus de r final
par développement phonétique. Elle a en effet l'avantage de
rendre compte de l'extension irrégulière du traitement et de son
absence complète dans de nombreux mots anciennement termi-
nés en r tel que mûr c. 517, jour Z., les formes du singulier
de l'indicatif présent du v. courir Z-., etc. Notre domaine pré-
sente même une spécialisation remarquable des deux anciennes
formes casuelles de « clair » : tandis qu'il conserve, comme nous
l'avons vu, l'ancien nominatif avec la valeur d'adjectif, il emploie
partout l'ancien accusatif au sens de petit-lait iye i-ii, 13-22,
tyà 12 lait L. Il faut en outre noter que sûrZ,., cf. les formes
§ 6, i", a partout un r final dû à l'action analogique du
féminin.
CHAPITRE V
TRAITEMENTS CONVERGENTS
Les traitements qui font l'objet de ce chapitre ont le caractère
commun d'être convergents, c'est-à-dire qu'un traitement nouveau
tend à se substituer à un traitement plus ancien qu'il a déjà
réussi à éliminer plus ou moins dans les différentes localités de
notre domaine. La dénasalisation et le développement d'un w
devant voyelle, §§ 38 et 40, présentent quelques faits compliqués
ou d'interprétation douteuse, que les nécessités de l'exposé n'ont
pas permis de déplacer. Mais, ces réserves faites, tous les traite-
ments considérés ici ont le grand intérêt de nous faire saisir sur
le vif des évolutions en cours. Or si celles-ci se produisent dans
des conditions très variées, deux particulièrement importantes, à
savoir la réduction /, ) k -e, j et l'amuïssement de s devant con-
sonne, cf. §§ 42 et 43, remontent d'une façon analogue le long
des vallées, et dans le deuxième cas il est tout à fait certain que
l'ancienne prononciation recule non par développement spontané,
mais par emprunt aux parlers de la région de Remiremont.
Nous avons là un exemple bien net d'un changement phonétique
dû à l'influence qu'exerce un centre sur des parlers voisins et
socialement inférieurs.
A. — Vocalisme.
§ 38. La dénasalisation.
1° Dénasalisation dans les voyelles nasales en position finale
ou devant une consonne autre que n, m.
Le processus de la dénasalisation est double dans tous nos par-
lers : ou bien l'élément nasal disparaît purement et simplement,
ou bien une consonne nasale se dégage après la voyelle, avec
ou sans disparition de l'élément nasal de celle-ci ; mais, dans
les deux cas, l'état ancien subsiste dans une partie variable du
domaine.
Dans le premier cas l'accord des localités est à peu près com-
plet pour le traitement de l'ancienne nasale -f" consonne en syl-
labe protonique ; on a vu en effet § 2 1 qu'l est le traitement actuel-
lement le plus répandu ; et cependant on a également noté que
« gencive » et « sentir » conservent /dans l'aire i-io. Dans tous
les autres cas la dénasalisation varie considérablement. On peut
poser en règle générale qu'une voyelle nasale abrégée persiste
dans l'aire 1-9 et se dénasalise dans les autres localités, sauf aux
points 10 et 12 qui participent aux deux traitements: bye i-ioa,
c, ^jy^ lob, II, 14-22,-^12, 13 bien Z-., chien c. 186 (la quan-
tité longue de 1-8' et le développement particulier de 1-7 n'im-
portent pas ici), ta i-io, ta 12, tb II, 13-22 temps L., bon c.
104, point c. 590, lesdésinences de la i" etde la 3' pers. du plu-
riel de l'ind. prés, connaissons c. 205, crèvent c. 230 bis,
etc. L'aire i-io ne présente que des cas sporadiques de dénasali-
sation, et surtout quand la syllabe est protonique ; en ce dernier cas
la nasale brève est souvent à peine perceptible : enfle, enflera,
en fiée c. 293 et -4, les représentants à'*emputare}Atytx-Luh\ie,
EW. 2862, au sens de greffer c. 397, la forme difficile qui cor-
respond à l'impératif viens c. 782, cf. § 135; plantain c. 585
qui est partout dénasalisé peut être emprunté. Le point 10 par-
ticipe davantage aux deux traitements, mais tandis que les témoins
a, b présentent des faits incohérents, le parler de c a une apparence
régulière : la nasale est conservée en position finale et disparaît
devant consonne, cf. bye, to mais fori < scindula bardeau c.
84, etc.
Les faits qui précèdent montrent que la dénasalisation se pro-
duit après abrègement de la voyelle : il n'est donc pas surprenant
que, quand dans l'aire 1-22 la voyelle est restée longue, le déve-
loppement n'ait pas lieu, cf. pye i-io, pye 11-21, -en 22 (cf. sur
cette forme p. suivante), descendre c. 245, on c. 21 et 6j,
regain c.639. Il en est de même de la dénasalisation d'î dans
chemin c. 171, chacun c. 148, etc., comparés à.vî,vît, vin,
vingt L. usités partout.
-58-
Dans tous ces cas, Textension de la forme à voyelle nasale
longue est très variable ; nue, regain, est limité au seul point 12,
tandis que dans « plein » elle couvre toute l'aire 11-22. Ces varia-
tions de la quantité d'une voyelle finale n'ont rien d'étonnant,
et on en a vu de nombreux exemples précédemment.
Il existe cependant quelques cas sporadiques de dénasalisation
d'une voyelle longue dans manger c. 472, mot quia à d'autres
égards un traitement particulier, cf. § 57, 2"*, et gendre c 381 ;
mais dans ce dernier mot il n'est pas certain que la quantité de
jer des localités 1,5, 20-22 soit primitive, puisque 17-19 disent;1r.
Le deuxième mode de dénasalisation, qui consiste essentielle-
ment dans le dégagement d'une consorme nasale, existe égale-
ment dans tout notre domaine ; mais l'extension en varie encore
davantage que celle du premier mode . Ce sont les voyelles û et
? qui sont le plus atteintes par ce développement, cf. brun c.
123, jeun c. 421, un c. 775, quelqu'un c. 629. Cepen-
dant ces cartes ne se superposent pas, et on a vu plus haut
des exemples tels que vî, vin, etc., où la dénasalisation ne se
produit pas ; il est même assez curieux que « chacun » ne se
comporte nulle part comme « quelqu'un » ; cf. aussi tôt î = fr.
tout un 19 d, 22 b au sens de pareil L. Les parlers de l'aire 19-
22 emploient în un L. en fonction d'article au moins devant
une consonne palatale, tandis que partout ailleurs on dit î ; et
au point 22 le développement d'une résonance nasale « se
produit assez fréquemment en position finale, cf. mèn, pin main,
pain L. C'est aussi dans l'aire 19-22, et presque uniquement
là, que le même phénomène a lieu à l'intérieur d'un mot: sînh,
-àt, epïng, brànkâ cinq, cinquante, épingle, brancard L.,
bcinkàl 19 a, 21 a, 22 a bancal id., luànkà 22 a manquer id.,
le dérivé d' « angle » au sens de coin c. 196, ongle c. 533,
ombre c. 531, moitié c. 505, langue c. 441, mercredi c.
491, les mots terminés par « endre » tels que descendre c.
245, cf. sur ces mots §§ 11 et 29, 8°. Mais lundi, lundi, de 3 a,
c est probablement une modification de lûdî d'après lûn, lune.
J'ai cité parmi les exemples plusieurs mots récemment empruntés
pour montrer que le développement est actuel ; et en effet le par-
— 59 —
1er populaire de cette région présente le même traitement, éânté,
chantent, des témoins 19 b, 21 a n'est pas tout à fait identique,
car éàtà chanter L. est la seule forme de l'aire 19-22 ; le m y
vient d'une assimilation semblable à celle qui explique vtn
« deux », vingt-deux, de tout le domaine; dans les deux cas la
première d'un groupe de deux dentales est devenue n. Ailleurs
je n'ai relevé que quelques cas sporadiques du même traitement :
ep'ink 13 a épingle, kankwâ id. hanneton c. 405, trànt 12 a
trente c. 767, dinge 14 b sonner L., fingye 15 sanglier c.
681, etc. On peut contester l'explication qui vient d'être propo-
sée : il est en effet théoriquement possible que la consonne
nasale qui suit la voyelle nasale représente le traitement le
plus ancien, et que le développement ait consisté non pas dans
le dégagement, mais dans Tamuissement de la consonne nasale.
Mais, de quelque façon qu'on envisage la formation de l'état
actuel, on reste en présence d'un traitement convergent.
2° Dénasalisation devant «, /;;.
Il est fort difficile de saisir par le seul moyen de l'oreille si une
voyelle placée devant n, m est nasalisée ou purement orale, par-
ticulièrement quand cette voyelle est brève. C'est pourquoi mes
documents sont sur ce point sujets à caution. Mais si dans des
mots comme « ensemble, femme, ressemble », cf. p. 13, il n'est
pas absolument certain que la nasalisation manque aussi complè-
tement que l'attestent mes graphies, on voit qu'en tout cas elle
est à peu près imperceptible. D'autre part, quand la voyelle était
étymologiquement libre devant une seule consonne nasale, p.
ex. dans cuisine c. 237, chaîne c. 149, laine, luneZ,., il est
impossible d'affirmer d'une façon décisive que les parlers qui
ont une voyelle orale représentent l'état le plus récent, ou qu'en
d'autres termes tout notre domaine a anciennement nasalisé les
voyelles placées devant w, m. Il existe en tout cas toute une
série de mots qui avaient étymologiquement un à issu d'à devant
consonne nasale entravée, et, dans un nombre variable de loca-
lités, cet à a perdu sa nasalité. Seul année c. 32, où la voyelle
est à la fois protonique et brève, est désanalisé dans tout le
domaine ; les autres mots conservent toujours a dans toute la
— éo —
vallée de la Haute-Moselle et sporadiquement ailleurs, cf. vànà
i-io, 12 a, 17a, f, 19c, -e iia-c, vàne 13-15, -à i6a, r8, 20-22,
vanner L., les formes qui dérivent du type pannii Meyer-Lubke,
EPF. 6204, au sens de balai, balayer cjS, pànè 2c, 8'c, 19 c,
pâ- lia, 12a, dérivé du même type, pan de chemise L., les
représentants du v. qui se rattache au latin gannire id., id. 3676,
beugle c. 98, étrangler c. 321 dont le o- a été assimilé à la
voyelle nasale, cf. § 81, A 6", et où n -\-y est devenu ensuite y,
différents mots d'origine onomatopéïque qui signifient miauler
c. 497, cf. § 151 s. v"*. Il est curieux que sàmdî soit la seule
forme de tous nos parlers, réserve faite de sàmdî réemprunté en
français ; mais cette particularité tient sans doute à l'entrave de
la consonne nasale. Quant aux représentants de « chanlatte » au
sens de chéneau £., cf. encore § 81, A 6°, ils peuvent avoir
subi l'influence de chêne Z,.
B. — Consonanlisme.
§ 39. Absorption d'un y par la consonne précédente.
y se combine partout avec n pour donner n, comme on l'a vu
§ lé, 2° ; l'exception constituée par le suffixe correspondant au
fr. ier n'est qu'apparente, cf. p. 7.
y ôiQ l'ancienne diphtongue y^ issue d'û' latin tonique libre après
palatale a été également absorbé partout après les fricatives /, ;,
^, j < k, g latins v. § 42, cf. les représentants du fr. marcher
au sens de battre en grange c. 87, manger c. 472, et -e, ç,
c,j,h, dont l'origine est exposée § 43, cf. engraisser c. 295, les
représentants de l'a. fr. coisier < *quetiare au sens de se taire
c. 738. En dehors d'un fait d'emprunt propre aux localités 17 et
18, cf. § 89, le phénomène est sans exception dans les infinitifs et
participes de la première conjugaison et dans les mots ancienne-
ment terminés en ié tels que marché c. 478.
Mais après ces diverses fricatives y persiste ici et là dans
d'autre^ mots dont les conditions phonétiques sont différentes.
Dans sœur c. 714 €, Ç,c sont relativement récents; il en est
— él —
de même de la dénasalisation de chien c. i86 et des représen-
tants de l'étymon *assianu au sens de petit bardeau bardeau
c. 83, et de la reformation de jouer c. 424 d'après les formes
toniques, cf. § 59 ; dans ces mots l'absorption du y n'a eu lieu que
dans l'aire 17-22 qui la présente également dans chier c. 188,
sur lequel cf. § 143 ; mais même là y a persistédans <' essuyer »,
cf. les formes de l'infinitif essuyer c. 311 aux points 18, 19 et
khié, rkhiè (sic) de La Bresse d'après Hingre, le participe passé
féminin employé au sens d'abri contre la pluie c. 7 et plus
haut § 34. Enfin jeune c. 422, qui a dû passer parles stades
juene, jyen, conserve }» aux points 9, 10 et 12.
On sait qu'on explique par une propagation analogique la
réduction de ye à e qui a eu lieu en français dans tous les verbes
de la première conjugaison : le développement s'est produit régu-
lièrement après les consonnes palatales et a gagné les verbes où
le y était précédé d'une autre consonne, cf. Meyer-Lûbke, Gr. d.
R. Spr., I, §§ 259^ 260, Schwan-Behrens, § 243. Mais dans
notre région il ne s'est pas propagé avec autant d'intensité qu'en
français.
Après c?, t\Q y persiste partout dans edyè i-io, 11 b, 12, 16-22,
é- 13, â- lia, c, d, 14, 15 aider L., m'rf}'! partout s^\ii vœ- 12
vider id. ; mais dans le verbe formé de « re-i- guetter » qui
signifie regarder c. 640, cf. § 151 s. v°, le Val-d'Ajol dit
rewete, eiete ]Qter c. 419 occupe un nombre assez important de
localités.
Après s, ye subsiste encore à peu près sans exception dans
l'aire 8-10, 16-22, cf. chasser c. 166, les représentants de
*tittiare téter c. 748, maisevàse3.wi\.ncer c. 60 a déjà gagné les
points 16 et 17.
Enfin après r (on sait en effet que les parlers orientaux ont
palatalisé a dans les verbes en irare, iirarc, cf. Suchier, Gr . Gr.,
P- 755) y^ ^st prédominant dans l'aire 17-22, cf. cirer c.
192, eÇùrye l'j f, 19 d, -œr- 20 c, 21 e, 22 b assurer L.,
pelûrye 19 a, c, d, 20 c, 21 a, e, 22 b, -œr- 17 f , g paître id.,
rkûrye 17 g, çk- 19 d, eÇM- 21 e, 22 b récurer id., tire 17 a,
mais tïrye ij f, g-22 tirer id. ; ailleurs il n'a laissé que
— 62 —
quelques traces, et je n'ai relevé que petûrye aux points 13 et 15.
§ 40. Développement d'un w devant voyelle.
Ce traitement très répandu dans nos parlers a une double
origine : il se produit soit par diphtongaison, soit par développe-
ment de îv après une consonne labiale.
1° 0 représentant 0 latin ouvert ou fermé s'est diphtongue
régulièrement devant un groupe r -\- consonne qui aujourd'hui
est souvent amuï en tout ou en partie (les variations de la quan-
tité de Vo, d'origine syntactique, sont sans importance ici), cf.
kwon, fwô corne, fort L. et d'autres exemples cités § 18. Mais
on rencontre des exceptions dont l'extension est variable et l'in-
terprétation délicate : quatorze c. 624 qui présente des formes
sans tu non seulement dans tout notre domaine, mais dans les
autres parlers lorrains, cf. la carte de VAL. et Horning § 87,
doit sans doute cette particularité à l'ancien groupe initial kw, v.
plus haut § 35, qui aura empêché le développement du ty dans la
syllabe tonique. Mais a-t-on affaire ailleurs à des formes anciennes
où la diphtongaison n'a pas eu lieu, ou à des formes récentes
où un recul du w se serait produit, il est difficile de le décider
d'une façon certaine, et la question est encore compliquée dans
plusieurs exemples par la possibilité d'une influence française :
cL fo£ II a force L., pot 11 a, c porte id., tordre c. 757,
orge c. 535, rote et rot cités § 25, les formes correspondant
à l'a. fr. courre § 25, tôt =: fr. tourte tartine c. 742, tô i b,
2 a-c, 3 b, 4c, 6 a, 7 a, b, 8 b, 8' b, 9, 18 tour L.
Quoi qu'il en soit, la diphtongaison d'o n'est pas nécessaire-
ment liée à la présence d'un r suivant : huo-è', bouche, de 22,
mwod, mouche, de 12, cf. § 21, de même que bzuob < ail. bube
fils c. 347 doivent peut-être leur w kh labiale précédente. Mais
à La Bresse, on dit kivô cou L. et Hingre donne aussi la même
forme au sens de coup, bien que je n'y aie recueilli que ko, comme
dans toutes les autres localités ; on notera encore les formes
avec w du mot fr. adapté rengaine L. Au Val-d'Ajol le
développement, tout en n'atteignant pas ces derniers mots, a une
extension remarquable ; on y dit en effet woy, swoy, gwoc, jwon,
- 63 -
tîvoy, wo-e, çwoye, woU kwos oie, soie, gauche, jaune L.,
table C.735, auge c. 57, glisser c. 391, ourlet c. 545,
truie c. 771 ; VAL. donne en outre woé, orge, tandis que j'y ai
obtenu la forme wèr€, orge c. 535, cf. § 75, 6"; enfin hwà
encore c. 291 de cette même localité, cf. § 69, 7", a proba-
blement une origine semblable. M. P. Passy a remarqué cette
particularité du Val-d'Ajol Revue de philologie fr., 1892, p. 145.
2° Il est très fréquent que, dans tous nos parlers, après les diffé-
rentes consonnes labiales un lu apparaisse devant les voyelles a, e, 0,
et dans ce cas nous avons affaire non à une diphtongaison comme
dans le cas précédent, mais à un développement de w sous l'action
de la consonne labiale. L'amuïssement d'un r placé après la
voyelle qui a eu souvent pour conséquence de l'allonger a pu
contribuer à ce développement ; mais si les mots où ces deux
phénomènes coïncident sont trop nombreux pour que ce soit un
effet du hasard, cet amuïssement n'en est cependant une condi-
tion nécessaire. Citons comme exemples typiques : après b
b-wâye 1-7, -ôye 8-22 bâiller L., après p parler c. 553, paroi
c. 554, pwâre 1-7, -orè 8-21, -en 22 parrain L., après m les
représentants du fr. marcher au sens de battre en grange c. 87
et de l'a. fr. mitan au sens de milieu c. 498.
Mais à côté de ces mots qui ont partout le même traitement,
d'autres, également nombreux, ne présentent w que dans une
partie des localités.
Après b w est limité dans bercer c.95 à l'aire 8-11, 13-22,
dans baver c. 89 à l'aire 8-10, ié-22, dans brebis c. 118 aux
points 9-11, bwène baigner L. n'existe même qu'au point 5 ; cf.
encore begne du point i à côté de bwâgiïe de la vallée de la Mose-
lotte bégayer c. 92, et bedlô de 12 à côté de bwâdle de l'aire lé-
22 bavard c. 88, sur l'origine de ces mots, cf. § 151.
Après p pîvetu, -iije, -(ihe trou, trouer c. 769 n'appartien-
nent qu'à l'aire 9-1 1, 13-16, cf. aussi perche L. On remar-
quera particulièrement que, tandis que pwe 1-15, pwà 16-22 par
L. présente un w partout, ce w manque dans les composés
formés de « tout -|- par » + un pronom personnel au sens de
seul L. et c. 707 dans toute l'aire 17-22.
Après m w comprend les deux vallées dans le mot qui désigne
- 64 -
une couverture de bardeaux posée contre le mur c.85 et qui
semble correspondre au fr. ramée avec une extension de sens diffi-
cile à expliquer ; il est également développé presque partout où le
mot est usité dans les représentants du latin inasii au sens de jar-
din c. 414 et dans les dérivés en « ée » désignant le charme
c. 160, cf. encore les représentants de mare au sens de lac L., les
formes de Saint-Amé id.; mais il est plus restreint dans
minuit c. 499, « flammèche» au sens d'étincelle c. 317;
mwete marteau L. ne se rencontre que dans l'aire 9-1 1, 13-16,
mwetï Martin id. et automne c. 59 qu'aux points 9-1 1, jermivà
germer c. 387 et smwà semer L. qu'au point 18. Parfois w
manque partout sans raison apparente, cf. manger c, 472,
maréchal-ferrant c.479, matin, mardi, marguillier L.,
etc. L'influence du français a pu jouer un rôle ; on le voit clai-
rement dans « mère, père » qui ne possèdent plus de forme
labialisée qu'au sens de femelle, mâle Z,., miver, piuer 19 a, 21
a, et miuêre, pwêre Hingre ; mais cette explication ne s'applique
pas à tous les mots. Enfin, dans certains cas, on peut se deman-
der s'il ne s'est pas produit un recul phonétique de w, par
exemple dans ràmoy c.85 '^^ 20 et 21, rwo)'^ guérir c. 404 <
re-\- medicare de 11, mojà maison c.465 des parlersde la vallée
de la Haute-Moselle. Quoi qu'il en soit, le développement du w
doit avoir commencé anciennement, à en juger par le mot
Giramoix d'un texte de 1342, A/^L. 2532, 127, qui représente
sans doute la localité actuelle de Gérardmer.
Après /les exemples sont peu nombreux : fève c. 343 où w
est assez répandu, fwây de 4 a, 5 a, c, d, 6 b, 7 c fée L., cf.
aussi Jzvaue Hingre, fivermàç 9 et fwermwàe i a étincelle
c. }ij, fwerïn 11 a farineL.
Le traitement des mots où tu correspond à un v ancien est
analogue aux faits précédents : à côté de veiller c. 779, vert
c. 787 qui ont u> partout, les parlers sont en désaccord dans tra-
vailler c. 763, les formes ïssuqs de *canapal 11 chénevis c. 174,
les représentants du fr. vaisseau au sens de cercueil c. 145, cf.
aussi vhi de 20-22 voisin L. Toutefois il convient d'ajouter
qu'on ne peut affirmer que w se soit développé après v, qui se
- 65 -
serait ensuite amuï; bien que cette iiypothèse soit assez pro-
bable, cf. § 17, 3°, il est cependant possible que w soit issu
directement de v, cf. aussi § 12, 4°. De toute façon le cas de
corvée c. 214 est particulièrement obscur et se prête à diffé-
rentes interprétations, cf. § 28, 3°.
§ 41. ty, dy < kl,^l.
Ce développement qui s'est fait par l'intermédiaire du stade
ky, gy existe dans toutes les localités, ainsi que le montrent les
exemples tyo, dyh clou, glace L., etc.; k et g ont cependant
subsisté, non seulement quand }> s'est amuï ou que / dont il est
issu a subi une métathèse, cf. §§29, 2° et 83, 1°, mais dans quel-
ques autres mots, à savoir sanglier c. 681 dont je n'ai relevé
qu'une forme avec d au point 12, et sarcler c. 683 qui conserve
Â; dans les localités 10, 13, 14 et 17-22.
§ 42. £, j et €, j zzz£, j du français.
Tandis que l'aire 8'- 18 présente sans exception les deux pho-
nèmes €, j dans les mêmes conditions que le français, l'aire 1-8,
19-22 conserve l'état ancien é, ) dans un nombre considérable de
mots dont il suffira de citer comme exemples typiques cheveu
c. 181, manger c. 472. Toutefois cette division de notre
domaine en deux aires n'est rigoureuse que devant voyelle ; et
encore faut-il ajouter que le point 19 présente quelque flotte-
ment : le témoin b dit à la fois ^et et éet chat L., et je n'y ai
recueilU que ^^ cher id. ,ylr gendre c. 381, /tê^ï jeudi c. 420;
mais parfois la présence de €, j o\i même des phonèmes qui en
sont issus, f , /;, cf. § 47, vient de ce que nous avons affaire à des
mots français adaptés, p. ex. « charpi «charpie c. 163. Ailleurs,
c'est-à-dire quand é, j se sont trouvés en contact avec une con-
sonne, la réduction de é, ] à ^, ; existe également dans toute
l'aire 1-8, 19-22 ; mais bien qu'elle soit assez ancienne pour que
que^, y participent dans les localités 19-22 au développement ^,
; > ç, /j étudié § 47, elle se produit sans régularité et comprend
parfois tous les points, parfois une partie seulement de l'aire.
Les parle/s des Vosges méridionales. 5
— 6é —
Après une consonne, elle est aujourd'hui fort rarement attes-
tée ; mais elle s'est sans aucun doute produite anciennement
dans échelle c. 264 et dans « mouche », v. les formes p. 18 et
le dérivé signifiant abeille c. 4 ; les formes franc-comtoises
prouvent que le traitement actuel de nos parlers a pour base un
ancien é, malgré ce qu'en ont dit Horning p. 81 sq. et Meyer-
Lùbke, Gr. d. R. Spr., I, § 953, cf. encore infra § 47. Actuellement
elle ne semble pas se produire dans ces conditions, sauf peut-
être au point 19, où l'on pourrait ainsi expliquer par un déve-
loppement de phonétique syntactique les formes citées plus haut
et /, je, du groupe syntactique^/ t que j'y c. 418; quant au
point 21, y de ce même groupe n'y a été employé qu'une seule
fois par le témoin a et sans doute accidentellement.
Devant consonne, à l'initiale ou à l'intérieur du mot, les
exemples de la réduction sont, au contraire, très nombreux, cf.
entre autres /ml 1-19, hmè 20-22 jumeauL., genièvre c. 382,
genou c. 384, les représentants de Vz.îr. geline poule c. 602,
acheter c. 8, le dérivé du mot qui signifie noix pour dési-
gner le noyer c. 527, etc. La consonne réduite gagne même par
analogie les formes où la voyelle protonique est maintenue,
p. ex, dans chenille c. 175, chemise c. 173, etc. Cependant
dans je mangerais c. 475 ; est souvent conservé dans l'aire 1-7
sous l'influence des autres formes verbales.
Devant les demi-consonnes î^ et y les faits sont plus compli-
qués. Devant iv e couvre l'aire 8-22, tandis que 1-7 conservent /,
cf. cheval c. 179, chouette c. 190, et pour ; on peut citer le
mot régional désignant les deux poutres horizontales qui main-
tiennent les montants auxquels les bêtes sont attachées )wày 1 c,
5 d, mais/zi/d)/ 19 a, b, chivoy 21 a, 22 a et les formes des autres
localités s. v°étable Z,., mot vraisemblablement dérivé du type
jugu. Devant jy, que ce y subsiste ou qu'il ait été absorbé par
la palatale, la réduction est beaucoup plus restreinte et n'atteint,
en dehors de l'aire 8'-i8, que les localités 8 et 19 et encore d'une
façon partielle, cf. chèvre c. 182, chien c. 186, chier c. 188,
jeune c. 422, jouer c. 424. La comparaison de ety chier, Z)»^,
- 67 -
jouer, et des formes i'iy de 19 a-c, ]ûy de 8 b montre bien que
la réduction a été causée par la présence du ;y.
En position finale, devant un mot à initiale consonantique, /, /
perdent régulièrement partout leur élément dental, cf. lu dans
[« tache de graisse »] tache L., s%€ dans [« sac de blé »] sac id.,
mèche de lampe c. 484; cependant « mange » dans[« mange
puisque tu as faim »] c. 474 a conservé ; dans l'aire 1-8, sans
pour les mêmes raisons que « je mangerais », p. ^^, et aussi
parce que le groupe syntactique n'est pas étroitement uni et que
les témoins ont dû faire une pause entre « mange » et « puisque».
M. Grammont, qui a observé dans le parler de Damprichard
des faits analogues à ceux qui viennent d'être exposés, les explique
par une dissimilation qui se serait produite devant une dentale,
cf. La dissimilation consonantique, p. 5 1 ; dans notre domaine du
moins, la réduction a également lieu devant une labiale, comme
le montrent les exemples cités de « jumeau, cheval, chouette »,
et par conséquent elle y provient non pas d'une dissimilation,
mais de la simplification d'un groupe de phonèmes trop compli-
qué, comme cela s'est passé plus anciennement dans « mouche,
échelle ».
§ 43 . Amuïssement de s (ou de ses représentants ç, h) devant
consonne.
La disparition de s dans cette position est attestée pour tout
notre domaine parles formes du v. êt.rel,., les représentants de
genesta, cf. Meyer-Lùbke, EW. 3733, jnet 1-19, hnet 20-22 genêt
id., ceux de mustela motel partout sauf-é/ 11 a, d, 15 a belette
id., dans lesquels l'influence du français est exclue. Mais si l'aire
1-15 a perdu toute trace de ce s, sauf quelques faits d'emprunt
exposés § 89, la vallée de laMoselotte conserve ce phonème, avec
une prononciation ç devant une consonne sourde, h devant une
sonore, dans une série considérable de mots: copeau de hache
c. 207', dont le représentant correspond au fr. attelle, dérivé de
l'a. fr. aste <C hasta, éclair c. 268 dont les formes représentent
soit le substantif féminin dérivé d'un verbe d'origine obscure, cf.
*exlucidare Meyer-Lubke, EW, 2021, etGôhri, Revue de dialec-
— 68 —
tologie romane, IV, p. 60 sq., soit un dérivé en à de ce substantif,
éclore c. 270, épais c. 303, étable c. 313, éternuer c. 315,
faire la litière c. 459 dont les représentants <C *sternire, paille
c. 549 dont les représentants correspondent au fr. archaïque et
dialectal étrain, sevrer c. 709 dont les représentants corres-
pondent à l'a. fr. espanir <. germ. spanjan Thomas, Mélanges,
p. 71. Or à côté de ces mots il en existe un grand nombre qui
ne conservent ç, h que dansune partie de l'aire ié-22, et dans
ce cas ce sont toujours les villages les plus proches de Remiremont
qui les perdent. Ce trait est la preuve certaine que c'est la pro-
nonciation de la région de Remiremont qui fait reculer celle de la
vallée de la Moselotte. C'est naturellement au point 16 que l'at-
taque s'exerce le plus vigoureusement. Pour plusieurs mots, les
témoins hésitent entre les deuxj prononciations, cf épaule
c. 305,épouvantail c. 307, étrangler c. 321, épiZ. : voici
exactement les réponses obtenues : a dit cçpol, eçpïy (indiqué aussi
par c), eçpwbvbt mais tràne et tçt-, b epol epîy mais epovot et eçp-.
Parfois 16 ne connaît plus que des formes sans f : cf, coquille
c. 209 (pour l'origine de kâf, çkâf, cf. $ 151), croûte c. 236,
écorce c. 272, écume, écumoire c. 279, écureuil c. 280,
étoile c. 319, étoupe c. 320, écouter L. 17 se joint à lé et
se sépare du reste de la vallée pour le traitement de crête c. 229.
Le recul de f est encore plus fort dans couture c. 220, retè 1-19
mais reçtè 20-22 râteau L., vît) i-io, 12-19, '^^' ^^ "^^is veçtt 21
a, vœ- 20 a, 22 a vêtir \àk, où les formes avec f n'existent plus que
dans les trois villages 20-22 ; dans l'impératif de « dévêtir » donné
en réponse à ôte tes habits c. 538, seul le témoin 22 a
a employé une forme avec ^(pour la chute du / final, cf. p. 42).
La comparaison de râteau avec le dérivé qui sert à désigner la
partie portant les dents du râteau est particulièrement instructive:
en effet, tandis que reÇÛ n'occupe plus que l'aire 20-22, ce dérivé
a des formes avec ç dans toute la vallée de la Moselotte, sauf au
point 16 : lé b dit reth, 16 c -e, mais 18, 21 a, 22 a, un témoin
de Basse-sur-le-Rupt disent ràçûlî, 17 a et 19 c-?. La plus grande
résistance de ce dérivé -tient évidemment au sens plus restreint
et au caractère plus local de ce mot.
- 69 -
e^ty'eÇyes é cl zircie 0.269 du seul témoin 19 a et ^^^^« hêtre I.
du témoin 18 qui conserve ^ comme heÇ de 22, à côté de het de
tous les autres témoins, constituent des exceptions peu impor-
tantes. Quantà^f/aoùt c. 34 de 18, ce n'est une forme ancienne
qu'en apparence, cf. § 89.
CHAPITRE VI
TRAITEMENTS d'eXTENSION LIMITÉE
Dans un certain nombre de traitements, dont plusieurs sont
parmi les plus importants de notre domaine, le développement
nouveau ne se présente que dans une partie des localités, tandis
que le traitement ancien se conserve intact dans les autres. Il
convient donc de consacrer un chapitre spécial à ces faits que
leur aspect actuel ne permet de considérer ni comme conver-
gents ni comme divergents.
A. — Vocalisme.
§ 44. rt < ^ <C ancien ci <ia latin tonique libre, sauf après
palatales.
Le traitement qui fait l'objet de ce paragraphe est un de ceux
qui ont le plus attiré l'attention des dialectologues, depuis
qu'Ascoli, dans un article fameux Schi'^:^i franco-proveniali, Archi-
vio Glottologico Italiano, III, pp. éi-120, a essayé d'établir qu'^
latin tonique libre, sauf après palatales, s'est conservé dans une
région située à l'Est de la France et comprenant notamment le
sud des Vosges, c'est-à-dire précisément le domaine de notre
enquête. Depuis, la limite tracée par Ascoli a été rectifiée, cf. p.
ex. Suchier, Gr. Gr., 2^ éd., p. 755, mais en somme le trai-
tement de nos parlers n'a pas encore été examiné dans le
détail.
Disons tout de suite que nous considérons Va de ces parlers
comme secondaire, car, avant d'aborder la discussion, il faut
exposer les faits qui sont singulièrement plus compliqués que
les études précédentes ne le laissaient voir.
Dans tous les mots où la voyelle est devenue finale après la
— 71 —
chute des consonnes finales, le traitement des localités ir, 13-
15 est uniformément e, et celui du Val-d'Ajol uniformément à.
Dans le reste du domaine, à savoir l'aire i-io, j6-22, il faut
considérer la nature des sons qui précèdent la voyelle.
1° Quand le mot ne contient dans la syllabe précédant la
voyelle ni une voyelle antérieure ni un y, et qu'en outre il n'a
pas perdu par syncope une voyelle antérieure, le traitement de
tous ces villages est régulièrement a : nà, prà nez, pré L., etc. ;
si essuyer c. 311 et jouer c. 424 ont un e dans l'aire 1-7 à
côté de hivâ, crier, cf. § 34, cette particularité est due à une
action analogique, cf. § 141.
2° La syllabe précédente contient une voyelle antérieure.
Si la voyelle est I, û ou œ, tous ces parlers ont e : fofUe, fume,
brœle, sœpe faufiler, fumer, brûler, souper L., etc. Il en
est de même quand ï se réduit à. y : se fye se fier L., oublier
c. 543, etc.; en dehors de quelques cas de substitution de suffixe,
la seule exception apparente que nous ayons relevée est frœmà r-
8' fermer L., mais la métathèse du r y est plus récente que le
changement d'e en a. On remarquera notamment dans la
c. 710 siffler l'opposition des deux formes fyûtà etfyœte, toutes
deux représentant l'a. fr. flailter, de quelque façon qu'il faille
expliquer îi ; cf. encore khcova et khkeuvè, écouvillonner, donnés
comme coexistant à La Bresse par Hingre.
Quand la voyelle précédente est e, e est parfois le traitement
de tout le domaine : clarté L., eme 2 a, 5 b, c, d, f aimer id.,
tyetie 5 f, -hi- 21 a tonner id., depyeme muer c. 514. Mais à
côté de ces mots on en trouve d'autres qui ont à : enterrer c.
300, bwéle 18, 20 b, mais -à 2 b, c, 5 b, c, d, 7 b <C belare
beugler c. 98 et pleurer L., les représentants de l'a. fr. flairer
au sens de caresser c. 135, germer c. 387.
3° La voyelle antérieure de la syllabe précédente est tombée.
Dans beaucoup de mots le traitement est partout e: cuisiner
c. 237, les formes issues du participe passé du v. filer au sens de
fil c. 345, les noms de lieux formés avec villare, cf. Introd. Mais
allumer c. 26 et sonner c. 717 offrent des faits différents :
— 72 —
ehfià est la forme de l'aire i-8' et de 17 a, et « sonner », par-
tout où la voyelle est tombée, se dit snà.
2° La voyelle est précédée d'un y issu d'un / combiné ou d'u.
Dans ces deux cas e est le traitement le plus fréquent : cf.
d'une part « clair » p. 54, tye clef Z,., et de l'autre sye, tye suer,
tuer L. ; y peut même être absorbé par une palatale précédente,
comme on l'a vu dans quelques formes d' « essuyer » et de
« jouer » p. 61. Par contre, sarcler c. 684 et souffler c. 720
ont à dans un domaine presque identique à celui d'elnià, et il
en est de même d'enfler L. Quant à sanglier c. 681 et « trem-
bler » trembler c. 766^ ils présentent une substitution de suf-
fixe partout, sauf st^yà, -dyà, sanglier, du Val-d'Ajol.
En résumé, si l'on considère la répartition des faits, on cons-
tate que, toutes les fois qu'il y a désaccord entre la vallée de la
Haute-Moselle et celle de la Moselotte, à se trouve dans la pre-
mière, è dans la seconde. Les villages 9 et 10 qui sont situés à
la limite des deux aires se rattachent à la vallée de la Moselotte
pour « allumer, enfler, sarcler, souffler », mais à la vallée de la
Haute-Moselle pour a flatrer» ; quant à '^Imà, allumer, de 17 a,
c'est probablement une forme accidentelle. Or cette répartition
s'accorde bien avec la position des deux vallées. En effet e est le
traitement unique de la région qui avoisine au nord la vallée de
la Moselotte, cf. pour la vallée de Cleurie Adam, pp. léi, 380-
398, 419, et pour Gérardmer, AL. point 76. Seuls quelques vil-
lages placés, non loin de Vagney, dans la vallée du Bouchot, qui
débouche dans celle de la Moselotte, à savoir Gerbamont, Sapois,
Rochesson, et en outre la commune de Basse-sur-le-Rupt, for-
mée de hameaux situés dans les hauteurs dominant au nord
Vagney et Thiéfosse, présentent des faits analogues à ceux de
ces localités. De son côté la vallée de la Haute-Moselle touche à
la partie du département de la Haute-Saône, où nos cartes
montrent que le traitement régulier est a aux points 23 et 26,
et à aux deux autres 24 et 25. Quant à la région de Giromagny
(Territoire de Belfort), séparée de la partie orientale de notre
vallée par la masse considérable du Ballon d'Alsace, le traite-
ment y est également a, ci Horning, § r, AL. pointés.
Par contre, quand la voyelle se trouve devant une consonne dans
fier, mer,per frère, mère, père L., fève c. 343, cf. aussi sève
L., les parlers vosgiens ne connaissent que le traitement e. Nous
n'examinerons que plus loin, § 49, les mots qui contiennent la
terminaison correspondant au français ée, dont le rapprochement
n'est pas présentement nécessaire.
Cet exposé détaillé était indisposable avant la discussion de la
question posée par Ascoli, qui ne possédait sur nos parlers que
des renseignements fragmentaires. C'est également le cas des
autres linguistes qui en ont parlé du reste sommairement.
Aucun d'eux n'a vu l'importance des mots qui présentent e.
M. Horning, § i, traite rapidement des mots Qnye, mais il consi-
dère que les verbes ^/we, brœle, àrtve, que Thiriatlui a communi-
qués comme usités à Saint-Amé {àrtve est d'ailleurs inexact au
lieu d'èrwe), sont empruntés au français ; mais, si l'emprunt est
possible, le traitement de la voyelle finale n'en est pas moins
local. Quant à la question de l'origine d'^, M. Horning la
rappelle simplement en note, sans essayer de la résoudre. M. Meyer-
Lubke en parle brièvement et incline à considérer a comme
secondaire, Gr. d. R. Spr., I, §§ 225 et 262, en s'appuyant sur
iyè, clef: le passage de tya à tye sous l'influence de }' est exclu,
dit-il, par le fait que le développement d'^ en e après ty issu de cl
n'existe pas dans ces régions. Suchier, Gr. Gr., p. 755, exprime
une opinion semblable, cf. aussi la carte I à la fin du volume,
mais il s'occupe des parlers franc-comtois : il invoque comme
argument contre l'antiquité d'^ l'existence d'autres a secondaires
issus d'^.
Au point de vue de la géographie linguistique, rappelons que
tous les autres parlers lorrains ne connaissent qu'^ ou des pho-
mènes issus de cet e, cf. Horning, § i, les cartes de VAL. et ce qui
a été dit plus haut p. 72. Si cependant les parlers situés au
sud de notre domaine ne présentaient qu'^t, cette continuité géo-
graphique serait sans doute un argument 'puissant en faveur de
l'antiquité de ce phonème ; mais on sait qu'il n'en est rien,
M. Grammont, La Franche-Montagne, pp. (>(> sq., s'appuie préci-
sément sur la présence d'^ à Montbéliard pour contester l'anti-
— 74 —
quité d'à dans les parlera de la Franche-Montagne. Vautherln,
Châtenois, p. 17, indique que dans cette localité peu éloignée de
Montbéliard les infinitifs et les participes de la i" conjugaison
sont en aï ; cf. aussi les formQsfêve ou faîve, fraîre, raîve, sève. De
plus, dans les villages 24-26 de mon enquête, on trouve à la fois
la deuxième personne du pluriel en ^', cf. asseyez-vous c. 49
et de nombreuses formes en e qui paraissent représenter d'an-
ciennes terminaisons en q, p. ex. à Va twà, ils l'ont tué, 26
mais « il est » tive 25, 26, àse, assez, 26, ^-25, gnfe, (« je suis »)
égratigné, 24, 26, ée eiôré, voiture à échelles, 24, 25, etc.
D'autre part, si l'on examine les conditions phonétiques dans
lesquelles a se rencontre, le traitement de « fève, frère », etc.,
prouve qu'il n'est pas ancien. Car on ne voit pas pourquoi Va
se serait conservé dans les mots en atu, are, etc., et aurait évo-
lué vers e dans « fève », etc., tandis que le développement con-
traire s'explique aisément.
Les documents anciens seraient ici particulièrement utiles ;
malheureusement, parmi les chartes de l'abbaye de Remiremont
que j'ai copiées, analysées ou lues, il n'en • existe pas qui pro-
viennent d'une façon certaine de la région où a se présente
actuellement ; en tout cas, on peut noter que dans aucune on ne
trouve de formes en a. En outre, dans les pièces publiées dans
les Documents rares, la déclaration des droits du ban de Ramon-
champ, faite en 1341 parle maire Gérardin, contient entre autres
la forme /jrm, prés, t. Il, p. '2 19, et celle du ban de Vagney,
faite en 1345 par Jehan de Plànoy (section actuelle de Basse-sur-
le-Rupt), de nombreux infinitifs en er, eir, id. p. 223 sq.
De l'exposé et de la discussion qui précèdent, il ressort
qu'Ascoli s'est trompé en considérant qua, dans nos parlers,
représente directement a latin, et que MM. Meyer-Lùbke et
Suchier ont raison d'y voir le résultat d'un développement secon-
daire. Mais il convient en outre de remarquer la diversitéactuelledes
traitements. Tandis que, dans les parlers des localités 23-26 delà
Haute-Saône, a n'a laissé subsister que très peu d'e et que le
Val-d'Ajol offre un état assez semblable, nos deux vallées con-
servent beaucoup d'anciens e, et des deux c'est la vallée de la
— 75 —
Moselotte qui en possède le plus. Faut-il conclure de cette
variété qu'a pénètre par emprunt ? Cette conclusion n'est pas
nécessaire. On a déjà dû remarquer que la plupart des mots
cités sont des formes verbales, infinitifs ou participes ; et par
conséquent, les différences de l'extension d'à peuvent être dues à
des phénomènes d'analogie. Il semble cependant que les parlers
voisins exercent une certaine action, puisqu't? résiste davantage
dans la vallée de la Moselotte qui est limitée au nord et à
l'ouest par des parlers ne connaissant que ce traitement.
§ 45. ly (ï, î) <; yéy <C ancien ieie <C hûn ata après palatales.
D'après les deux cartes araignée c. 38, chargée c. 159 ^îV,
auxquelles nous n'ajoutons pas de nombreuses formes qui ne
font que les confirmer, toute la vallée de la Moselotte et les
localités 9 et 10 disent ey (on trouve yey dans les mots où ;y n'a
pas été absorbé par la consonne précédente) ; au contraire les
localités 1-8', II, 12 et 14 présentent î (j), qui se réduit ordinai-
rement à î aux points 13 et 14. Les deux exemples cités du point
13 ont des formes particulières, ser jey rehit sur les participes
des verbes en e, erene probablement repris au français, mais on y
dit erï, airée, €Osn, chaussée d'étang, brhî, brassée, piuenl, poignée,
etc.
M. Horning, § 13 (cf. aussi Meyer-Liibke, Gr. d. R. Spr., I,
§ 267), a expliqué exactement l'origine d'î(^y) par une réduction
du groupe yey. Mais comment convient-il d'interpréter les faits
de l'aire 9, 10, 16-22 ? M. H., qui n'a recueilli que quelques
formes de cette région, est disposé à considérer au moins les
formes participiales comme refaites sur le masculin. Il est bien
certain que ce genre de réactions analogiques n'a rien d'invrai-
semblable; le participe passé féminin du v. tirer L. en est un
bon exemple : à côté de ttrây, part, fém., 5 d, on trouve un
substantif de formation plus ancienne tîrt(y\ portion de pré
entre deux rigoles, 2 c, 5 d, pré L. Toutefois M. H. a tort de
considérer comme embarrassants et peu probants les mots knayey,
quenouillée, de Saint-Amé, et meney = a. fr. mâisniee de Saint-
Amé et de La Bresse^ et d'autre part de s'appuyer sur nœti, nuitée.
- 76 -
de La Bresse, pour admettre qui est également le traitement
régulier de ces localités; si ce mot que j'ai également recueilli,
cf. nœtl{y) 5 c, d, 20 a, 21 e, 22 b et neiUie Hingre, n'est pas
refait sur un verbe en /, tel qu'aineûli noté à La Bresse par
Hingre à côté de neûtié, il faut y voir un emprunt comme d'autres
formes citées § 88, 1°. En effet, il existe une série importante de
mots où l'aire 9, 10, 16-22 présente (^y)ey et qu'il est peu vrai-
semblable d'expliquer par des reformations analogiques : cf.
« poignée » mancheron c. 470, evyey lé a, 19 c aiguillée Z,.,'
^m^v}' brassée id., hwoeey 16 a, 17 a, 18, -é- 19-22, porte exté-
rieure du fenil, mot d'origine obscure, fenil id., keruy 16 a, 18,
-/- 19 b, c, ce qu'on met dans la crèche, foin id., iosyey 21 a
chaussée d'étang id., etc.
§ 46. _)'d <C yà devant /.
On a vu, § 9, que yœ est le traitement correspondant d'une
façon normale au français eu issu du latin 0 ouvert tonique
et libre. Devant / la plupart des parlers de la vallée de la
Haute-Moselle développent yœ en yo, et l'on trouve aussi yo au
Val-d'Ajol. Les faits sont les'suivants : meule à aiguiser Z,. se
dit myol dans l'aire 3-8', cette dernière localité employant aussi
la forme antérieure wy^/ ; de même trémie, fréquemment refait
sur « meule », est dit ûrmyol par 5 a et tre- par 6 a, 7 a, 8 a, 8'
a, 9. Pour désigner les poutres qui soutiennent un plancher,
6 b, c seuls ont employé syol <C sola, tandis que i c, 5 b, 8' b,
9, 16 b, 18, 19 a, c, 21' a, 22 a ont dit 5y^/, cf. poutre L.
Enfin pour la bobine ou cannette du tisserand, qui est désignée
par le représentant de l'ancien-haut-all . spuola, 4 a, 5 a, 6 a,
8' b disent pyôl, 12 a t'pyol, mais 5 d, 8' ï pyâl, bobine, can-
nette L.; et de ce mot on a tiré un dérivé qui désigne une
espèce de dévidoir /)y(5/M 4 a, 5 a, polyû 8' d, f dévidoir c. 248
AT. E.
Ce traitement yo est manifestement récent; on remarqueraqu'il
n'a pas atteint les points i et 2 de la vallée de la Haute-Moselle.
Mais il est impossible de décider si, dans les points 5 et 8 et 12
où les deux traitements yo et yœ sont en rivalité, nous sommes
— 77 —
en présence d'un développement en cours ou d'un phénomène
de recul.
B. — Consonantisme.
§ 47- f (0. /^<^W'-
Cette double série de phonèmes dont l'extension est très grande
constitue un des traitements les plus caractéristiques des parlers
orientaux et particulièrement de la Lorraine ; l'on peut en trou-
ver un classement assez confus dans Adam, pp. 25-48, plus
scientifique dans Horning, pp. 8i-8-j, et surtout dans un article
de M. Cuny, Palatales et vélaires dans la vallée de la Meurthe,
Revue des langues romanes, t. XLIX, p. 521 sq.
La situation respective des deux séries de phonèmes dans notre
domaine peut se définir de la façon suivante : ^, / se rencontrent
exclusivement dans l'aire 1-8', Ç h exclusivement dans l'aire 9-10,
13-22, Remiremont et Le Val-d'Ajol (cette localité a en outre
une prononciation plus vélaire d) participent aux deux traite-
ments. A Remiremont les témoins b, e, f ne connaissent que Ç,
h, c ne connaît que €, j, a hésité entre les deux prononciations :
pour le Val-d'Ajol, cf. § 87 '. Cette distribution se rencontre
sans exception toutes les fois que ces phonèmes correspondent :
a) A d'anciennes spirantes s, ;^ en contact avec u n phonème
palatal :
1° Soit dans des groupes qui contenaient nny d'origine latin,
cf. graisse c. 295, les représentants du fr. huis p. 42, « pois-
son » p. 26, maison c. 465, etc.;
2° Soit quand elles se sont trouvées devant et plus rarement
après une voyelle antérieure, cf. sanglier c. 681, sœur c. 714,
suif c. 730, sur c. 733, prise L., assise c. 51, les représentants
de « mise » au sens de mèche de fouet c. 485 ;
b) Au groupe latin sk devant a ou une voyelle antérieure, cf.
«mouche » p. 18, échelle c. 264, descendre c. 245 ;
I. A Plombières qui est voisin du Val-d'Ajol, on trouve également cette
dualité de traitements, le centre avec e, j, le hameau des Granges avec ç^ h,
d'après P. Passy, Revue de philologie française, 1892, p. 159 sq.
c) Au groupe rs, quelle que soit l'origine du s, cf. force L.
morceau id., et plus haut § 37.
Par contre, quand les phonèmes é, / se sont réduits à €, j
devant une consonne dans les conditions définies § 42, ç(c) h se
présentent sans régularité. C'est ainsi que je n'en ai relevé aucun
exemple dans les localités 13 et 14, et que je n'en puis citer qu'un
seul pour 9, 12, 15, 16, à savoir arranger c. 46. Dans l'aire
même 17-22, où le traitement est plus fréquent, il est cependant
irrégulier, Ç, h la comprennent tout entière dans acheter c. 8,
jeter c. 419, etc.; mais dans chenille c. 175, genêt Z,,,
genièvre c. 382, « jumeau », p. (>(>, les représentants de l'a.
fr. ^d//«^ p o u 1 e c. 602, ils n'existent que dans l'aire 20-22, dans
genou c. 384 /; ne se rencontre même que dans les localités 21
et 22, et on ne le retrouve nulle part dans cheval c. 179, je
mangerais c. 475, etc. Toutefois Ç, h pénètrent par extension
analogique là même où é, j devraient dans l'aire 19-22 subsister
régulièrement, p. ex. dans eÇet, achète, 17 a, 18, 19 c, 20 a,
Çety jette, 17 a, 18, 20 a, en Çéney, une chenille, 20-22, etc.
L'opinion la plus répandue sur les relations de succession des
deux séries de phonèmes Ç (f) h et €, /, et qui paraît à première
vue la plus simple, consiste à considérer que Ç (c) h sont issus
de £,j, cf. G. Paris, Romama,X, p. 607, Apfelstedt, Lothr. Ps.,
p. XLiii, etc., et elle semble appuyée par les faits qui ont été
exposés en dernier lieu : il est en effet incontestable que, dans
les cas où Ç, h proviennent d'anciens é, ;, ils ont passé par le
stade €, ;'. Cependant M. Horning est d'un avis contraire : son
principal argument est que dans des villages de la région
messine plusieurs infinitifs de la r' conjug. présentent y
après les spirantes ^, h ou €, j issus des phonèmes anciens indi-
qués 1°, 2° et 3°, tandis que ce y est absorbé par €, /issus de /, /.
Cet argument me paraît être sans valeur : le même fait se
retrouve dans notre région, cf. p. ex. pêcher c. 558, et le)' est
certainement, ici et là, un simple cas d'extension analogique due
à l'influence des nombreux verbes en ye dans notre région, en yè
ou yœy dans la région messine. (C'est même ainsi qu'il faut
expliquer les formes de chauffer /,.,cf. aussi § 141, qui ont paru
— 79 —
inexplicables à M. H.). Cette interprétation est rendue évidente,
pour notre domaine, par la comparaison du traitement de la
3« pers. sing. de l'ind. prés, de « pêcher ^) pû€î(y) 8 b, 8' b, -f-
9, lo b, II b, 13 a, 16 a, 17 a, 18, 19 b, 20 a, -c- 12 a à côté
de pu€ de 8 b, 11 c, où la terminaison ï(}') correspond au fr.
ie des verbes en ier tels que « marier », etc., cf. § 141. L'argument
fondé sur le traitement d' « échelle » ne me paraît pas plus con-
vaincant. Si 4 est le traitement le plus ancien, on devrait, dit
M. H., avoir une forme avec un y secondaire et une voyelle œ
ou des formes analogues ; mais / a pu empêcher ce développe-
ment. Enfin, il tire un troisième argument du traitement des mots
tels que le hnn musca, dont l'évolution 5C>> c lui paraît peu vrai-
semblable. C'est ce dernier argument quia le plus frappé M. Meyer-
Lûbke,qui s'appuie sur le traitement de « mouche » § 653 pour
admettre qu'en lorrain « soit ^ et f sont tous deux issus de s'
(c-à-d. s mouillé), soit e est issu de ^ » ; mais il est aussi con-
testable que les deux autres, cf. p. 66, 1. 4, et le développement
récent de ^ à ^ dans « acheter » signalé plus haut. Au reste, à
propos des parlers de la Franche-Comté, dont le traitement est
fort semblable à celui des parlers lorrains, M. H. ajoute en note;
p. 83, qu'il est disposé à admettre que ^ n'y est pas issu de â.
On peut donc conclure que dans notre domaine €, j repré-
sentent l'état le plus ancien, et ^ (t), h un développement
relativement récent, et qui n'a pas même réussi à se substi-
tuer complètement à l'autre à Remiremont et au Val-d'Ajol.
CHAPITRE VI
TRAITEMENTS DIVERGENTS
Les traitements qui sont exposés dans ce chapitre ne sont pas
seulement parmi les plus compliqués de notre domaine, mais
l'interprétation se heurte souvent à de sérieuses difficultés.
Les cas de mélange, qui sont nombreux, les modifications d'ori-
gine analogique et les particularités dues à la phonétique syn-
tactique donnent aux faits actuels un aspect touffu ; aussi, même
quand on connaît suffisamment l'état ancien, il n'est pas aisé de
suivre l'enchaînement des développements divergents. Mais il
arrive, et pour des séries très importantes, que l'état ancien lui-
même soit mal connu, et dans ce cas les faits se prêtent à
diverses explications, sans qu'il soit possible de se prononcer avec
certitude.
Ce chapitre présente un autre fait remarquable, et qu'il con-
vient de signaler à l'attention. Aucun d^ traitements considérés
ici ne concerne le consonantisme ; tous concernent le vocalisme.
On comprend en effet que, dans un domaine aussi restreint
que le nôtre, le consonantisme, qui est, comme on sait, beau-
coup moins mobile que le vocalisme, ne donne pas lieu à des
développements multiples.
§ 48. yt, yà, t tx. a <i e latin tonique ouvert devant r -\- con-
sonne.
La diphtongaison, qui est un traitement bien connu des parlers
lorrains, cf. Horning, § 37, et dont j'ai relevé un exemple ancien
pierche dans un compte de l'abbaye de Remiremont, non daté
mais probablement du xiV siècle, NJL. 25.^2, 76, est régulière-
ment représentée par 3'^ dans l'aire 1-8' et parle développement
postérieur jij dans les localités 9, 10, 16-21, d. entre autres fe r
c. 340, herbe c. 406, perdre c. 567, terre c. 747, ver c. 785,
etc. La Bresse conserve ordinairement le traitement ancien ye ;
— Si —
cependant on y emploie déjà quelques tormes en yâ, empruntées
aux parlers voisins : on ne doit pas faire état des réponses du
témoin 22 a, dont les hésitations proviennent de ses déplacements,
et particulièrement de rvyâdo= « revers-dos » à la renverse c.
649, qui ne m'a été donné que par ce témoin et à côté duquel
Hingre ne signale que Çai) rvyê-dô ; mais Ihyàn lanterne L.
est la seule forme actuellement usitée à La Bresse, et Hingre a
relevé, outre lantiânc, à la fois Lambiâ et -ê, Lambert. Le Val-
d'Ajol se sépare complètement de ces parlers et, conformément à
ceux de la Franche-Comté qui ignorent la diphtongaison, pré-
sente uniquement e. Le traitement des localités 11, 13-15 est
compliqué : yâ y est parfois attesté partout, par exemple dans
« à la renverse », « ver », mais on y trouve aussi de nom-
breuses formes non diphtonguées en à pât, perdre, au point 11,
le tât, Le Tertre, promenade située dans Remiremont même, des
témoins 1 1 a, c (tandis que 15 b dit â tyât), tar, terre, aux points
II et 13 ; « herbe » même n'a nulle part de formes diphtonguées.
Il est possible que certaines de ces formes aient subi l'influence du
français, mais cette explication est exclue pour le verbe dèvàr^
^d-, ouvrir c. 347, refait, comme on leverra§ i/| 3, su rie participe
issu de deopertu. Nous sommes donc ici en présence de faits de
mélange de parlers, qu'on retrouve également ailleurs, par
exemple à Uriménil, où M. Raillant a relevé à la fois tam et
via, nia, nerf, etc.
Quelques mots font partout exception pour des causes parti-
culières. Si perche L. ne présente pas de formes diphtonguées,
la forme ancienne /)/>;r/j5 prouve que cette anomalie ne vient pas
d'une condition phonétique propre à ce mot, mais qu'il a été
repris au français ou à des parlers voisins. Quant à herse, her-
ser c. 408 qui se rattachent à un verbe *herpicare avec un c
ouvert, comme de nombreux représentants romans d'*herpex,
herse, cf. Meyer-Lùbke, EIV. 4141, et aux représentants de
« bers » berceau c. 94 et à bercer c. 95, l'absence dediphton-
gaison y estdue à l'influence analogique de formes verbales atones ;
la voyelle a été postérieurement allongée en position tonique ;
Li's parlers di's Vosges mcridionales. 6
— 82 —
mais dans d'autres parlers M. Horning, § 37, a relevé des
formes diphtonguées. Enfin la voyelle simple de la préposition
vers L. s'explique par la fonction atone de ce mot dans la
phrase.
§ 49. â)', ey, é, ày, oy < ancien eie (= fr. ée) < latin ata, sauf
après palatales.
Ici, comme au § 44, il faut considérer à part, pour une grande
partie de nos parlers,. les cas où une voyelle de la série antérieure
se trouve dans la syllabe précédente^ ceux où cette voyelle a
disparu et ceux où la terminaison est précédée d'un y.
Dans tous les cas le traitement est uniformément e au Val-
d'Ajol, èy au point 13 et chez les témoins a, b, c, d de Remire-
mont (b articulant faiblement _)'), et enfin ây dans les localités i-
8', 14 et 15 et chez le témoin 11 e. Dans le reste du domaine le
traitement est ^jy aux points 9, 10, 16-19 ^^ éy aux points 20-22,
quand les conditions phonétiques ne répondent pas à la définition
donnée au début du paragraphe; au contraire, quand ces conditions
sont réalisées, il y est ordinairement ey dans toute l'aire 9, 10, 16-
22, cf. d'une part année c. 32, journée c. 425, etc., et d'autre
part cheminée c. 172, enflée c. 294, les représentants de
« buée » dans faire la lessive c. 447, etc. ; sonnée c. 718 suit
le traitement de l'infinitif dont on a parlé p. 72. Cependant on
y rencontre d'importantes irrégularités : on y dit pur tout fcimay
fumée L.ypyây plaie id., alors qu'on y attendait des formes en
e.y ; cf. encore fyœrây, semence de foin, de 16 a, 22 b, fieiirâe
Hingre, mot dérivé ^q jyâr = (r. feurre(y. fourrage c. 362) et
Çinây de 17 g échine c.26j. Toutes ces formes ne sont expli-
cables que si on les considère comme étrangères. D'autre part oy
de 20-22 n'a pas non plus éliminé complètement le traitement
précédent ây. Outre les formes citées ci-dessus, on peut ajouter
rây rayon de miel L. qui correspond à l'a. fr. ree < bas
ail. rata d'après le Dicl. Gén. rayon 3, hây haie id. et fày des
témoins 20 a, 21 a, e ; à propos de ce dernier mot on remarquera
que Hingre donne fwaue, et Horning, pour cette même localité,
foy, § 2.
^ 83 -
Qnay soit postérieur à ey, c'est ce qui n'est mis en doute par
aucun linguiste, cf. Horning, § 2, Meyer-Lùbke, Gr.d. R. Spr.,
I, § 236. Ascoli, tout en citant pêle-mêle les mots enata avec les
autres exemples, reconnaissait qu ay s'étend jusqu'au nord delà
Lorraine, qu'il considérait cependant comme étant hors du
domaine où a latin se serait conservé ; cf. plus haut, § 44. Sur
l'extension de ce traitement on peut se rapporter à Adam année
p. 298, cheminée p. 311, Horning § 2, Zeliqzon § 2, etc., et on
notera également à Uriménil, d'après Haillant,;m<Ma^^, biaye,ché-
mnaye, etc. Puisque 9, 10, ié-22 conservent encore £;y sous la
forme ey dans certaines conditions définies plus haut, il en
résulte que les deux aires 14, 15 et 1-8', qui ne connaissent plus
<\\iay et qui sont sans contact, ont suivi indépendamment un
développement parallèle.
Dans l'aire 1-8' nous possédons du reste encore une trace du
stade antérieur ey. Pour désigner la ration de foin qu'on prépare
pour toute la journée, les témoins 2 a, c, 5 a, c, d ont indiqué
l'expression fàr le kwey foin L. ; or ce mot est certainement le
même queÇkœvey de 18, 19 a-c, qui a le même sens. On le trouve
aussi à La Bresse d'après Hingre s. v° khkeuvéc, au Tholy (arr.
de Remiremont) d'après Adam, p. 286, fdre le squevèïe, faire la
ration du bétail pour la journée, et M. Horning l'a recueilli à La
Poutroye (Alsace), p. 119, scœvey, dont la traduction « Bùnde
Futter» semble être insuffisamment précise. On remarquera que
dans ces localités ,tous les autres mots en ata sont en ay.
M. Horning, Le, a donné l'étymologie exacte scopata. Le sens
ne se rattache pas au sens général de scopare, balayer, dont nos
parlers ne possèdent plus de représentants, cf. la c. 78, mais au
sens plus particulier d'écouvillonner un four, que Hingre a noté
à La Bresse sous le mot khkeuvê. On a comparé le geste de celui
qui tire le foin du grenier au geste de celui qui écouvillonne un
four. Dans les explications de Hingre s. v. kbkeiwée l'idée de
secouer est mise en valeur d'une façon trompeuse ; il dit en effet .
« foin, paille, toutes choses semblables qu'on a secouées en les
répandant. Se dit spécialement du foin qu'on tire du tas avec un
croc fait exprès dit creucha de fwô, et puis qu'on secoue douce-
- 84 -
ment en le jetant dans la grange à battre, pour le repas du
bétail ».
^ ^o. è, à, ô <C a dans les monosyllabes ou leurs composés.
Les composés de « là » cela c. 140 ou la forme abrégée de ce
mot ça c. 129, là c, 433, là-bas c. 433, voilà c. 800, les
représentants del'a.fr. ;rt déjà c. 241, la c. 43 i, pronom person-
nel féminin en fonction de régime tonique, constituent une
série distincte^ dont l'évolution particulière est due à leur rôle et
surtout à leur forme monosyllabique, cf. Meyer-Lùbke, Gr. d.
R. Spr., l, §§ 221 et 228, qui montre que des faits analogues se
sont produits dans d'autres régions.
Le traitement est d'une régularité parfaite dans les deux val-
lées : en effet celle de la Moselotte présente uniquement à, celle
de la Haute-Moselle uniquement 0. Par contre la région de
Remiremont 11-15 flotte entre plusieurs traitements ; sans doute
e y est prédominant (e n'existe que dans « ja » au Val-d'Ajol),
mais les deux autres y coexistent, à seulement au Val-d'Ajol,
mais 0 partout et d'une façon variable suivant les mots, les loca-
lités et les témoins. C'est pour « ça « que les témoins présentent
les variations les plus nombreuses, puisque se et so sont tous deux
employés dans tous les points de l'aire. Dans les autres mots
elles sont moins fréquentes : jo, déjà, n'a été employé à Remi-
remont qu'une seule fois par 1 1 b qui a dit deux fois je, et de
même seul 11 d s'est servi dety^/o; enfin 12 a a indiqué à la fois/rt
et le. Mais il y a en outre désaccord entre le traitement des diffé-
rents mots dans presque toutes les localités de cette aire 11-15. Il
est inutile d'insister sur Remiremont dont l'état troublé apparaît
suffisamment dans les lignes précédentes ; mais au Val-d'Ajol où
à est prépondérant, on dit cependant je (et je), se et so; à Saint-
Nabord, outre so,jÔ est la seule forme usitée, tandis que les autres
mots sont en e; au contraire, Saint-Étienne, outre se, ne dit que
le, à côté des autres mots qui sont en Ô. Bellefontaine est la loca-
lité où les faits sont le plus réguliers ; en somme, je n'y ai relevé,
à côté du traitement e, qu'une seule fois se chez le témoin 1 3 a,
ce qu'on peut considérer comme un accident.
- 85 -
Quels sont les rapports des trois traitements à, ô, è ? Dans
les parlers orientaux è est actuellement de beaucoup le plus
répandu, d. pour les parlers lorrains Horning, § 5, Adam,
p. 57 sq., p. 207 sq., les cartes de VAL. 383, 7^1, 784, etc..
Raillant çai, lai, jai, etc., et pour les parlers franc-comtois,
outre mes cartes, Grammont, La Franche-Montagne, p. 106,
etc. rt est également assez fréquent, mais 0 est relativement rare et
ne paraît exister que dans les parlers lorrains et seulement dans
une région voisine de la nôtre, dans la vallée deCleurieauTholy,
tolb, vdlô,jo Adam, pp. 207, 208, 422, à Gérardmer/o Horning,
§ 5, slo Herzog, Einkitung, § 73, à Rehaupal (arr. de Saint-Dié)
vanlo, là-bas, 'Adam p. 208, à Deycimont (arr. d'Épinal) çu-ld,
çolle-lo, celui-là, celle-là, id., p. 60.
D'autre part, d'après l'opinion généralement admise, e repré-
sente l'état attesté par les documents médiévaux sous la forme aiy
cf. Meyer-Lùbke, Gr. d. R. Spr., I, § 258, Kisserling, Die Beton-
ten Fokale im Alththringischen (In. Diss.) Halle, Colbatzky,
1890, pp. 30 et 31, et dans les chartes de Remiremont /a/
NAL. 2531, (>(), 88 bis, etc. Par conséquent on doit admettre
que, dans notre domaine comme ailleurs, la succession des déve-
loppements a été e (d'où ^), à, ô. Mais cette explication, satisfai-
sante pour les parlers des deux vallées, n'éclaircit pas totalement
les faits de la région de Remiremont. Il est surprenant que,
sauf au Val-d'Ajol qui présente les trois traitements, e soit dans
les localités 11, 14,15 en rivalité avec oet nulle part avec à. Faut-
il donc en conclure qu'o est étranger à cette région et que c'est
une prononciation empruntée aux parlers de la Haute-Moselle et
de la Cleurie (car à l'ouest e est prédominant et probablement
unique) ? Cette conclusion n'est pas absolument nécessaire : mal-
gré l'absence actuelle d'à dans l'aire 11, 14, 1 5, il est possible qu'o
en soit anciennement issu dans une de ces localités et se soit
ensuite mêlé avec t'. Quoiqu'il en soit, 11, 12, 14, 15 présentent
dans cette série de mots un mélange particulièrement remar-
quable.
§ 51. I, a, d dans la syllabe protonique <C anciens a, ai, e <.
a OM e latins.
— 86 —
Bien que les faits considérés ici représentent des phonèmes
étymologiquement différents, il m'a paru utile de les réunir;
car, outre qu'on évite ainsi des redites, les développements de
ces faits sont connexes et s'éclairent mutuellement.
1° Dans une série importante de mots tous les parlers ont un
seul traitement^ : a) = ancien a dans asseoir c. 47, etc.;
b) = ancien ai dans « faîne », p. 37, etc. ; c) = ancien e dans
descendre c. 245, etc.
2° Dans une autre série, ( est le traitement à peu près exclu-
sif de l'aire 1-15, tandis qu'rt est prépondérant dans l'aire 16-22.
A. — Dans un certain nombre de mots la présence d'^: de l'aire
16-22 semble être liée à celle d'un zu antérieur : a) = ancien a
dans les représentants du fr. marcher battre en grange c. 87,
« par » p. 63, garder c. 374, cacher c. 130, etc. ; b) =
ancien ai dans les représentants de l'a. fr. baiesse fille c. 346 ;
c) = ancien e dans ceux de merendare goûter c. 393.
Les témoins des localités 16 et 17 manifestent quelque flotte-
ment : 16 a ne dit avec à que pivà, par, et bwà^e, piocher L.,
16 b dit bwtycs, fille, à côté de kiaà^ey, cachée; de même 17 a,
b emploient biutyes et 17 a kwhe, cacher, -àt, cachette. En outre
il est au moins un mot qui, dans toute l'aire 16-22, n'a que
des formes en e, à savoir bwetertiii 18, 20 a, 21 a, 22 a Barthé-
lémy L. Qu'il y ait une relation entre la présence d'un w et
celle d'un â, c'est ce qui semble ressortir des formes de « par »,
comparées à celles de ce mot dans le composé « tout -|- par » +
un pronom personnel au sens de seul L. et c. 707, et aussi du
traitement de quatorze c. 624 qui présente à la fois w ti à zn
seul point 22.
B. — Il existe en outre une série importante de mots où à
apparaît dans l'aire 16-22, sans qu'on puisse Her sa présence à
celle de conditions phonétiques particulières : a) = ancien a
dans avoir, savoir Z,., chevreau c. 183, les représentants du
k. echevetteéc\\twe2i\x c. 266, laver c. 442, passer c. 557, le
dérivé de trahe au sens de poutre c. 605, les représentants
d'apiariu a.u sens de rucher c. 671 (pour la modification de la
consonne, cf. § 151), sarcler c. 68^, etc. ; b) = ancien ai
- 87 -
dans les représentants du fr. agassc pie c. 57e, haïr L., etc. ;
c) = ancien e dans enterrer c. ^00, éternuer c. 315,
hier soir c. 409, les futurs et conditionnels de tenir, venir,
L. et §§ 21, 143, etc.
Si à est localisé dans la vallée de la Moselotte, sa présence
n'y est pas constante. Le point 16 flotte, comme dans le cas
précédent, entre e et à, le témoin a n'emploie avec à que pàsà,
à?^, rucher, et le témoin b dit phâ et util, extrémité du râteau
qui porte les dents, râteau L.; de plus çtàne, éternuer, n'est
employé que dans l'aire 19-22, hàye, haïr, que dans Taire 20-
22, ttàvàt, poutre, n'existe même qu'au point 22, et on notera
que les représentants de s ternir e au sens de faire la litière c.
459, dont les conditions phonétiques sont pourtant identiques à
sternntare, ont e dans toutes les localités de l'aire ié-22. Il faut
enfin signaler les formes usitées au seul point 12 àije agneau
L., et eràrji araignée c. 38. Mais à d'engraisser c. 295 des
localités 17-22 vient de « graisse », cf. § i.
3" Une troisième série est constituée par des mots qui ont
trois traitements : on trouve ordinairement e dans Taire i-io, à
aux points 12 et ié-22, 0 dans Taire 11, 13-15.
A . — Un premier groupe est formé de mots dont la voyelle
est suivie de / : a) = ancien a dans alêne c. 17, aller c. 18,
alouette c. 30, chaleur c. 150, échelon c. 265, malade
C.466, saler c. 678, vallée c. 777, etc. ; b) = ancien e dans
atteler c. 53, gelée c. 379, peler c. 563, etc.
La répartition des faits est assez régulière ; cependant plusieurs
points offrent quelques variations. 15 a, dont le traitement le
plus fréquent est Ô, dit cependant avec e elod, alêne, eluét,
alouette, et hésite entre £îvo1o et -clÔ chevalet c. 180 ; de
même 11 b dit eeelot, échelle placée en avant de la voiture à
foin, voiture L., 11 d màlâj, malade. Aux points 8 et 8' les
formes avec à sont fréquentes : éàlû, chaleur, 8 a, svàlo, cheva-
let, 8 a, b, 8' a, h, sale S' a-d salière de cuisine L., €àlo,
échelon, 8 b, U- 8' a, b, e, eeàlot 8' b (et même 7 a) égout-
toir pour les fromages L., hàloj, cf. § 151, pelure c. 564,
tàld % b, 8' a, d talon L. Quelle que soit l'explication que
— 88 —
nous adopterons pour les rapports des trois traitements, il est
certain qu'une partie des formes qui viennent d'être citées est
empruntée à des parlers voisins.
Le point lé présente des hésitations semblables à celles qui
ont été signalées plus haut : le témoin a dit (ji^elà, aller, elwàt,
alouette, sclà saler, b de même dit soml à. elwàt de i8 est peut-
être accidentel ; mais il existe plusieurs mots pour lesquels la
vallée de la Moselotte ne connaît qu'e : çeli, ridelle, 21a, khaili
Hingre, voiture L., il fallait c. 333, cf. aussi « il a y) felUy
— fallu, 17 a falloir L., fallu Hingre s. \° fan. Pour les
formes de « falloir, valoir » avec ô, cf. § 58.
B. — Dans une deuxième série la voyelle est précédée ou suivie
d'une consonne labiale : cf. les représentants de l'a. fr. batoyer
baptiser c.8i, bavard c. 88, baver c.89, cheveu c. 181,
épouvantail c.307 exprimé par un substantif verbal d'« épou-
vanter » ■< *expaventare, gd.z on c. 377, maçon c. 462, taon
c. 740, etc.
Ici encore on notera plusieurs irrégularités : ira, c disent
bevâ, bavard, 16 z-liuâvâ, mais 16 b biuevà, baver; les formes
d'(c épouvantail » au point 16 sont particulièrement remar-
quables : eçpwbvk 16 a, epb- et tçpb- 16 b; mais la forme la plus
notable est /a'i, taon, 18-21, -en 22.
C. — Dans un troisième groupe la syllabe suivante contient
une voyelle postérieure, cf. charbon c. 156, chardon c.157,
charrette c. 164, chaton c. 168, « étron » dans le mot qui
désigne le bousier c 114, etc. 16 flotte ici comme précédem-
ment, cf. eeràt de lé a, b et ^â- de 16 a ; de même au Val-
d'Ajol on dit ^^râ/, ;ero jarret c. 415. Le rôle de la voyelle
postérieure ressort de la comparaison de « charrette » à char-
rue c. 165 et du mot issu de *carrik qui désigne la partie de
la grange qui se trouve en avant c. 395. Si 11, 13-15 disent
drîiÇj), charrue, c'est par analogie d'après « charrette ». C'est
sans doute de même qu'il faut expliquer ebsœr fouet c. 355
des points 11 et 15, et sbyû sureau c.734 de 11, 14, 15.
Après avoir établi l'état actuel des parlers, il nous reste à en
tenter une explication. Faut-il admettre qu'é est à la base de
- 89 -
tous les faits, et c\nâ et o en sont une évolution postérieure ?
Faut-il au contraire admettre qu'a représente le traitement pri-
mitif dans les mots où il correspond à un a ancien ? Quant à
0 de la région de Rem'iremont, il est nécessairement issu d'à.
Les graphies des documents anciens prouvent qu'e était très
répandu dès le xiii* siècle : cf. i° ai : ai, à, NAL. 2531, 66, etc.
lai, h, article, id. 88 b, etc., airieraiges id. 79, aicroixa[n\ce
id., aiqiiis, acquis, \à. ^i, aivoi\fi\ne id. m, wa/mw^/r (peut-
être zc'o/-) id. 104; 2° ei : cheiiaiis = a. fr. chesal 2542, 33 '
3° w : u'oira[n]tirai 2531, 42 ; 4° ^ : chescun 2529, 41, meniere
2530, 47, ivernison 2531, 71, cherrees (au sens de charretées) id.
83, merguerite 2542, 31, messecUer id. 73. Notons aussi les gra-
phies inverses : paemens 2531, 91, saremens id. 88 b, laxie 2529,
41, sad id., chamin 2531, 88 b, etc. Dans ces conditions il est
impossible de faire état de xahy déjà cité p. 34 pour conclure
que devant / a subsistait ou avait déjà reparu à Remiremont vers
le XIV* siècle.
L'extension et la régularité du traitement des villages de la
Haute-Moselle qui, sauf devant / aux points 8 et 8', ne con-
naissent presque exclusivement qu'^, et la présence Irèquente d'è
dans le reste du domaine s'accordent bien avec les données de
ces textes. De plus la comparaison des mots qui avaient ancien-
nement e et où la succession e, a, 0 n'est pas douteuse vient
encore à l'appui. On doit donc conclure qu'^ de la vallée de la
Moselotte et du Val-d'Ajol est toujours issu d'un stade e, et qu'il
en est de même d'à devant / aux points 8 et 8'. M. Meyer-
Lùbke, qui admet Gr. d. R. Spr., \, § 349, qu'^ est le traitement
normal des parlers lorrains, signale la présence d'un r après 0 de
nombreux mots d'Uriménil, mais sans en tirer de conclusion :
en effet les faits précédents montrent qu'il n'y a pas lieu de
faire état de la présence de ce phonème.
Mais comment faut-il expliquer les nombreuses irrégularités
qui ont été relevées ? Une partie est peut-être due à des condi-
tions phonétiques particulières : il semble bien que la conser-
vation d'c dans « Barthélémy » 2° A, « il fallait » id., « taon »
3" B est attribuable à l'influence des voyelles claires suivantes.
— 90 —
Pour les autres cas on peut penser que nous sommes en pré-
sence de développements en cours : c'est ainsi qu'on pourrait
expliquer le flottement de 8 et 8' 3° A et de toute la vallée de
la Moselotte 2° B. La résistance de l'état ancien est évidem-
ment renforcée par le traitement des parlers voisins : nous en
avons un bel exemple dans « râteau », p. 68, comparé à son
dérivé râf/^/t 17 a, 19 c, -fé 18, 21 a, 22 a ; celui-ci, ayant un
caractère plus local, a développé à dans l'aire 17-22, conformé-
ment à la tendance de ces parlers, tandis que « râteau » a par-
tout ^. Quant aux hésitations du point lé, elles tiennent à sa
situation ; d'autres ont un caractère plus individuel, telles
q\ïè€elot de II b 3° A, dont le £ est également étranger, màlâf
de 1 1 d, etc .
§ 52. Traitements divergents de l'ancienne diphtongue oi.
Les traitements^en sont si variés qu'il est nécessaire de faire
plusieurs subdivisions ; encore réussira-t-on difficilement à trou-
ver une explication pleinement satisfaisante de la façon dont
s'est formé l'état actuel . Sans doute cette complexité si grande
est partiellement due à des développements divergents ; mais
les faits contradictoires auxquels se heurte toute interprétation,
et la présence de nombreux cas de traitements doubles et
même triples dans une même localité ne peuvent être attribués
qu'au mélange des parlers.
1° à, e, ô <, ancien oi <C e latin fermé libre ou suivi d'un
phonème palatal .
Cette triple série de traitements se rencontre en premier
lieu dans le cas où la voyelle, précédée d'une consonne autre
qu'une labiale, est actuellement finale, cf. croit c. 232, droit
c. 261, froid c. 367, étroit, roi, soif, soir, toit L. Il
résulte de tous ces faits qu'^ est le traitement de beaucoup le
plus étendu, puisqu'il comprend toute l'aire i-io, 16-22. La
région de Remiremont offre à la fois les trois traitements, mais
la répartition en est irrégulière : seuls 12 et 13 présentent ô
sans exception ; à Remiremont S est également le plus usuel,
mais II b a employé krà, crois, etdrà, droit, 11 d ^r^ ; 14 et 15
— 91 —
ont e comme traitement principal, mais /5 y est aussi attesté par
hrèy étroit, de 14 b, et ro, roi, de 14 a, et par/r^, froid, rô et
sÔ, soif, des différents témoins de 15. Quant à la = îx . loir
rat c. 638, nous en reparlerons plus loin. Au reste la régularité
des localités i-io, 12, 16-22 n'est qu'apparente : les points 8-
10, ié-19 disent dre dans de nombreux composés de « droit »
servant à former des adverbes de lieu, cf. là -bas c.433 et
là-haut c. 435; en outre 19-22 disent (^r)de. il doit c. 250,
forme qui n'est explicable par aucune action analogique, tandis
que (;')ié peut être refait sur fo, vo, il faut, il vaut. Enfin il faut
citer un certain nombre de formes verbales, la désinence à <C
eit du Val-d'Ajol à la 3* pers. sing. de l'imparfait de l'indicatif,
celle en à i-io, 12, 16, en, 13-15 de même origine à la 3'
pers. sing. du conditionnel, celle en à 12, e 13-15, 17, 18, è
II <iei^ à la 2= pers, pluriel du futur, et enfin celle en à 12,
e I -8', 18-22 << ois à la i'' pers. sing. 'de l'indicatif présent, cf.
les §§ 114, 115 et 112.
Cette triple série à, ë, ô existe encore quand la consonne
finale est maintenue dans les formes féminines droite c. 261,
étroite c. 327, froide c. 367, cf. encore raide c.6}6 N. E.;
or dans ces formes l'extension d'^ est plus grande que dans les
mots précédents, réserve faite des formes verbales ; non seule-
ment II d dit dret et etret, et 13 une forme secondaire //-g/, mais
^ est le traitement de toute l'aire 17-22; enfin refroidir L.
l'atteste également pour la vallée de la Haute-Moselle, où les
témoins 5 c, d, 8^ b ont indiqué refredye. Enfin dans ce cas le
Val-dAjol présente à.
M. Horning, § 70, et M. Meyer-Lûbke, Gr. d. R. Spr., I, § 76,
ont essayé d'expliquer les faits correspondants des parlers lor-
rains. Le premier admet qu'un stade ancien oi s'est réduit à 0
d'où est sorti a. Le second, frappé par la coexistence d'o et a
dans plusieurs localités, suppose qu'il s'est produit un croise-
ment de deux groupes de parlers, et il ajoute : c 0 représente oi
et en est issu comme a d'ai; ainsi la perte de l'élément palatal
est commun à toute la Lorraine ; mais la base est ai pour le sud,
oi pour le nord qui se rattache ainsi au messin et au wallon. »
— 92 —
Mais ces deux essais d'interprétation ont le grand défaut de pas-
ser sous silence le stade e. Il est vrai que, en dehors de notre
domaine, il est actuellement peu répandu dans les parlers vos-
giens : M. Haillant signale, s. v° so, se, soif, sei, soir, de Hadol
(canton de Xertigny, arr. d'Épinal), à quelques kilomètres d'U-
riménil, et d'autre part M. Edmond a recueilli à Arches (can-
ton et arr. d'Épinal), n° 67 de \'AL. cire, droit, -t, droite, etfet,
étroite, ret, raide (m.), st, soif, se soir, te, toit. Or ce stade ëest
très important ; car il paraît difficile de le considérer comme issu
d'û dans notre domaine. Au contraire il est très tentant de le
considérer comme l'état le plus ancien d'où à se serait déve-
loppé normalement en position finale : la forme de « refroidir »
de la vallée de la Haute-Moselle est inexplicable autrement.
Enfin là, rat, de Remiremont et de Saint-Nabord, et qui existe
aussi à Uriménil, cf. la graphie là de Haillant, suppose un stade
antérieur In, dont l'a a été allongé peut-être sous l'influence
des mots en à tels que « renard », § i. Il résulte de tout ce qui
précède que l'explication de M. H. ne convient pas à notre région,
et qu'il est préférable d'y considérer ô comme issu d'à, lui-
même postérieur à e : cette interprétation est notamment
appuyée par le traitement d'avez c. 69 et § 115, et par celui de
« coi » signalé § 35 où, grâce au groupe initial A'îc, l'état ancien
de la voyelle a été conservé.
Il reste maintenant à expliquer comment e est sorti du stade
oi attesté abondamment par les documents médiévaux, p. ex.
hoirs NAL. 2530, 47, etc., doit (3' p. s. ind. pr. de devoir) id.,
trois là.. 2531, 68, etc., droit là., id. 113, etc. Quant à l'hypothé-
tique ai de M. Meyer-Lûbke, je n'en ai relevé aucune trace, pas
plus que de graphies en 0, sauf devant e, cf. plus loin, 3°. A
mon avis oi a donné naissance ici, comme après les labiales, cf.
§ 8, à lue qui, après les consonnes autres que les labiales, s'est
réduit à e. Le stade we est encore attesté par plusieurs formes
des parlers limitrophes de la Franche-Comté 23-25, à savoir
dwt', doigt, 23, rive, roi, 24, id., raide, 23, -â 24, 25, sive, soif,
23, -â 24, 25, tiuâ, toit, id. On peut en outre noter que
M. Grammont a adopté une explication semblable pour le parler
— 93 —
de la Franche-Montagne, p. 8i. Mais de toute façon il est remar-
quable que nulle part le traitement ne soit complètement cohé-
rent. Dans la région de Remiremont ii, 13-15 nous avons cer-
tainement affaire à des faits de mélange ; ailleurs cette expli-
cation, tout en étant possible, n'est pas nécessaire. 11 semble
bien, en effet, que la phonétique syntactique ait joué un rôle
important dans ces développements irréguliers : en effet au Val-
d'Ajol 0 et dans la vallée de la Moselotte à ne se développent
qu'en position finale, mais devant consonne on trouve respec-
tivement à et e, c'est-à-dire que les voyelles tendent à s'y
fermer dans le premier cas et à rester ouvertes dans le second.
Cette explication permet également d'éclaircir les particularités
des morphèmes cités dans les pages précédentes, e de la i" pers.
sing. de l'ind. présent usité, même dans la vallée de la Haute-
Moselle, où à se manifeste cependantavec une grande régularité, etc.
Par contre devant s, :(, oia eu un développement différent ; la
spirante a été palatalisée, et 0 a persisté, comme le montre le trai-
tement de « trois », p. 45, et de connaître L.; si cro î tre c. 2^ 5
a cependant un à dans l'aire 16-22, il faut sans doute attribuer
cette anomalie à la 3^ pers. sing. de l'ind. présent krà 19 c, 20 a,
22 a, où la chute ancienne des consonnes finales a dû laisser
oi intact, et qui a donc pu se développer comme dans les mots
de la série précédente. Ailleurs au contraire c'est l'infinitif qui a
réagi sur cette forme, d'où krô 2 a, c, 4 a, 5 b, 7 a, 8' a, -Ô
II a-c, 15 b. De même devant nie y a été absorbé, et nos par-
1ers présentent tous 0, cf. Ion <C ligna i a, b, c, 2 a, 3 b, 5 d,
7 a, 8' f, 9, 18, 19 a, c, 22 a, Ion 13 b, 15 a, Ion 12 a bûche
de bois L., cf. aussi lolngnes NAL. 2531, 83. Sur le dérivé
là^e du Val-d'Ajol, cf. infra, § 64.
2° â, e, Ô <C oi devant r, L
Il faut étudier à part les mots dont la voyelle est suivie de r
ou /, parce que la répartition des traitements actuels est tout à
fait différente de la précédente ; cf. asseoir c. 47, chandelle
c. 153, étoile c. 319, genièvre c. 382 dont les représentants
correspondent à l'a. fr. genoivre, seul normal, comme on le sait,
noircir c. 525, seigle c.701 (cf. dans les documents médié-
— 94 -^
viux soile NAL. 2529, 41, etc., issu régulièrement de 5^:^/^) et
dans le Lexique les représentants de mustela belette, croire,
noir^ toile, les représentants du fr. choir tomber, ton-
nerre, verre, voir. Dans cette série, comme dans la pré-
cédente, la consonne qui se trouve devant la voyelle est autre
qu'une labiale ; « verre, voir » y ont été entraînés par l'in-
fluence du /■, mais le développement différent de « boire,
poire », cf. § 8, montre que cette influence pouvait être anni-
hilée par celle de la labiale. Le traitement de beaucoup le plus
étendu est e qui comprend régulièrement l'aire i-io, ié-22.
Les parlers de la région de Remiremont au contraire sont hési-
tants et présentent dans des proportions différentes les trois
stades e, à, 0. C'est à Remiremont qu'é a le plus d'extension :
1 1 a, c l'emploient dans « asseoir, chandelle, choir, croire, noir,
toile, verre », 11 a dit aussi noee et -Ce, noircir ; par contre 1 1 b,
sauf sol, seigle, ne connaît que des formes en e ; enfin 1 1 a, d
disent tyenâr, tonnerre, 11 c tt-, 11 a, c, ewâr, verre, 11 d
nâçe, noircir. Aux points 12, 13-15 rt et 0 sont beaucoup moins
usuels qu'l : à côté des autres mots qui sont en e 12 dit 7îâr,
noir, nâryt, noircir, luâr, verre, 13 zuor, verre, 14 a sol, wor,
verre, /^^«âr et hésite entre luâretwer, voir, 15 a dit ;/i(?/t1/, belette,
jnbv, genièvre, sol, et 1 5 c wâr, voir. Notons enfin qu'« étoile »
n'a partout que des formes en e et que » genièvre » n'en a pas en 5
à Remiremont. Des hésitations analogues se retrouvent fréquem-
ment dans d'autres parlers vosgiens : il suffit de comparer les
formes d'Uriménil et des localités de VAL. Ici encore l'apparente
régularitéde l'aire i-io, ié-22 est démentie par d'autres faits : la
carte 802 je verrai donne en effet des formes en 0 pour l'aire
8-10, 16-22 et en à pour l'aire 1-7, et les futurs et les condition-
nels d'« asseoir, croire, choir » sont semblablement traités.
Les parlers limitrophes de la Franche-Comté attestent,
comme dans le cas précédent, le stade we par quelques formes
de 23-25 : nwàr 24, 25, nwer 23, swel, seigle, twel, toile, 23. Par
contre le développement des parlers vosgiens semble avoir été
tout autre ; en effet si on admet, comme pour les mots étudiés
plus haut, qu'c est sorti de we, la genèse d'à et 0 dans les futurs
— 9) —
et les conditionnels d'« asseoir », etc., dans les deux vallées
devient tout à fait obscure. Au contraire si on considère qu'o,
après avoir couvert les deux vallées, est devenu â puis e, les
formes des futurs et des conditionnels apparaissent comme des
vestiges des étapes antérieures. On est amené ainsi à adopter,
conformément à l'explication de M. Horning, que devant r, /,
oi, au lieu de passer par we, s'est réduit à o. Le traitement
d'huile L., el partout sauf ol lia, formes qui procèdent de
l'ancien oik, appuie cette interprétation ; il est plus difficile de
faire état de chaîne c. 149, et de ^ân^/, chaînette, de I2àcôtéde
€on, chaîne. Il n'y a pas de contradiction à proposer deux explica-
tions différentes, l'une pour les mots où la voyelle est suivie de r, l,
l'autre pour ceux qui ont été traités p. 91 sq. ; cette diversité s'ac-
corde bien avec lasituationde notre domaine, limité au nord par des
parlers qui semblent, ainsi que M. Horning l'admet, ne connaître
lue dans aucune des deux séries que nous venons d'examiner, et
au sud par d'autres parlers qui ont zuc dans toutes les deux.
3° Traitement à'oie, d'origines variées, en syllabe tonique.
D'après les faits fournis par craie, sillon dont les représen-
tants correspondent au fr. raie<i\zt. riga, soiedeporc, taiede
duvet L., doigt c. 256, qui correspond, dans toute l'aire i-ii,
13-18, à l'a. fr. dote <C*dita, monnaie c. 506, quelques formes
de courroie L. et dévoie id., le traitement dominant est oj,
semblable à celui d'oie L. On trouve cependant quelques
divergences : « courroie, raie, taie » ont sporadiquement des
formes avec u, et « voie » même n'en a pas d'autres, en outre
il faut signaler {j-yiily il doit c. 250, si cette forme représente
l'ancien subjonctif ^o/e NAL. 2531, 79, cf. aussi Schwan-Behrens,
§413, qu'on trouve déjà avec la fonction d'indicatif id. 2542,
42, etc., cf. sur ces formes en «/ § 62 ; surtout il faut remar-
quer les formes en ày de « monnaie » dans l'aire ié-19 et de
« craie » et « soie » dans l'aire 17-19.
Il n'y a pas de raison de douter qu'o}» ne soit issu directement
du stade ancien oie. Mais dans ces conditions ây des localités 16-
19 doit être considéré comme un développement récent qui
existe au reste dans d'autres parlers vosgiens, cf. Horning, § 50,
- c,6 -
et les cartes de VAL. correspondant à nos mots. Les documents
du Moyen Age ont régulièrement la graphie oie, p. ex. monoie
NAL. 2530, 47, me- 2531, 68, banvoie id., sire bua'es diz^ des loyes
2542, 24, où loyes équivaut au fr. Jo^e <C german. Jaubja et
désigne probablement la commune d'Eloyes du canton de Remi-
remont, aujourd'hui à ou e loy suivant les parlers, Eloyes L.,
très rarement oe, p. ex. soent, soient, 2529, 41. Quant aux formes
de plie c. 588, on ne peut pas les utiliser, car il a pu se pro-
duire des réactions analogiques, comme on le verra plus loin 5°
et §143.
4° a,e, 0 <Z oi devant ancien l <^ e latin fermé.
Les parlers manifestent dans cette série une remarquable régu-
larité, cf. bouteille c. 115, les représentants du fr. corneille
corbeau c.211, corbeille c.212, oreille c. 534, les repré-
sentants du fr. seilh seau c. 695, etc. Les localités 1-8', 16-22
ont régulièrement ày, exceptionnellement allongé dans « cor-
neille » au point 22, et 12 ay le plus souvent long; 9, 10
forment une petite aire en ey, 11, 13-15 une aire enr7y;seul le
témoin 1 1 b hésite, disant à la fois botoy, kûnoy, oroy, bôtey, sey^
pwerey pareil L. et kôrbày.
Le traitement ey de 9, 10 est particulièrement intéressant, et
doit être rapproché des nombreuses formes en e étudiées plus haut
1° ; il faut d'autre part noter le dérivé seyd seau c. 696 des
localités i-io, 16. Il semble bien que nous ayons dans ces formes
la réduction d'un stade ancien u>e, tel que nous l'avons adopté
p. 92. On sait qu'au Moyen Age cil est devenu oil dans les par-
lers orientaux, cf. Meyer-Lûbke, Gr. d. K. Spr., I, § 86, et dans
nos documents consoil NAL. 2531, 71, 78, etc. ; et ce groupe 0î7
a pu soit se réduire directement à oy, comme M. M. L. l'admet,
soit, comme nous le supposons, se développer en oel, wel, el, ey,
ay, oy. Parmi les formes des parlers limitrophes de la Haute-Saône
on notera sweyô, -ày- seau c. 696, qu'on peut rapprocher de
formes que j'ai recueillies, loin de notre domaine, à Besançon
kûmvey, corbeau, su'ey, seau, cf. aussi Grammont, La Franche-
Montagne, p. 90, qui adopte une explication semblable à celle qui
est proposée ici.
— 97 —
^° a, e, 0 en syllabe protonique .^ en <C t-' latin ouvert ou
fermé devant palatales.
La plupart des mots appartenant à cette série sont des formes
verbales ou des dérivés; aussi de nombreuses réactions analogiques
ont-elles compliqué l'aspect des faits actuels, cf. pour le traite-
ment des formes atones d' « asseoir, croire, voir, broyer, plier »,
§ 143. Mais si « scier », employé partout au sens de faucher
c. 336, noyer, nier L. ont dans l'aire 1-8' une voyelle é issue
des formes toniques, et si le dérivé en ette qui désigne une espèce
de petite scie, cf. c. 691, est également refait sur le simple
« scie » c. 692, ces mots présentent au point 12 à, aux points
1 1, 13-15 0 et dans les localités 9, 10, 16-22 e, qu'il est difficile
de considérer comme analogiques. De même si sàyà et soyô seau
c. 696 doivent peut-être leur voyelle au simple « seille », seyd
paraît bien attester un état ancien. Il est donc probable que dans
toutes ces formes e représente la réduction de we que Taire franc-
comtoise 23-26 conserve encore dans les formes de « seillon »
citées plus haut, siueyt, faucher, de 23, diœye dé L. de 23-26,
weyot oie L. de 24-26, etc. ; cf. aussi Grammont, La Franche-
Montagne, p. 83 sq., et la graphie oi des textes anciens, p. ex.
proiier NAL. 2531, 66, proiiei id. 83 a, 89, etc.
§ 53. fl, é, 0 <C ^ issu d'^ latin fermé et entravé.
1° Les parlers de 1 1 à 22 sont relativement réguliers ; mais l'aire
i-io présente des faits si compliqués que l'interprétation en est
aussi délicate que celle du paragraphe précédent. Si l'on considère
le traitement des mots bouc c. 105, dérivé avec le suffixe ^^, char-
rette c. 164, épais c. 303, il est c. 323, fraîche c. 363,
mêle-toi c. 487, sec c. 697, seize c. 702, on peut établir (en
laissant de côté les variations de la quantité et du timbre de
« seize » dans Taire 11-15) que 16-22 ont à, i-io 0, 11, 13-15
è, 12 0 en position finale et à devant consonne d'une façon ana-
logue au traitement exposé p. 90 sq. Mais la régularité de
cette série qu'on pourrait cependant allonger est contredite par le
traitement de quelques mots. Réservons le cas de même c. 488,
Les parlers des Vosges r)iei'idio)iaIe<:. 7
- 98 -
de veuf c. 788 et de « faible » évanouir c. 329, en raison des
consonnes labiales. Mais 8'- 10 disent trâ:(, 1 1 b -j, 15 -as, 1 1 a, c,
13,14 -«treize c.765, ce qui est en désaccord avec le traite-
ment de « seize » ; dans cercle c. 144, crèche c. 226, les
représentants de u flammèche » au sens d'étincelle c. 317,
neige c. 520, vert c. 787, 1-8' ont des formes en rt, 9 et 10
disent krh, nej, ^, 10, 16 sek, 20 a ne), 11 b à la fois le nu et
c nos (nous négligeons ici les variations de la quantité et du
timbre de « neige », comme plus haut celles de « seize »). e de
« neige » provient sans doute des formes verbales atones, cf.
plus loin 2°. Mais pour les autres mots toute tentative d'expli-
cation dépend de la façon dont on interprète le développement
de toute la série. Or des explications variées ont été proposées,
principalement par MM. Fœrster, Horning et Meyer-Lùbke.
M. Fœrster (dont je résume l'opinion d'après M. H.) admettait
que la voyelle e a passé à! a à t?. M. H., § 70, objecte qu'en ce
cas la conservation à'e ouvert entravé ne s'explique pas ; mais
il faut ajouter que les exemples sept L. et des mots en elle tels
que « selle » au sens de chaise id. sont peu nombreux et ne
sont pas à l'abri de toute discussion ; on trouve notamment le
traitement ô non seulement dans omU 2 c, 5 d, 8' f, 19 a, 21 a,
-e 13 a, 14 a, 15 b = a. fr. aesmer <, adaestimare Meyer-Lùbke,
EW. 139, estimer L., mais dans o€ 2 c, 5 d --= fr. éche <C esca
amorce L., cf. aussi aukhe Hingre. Quoi qu'il en soit, M. H.
conclut qu'o doit être antérieur à a et, rapprochant le traitement
d'(r fermé entravé de celui du même e libre, il propose de consi-
dérer 0 comme issu d'o/. M. M.-L., G. d. R. Spr., I, § 112, modi-
fie l'explication de M. H., comme il l'a fait pour^ fermé libre, et
suppose qu'o et a sont originaires de deux centres ; mais ce ne
sont plus les mêmes que ceux qu'il avait admis pour 0 ti a issus
d'é fermé libre. Celui d'o serait méridional (bourguignon), celui
d'à septentrional, et tandis qu'o se serait développé d'o/, a aurait
passé par les étapes e, è, à. Mais si a vient des parlers septentrio-
naux, on ne voit pas comment il a pu pénétrer au Val-d'Ajol
tout entouré par 0, et on peut soulever la même objection pour
les parlers de la vallée de la Moselotte. En effet les données
— 99 —
d'Adam, de Horning et de VAL. permettent d'établir un trai-
tement 0 pour Génirdmer (où du reste les faits sont assez
incohérents) et Le Tholy : pour Gérardmer, cf. H., § 58, AL.
point 76, pour Le Tholy Adam boucho, bouc, p. 304, protè, prê-
ter, p. 363, tourot, rouet, p. 368, etc. Faut-il donc se rallier à
l'explication de M. Horning ? Cette hypothèse de la diphton-
gaison à!e en oi me semble cependant se heurter à de sérieuses
difficultés dans notre domaine. On n'a pas remarqué que dans
des mots tels que « seize, treize », s'ils avaient passé par le stade
oi, la spirante finale aurait dû être infectée par le y comme dans
« trois », p. 45, dix c. 254. De plus les documents médiévaux
ne connaissent pour ainsi dire pas la graphie oi \ les seuls
exemples que j'en ai relevés sont moime NAL. 2531, 71, moiinme
2542, 37 ; et si j'ai eu raison d'admettre, p. 92, qu'o/ < c
fermé libre est devenu lue puis e, cette graphie s'explique aisé-
ment. Au contraire la graphie a est très usuelle, cf. tra-^^e 2531,
108, rematre id. 71, abbasseid. et surtout des noms de personnes
tels que jannate id. 91, etc.; 0 est plus rare, cf. jannot id. 90 et
aussi abbaiisse 2529, 41.
Il me semble donc qu'il faut revenir à l'opinion de M. Fœrs-
ter : èhlà, nom de lieu-dit de Ferdrupt, en français Le Châte-
let, indiqué par 7 c et confirmé par d'autres patoisants, atteste
encore l'état ancien de la région de Ferdrupt . Les particularités
de « treize » sont sans doute dues à des faits de mélange de
parlers;o/, êtes, de Val-d'Ajol est analogique, cf. § 133, stk,
cercle, de 9, 10, 16 peut être considéré comme une adapta-
tion récente du français, de même que sàk. Dans « vert » r
aujourd'hui amuï a pu contribuer au maintien d'^. Mais il reste
bien des faits obscurs : faut-il admettre que la voyelle s'est diph-
tonguée devant une palatale dans « crèche, neige », comme on
le voit au point 23 qui dit nwej, sweé, sèche, -l, sécher, et aussi
Iwïjl léger c. 444; « sèche » et « sécher » devraient leur trai-
tement anormal dans la vallée de la Haute-Moselle à l'influence
de « sec ». Il est au reste possible que cqs faits contradictoires
doivent en partie leur origine au mélange des parlers. La chose
est certaine pour a dès » qui se dit da et ^0 à La Bresse d'après
— 100 —
Hingre, et je ne vois pas d'autre explication pour k ô s k a qu'est-
ce que » que L., usité dans la vallée de la Moselotte, à côté du
traitement avec ^ de « qui est-ce que » qui c.632. Enfin il est
possible que la conservation d'à dans un certain nombre de
mots de la vallée de la Haute-Moselle et au Val-d'Ajol y soit due,
comme nous l'avons également admis p. 93^ à des phénomènes
de phonétique syntactique : à ne se serait normalement fermé
en 0 qu'en position finale et aurait tendu à se maintenir devant
consonne, la forme masculine de « vert » serait refaite sur le
féminin; et on expliquerait de même Ve de la petite aire 9, 10.
2° Il convient d'examiner à part le traitement que les parlers de
la vallée de la Moselotte présentent dans les verbes blesser c. 102,
nettoyer c. $23, prêter c. 615, sécher c. 700, les représen-
tants de *tittiare téter c. 748. Ces parlers ont conservé e dans
la syllabe protonique ; cependant les formes toniques l'ont fait
reculer dans plusieurs de ces mots ; parfois au contraire e est com-
plètement tombé : « blesser » seul offre encore e dans toute
l'aire 16-22, dans les représentants de *tittiare ^ est limité à 19-
22, de même dans « prêter » (22 a doit pratà à ses pérégrina-
tions), dans « sécher » il ne comprend même que 20 et 21,
quant à « nettoyer » ernetyî n'a été indiqué que par 19 a, parce
que la forme française a chassé les formes patoises, mais Hingre
donne encore nétié, et l'on peut en outre citer aifièvelè, affaiblir,
Hingre ; e a même pénétré dans les formes toniques, cf. p. ex.
prît 19 a, 20 a, 21 a, e, 22 b, biesse, Hingre s. y°biessé. Par contre il
est complètement tombé dans tsye 19-22, sce 20, 21, fi)e 20 a,
dont on peut rapprocher ce que Hingre dit s. v° nagé : « on dit
aussi negé, à l'infinitif, et aux part, plus spécialement. »
§ 54. Traitement d'ancien oi)i en position finale ou devant con-
sonne et d'ancien ci devant n, tous deux après labiale.
Les phonèmes dont nous avons à parler ici ont plusieurs ori-
gines : on sait en effet qu'en plus des cas où oin, oine corres-
pondent aux mêmes phonèmes du français, les parlers orientaux
traitent par oin, oine tous les mots où e fermé latin libre se trou-
vait devant une nasale et après une labiale, cf. sur ce point
— loi —
Meyer-Lûbke, Gr. [d. R. Spr., I, §§ 89 et 92. Nous y joignons
également « bon » dont la forme ancienne était régulièrement
biien, attestée dans les documents de Remiremont par les
graphies boin NAL. 2529, 41, etc., boinne 2531, 71, 78, etc.
La complexité des faits provient moins de |la nature des inno-
vations qui sont simples que de la variété de leur extension.
On peut les résumer de la façon suivante : le traitement lue, par
dénasalisation ivt, existe sans concurrence dans les localités 8,
8', II, 13-15, une innovation luo, par dénasalisation lub, s'est
produite dans les localités 1-7, 9, 10, 16-22, une autrety^au Val-
d'Ajol. Mais la persistance de l'état ancien dans les points i-io,
12 donne à leurs parlers un aspect assez incohérent. Considé-
rons d'abord le phonème oin dans le^ mots foin c. 353, moins
c. 502, poing, point c. 590 et bon c. 104. Les isoglosses de
ces cartes n'offrent à peu près aucune différence. C'est d'une
part le traitement ancien zt'/dans les localités 8 et 8', dénasalisé
en liî dans l'aire 11, 13-15, d'autre part deux prononciations
nouvelles d'origine semblable lua au point 12, wd dans les loca-
les 1-7, 9, 10, dénasalisé dans l'aire 16-22. Ce développe-
ment a dû se produire assez récemment, car 2 c connaît encore
la forme archaïque biuesà, bonsoir, cf. aussi les faits étudiés plus
loin. Quant à miue, moins, de 2 c, 4 a qui emploient aussi
mw^), il est moins probant, car ce mot est combattu par l'expres-
sion n mt ta, de sorte que miue est peut-être simplement repris
au français.
Devant consonne, dans dimanche c. 252, les faits sont assez
différents, puisque dans ce cas la vallée de la Haute-Moselle con-
serve we, wo ne se trouvant que dans l'aire 16-22 ; dans les loca-
lités II, 13-15 la nasalisation a été maintenue par la quantité
longue de la voyelle, et 12 se joint à ces localités.
Quand oi se trouvait devant ne, dans avoine c. 63, peine c.
562, veine c. 780, 9 et 10 se joignent à la vallée de la Mose-
lotte, tout en s'en distinguant par la nasalisation de la voyelle,
et 11-15 sont également d'accord, sauf quelques variations sur
la quantité. Si faner c. 335 et mener c. 490 peuvent être cités
ici, c'est que dans la plupart des points l'infinitif et les formes
— 102 —
atones sont refaits sur les formes toniques. Or, en dehors de
modifications analogiques survenues dans w mener »^ cf. § 143,
fwonà et mivonà sont en lutte dans la vallée de la Haute-Moselle
avec les formes plus anciennes fiuènà et mwenà. La plupart des
localités et même beaucoup de témoins participent à cette lutte;
on en jugera par le détail des faits suivants :
fwinà I a, b, e, 2 b, d, e, 4 a, 5 a, d, 7 a, b.
tnîvenâ i a, b, d, e, 2 b, e, 4 c, 5 a, c, 6 a, f.
fwojià I d, 2 a, c, 3 b, 4 a, b, 5 e, f, 6 a, b.
mwonà 2 a, c, d, 3 b, 4 a, 5 e, f, 6 a, b, 7 b.
Si parfois certaines localités paraissent ne pas connaître les
deux traitements, c'est l'effet du hasard ; une nouvelle enquête
modifierait certainement ces données, et l'on peut assurer que i,
3 et 7 en sont au même point que 2-6 ; i miudne, je mène, du
témoin c l'atteste pour i . Le traitement de « faner » s'explique
aisément par l'influence de « foin », comme celui de « bonne »
par celle de « bon ». Quant à « mener » il a sans doute été
entraîné par « faner », car zvo ne peut pas y être régulier, étant
donné le traitement d' « avoine, peine, veine ».
Les différents traitements qui viennent -d'être exposés pro-
viennent pour une part du développement spontané de luè par
réaction de la semi-consonne labiale sur la voyelle ; des faits
analogues existent dans l'aire 23-26, dont 23 dit toujours zt'^, 24-
26 lue, vJe ou we. Cependant seule la vallée de la Moselotte pré-
sente un traitement uniforme wo. Sans doute les différences de
« foin », etc., d'une part, et de « dimanche » etc., de l'autre, dans
l'aire 1-7 peuvent s'expliquer phonétiquement, car la consonne
finale de « dimanche », etc., a pu entraver l'action du w; cette
explication convient aussi aux faits du Val-d'Ajol, et si 9, 10
ont w/dans « dimanche » alors que tous les autres mots y sont
en wo, won, on peut attribuer cette conservation à l'action de la
palatale finale. Il est probable cependant que le maintien de l'état
ancien dans ces différents cas a été favorisé par la persistance de
cet état dans les localités voisines.
L'exception que constitue mar < lat. mitior, très usité dans
ro:
notre région, cf. mauvais Z,., et dans d'autres localités lor-
raines, cf. Adam, p. 269, manre (Landremont, canton de Pont-
à-Mousson, M.-et-Moselle), ne peut pas s'expliquer par un déve-
loppement particulier ; c'est un mot vraisemblablement refait
sur un ancien verbe aiiianrir qui paraît être aujourd'hui disparu,
cf. amanri:^ NAL. 2531, 71, -ries id. 78, etc.
CHAPITRE Vil
TRAITEMENTS PARTICULIERS OU ACCIDENTELS.
La nature des traitements réunis dans ce chapitre est très
variée : outre de nombreux faits d'origine analogique, on y
trouve des développements qui ne se manifestent que sous la
forme de tendances, ou encore des développements dont l'aspect
accidentel est dû à leurs conditions particulières. C'est précisé-
ment le cas des faits d'assimilation, de dissimilation et de méta-
thèse qu'on rencontrera ici. Il est bien vrai, comme M. Gram-
mont l'a montré pour la dissimilation consonantique, que ces
phénomènes ne sont pas des accidents, mais, comme « pour telle
ou telle langue en particulier... ces lois sont des possibilités »,
il arrive souvent que dans leur application elles revêtent l'appa-
rence de faits accidentels .
A. — Vocalisme.
§ 55. Changements réciproques d'» en / et d'/ en u.
Le développement d'z/ en i se présente dans un assez grand
nombre de mots de dates diverses, mais avec une extension
très variable. Le pis de la vache, désigné par des formes issues
du latin uber, pis c. 582, a partout /. Le représentant de l'a. fr.
tuit tout L. a conservé u en quelques points : tu a été em-
ployé par 2 c, 4 a, 12 b, 13 b, tandis que la grande majorité des
autres témoins disent //, quelques-uns seulement se servant de
ta, mais dans le composé trestuit la forme avec û existe seule, cf.
tous c. yéi. « Un » protonique, c'est-à-dire en fonction d'ar-
ticle, se dit t{n) partout ; mais quand il est tonique avec la
valeur de nom de nombre, iln et un persistent dans l'aire 1-15,
d. un c. 775 et aussi les composés chacun c. 148 et quel-
— 105 —
qu'un c. 629. « Du » se dit dï partout sauf une autre forme
do de II et 13, et l'on comparera encore enclume c. 290,
dont le m, à côté du n des parlers franc-comtois, semble au
reste révéler une influence française .
L'origine d'ï dans ces différents mots est \ariée. Dans « du,
tuit, un » nous avons aff"aire à une délabialisation à'u en posi-
tion finale ; dans (e)kim, km, enclume, il y a eu assimilation de
Vu au y du groupe ky au stade disparu ekyiim ; dans les repré-
sentants d'iiber, i est dû à une dissimilation de 1'?/ sous l'in-
fluence de la labiale voisine, phénomène qu'on retrouve dans
des mots plus ou moins anciens rhume c. 659, nnne de 17 et
22 meunier c. 49e, mitre et -à de la vallée de la Moselotte
taupinière c. 744 (cf sur ces formes § 151), buffet c. 127.
Les causes du développement d'/ en û sont plus obscures.
Dans certains mots u semble s'être substitué à / par suite d'in-
fluences analogiques. C'est ainsi que le représentant d'un ancien
type *charril «< *carrile, qui désigne la partie de la grange qui se
trouve en avant c. 395, se dit ^erû dans les localités 5, 19-22,
peut-être d'après « charrue ». Dans le mot qui signifie coin de
la maison c. 196, àngrûàe seul point 19, à côté des formes en
/ qui dérivent d'« angle » plus le suffixe féminin / correspondant
au fr. ie, doit probablement son û à une substitution de suffixe.
Mais il reste quelques autres mots dont Vu ne peut pas s'expli-
quer ainsi. Il semble qu'il se soit produit une véritable « con-
fusion » entre / et u, comme le dit M. Grammont à propos de
faits semblables du parler de la Franche-Montagne, p. 60 sq. Au
reste il faut ajouter que ce traitement est attesté dans nos parlers
par des mots qui peuvent y avoir pénétré avec cette voyelle. On
ne peut pas faire état des représentants d'« artisan », au sens de
mite c. 500, car, outre que ce mot est probablement emprunté,
les formes anciennes, d. D. G. s. v°, ne permettent pas d'en
étabhr le premier type, mfirœy miroir L. des témoins 11 a, c,
13 a, 14 a, 15 a, rideau c. ééo, gibier c.389 sont des em-
prunts, u n'existe dans si et aussi L. qu'au Val-d'Ajol, qui dit
cù et ocn. d'accord avec Taire franc-comtoise qui emploie -eu et
om. Hérisson c.407 demande quelques explications : ù, qui
— lOé —
couvre une aire considérable, représente très probablement un
ancien / qui provenait d'une assimilation de la voyelle initiale à
IV intérieur. VAL. donne une forme frjJ pour Gérardmer point
76, et Meyer-Lùbke, EJV. 2897, //ww d'après h Faune populaire de
Rolland, mais sans préciser le dialecte, jrsà et des formes con-
nexes avec / sont très répandues dans les parlers d'Ardenne,
d'après Ch. Bruneau, Enquête linguistique sur les patois d'Ardenne,
Paris, Champion, 191 3, s. v° hérisson. Par contre les formes
avec u ne sont pas nombreuses dans les parlers voisins de notre
domaine ; VAL. ne donne qu ùrsô à Champ-le-Duc 77 ; d'après
Haillant on dit eurson à Uriménil ; mais il est possible qu'tt ait
eu une plus grande extension, car œ peut en être issu. C'est
pourquoi on ne peut pas affirmer qu'u se soit développé dans
notre région et n'y soit pas importé. Quoi qu'il en soit, le même
û se retrouve dans les représentants du verbe « hérisser » au
sens d'exciter c. 331, cf. infra, § 151. Pour les formes de
chez c. 185 qui ont «, cf. § 69,
§ 56. La nasalisation.
Les réserves que j'ai dû faire § 38, 2° et sur la valeur de mes
graphies et sur l'interprétation des voyelles nasalisées devant «,
m s'appliquent également ici. Toutefois, en dehors de ces cas
discutables, tous nos parlers en présentent d'autres où une
voyelle a été incontestablement nasalisée sous l'influence d'une
consonne nasale précédente.
/■ est nasalisée à peu près partout dans chemise c. 173 et le
mot qui signifie mèche de fouet c. 485 et qui n'est autre que
le participe passé du v. « mettre ». nn:^ de 15, 20, 22 est la
forme du français populaire, mis de 11, -;^ de 5, 8' un mélange
de cette forme et du traitement patois.
Les faits concernant e sont à la fois plus nombreux et plus
variables : seul mercredi c. 491 présente^ dans presque toutes
les localités, minuit c. 499, à cause de ses deux nasales, l'offre
davantage que moitié c. 505 et que le représentant de l'a.fr. mitan
au sens de milieu c. 498 (ce mot est, comme on sait, d'ori-
gine contestée ; M. Meyer-Lùbke, EPF. 5462, adopte mediu tem-
— 107 —
pîis, et nos parlers postulent un étymon avec une voyelle
identique à celle de « temps ») ; meno mancheron c. 470 est
isolé au point 12, et l'influence de;«^, main, y est probable. Mais
on dit mhn même c. 488 et L. dans l'aire 1-9 et les localités
16, 17, et la nasalisation est fréquente dans des mots empruntés
au français assez récemment comme « ménager » au sens d'é-
pargner c. 304, medôl 8' c, 14 a, b, 16 a médaille L., etc.
La nasalisation à'o est plus restreinte : elle est rare ou non
attestée en dehors de la vallée de la Haute-Moselle, cf. messe
c. 493, nettoyer c. 523, mote =a. fr. moulier 2 a, c, e, 4 b,
5 a, f, 6 a, 8 b église L-, hio€ 2 b, c, e connaître L., pwe-
rhnô, à cause de, 2 c, 8 ' b, per-, parce que, 5 g, formé de « par
amour » amour L., à côté desquels no, -^ nos L. a été
employé par r i a, c, 12 a, 14 a et «0 nous Z,., pronom tonique,
par 12 a, c.
Celle d'^ n'est attestée que par trias, messe, du Val-d'Ajol.
Il faut en outre noter que quelques cas de nasalisation se
produisent sans consonne nasale voisine, cf. pigeon c. 578, les
représentants du dérivé d'une forme disparue issu de pectus au
sens de trayon c. 764, cf. Horning, § 42, le mot epwes de 5 a,
c, d, g moment i. qui me paraît représenter le fr. espace, cf.
Haillant epoéce ; 5 c, d disent même pwe epwes, avec nasalisation
de piue, par; enfin jarret c. 415 offre aussi dans la vallée de
la Haute-Moselle une curieuse nasalisation de la finale. Quant
à persil c. 572 qui a un I dans les deux vallées, il est moins
probant, car ce peut être un mot étranger.
Les causes de la nasalisation de ces derniers mots sont obs-
cures. Mais, même dans les autres exemples, l'exposé précédent
montre qu'elle se produit d'une façon accidentelle. En somme
nous sommes en présence d'une tendance dont l'action est très
irrégulière, parce qu'elle s'est rencontrée avec la tendance con-
traire à la dénasalisation dont on a vu le succès § 38.
§ 57. Traitements particuliers des voyelles nasales.
1° Traitement de « gendre ».
Gendre c. 381 présente dans les deux vallées une voyelle
— io8 —
}, souvent dénasalisée : nous avons affaire ici à une conservation
de l'état le plus ancien et, d'après le traitement de /5r tendre
L., cette particularité est due à la palatale initiale.
2** Palatalisation de la voyelle nasale.
Une palatale suivante a causé le développement d'à en e dans
changer c. 154, planche L. partout sauf au Val-d'Ajol, et la
comparaison de chambre c. 151, chandelle c. 153, etc.,
montre que la palatale précédente n'exerce pas la même action .
Quant à grange c. 394, manche c. 468 qui ont un traitement
semblable, il est possible q\ïe se soit développé très ancienne-
nement, quand la syllabe tonique était encore libre, comme on
l'admet pour chanvre c. 155. Manger c. 472 se distingue des
mots précédents, non seulement parce que la palatalisation est
attestée partout, mais parce qu'elle a abouti à des phonèmes
variés : outre les formes dénasalisées des points 12-14, ^^ ^^ ^i,
la voyelle est /dans les locaUtés 11 et 22. C'est un fait connu
que dans de nombreux parlers gallo-romans « manger » a un
traitement particulier, cf. AL. c. 809.
C'est encore à une palatalisation (f, ç, c initiaux sont posté-
rieurs au développement d'î, causé par les phonèmes suivants)
qu'est dû i de sanglier c. 681 dans tout le domaine, et pour
lequel il est inutile de supposer un type *sïngulare, comme le
fait M. Horning § 68, avec quelque hésitation, il est vrai; et
c'est de la même façon qu'il faut expliquer ïl d'ongle c. 533
dans l'aire 1-17. M. H., § 105, déclare qu'un type *ûngu]a en
rendrait bien compte, mais il est invraisemblable, et la persis-
tance d'o dans l'aire 18-22 prouve clairement qu'? est récent.
VAL., c. 942, donne même la phase intermédiaire e : e^ 69,
egyot 59. On ne peut pas objecter que les formes de l'aire 18-22
sont peut-être empruntées au français, car un dérivé inconnu
du français et qui désigne les ongles de l'espèce bovine présente
le même traitement : î^yôt 2 a, 5 a, -gy- 7 a, 8' b, 9, -ot 13 a,
14 a, -àt 17 a, mais ogyàt 18, cnïg- 19-22 et aussi ogyot 6 a. Quant
aux formes de rumigare rumine rZ,. qui ont partout l, à côté du
fr. ronger, cî. D. G., ronger i,et Meyer-Lùbke, EW. 7440, elles
peuvent s'expliquer diversement.
— 109 ^
Enfin il faut noter le traitement t qne l'aire 1-7 présente dans
chien c. 186 et le mot régional qui désigne les petits bardeaux
c. 83 et qui est issu d'un iype*assia}ui. Ce développement loca-
lisé dans la petite aire 1-7 doit être assez récent et s'est vraisem-
blablement produit après l'absorption du }' par la palatale précé-
dente, cf. § 39, puisque bien L., etc., ne le connaît pas. M. Hor-
ning, § 7, note i, a donc tort d'en rapprocher le procès de l'a. fr.
jist < jacet. Toutefois il il est curieux que tous nos parlers aient
au pluriel de l'imparfait une terminaison 7 qui correspond à un
type ancien iens, cf. § 136, et dont le désaccord avec « chien »
dans les localités autres que l'aire 1-7 vient sans doute de ce que
nous avons affaire à un morphème et non à un mot.
§ 58. Action d'une consonne labiale sur une voyelle voisine.
On a déjà dans les pages précédentes un certain nombre de
développements qui sont dus à cette action, cf. particulièrement
§ 51, 3° B. Il en est d'autres, assez nombreux, qui ont été réser-
vés pour le présent paragraphe ; en effet, même quand il est cer-
tain que nous avons affaire à une labialisation, elle se produit
ordinairement dans des conditions tout à fait irrégulières, au
point même que l'interprétation en est obscure.
C'est par une action de la labiale suivante qu'il faut expliquer
le traitement de chèvre c. 182 dans les deux vallées ; mais il
est curieux que ni fièvre L. ni lièvre c.454 ne présentent
nulle part ce développement. Il semble donc qu'il se soit produit
après l'absorption du y par la palatale précédente et que syœv des
points 9, 10, 16, 17 soit dû à un mélange de parlers.
Il existe aussi toute une série de mots où un â d'origine
diverse devient 0 dans le voisinage d'une labiale. Il faut laisser de
côté les mots dont le type étymologique avait une terminaison
correspondant au fr. able, car le traitement de la voyelle en est
inséparable de celui des consonnes suivantes, comme on le verra
plus loin, § 89. D'autre part des mots comme boto bâton L., les
représentants du fr . valet au sens de domestique c.257 peuvent
avoir pénétré dans notre domaine avec la voyelle 0, comme les
mots récemment adaptés papier, patience!,. Mais en dehors
— 110 —
de ces mots il en est plusieurs autres qui constituent une série
assez régulière et présentent le traitement ancien à dans l'aire i-
7 et un é dû à une labiale voisine dans les autres localités, cf.
« bâiller, parrain » p. 63, marraine L., parler c. 553, les
représentants à.Q quadruviu au sens de visite c.795, cf. § 151,
et de remedicare au sens de guérir c. 404. Ces deux mots sont
particulièrement probants parce que l'influence du français est
exclue. Quelques mots conservent aussi sporadiquement l'état
ancien dans l'aire 8-22, garde c. 372 aux points 8, 8' et 11,
guère C.403 dans ces mêmes points et au point 15.
Les autres cas de labialisation sont beaucoup plus irréguliers.
Si le traitement de « faible », cf. s'évanouir c. 329, même
c. 488, veuf c. 778, qui ont tous trois étymologiquem.ent un e
fermé, manifeste l'influence des consonnes labiales, màm de 11,
12, 14, 15 est surprenant ; peut-être faut-il attribuer le main-
tien de l'a aux nasales qui l'entourent; quant hfyàv, vàv de l'aire
18-22, Va peut avoir été conservé en syllabe entravée; de plus
il semble qu'rt y devienne 0 moins aisément qu'^. C'est ce qui
paraît résulter du traitement de crèvent c.230 ^/5, bécasse
c. 90, béquer L. ; woj-o maçon c. 462 y est isolé au point 21
(je ne considère pas ici le traitement de Taire 11, 13-15, qui a
été exposé § 51, 3°B). Almanach c.29 n'est pas un mot pro-
bant, car il est récent et a pu pénétrer avec la voyelle 0, et si
lever c.449 et 450 a également un 0 dans toute l'aire i-io,
16-22, il ne faut pas oublier que le stade antérieur n'est pas tout
à fait le même que dans les mots précédents et qu'on doit partir
d'un ^ attesté dans l'aire 11-15. Dans la vallée de la Haute-
Moselle ô est plus répandu que dans celle de la Moselotte : aux
mots qui viennent d'êtres cités on peut ajouter p . ex. le repré-
sentant de l'allemand Falle au sens de piège c. 577 ; mais là
aussi le développement est fort irrégulier. On ne trouve sovh
savon c. 690 qu'au point 3, dans valoir c. 778, falloir!,., cf.
aussi il fallait c. 333, 0 est également assez restreint, et dans
des mots tels que baptiser c. 81, baver c. 89, etc., la labiale
n'a exercé aucune action. Quanta moltà bourdon c. m issu
de màltày cf. sur ynalot et inaleion usités dans les parlers orien-
— III —
taux Bulletin de dialectologie romane, IV, I, p. 20, il peut avoir
pénétré dans les parlers de la Haute-Moselle avec la voyelle ô.
On trouve aussi quelques formes sporadiques où un ancien ë
semble être devenue œ sous l'influence d'une labiale voisine :fœ
fils c. 347 est limité aux témoins 11 a, c; mais à côté de mœ
millet L. des mêmes témoins, pmœ, tmâ de 14 a atteste le
même développement, et 22 a a également employé pnœ qui est
dû au croisement de pie avec une forme 7nâ aujourd'hui disparue,
cf. § 1 5 1 ; de même mediii est représenté par 7né dans le composé
« parmi » de toute l'aire 17-22, cf. pendant c. 565, et che-
ville L. a une terminaison œy chez les témoins 2 a, 6 b, 8' e,
16 a, sans qu'on puisse y reconnaître une substitution de suffixe;
Il faut encore noter dyomwee du point 12 dimanche c. 252 et
frbmâ de 6 f fermer Z,., fromà de 8' a et frome de 14 a fermez
c. 342 N. E. Ces dernières formes sont toutefois peut-être ana-
logiques d'après les mots étudiés p. 31. Enfin, c'est sans doute à
la labiale précédente qu'il faut attribuer le [développement à'e en
a dans bdl belle L. usité partout, «am/g, nouvelle, que Hingre
donne s. v° nôvê, les représentants d'un type ancien *novelaison
ou *navelison, cf. pomme L., étudiés Roiiiania, XLII, p. 357, et
pûcàlèy, pissenlit, de 12.
§ 59. /t ■< ancienne diphtongue ue << 0 latin ouvert et libre.
Ce développement ne s'est produit que 'dans un très petit
nombre de mots. Roue c. 667 présente dans les localités 8-10,
12, ié-22 un traitement yâ, yœy, conforme à celui de « bœuf»,
etc., cf. § 9. Mais dans les deux aires 1-7, 11, 13-15 ce groupe de
phonèmes s'est réduit à /i('y)'. Au point 13 un développement
secondaire rœy a eu lieu, qui existe également à Uriménil et ail-
leurs, cf. Haillant renie et AL. c. 1170. C'est, à mon avis, de la
même façon qu'il faut expliquer kîiye cueillir L. de l'aire 1-8' :
û y est une réduction de la voyelle de l'ancienne forme tonique
I. Ce développement confirme la théorie de M. Horning, § 80, suivant
laquelle tout î< < 0 latin ouvert provient de yœ; on peut encore compzrerbil£Ô
billot L. de 23, 25 c, 26 a, b, à côté de byœéo, etc., des autres témoins, et
t}û et t}'^f ntui L., adjectif et nom de nombre, de 23-26.
112
cueille, et Vdé de kœye des autres localités est un affaiblissement
de cet û, qui s'est produit dans les formes atones d'après le § 24 .
Mais si cette explication est exacte, on remarquera que le traite-
ment de « roue » et celui de « cueillir » ne se superposent pas.
Quant aux formes toniques de jouer L., elles ne présentent
(\uû{y'), sauf en quelques points ii; mais il est difficile de se pro-
noncer sur ces formes, car, si elles peuvent être dues à un trai-
tement particulier causé par la palatale précédente, il est égale-
ment possible qu'elles soient analogiques, du moins en dehors
de l'aire où la réduction de ue à.u est attestée par « roue », etc.,
cf. § 143.
§ éo. ô <C i"i <i 0 latin fermé tonique et libre.
A côté d'w, qui est de beaucoup le plus répandu, cf. § 5, quelques
mots présentent en différents points un 0, qui me paraît être un
développement récent d'fï. C'est ainsi que fleur c. 351 se dit
fyô dans toute l'aire 17-22. De même meilleur L. se dit myo
dans la même région, cf. aussi mio Hingre. Dans un village voi-
sin, Saint-Etienne, les témoins a et b ont employé la forme
devœdyo dévidoir c. 248 N. E., enfin 12 dit po peur L.
M. Horning, § 99, a signalé le même fait, mais sans le commen-
ter, pour « meilleur » à La Bresse et pour « fleur » dans trois
villages qui se trouvent dans les vallées situées au Nord de celle
de la Moselotte. Si incertaines que soient souvent les graphies
de l'ouvrage d'Adam, on peut utiliser les formes suivantes de
chaleur p. 310: tchalo Ban-sur-Meurthe (canton de Fraize,
arr. de Saint-Dié, Vosges), chtalo (sic) Mandray (id.), chalo
Trampot (canton et arr. de Neufchâteau, Vosges).
Ces derniers exemples montrent que la diffusion d'o est assez
grande ; il est cependant invraisemblable d'y voir le résidu d'un
traitement commun antérieur à n. Il est beaucoup plus probable
que ces formes représentent un développement récent, qui n'a fait
qu'apparaître et n'a atteint que quelques mots.
§ ér. 0 issu d'û.
Ce traitement apparaît notamment dans le représentant de
— in —
radicare M. L., EIV. 6992, au sens d'arracher c.^5, dont j'ai
relevé la forme royt aux points i, 11, 19, 21, cf. aussi ranyé
Hingre, tandis que les localités 2, 5, 6 conservent l'état ancien
raye. On doit probablement en rapprocher, bien que ces mots
soient d'origine obscure, gâye de 2, 4, 5, («)«)'^ de 2, 5, 6 et
^o;'^ de II, 13, 14, 19, 21, 22, (;/)o)'^de2, 8, 15, 19 caresser
c. 135, racler, traire L.
Les conditions n'en sont pas claires ; peut-être avons-nous
affaire à un développement de la voyelle protonique, qui se
S3ra d'abord formé dans la région de Remiremont, cf. § 51, et
aura de là pénétré dans les vallées. Il semble que ce soit ainsi
qu'il faille expliquer l'o des dérivés d' « aise » au sens d'aisé
c. 16, bien qu'à persiste dans la région de Remiremont, alors
que les deux vallées présentent uniquement 0; il est en effet
possible que dans la région de Remiremont ces dérivés aient été
depuis refaits sur« aise » ; cf. aussi § 85, 1°.
§ 62. îi issu d'é.
En dehors des faits exposés §§ 18 et 25, et dont au reste l'in-
terprétation n'est pas absolument certaine, il existe dans nos
parlers un certain nombre de mots où un ancien 0 s'est spora-
diquement développé en €1. J'ai déjà eu l'occasion p. 95 de
signaler les mots anciennement terminés en oie, mais sans entrer
dans le détail, rfiy = fr. raie < riga au sens de sillon L. a été
employé par le seul témoin 16 a, kûn'iy courroie id. par 8' f et
16 a (il faut vraisemblablement en rapprocher la forme mascu-
line ekûrû de 13 a), tûy taie id. est la forme du Val-d'Ajol, vûy
voie id. la seule que j'aie obtenue, mais seulement chez
quelques témoins, 2 c, 9, 19 c, 22 a; on ne peut indiquer
qu'avec des réserves {r)dûy, doit c.250^ dont l'origine est dou-
teuse, cf. p. 95. Il faut en outre noter £nûy ■< *camiabula col-
lier c. 199 de 12 et 13, cf. § 89, et myè glisser c. 391 de 4-7,
certainement issu de eoye employé dans les localités voisines, et
qui doit avoir la même étymologie, encore inconnue, que l'adjec-
tif xauUcnt du Psautier Lorrain. Enfin, quant -i fn fou L. de 22
a. et que Hingre donne également s. v. joû comme la forme de
Les parlers des Vosges ïuéridioitales. 8
— iH —
La Bresse, il est difEcile de dire si elle est récemment issue de fo
ou si c'est un emprunt au français, comme /w de ii a, 13 a, 14
a, 16 a.
§ 63. à < ^ en position finale au Val-d'Ajol.
Ce développement est propre à cette localité dans des mots
tels que bras, drap, verrat Z,., qui s'y disent brà, drà, vrà à
côté de brë, drè, vrë de tous les autres points, cf. aussi verglas
c. 78e. Ce traitement existe également dans le village voisin de
Saint-Bresson, où M. P. Passy a relevé M, chat, cf. R. ph. fr.,
1892, p. 133.
§ 64. à < 0 ou (' protoniques au \'al-d'Ajol.
Le premier cas est attesté par un certain nombre d'exemples :
pâtney pommier c. ')^6,pyàtner Plombières L., tànetonnezu
id., /â«% tonnelier c. 756, làne, tas de bûches prêtes pour le
sciage, mot dérivé d'un simple cité p. 93, bûche de bois L.
Ce développement paraît s'être produit régulièrement dans ces
mots, à la suite du maintien de la voyelle protonique, cf. p. 26
sq. ; il existe dans une localité voisine, Granges-de-Plombières,
où M. P. Passy a recueilli pamèy (d'où pani) et tanèy, R. ph. jr.,
1892, p. 12.
Quant au deuxième cas, je ne l'ai relevé quedansà/l^ éclair
c.2é8 (cf. sur ce mot §§ 43 et 69,10°) et làjey léger c. 444,
où il est vraisemblablement dû à une propagation analogique du
traitement exposé § 51, 3°.
§ 65. 0 <^œ.
Ce traitement ne se présente que dans quelques mots : oçi <
exire, sortir L., des points 13, 14 et 16, oçïfyœ, qui est un
composé de ce verbe, printemps c. 616, des points 11, 13 e
14, et enfin ÔC = fr. huis, porte L., du Val-d'Ajol. Dans le
verbe oçï et son composé Ô est un développement analogique qui
a été amené par la rivalité d'Ô et d'à' en syllabe protonique, cf.
§ 24. Quant à oc du Val-d'Ajol, il est probablement refait d'après
ce verbe, bien que je n'y aie pas recueilli de forme avec<7 ; mais il
_ 1,5 —
est possible que ce traitement y existe chez d'autres patoisants, ou
qu'il ait disparu après avoir contaminé « huis », cf. § 133.
$66. î <iè entre consonne et r.
Ce traitement est attesté par les représentants dufr. bergerettezu
sens de bergeronnette c. 97 aux points 5, 19-22, qui sont les
seuls à connaître ce mot, par jôniré de 5 a, dérivé de « jaune »,
cf. aussi M. -L., EJV. }6/\6, qui désigne la chanterelle, champi-
gnon L., et par krâ-èïro des témoins 2 c, 5 d, f, 21 a, cf. aussi
crâchiron Hingre, espèce de hotte L., dérivé d'un simple krâé,
emprunté aux parlers alémaniques, v. § 153. En dehors de notre
domaine, on peut au moins sxgnzXtr chossiron, pré vert, cf. § 83,
7°, et /awmV^' d'Uriménil, d'après Haillant, qui donne également
cette forme ou d'autres apparentées pour plusieurs localités lor-
raines. Mais ce traitement est représenté par un trop petit nombre
de mots pour qu'on puisse reconnaître comment il s'est formé, ni
s'il appartient originairement à notre domaine ou y est importé.
En tout cas, si kraétro est bien une forme propre à notre région,
elle prouve qu'ï y est senti comme élément d'un suffixe corres-
pondant au fr. eron ; c'est ce que montre aussi la forme récem-
ment adaptée du français mûéiro de i b, 2 a, 3 a, 4 a, 6 e, 7 a
moucheron L., et c'est probablement ainsi qu'il faut expliquer
les formes de chevron L., qui sont à peu près partout terminées
^2ix: iro, Mvtro 1-8, 19-22, ^-8'-ii b, 13-18, ^è- 11 a, c, 12 a,
^èvrô 12 b.
§ 67. ye, y à <C / devant /.
Ce traitement, très fréquent dans les parlers méridionaux, cf.
Gr. d. R. Sp., I, § 37, n'est attesté dans notre région que par
(e)dyel des localités i, 2, 5, 18, 19, 21 argile c. 43, issu d'une
ancienne forme ardile, v. plus loin §151, par ohyel 16 a, 19 c, -al
8' b habile L., et enfin par « ville » dans le dermavyhl 8 c,
8' d la Dermanville, nom de lieu-dit de la commune de Rupt.
§ 68. Agglutination d'une voyelle initiale.
La voyelle de l'article féminin le a été agglutinée dans quelques
— ii6 —
mots, par ex. enœl <inubiluM.L., f/F. 5975, nuage c.530, erà
toit à porcs c.753, cf. § 151, eryœy roue c.667, eryât rouet
c. 668;, egos = fr. gousset2.\e d'oreiller L., eéo^ a, -£- 18 chaux
id., eeno 2 c, 4 a, 6 b, f chenal id., etc. Dans des mots mascu-
lins comme paroi c. 554, cf. § 144, gland Z,. qui se dit partout
edyà sauf 0- 11 d, 15 a, à- 17 a, 19 b, 20 a (dans ce dernier
mot è- et à- s'expliquent par l'action analogique des traitements
exposés §51), il est difficile d'admettre qu'^ provient de l'article
masculin qui est à peu près partout le, cf. § 90, à moins d'admettre
qu'^ a été postérieurement modifié en e d'après les nombreux
mots qui présentent ce phonème à l'initiale. Il est possible aussi
que le développement d'^ résulte de la rivalité de la tendance à
apocoper c initial, cf. § 26, et de l'état antérieur. Pour etô = fr.
toit au sens d'abri c. 7, aux points 12 et 13, v. le § 151. Une
double agglutination a même eu lieu dans ombre c. 531. Enfin
on a déjà signalé § 27 les mots qui commençaient anciennement
par r -\- e -{- cons., et qui aujourd'hui commencent souvent par
er -\- cons.
§ 69. Il faut enfin citer un certain nombre de traitements acci-
dentels qui concernent des mots isolés soit dans tout le domaine,
soit dans quelques localités, parfois dans une seule.
1° Chez c. 185.
Dans la plupart des localités « chez » présente un î dont l'ori-
gine n'est pas certaine : on peut admettre qu'il provient d'un trai-
tement particulier de la forme ancienne chies ; mais il n'est pas
impossible que ces formes en T. soient postérieures à celles en û
qui sont signalées dans lesN. E., et qu'elles en soient issues par
un changement d'w protonique en /, comme on l'a vu § 55.
Quant à celles-ci, elles sont très probablement dues à l'influence
analogique de la préposition « sus » qui s'emploie aussi au sens
de « chez ». Des formes de « chez », avec u sont attestées dans
de nombreux parlers lorrains et, bien que moins souvent, l'em-
ploi de « sus » avec cette valeur sémantique, cf. Adam, p. 192,
et AL. c. chez.
; 2° « Coisier » au sens de se taire c. 738.
I 17 —
Le traitement de « coisier » <C *quetiare, qui est employé
partout, est remarquablement varié. Ainsi qu'on l'a vu § 35, les
formes des points 13, 14 et 22 conservent encore le iu<hi groupe
étymologique kiu \ d'autre part, kwebe de 13, 14 représente l'état
le plus ancien delà voyelle, que la labiale précédente a maintenue,
conformément au § 8, cf. aussi p. 92. Ailleurs l'action de cette
labiale a été annihilée par l'influence analogique du traitement
exposé § 52, e\.*kiucy:(j'ë est devenu ku'ôy:(yë. Enfin Vu des localités
1-8', 12, qui est certainement postérieur à Ô, s'est probablement
développé en syllabe protonique, comme les mots étudiés § 25, 1°.
3" Épaule c. 305.
Tandis que toutes les localités i-ii, 13 -22 traitent ce mot comme
le français, cf. M.-L., Histor. Gr., § 175, d'après lequel espalle s'est
développé en espaule par changement du premier / en //, le Val
d'Ajol présente un traitement particulier epâl où le premier / a
été simplement amuï. Ce développement est attesté dans d'autres
parlers lorrains, cf. Horning,§ 18, et AL. c. épaule. Mais il est
impossible de dire si les formes en 0 sont partout spontanées ou
en partie empruntées au français.
4° Chevreuil c. 184.
Une voyelle s'est développée entre les deux consonnes du groupe
intérieur vr, vraisemblablement parce que la série de phonèmes
vryâ était trop difficile à prononcer (il semble moins probable que
nous ayons affaire à une métathèse analogue à celle de jentviryc
genévrier, de i b, ou à celles qui ont été décrites § 32, 2°). Dans
l'aire 1-8' il s'est produit ensuite un nouveau développement, la
chute du y de yœ par dissimilation. D'autre part, la voyelle de
liaison n'est pas partout la même; l'aire 10, 17-22 présente ^" et
l'aire 1-8' î, qui est probablement postérieur et dû soit à l'in-
fluence du 3^ soit à celle des mots étudiés § 66.
Dans les parlers de la région de Remiremont, les formes fran-
çaises qui se sont substituées aux formes patoises ne permettent
plus de reconnaître s'ils ont participé au traitement des deux
vallées : cependant, et bien qu'une autre résolution du groupe
vryœ existe, attesté par ^evrïœ du point 87 de VAL., le fait est
assez probable, car on voit €êvïrœ €èvèryâ rivaliser encore avec les
formes empruntées aux deux points 8' et 10.
— II« —
5° Traitement de « trestout, trestuit » au sens de tout, tous
L. et c. yéi.
Tous nos parlers emploient des représentants de ce composé
usuel en ancien français sous les formes îerto, -à et tortô, -û, cf.
aussi tortoî, /or//<j Uriménil, et Adam tout, p. loo. Il est clair que
torto doit Yo de la syllabe initiale à une assimilation, et que cet ô
a ensuite pénétré par analogie dans « trestuit » . Les formes en e
ne subsistent plus que dans l'aire i-8, et encore faut-il remarquer
que les deux traitements ont été relevés dans presque tous les
villages de cette aire : seuls 3 et 6 n'ont fourni que des formes
en e, tandis que 4 a n'a employé que des formes en Ô. Mais ce
sont là des particularités des témoins, et il n'est pas douteux
que toutes les localités de l'aire 1-8 possèdent les deux traite-
ments.
6° Traitement de la voyelle de « quelque » dans quelque
chose, quelque part, quelqu'un c. 626, -8, -9.
L'aire 18-22 présente un traitement particulier Mk, dont l'ïest
certainement dû à une assimilation exercée par î(n), un, de
«quelqu'un». Cet / a ensuite gagné par analogie les deux
autres expressions a quelque chose, quelque part « ; mais il est
curieux qu'il ne se rencontre pas dans quelquefois c. 627 :
c'est qu'en vérité les parlers emploient surtout « des fois » et que
« quelquefois » a moins de vitalité que « quelque chose », bien
que cette dernière locution ait été également empruntée au fran-
çais à une date assez récente.
.7° Encore c. 291.
L'aire ié-22 emploie une forme kà et le point 12 une forme
kwà, dont le traitement particulier provient sans doute de la
fonction du mot, mais dont le développement n'est pas clair.
8° Poussin c. 604.
« Poussin » présente partout dans la syllabe initiale un u dont
l'origine est obscure. Est-il dû à une assimilation partielle à la
voyelle finale ou à un croisement avec « puce » ? Il est curieux
que le fr. pucelk dont l'étymon *pnllicela, cf. M. L., EW. 6819,
est apparenté à celui de poussin < pullicina, ait également un u ;
mais on ne peut pas en tirer de conclusion, car cet u est explique
— 119 —
diversement et peut, du reste, avoir une autre cause que celui
que présente « poussin » dans notre domaine.
7° Pièce L.
Tous nos parlers s'accordent pour présenter une forme non
diphtonguée, pès usité partout sauf à Remiremont, où pès est dû
à un développement secondaire, d.^ 20 ad finem. Notre région
n'a donc pas connu le traitement particulier attesté par le fr. pièce,
car il n'y a pas de raison de penser que pës, pès provienne de
« pièce » par réduction de la diphtongue.
10° Éclair c. 268.
En raison de l'obscurité de l'origine du verbe, dont un dérivé
est employé partout au sens d'éclair, cf. § 43, on ne peut que
signaler que la voyelle en est partout e, sauf au Val-d'Ajol, qui
connaît aussi un état à, cf. encore § 64.
Indiquons enfin la forme de 8' b î-eïfyœ printemps c. éi6,
qui est très probablement individuelle et dont H initial provient
d'une assimilation à 1'? de la syllabe suivante, cf. sur ce mot
§ 151. Pour « année », v. p. 23, note.
B. — Consonantisme.
§ 70, ib <C V.
Ce phonème que nos parlers ne connaissent, outre quelques
emprunts au français, que dans les mots étudiés ici, y est issu
det^ dans le groupe secondaire hv suivi d'une voyelle antérieure.
Le traitement n'est attesté que pour une partie des localités : on
ne peut en effet guère citer que hwe eu veau L. et cuve c. 238
des points 11, 13, 14, kiuey, cf. p. 83, le dérivé en î = fr. //
du latin scopa au sens d'écouvillon c. 275, et kvJe, œufs de
grenouille, = fr. couvain, au point 18, œuf L.
§ 7 1 . ÎC < V.
Ce traitement apparaît partout dans la forme monosyllabique
de cheval c. 179, où l'articulation du v a été assimilée à celle
de la voyelle labiale 0 (Jfo du seul témoin 6 d est probablement
une forme individuelle où \qv a été assourdi en/par assimilation
— 120 —
à ^). Chevalet c. i8o ne présente wqne dans quelques points,
et encore y est-ii en partie analogique. Enfin, un développement
semblable se rencontre dans egrewh écrevisse c. 276 du point
14. Sur le w de « corvée », cf. p. 38.
§ 72- V.
1° V <C w.
Ce traitement s'est produit accidentellement dans î;e/rt voilà
c. 800 et vesî VOICI L. des points 19-22, sans doute en rai-
son de l'emploi particulier de ces mots : on peut comparer le
développement également accidentel du fr. populaire via. Dans
vJiî, voisin, de 20-22 il est impossible de dire si v représente un
développement récent ou l'état ancien, qui aurait été conservé par
suite de la chute de la voyelle de la syllabe initiale.
2° V dans aiguille L., aiguiser c. 12.
L'extension du v dans ces deux mots est importante ; mais je
ne puis que signaler le fait dont l'explication m'échappe.
Dans^orw)', XwtI, corvée, des points 11 et 12, on ne peut pas
savoir si le t'est issu d'un ancien lu, cf. p. 38, ou si nous n'avons
pas simplement affaire à des formes empruntées au français ;
d'autre part, dans les représentants de l'étymon probable *jiigata,
dérivé de jugu, que nos parlers emploient pour désigner les deux
poutres horizontales qui maintiennent les montants auxquels les
bêtes sont attachées, cf. p. 66, plusieurs formes ont un v inter-
vocalique qui paraît être récent.
§ 73- ^•
On a vu § 12, 1° que nos parlers conservent /.' germanique.
Cette aspiration a même gagné quelques mots qui ne la possé-
daient pas étymologiquement, mais ce développement est ordi-
nairement limité à quelques localités. Il est le plus répandu dans
hérisson c. 407 et dans les représentants du fr. hérisser au sens
d'exciter un chien c. 331 ; but outre c. 54e occupe égale-
ment une aire assez étendue, mais heé, -e herse, -er c. 408
n'existe que dans les villages i et 2, et hopà, hb- greffer c. 97
que dans les villages i, 2 et 5.
— 121 —
Enfin il faut aussi noter le développement d'un h entre deux
voyelles à l'intérieur du mot dans les représentants de cuciilla au
sens de citrouille c. 193 et dans ceux du îv. fléau récemment
emprunté et adapté fléau c. 350.
§ 74. Développement d'un v rinal.
Ce traitement, qui se produit après la voyelle 0 et dont on a
déjà parlé § 29, 5°, se rencontre surtout à Remiremont, où il se
manifeste du reste sans régularité ; il y a en effet des divergences
non seulement entre les différents témoins, mais dans l'usage de
chacun d'eux, cf. entre autres Noël c. 524, hœhey ri a estomac
du veau c. 312, iiicy ir a-c maiL., etc. En dehors de Remire-
mont je n'ai noté que quelques formes, par exemple Pney agneau
£., îoriy taureau c. 745 de 14 a, etc.; mais il est possible que
mon audition ait été insuffisante, cf. Atlas, p. xx. Toutefois, si
c'est là en partie la cause des variations de mes graphies, elles
proviennent probablement aussi du fait que y ne s'articule nette-
ment et peut-être ne se développe que lorsque le mot est à la
pause. Ce traitement n'est du reste pas propre à notre domaine ;
M. P. Passy l'a relevé à Granges-de-Plombières, Revue de phil.
fr., 1891, p. 145, cf. aussi ûjey, oiseau, for^)/, taureau, à Voivres
(canton de Bains, ar. d'Épinal), point 58 de VAL., et Adam qui
donne torée pour Saint-Nabord et taurée pour Vaubexy (c. de
Dompaire, a. de Mirecourt), taureau, p. 375, etc. En outre il
semble remonter à une époque assez reculée, d'après la graphie
ancienne porceil, pourceil, que M. Haillant a signalée s. v. pouhhé.
§ 75. Amuïssement de consonnes en groupe.
1° V.
Ce développement s'est produit partout à2ir\syœ V, 2" et 3= pers.
sing. indic. prés, de vouloir L. (seul 12 a dit encore vyœ), dans
por pauvre id. et dans l'adverbe /'ro/;;o, -b, correspondant au fr.
bravement, que plusieurs témoins ont employé au sens de beau-
coup, bien id.
g s'estamuï partout dans étrangler c. 321, peut-être par assimi-
lation,cf. plusloin p. 127, et dznsevœl 1-12 a, 13-22, evây 12 b, c
aveugle L.
— 122 —
3° d.
d tombe partout àzns ph- prendre L. par un développement
qui n'est pas clair,
4°/.
Le représentant de l'a. fr. auques <i aliquid au sens dequelque
chose C.626 a une forme remarquable ak, usitée partout sauf
au point 13, qui emploie une forme secondaire ek. Ce traitement
n'est pas propre à notre domaine ; on le retrouve dans de nom-
breux parlers lorrains, cf. Horning, § 18, tandis qu'é^ qui serait
la forme régulière, cf. oc Grammont, La Franche-Montagne, n'a
été relevé dans aucune localité de la Lorraine. Ma carte 626
montre que la forme anormale existe aussi dans la région franc-
comtoise limitrophe. Faut-il admettre, comme le fait M. H.,
qu'il s'est produit de bonne heure un amuïssement de /, ouqu'^^
provient des parlers lorrains où al -\- cons. devient à, cf. H.,
loco.cit. ? De toute façon la diffusion d'une forme aussi particu-
lière qu'Â^, d'où procède par palatalisation secondaire é^, etc., ne
peut s'expliquer que par des emprunts, aussi bien dans notre
petit domaine que dans l'ensemble des parlers qui l'emploient.
Il faut enfin citer pu plus Z,. où / s'est amuï, comme en fran-
çais populaire, sans doute sans passer par *pyû.
50;'.
On a vu § 17 que Tamuissement de r est régulier devant les
consonnes dentales; au contraire devant les chuintantes /, ;, ^, ;
correspondant aux phonèmes français €, j, il se produit assez fré-
quemment, mais sans régularité, et semble n'être dû qu'à une
propagation analogique. C'est ainsi qu'à côté de perche L.quij
partout où je l'ai recueilli, a perdu son r, un dérivé en î qui désigne
une espèce de grenier, c. 399, le conserve dans l'aire 1-8, 21, cf.
encore bergeronnette c.97, charger c. 159, orge c. 535. La
persistance du r est particulièrement fréquente au Val-d'Ajol, d.
mwer-ee battre en grange c. 87, er€ et àrd herse -er c.408,
fôr-e fourche L., fworje forger id., etc.; et notez aussi
wor-e orge, tandis que VAL. a recueilli wo€.
D'autre part, deye derrière c.244, qui est la forme usitée dans
toute l'aire 1 1, i 3-22, n'est explicable que si on y voit une réduc-
— 125 —
tîon particulière du groupe ry à j ; on la trouve également dans
%)% 19 carrière L., aïyè Hingre.
§ 76. k se mouille ou devient / devant une voyelle anté-
rieure.
Le mouillement de k devant une voyelle antérieure, qui est
si répandu dans les parlers gallo-romans, n'est attesté dans notre
domaine que par quelques formes isolées, à savoir i^yœpt = a. fr.
escopir cracher c. 224 au point 15, et le dérivé i^yœpèt au sens de
salive c. 680 aux points 13, 14 et 1 5 . Le parler d'Uriménil pro-
nonce ce verbe de la même manière, cf. tieuppè Raillant, mais le
mouillement y est également sporadique, tandis qu'il est très fré-
quent dans les parlers de la Meurthe-et-Moselle, v. Adam, p. 22.
D'une façon analogue k est devenu t au point 18 qui dit Çtœpe
et -àt, cracher et salive; et il est remarquable que ce traite-
ment soit là aussi limité à ces deux mots.
§ 77. ; analogique à la fin des mots.
L'alternance syntactique de ; et /, qui a été notée à la fin du
mot § 42, a amené par analogie le développement de; dans cer-
tains mots qui ne le possédaient pas étymologiquement. C'est
ainsi que chemise c. 173 présente la'finale ; dans l'aire 19-22 et
que le mot qui signifie mèche de fouet c. 485, cf. § 56, se dit
niT] dans les localités 1-4, 6-8, 21. Le caractère accidentel de ce
développement explique qu'il n'existe par d'exemple de é dans
les mêmes conditions.
§ 78. Traitement des consonnes finales de « moiste ».
A côté des formes de ce mot étudiées § 29, 7°, j'ai relevé mœé
chez les témoins 2 c, 4 a et -^ chez 8' a, 12 a, 13 a, 14 a, dont
on peut rapprocher meiiche d'Uriménil et rémuché, imprégné
d'humidité, Allain (canton de Toul, M.-et-^.), Adam, p. 281.
Dans ces différentes localités le traitement n'est pas conforme à
celui du groupe st tel qu'on l'a vu § 43. Cette particularité pro-
vient vraisemblablement de ce que, l^y de « moiste » ayant trans-
formé s en f, ces parlers se sont trouvés en présence d'un
— 12.
groupe exceptionnel^^ qu'ils ont modifié en /, conservé ou réduit
ensuite normalement dans les différentes localités; cf. pour une
autre explication Horning, Die Behandlung d. latein. Prûparoxytona,
pp. 13, 14. Quant à/^c^<;, flasque, Hingre, dont M. H. rattache
d'autres formes zflaccidus, cf. aussi M. L., EW. 3342, pourquoi ne
pas le tirer deflaccus, comme le D. G. le fait pour le français
flache, malgré la note 7, p. 12, de M. H. ?
§ 79. Traitement du groupe initial d'écornée c. 274.
Étant donné l'amuïssement de l'ancien '5 devant consonne, cf.
§ 43, il est remarquable que toute la vallée de la Haute-Moselle
conserve dans ce mot des formes avec sk ou £k. Il est difficile d'y
voir des emprunts aux parlers voisins; tout au plus pourrait-on
attribuer £k des points i et 2 à une imitation des parlers de la
Moselotte. Mais la cause du maintien de la spirante me paraît
autre. Nos parlers possèdent en effet un mot correspondant au
{vânçais encorné, cf. corne L. Or le développement phonétique
devait amener une identité formelle des deux types « encorné »
et « écorné » ; elle existe même aux points i et 2 qui disent
kûnà, -ây avec les deux sens. Mais elle était trop gênante pour
que les parlers n'essayent pas de l'éliminer. Les parlers de la
région de Remiremont se sont contentés du maintien de l'initiale
I dans « écorné » ; mais dans l'aire i-io on est allé jusqu'à la
conservation exceptionnelle du s.
§ 80. l <ir dans bôlyb caneton c. 133.
Je ne puis que signaler cette forme usitée dans les localités
I, 2, 5, qui est issue de la forme encore concurrente bôryo, elle-
même dérivée du simple bwor, car la cause de cette anomalie
m'est inconnue.
§ 81. Assimilation.
A — Assimilation par contact direct.
1° Une sourde devient sonore ou une sonore devient sourde
par assimilation à la consonne suivante.
Le premier cas est attesté par souvent c. 727, b^e < pisellu
pois c. 592, bde,-ù]eperds c. 568, perdu c. 570,/'^^ 1-7, 17-22
— 12) —
pesant L., le deuxième par jeter c. 419, le dérivé de ce verbe
qui signifie essaim c. 308, dessus L., deftï 1-19 déshabiller
id., médecin c. 486, etc. Si dans « dessous » sous c. 72e
c'est au contraire la consonne intérieure qui a été assimilée,
c'est que d a été conservé par l'influence analogique des nombreux
composés avec « de », puis « sous » a été refait sur « dessous ».
Il en est de même de âzitr des témoins 5 b-d, f , 6 d dessus Z,.,
composé d'une forme qui correspond à l'a. fr. soure, représentant
régulier du latin supra.
2° ri devient //.
Cette assimilation est attestée dans l'aire 19-22 par to pel le et
tôt pt'l lèy seul c. 707 et L., qui sont formés de « tout + par »
-|- les pronoms personnels équivalant au fr. lui, elle ; dans les
autres localités « par » présente sa forme ordinaire sans consonne
finale.
3° /;- devient //, rarement rr.
Les parlers présentent fréquemment l'assimilation de Ir en //
dans les futurs et les conditionnels des verbes dont le radical est
terminé par / et dans les substantifs dérivés en « ie » dont le
simple se terminait également par cette consonne, cf. p. ex.
sella 4 a, 5 c, 8' c, 9, 5^- 18, 19 c, 21 a, 22 a, futur de saler
L., pii€elh{y) i a, b, 8' a, -ç- 18 cochonnerie id., etc. Les
formes avec /;■ sont au reste abondamment représentées, et
Hingre ne paraît même pas avoir connu le traitement //, cf.
khélrà, futur de khéla, écosser, Monogr., p. 79, et bwadehie, bavar-
dage, poukhelrie, etc., Lex. Il n'est cependant pas propre à notre
domaine, ainsi que le montrent bcdelUe, pouhheUie d'Uriménil.
L'assimilation en rr est attestée par rro Laurent!,, de
La Bresse, les formes de Basse-sur-le Ruptid., et elle s'accorde
avec celle de ri en // 2° et celle de nr en rr exposée plus loin.
Le développement de Ir en // me paraît être dû à l'influence
analogique des formes à radical terminé par /, qui aura entravé
l'assimilation de Ir en rr ; mais comme les patoisants articulent
difficilement le groupe l-\- r alvéolaire, il en est résulté que Ir a
été assimilé en //. Ce fait est assez ancien, car le simple de
pnMli{y) a perdu son / dendis une date relativement reculée, et
— 126 —
d'autre part l'existence de la terminaison ellie à Uriménil, assez
éloigné des localités, qui ont actuellement le traitement // non
seulement dans cette terminaison mais dans les verbes à radical
terminé par /, invite à penser que // a été à son tour refoulé par
des formes refaites en Ir.
4° nr devient r (par rr), rarement nn.
L'assimilation d'tir en rr, réduit ensuite à r, paraît être à la
base des futurs de tenir, venir L., cf. les formes plus loin § 143
ad fin. ; et l'on sait que l'a. fr. présente la même assimilation
dans dorrai, donnerai, etc.
L'assimilation contraire en nn n'est attestée que par eennl des
témoins 4 a, 6 b, 8 c, 8'' a, d, f, qui désigne la baguette du cou-
drier, cf. coudrier!,., et qui est dérivé, au moyen d'un suffixe
« aril », d'un simple etn écharde L., qui vient soit de l'ancien
h. ail. skina, comme le fr. échine, soit plus récemment de l'ail.
schiene, éclisse. La forme non assimilée existe également, cf. £enrt
le, 6 d, khèneri, Hingre; cf. en outre plus loin § 83, 4=. Le
développement d'nr en nn paraît avoir comme cause indirecte une
influence analogique du simple, de même qu'on l'a vu pour //.
5° ^r devient dd.
Cette assimilation s'est produite dans les deux mots perdrix
c. ;)7i et Ferdrupt L., dont le premier élément correspond au
fr. Frédéric. Tandis que le groupe rdr de perdrix a été simple-
ment réduit à dr dans les localités 13-16, 20-22, cf. p. 130, les
points 3-9, 17-19 présentent une forme peddt qui s'explique par
une assimilation de drendd; on la retrouve également dans /^f^^cfw,
seule forme employée par tous les témoins interrogés.
6° Diverses consonnes, notamment /, précédées d'une nasale
deviennent n ou tn.
Cette assimilation est attestée par plusieurs mots, dans lesquels
/ est implosif ou explosif.
a) / est implosif dans eme n lœy, usité au Val-d'Ajol avec le
sens de par terre, cf. terre L., et qui équivaut au fr. «emmi le
lieu », et dans hwènje 5 c, d, -nhî 19 c, subst. ouadj. qui signifie
bon loisir ou désœuvré et qui équivaut au fr. « bon loisir »
(le suffixe e -zzz fr. icr est dû à une substitution), cf. encore
— 127 —
bwônehé Hingre et houonhé donné par Haillant pour Ventron s.
v°boé-lohi. Pour les formes qui ont conservé /, cf. loisir L.
b) Les cas dans lesquels / est explosif sont plus compliqués.
Pour désigner le chéneau L., toutes les localités, où j'ai
demandé ce mot, présentent des formes avec n, seuls 21 et 22
disent Mlt't. Dans un article de la Romania, XLI, p. 173, j'ai con-
sidéré les formes avec n comme représentant un mot ancien
channette, issu de channe, et j'ai dû admettre que plusieurs de ces
formes étaient à demi francisées. Il est beaucoup plus probable,
comme M. Thomas me l'avait fait observer, qu'elles sont toutes
issues de « chanlatte », et que / est devenu n par assimilation à
la voyelle nasale précédente. Ce développement est ancien, car n
a une grande extension à la fois dans les parlers lorrains et dans
ceux de la Franche-Comté. « Chanlatte » survit cependant en
quelques points, notamment les localités 21 et 2 2 de mon enquête :
cf. aussi chaktte, chenal, Landremont (c" Pont-à-Mousson,
M.-et-M.), Adam, p. 2}S, cimilotte, chenal, Dongermain (a' Toul,
id.), id., p. 240.
Une assimilation semblable s'est produite dans une forme nou-
velle signifiant ainsi c. 14. Sur le modèle de dlsi, encore usité
dans toute la vallée de laMoselotte et dans quelques autres points,
on a formé un nouvel adverbe avec « là », dont le / est ensuite
devenu n par assimilation à la nasale précédente. La forme
ancienne subsiste encore dans quelques parlers franc-comtois, cf.
dinlai Châtenois, dains lai Plancher-les-Mines, etc.
Une assimilation analogue de g précédé d'une voyelle nasale
a dû se produire dans étrangler c. 321, après le changement de
/ en y, cf. p. 121.
Nous avons vu p. 59 l'assimilation d'une dentale à une
nasale précédente. Il faut en outre en rapprocher la réduction de
wè à w dans Plombier es Z-., la forme ^aw ^0, chambre du haut,
de 14 a, c. 151 N. E., et pèm e tyer pomme dp terre c. 595 de
l'aire 1-7, qui présente une assimilation du groupe m d à m par
mm, encore attesté chez les témoins 2 c, 6 b, 7 b, cf. N. E.
Enfin c'est sans doute par une assimilation de ^ à m que « com-
ment » est souvent réduit à une forme mo, -b, -a, ci. comme,
comment JL.
— 128 —
Pour €em du point 8' chanvre c. 155, cf. plus loin § 88.
7° s explosif est assimilé à une fricative précédente.
Cette assimilation a eu lieu dans dix-sept c. 255 ; en effet
dans dheet, -çç- qui occupent la plus grande partie de notre
domaine, s de sept a été assimilé à la fricative de dix. Le nom
de lieu Rochesson L. paraît présenter un traitement analogue.
Postérieurement à cette assimilation, €€, çç se sont réduits à ^, ^
aux points ii, 14-17, 19, 21. Ce phénomène est assez rare, car
VAL. ne donne une forme analogue que pour le point 219 de
la Belgique, où l'on dit duçt. Au point 12, desset est le résultat
d'une assimilation inverse, si cette forme n'est pas due à un
croisement avec le français.
B. — Assimilation à distance.
1° s initiale devient € ç par assimilation à une fricative suivante.
s-j est devenu i-j dans €djc, songer, des témoins 11 c et iz| a,
cf. penser L., développement qu'on retrouve ailleurs, cf. chongé
Uriménil, Horning § 152, AL. c. 995, -6 et €ojî Pierrecourt,
Haute-Saône, d'après le lexique de Juret, p. 140, Niemeyer,
Halle, 191 3. C'est ainsi qu'il faut expliquer ^erse = fr. cerceau
2 c, 5 d, qui désigne des raquettes pour marcher sur la neige, à
côté de sorçede 15 a, 19 c, 21 ^,sorhhés Adam, Saint- Amé, p. 286,
bien que ce mot présente des difficultés, et que l'origine de la
fricative intérieure soit en particulier obscure.
2° / initial devient n par assimilation à n intervocalique précé-
dant la voyelle tonique dans nïuâ 20-22, issu de l'inâ, cf. arc-en-
ciel c. 40 et § 151.
3° Une sourde, qui se trouvait à l'initiale du mot, est devenue
sonore par assimilation à une sonore, qui se trouve à l'initiale de
la syllabe suivante dans les représentants du fr. carder et de l'a.
fr. targier < *tardicare: gedà 5 c, d, 8' f, 16 a, gà- 19 c, gUe
II e, 15 3., gejà 12 a curdev L., dt'je \ c, 2 c, 4 a, 5 a, c, dâ/e
18 tarder id. Peut-être est-ce ainsi qu'il faut expliquer le ^ de ^^3',
quille L.
4° v et n sont devenus m par assimilation à une labiale précé-
dente dans /)3W« pivoine!, de 13 a, 14 a, attesté également à
Uriménil, d'après Haillant qui donne piâine, pom panne L. de
— 129 -—
2 b, 5 d, 1 3 a, 22 a, un t. de Basse-sur-le-Rupt, epermejt
apprivoiser 0,36 de 8' a, e, ex. Jfy'wi faîne L. de 5 a,
ces deux dernières formes étant peut-être individuelles et du
moins exceptionnelles,
5° On a vu plus haut, § 24, que dans la plupart de nosparlers,
la syllabe initiale de dimanche c. 252 correspond à celle de l'a,
fr. dietnanche; or le groupe dy est devenu ; aux points 2, 3, 4 et
22, vraisemblablement par assimilation au ; final.
Le ; final de chemise, qu'on pourrait être tenté de considérer
comme dû à une assimilation au € initial, me paraît avoir une
autre origine, cf. § 77.
6° / implosif devient r par assimilation à r final dans les repré-
sentants de l'ail, meiker miverkâr i-i i, 13-15, mivà- 16-22, màrker
12 a, fabricant de fromages, fromager L.
6° Une assimilation de / initial à un r implosif a probablement
eu lieu dans herbe c, 406 aux points 8' et 16; en effet les formes
ryeb, ryâb paraissent être issues des formes disparues *ryerb, *-a-,
dont r initial représente l'article agglutiné qui subsiste encore
dans de nombreuses localités, cf, plus loin § 84,
7° Enfin il faut signaler le mot lézard c.452, dont les formes
de l'aire i-ii sont d'une complexité embarrassante. Si le point
de départ est bien Icjrad avec un r intercalé, forme attestée au
points' et, avec changement de; en h, aux points 10 et 11,
It'bidd du point 9 est dû à une assimilation du r intérieur au /
initial, cf. encore plus loin § 82, 3° et § 83, 6°,
Quant au traitement de la consonne initiale de s i x c, 7 1 2, que
M. M,-L., Gr. d. R. Spr., I, § 160, considère comme assimilée à
la consonne finale aujourd'hui amuïe, l'explication n'en est pas
certaine, car on a vu plus haut, p. 7, que la voyelle a peut-être
passée par le stade ici, et le premier / a pu palatiser le s initial.
§ 82. Dissimilation.
Il m'a paru intéressant de classer les différents cas de dissimilation
de notre domaine d'après les lois que M. Grammont a établies.
1° lotstt celui-ci, celle-ci c. 141 s'est réduit à té^zl aux points
I, 2, 8, 8', suivant la loi I.
Les parlers des Vosges méridionales. 9
— 130 —
2° Le )> final de faible, cf. s'é vanouir c.329, est tombé
partout par suite de la dissimilation exercée par le y du groupe
initial, conformément à la loi II.
3° Lézard c. 452 présente dans l'aire 1-8 une forme rejlâd,
qui me paraît être issue de la forme *lejlad, étudiée plus* haut,
par une dissimilation conforme à la loi IV.
4° Gencive c. 380 suit dans l'aire 11-22 la loi VIII. Mais
tandis que les localités 17-22 ont dissimulé la fricative intervoca-
lique en d, 11- 16 l'ont dissimilée en ;(; cette différence de traite-
ment provient de ce que la première dissimilation s'est faite au
stade ;-/ et la deuxième au stade /-/. On sait que gencive a subi
également en français une dissimilation, sur laquelle cf. M. L.,
Einfiïhning in das Studium d. Rom. Spr., 2" éd. Heidelberg, 1909,
§ 147. C'est également suivant cette loi que s'est développé /
des formes désignant l'hirondelle c.410, dont r final a ensuite
disparu dans la plupart des points.
y par prendre!,, a perdu partout r du groupe initial pr
conformément à la loi IX. C'est probablement d'après cette loi
qu'il faut expliquer /jww fable L. des témoins 19 b, 20 a, 22 a,
forme qu'on retrouve ailleurs.
6° La loi XI est attestée par les foits suivants : le dérivé en rè
de l'a. fr. bel, au sens de premier lait de la vache qui a vêlé c. 438,
dont le / est devenu ^'partout, sauf au point 12, kmôt pomme
de terre c. 595 des localités 20 et 21, cf. § 89, et très répandu
dans les parlers lorrains, d'après Adam, p. 360, tniœ du point 14,
issu de /Jwœmillet L., forme issue d'un croisement, comme on
le verra § 151. Si dans pnâ de 12 a et piiœ de 22 a, issus de *p}m,
*pmœ, de même origine, la dissimilation est contraire, c'est par
suitede l'action conservatrice exercée par plà, pie, cf. id.
7° Arbre c. 39 est, dans toutes les localités, traite d'après la
loi XII ; il en est de même de mercredi c. 491, sauf en quelques
points qui ont repris la forme française, et des formes pcdfï, pè-,
d'où pcddï Çd. p. I2é) perdrix c.571; pour pejî de 12, cf.
p. 132.
8° j^^ échasse L. des témoins 9 et 19 a, et qu'Adam donne
pour Saint-Amé saihhe, p. 284, est dissimilé d'après la loi XIV. Si
— 131 —
le féminin de l'adjectif <^4, f^, sec, cf. plus loin p. 137, qui est régu-
lièrement cm au point 14, khâkhe à La Bresse, d'après Hingre, est
€às chez les témoins 2 a, 7 a, 8' d, cf. aussi hhâsst que Raillant
donne pour Cornimont s. v. hha, cette exception s'explique par
l'influence analogique du masculin. Cf. pour sac, sec, plus loin,
§83,7°-
9° Plier c. 588 subit dans toute l'aire 1-9 une dissimilation
qui a dû se produire dans les formes à désinence, où py est dans la
syllabe atone, conformément à la loi XVI. C'est également cette
loi qui explique Ôgrepin aubépine c. 56 de l'aire 10-22, mais
l'origine du r est obscure.
Il est cependant au moins un traitement qui paraît échapper
à une loi de M. Grammont, c'est celui de ryebet ryàb de 8 ' et 16,
qui sont issus de formes anciennes *ryerb, -a-, cf. § 81 B 6°, et
qui, pour une cause que j'ignore, sont en contradiction avec la
loi VII. En outre il me semble que éevirœ, e- chevreuil c.
184 de l'aire 1-8' ont perdu le v d'une ancienne terminaison}'^,
encore attestée dans la vallée de la Moselotte, par suite d'une
dissimilation exercée par Xi de la syllabe précédente. Quant à
Ibtot, -et, -et, -ât celui-là, celle-là c. 142 des localités i-ii,
14-16, issus de formes antérieures lotlol, etc., la dissimilation
de / appuyé tonique, contraire à la loi II, s'explique par la résis-
tance particulière qu'a dû offrir l'article initial . Enfin je ne puis
que signaler elor de. l'aire 1-8', alêne c. 17, dont le dévelop-
pement est obscur : c'est au reste un mot sujet à de nombreux
accidents, cf. § 83 adfinem.
§ 83. Métathèse.
1° fable L., boucle c. 106 et le mot tyop, employé pour
désigner les deux chevilles qui fixent le joug au timon par les
témoins 2 c, 5 a, 6 b, 8'f, 19 c, et au sens de nœud par 12
a, 15 a, cf. voiture, nœud L. et qui correspond au fr. couple,
comme Adam l'a bien vu p. 23 (M. M. L., EW. 2209, propose
un type latin *cloppa, mais pour des parlers italiens), présentent
tous une métathèse d'après laquelle un }' passe de la syllabe
finale dans la syllabe tonique. Ce développement, qui dépasse de
beaucoup notre domaine, cf. tieuppe, Adam, p. 23, qui le
— 132 —
donne pour Allain (ar. de Toul, M.-et-M.), et jiaufe, id.,
p. 323, Haillant s. v° s'est probablement produit avant le chan-
gement de/ en )'; le fait est du moins assuré pour fable, qui est
dé]ï Jlaves dans le Lothrmgisches Psalter,CX.VUl, 85.
2" / du groupe Jl a passé à la fin de la syllabe protonique
dans les représentants de Jîamuièche au sens d'étincelle c. 317
dans toute l'aire 1-9, dont les formes commencent par fer ou
fwer. On remarquera que les autres parlers qui emploient flam-
mèche ne connaissent pas cette métathèse, cf., outre ma carte 317,
AL. c. étincelle, et Adam, p. 2^2, fiainoiiche ; et il est donc peu
probable que le premier type de nos parlers soit l'a. fr. falevesche
<C germ. falaiviska.
3° Une métathèse remarquable s'est produite dans certaines
formes d'oseille c. 537. Ce mot d'origine difficile, et que
M. M. L., EIV. 104, rattache à un type *acidula, est représenté
dans presque tout notre domaine par un dérivé en -ette; mais
tandis que les localités 2-8' ont un groupe intérieur yV et 9, 18-
20 un groupe /?/, toute l'aire 10-17 a des formes avec Ih, 12
possédant les deux traitements. Ce phénomène n'est pas propre
à notre domaine ; on le retrouve dans de nombreux parlers
lorrains, cf. AL. c. 954, Adam, p. 354, Haillant olhotte. Il est
même peut-être antérieur à la chute de la voyelle intermédiaire,
cf. du moins lijotte,ché par Adam pour Vittel (arr. de Mirecourt,
Vosges).
4° r est passé de la syllabe tonique dans la protonique dans
eernï des témoins 5 a, b, f, cf. sur ce mot § 81 A 4°. C'est éga-
lement ainsi qu'il faut expliquer pejl, perdrix, du Val d'Ajol ;
en effet, cette forme suppose un stade antérieur *perdî, qui
était lui-même issu par métathèse de pediï, cf. § 81 A 5°.
5° r est passé de la syllabe finale atone dans la tonique dans
eldrb, ombre c. 531, de la vallée de la Moselotte.
. 6° A côté de rejlâd, lézard, traité § 82, 3°, les localités 1-3,6
emploient moins usuellement une forme rjelâd, dont le ; s'est
déplacé évidemment après les mots terminés par une voyelle.
7» Les formes en £-s, que sac L., sec c. 697-9, sécher c. 700,
sécheresse!, présentent dans l'aire 11, 13-15, me paraissent
dues à une métathèse de 5-^ en es. Ce traitement, assez répandu
— 15^ —
en dehors de notre domaine, cf. chaisse, chaissot, sachet, chosse,
chossé, chasseresse, chossiron, pré vert, Uriménil, Horning, § 135,
AL. c. 1178 et 1209, a été expliqué autrement. M. Horning,
les rapprochant de formes avec ^-^ également fréquentes, cf. Adam,
p. 369, This, op. cit., § 59, etc., admet qu'il s'est d'abord produit
une assimilation de s-€ en £-£, puis une dissimilation de e-e en
£-s. Bien que cette explication soit satisfaisante en apparence, je
crois qu'il faut l'écarter, parce que la dissimilation admise par
M. Horning est en contradiction avec les lois XIV et XVII de
M. Grammont, sans qu'on voie la raison de cette exception.
Je signalerai enfin la forme de développement obscur enol,
alêne, des points i et 2, cf. supra § 82, ad finem.
§ 84. Agglutination et apocope d'une consonne initiale.
A. L'agglutination d'une consonne initiale s'est produite assez
fréquemment, et des consonnes diverses participent à ce traite-
ments On peut citer:
1° l'agglutination de la consonne de l'article dans herbe c. 406
et ombre c. 531, cf. encore § 68 ;
2° celle du n de l'adverbe en dans aller c. 18 ;
3° celle du d de la préposition « de » dans ainsi c. 14, devo
3-5, 6, 8, 8', 17, 22, detô 22, avec L., dœeifyœ 11 a prin-
temps c. 616 N. E. ;
4° celle de ;^ dans ;(o, ^ol eux, elles c. 328, 281, qui provient
de prépositions telles que « dans, chez », cf. V)Q\irQns, Beitràge,
p. 287, et dans :(/, y, cf. plus haut, p. 47 ;
5° ou c. 542 présente en quelques points une forme vu, dont
le V paraît s'être développé entre voyelles. Quant au v de vira,
futur d'aller L., l'origine en est obscure; peut-être est-il dû à
l'influence analogique de venir L. De même \tn initial d'oser
L. et d'oseille c. 537, qui se rencontre en quelques localités,
est embarrassant, cf. pour oseille § 151.
Enfin je rappellerai lézard, dont on pourrait être tenté d'ex-
pliquer les formes de l'aire i-ii par une agglutination de l'article,
mais que j'ai cru devoir expliquer autrement §§ 82, 83.
B. L'apocope d'une consonne initiale est au contraire fort rare; je
nerairelevée,saufoubli,quedansJ/7^'noyer c. 527despoinrs6et7.
CHAPITRE VIII
MÉLANGES DE PARLERS
Bien que le point de vue auquel les faits des chapitres précé-
dents sont considérés soit essentiellement linguistique, il nous
est arrivé plus d'une fois, pour expliquer le traitement d'une ou
de plusieurs localités, d'admettre qu'il s'est produit des mélanges
de parlers. Mais il convient d'examiner d'une façon plus systé-
matique, et non pas simplement en passant, comme nous l'avons
fait jusqu'ici, quelle part revient à la géographie dans l'état pho-
nétique de nos parlers, et en particulier quel rôle a joué Remi-
remont, le centre principal de notre région, et dont l'importance
est encore accrue par sa situation au débouché des deux vallées.
Il importe de se rappeler que nous ne nous appuyons que sur
les faits actuels et que, comme le dit M. Meillet, Introduction à
l'étude des langues indo-européennes, 3' éd., 1912, p. 16, « il est
généralement impossible de discerner ce qui provient de change-
ments spontanés de ce qui provient d'emprunts ». C'est pour-
quoi on ne peut pas faire état des traitements communs réguliers
exposés au chapitre I. Mais, même quand une innovation com-
prend à la fois la région de Remiremont et les parlers contigus
des vallées, comme par exemple la réduction de /, / à ^, /, cf.
§ 42, on ne peut pas en conclure qu'elle a été empruntée par
ceux-ci à celle-là. Un traitement, qui couvre actuellement une
aire cohérente, peut être le résultat de développements spontanés
qui se sont formés en plusieurs points séparés. Si par exemple
on considère le traitement de chasser c. 166 et des verbes
analogues, cf. § 39, on voit que ye persiste dans l'aire 8-10, 16-
22, tandis que les deux aires sans contact 1-7, 11-15 présentent
e, comme en français. Or imaginons que dans un certain laps de
temps les points 8-10, qui séparent les deux aires, réduisent à leur
— 135 —
tour ye À e ; nous aurons alors une aire cohérente 1-15, et un
dialectologue, s'appuyant uniquement sur la configuration des
aires, pourra d'une façon erronée conclure que la réduction
d'ye à e s'est d'abord produite dans l'aire 11-15 et a pénétré par
emprunt dans la vallée de la Haute-Moselle.
De même la présence de deux traitements dans une localité
n'est pas nécessairement due à un emprunt d'un de ces traite-
ments ; cette dualité peut provenir de ce que nous sommes en
présence de développements en cours : c'est ainsi que pourraient
s'expliquer par exemple le flottement que les témoins des locali-
lités 8 et 8', 1 6 et 17 manifestent entre â et ^, § 51, la coexis-
tence d'^ et t' correspondant à oi du français dans la vallée de
la Moselotte, § 52 i", celle d'^ et ô du Val d'Ajol < e latin
tonique fermé entravé, § 53, etc.
On sait d'autre part qu'il est souvent difficile de reconnaître
si nous avons affaire à des emprunts de prononciation ou à des
emprunts de mots. Parmi les exemples de mélanges qui sont
donnés plus loin, il en est plusieurs qui, très probablement ou
même certainement, sont des mots empruntés. Cependant, si
par là ils appartiennent au lexique, ils peuvent être étudiés ici,
parce qu'ils intéressent également la prononciation, et qu'au
reste on ne reconnaît leur origine étrangère que par leurs parti-
cularités phonétiques.
§ 85. La région de Remiremont et les deux vallées.
Ces réserves faites, il existe un certain nombre de traitements
d'importance diverse, qui ont pénétré par voie d'emprunt de la
région de Remiremont dans les deux vallées.
Celui qui à la fois est le plus considérable et révèle le mieux
cette action du centre sur les vallées est sans contredit l'amuïsse-
ment de s devant consonne, dont le détail a été exposé et discuté
§ 43. On peut également admettre que la diff"usion du traitement
de « trestout, trestuit », cf. § 69, 5°, a la même origine. Il nous
reste enfin à examiner quelques traitements dont nous n'avons
pas encore parlé :
1° Traitement de la voyelle protonique de maison, raison,
saison.
- i3é -
Ces trois mots présentent o partout, à l'exception du Val-d'Ajol
qui àilrahoQls-, à côté de rojo, s- i-8 ', ii a, c, roho, s- 9-1 1 b,
13-22, cf. raison, saison L.et maison c. 465. Or ce dévelop-
pement d'à protonique en 0 ne se produit régulièrement que
dans la région de Remiremont, cf. § 51 ; même dans maison,
l'action de la labiale pré édente ne peut pas rendre compte de
la forme de l'aire 1-7, d'après le § 58; il faut donc en conclure
que les parlers ont emprunté le traitement de ces mots à la région
de Remiremont. On rapprochera de ces faits ceux qui ont été
étudiés § 61.
2° Traitement d'rt tonique entravé et précédé d'une palatale.
Les quelques mots qui contiennent étymologiquement cette
voyelle présentent des formes si variées qu'il faut les examiner
un à un.
D'après les cartes 789 viande et 803 voiture, les représen-
tants de chair et char, homophones partout où ils coexistent, se
disent éâ dans l'aire 1-7, 19-21, et ^â 9-ri, 13-18, mais dans
les localités 8, 8' 12 et 22 ils ont des formes palatalisées, ie au
point 8, au sens de voiture, ^è au point 8' avec le même sens,
€ye2c\i point 12 et éezu point 22 avec les deux sens. Pour désigner
les écluses des prés c. 271, l'aire 8-1 1, 13-19 emploie un mot
d'origine obscure, mais dont Va est certainement ancien et pro-
bablement étymologique; or le traitement de ce mot ne coïncide
pas avec le précédent; en effet à côté de €â du point 11 et fâ de
l'aire 13-19, non seulement 8 et 8 ' ont une forme palatali-
sée se, mais 9 et 10 présentent le même traitement fÉ. Ajoutons
que £â est attesté soit seul, soit dans le composé €â d ov; chez
les témoins 2 a, 5 a-d, f, et chez un témoin subsidiaire de 3, cf.
N. E. de la carte 271.
Les représentants d'essart modifient encore les données précé-
dentes. J'ai en effet recueilli £e au sens de champ communal,
cf. champ c. 152, dans l'aire 1-7; en outre Hingre donne pour
La Bresse non seulement khat comme nom commun mais une
prononciation plus ancienne, curieusement conservée dans le
nom de lieu Lambiè-khiê, en fr. populaire Lambert-xart, s. v°
Lamhia (Hingre a évidemment tort d'expliquer cette particula-
— 137 —
rite en disant que « khiê est lui-même déformé par l'influence
de -biê, car autrement il se prononce khê »). Enfin, parmi les
noms de lieux qui contiennent également essart, il convient de
noter spécialement hhnace, Harmandxart, de 12 b, ho Çyà t kiikii,
Xard du coucou, de 19 c, kôtreÇyâ, Contrexard, de 16 b, 17 a, b,
18; cf. pour des parlers voisins Haillant, Soc. Eniul. Vosges,
1883, p. 262.
Les formes defeuillard, cf. Dict. Gén., au sens de feuilles de
carottes, navets, etc., feuille I,., sont palatalisées partout-sauf
dans la région de Remiremont : fûyer 2 a, c, 5 a, 6 c, 8 ' c, fê-
lé a, 19 a, b, fouyère s. m. Hingre, mais fûyâr 11 a, fœ- 11 e, •
15 a, et encore fouyard s. m. Ha'ûhni, fouïare, Le Tholy, d'après
Adam, p. 253.
Par contre, l'adjectif usité dans tout notre domaine au sens
de sec, improductif, stérile, cf. les c. 697-9, conserve partout Va
de son étymon *exarsu, qu'a proposé M. Cuny, Revue des langues
roni., 1906, p. 525 et 527, et c'est le seul traitement de tous les
parlers qui connaissent ce mot, cf. ^â, €â€ La Poutroye, xâ
Anould (a. de Saint-Dié) et Laveline (id.) d'après M. Cuny, khâ,
sec, aride, Uriménil, khâ, maigre, sec, aride, Le Tholy, Adam,
p. 260 (qui le donne aussi au sens de chaleur pour Dompaire,
a. de Mirecourt), Enfin je ne fais état ni de gerbe c. 385,
parce qu'il est impossible de distinguer la part qui peut revenir
à la forme française, ni de charge c. 158, qui paraît être une
adaptation récente du mot français.
Pour expliquer l'incohérence des faits qui viennent d'être
exposés, il faut remarquer que Remiremont et les villages 13,
14, 15 n'ont pas de formes palatalisées'. Il semble bien que ce
soit là la raison du trouble que montrent les autres parlers. La
palatalisation ^ d'à, qui a commencé à se produire, a été ensuite
1 . Si l'on peut utiliser une cherté de loingnei a cher ' xaley NAL. 2542, 76,
Remiremont aurait connu une prononciation e dans char ; cf. aussi cherrée extrait
de la déclaration des droits de ban de Ramonchamp faite par le maire Gérardin,
en 1341, Documents rares ou inédits, t. II, p. 210.
2. Il est bien certain qu'il s'agit d'une palatalisation, et non pas d'un chan-
gement d'à en e sous l'influence de l'r suivant, puisque renard etc. ne pré-
sentent qu'A.
- 138 -
entravée par l'influence des parlers de la région de Remiremont.
La vitalité des différents mots a joué un rôle important. L'adjec-
tif €â £â, partout très usuel, a partout la même voyelle. Si au
contraire « essart » a été palatalisé dans l'aire 1-7, c'est que ce
mot n'existe plus dans la région de Remiremont ; et on remar-
quera que dans les noms de lieux le mot a un traitement parti-
culier. « Feuillard » peut devoir l'extension plus grande de Ve au
maintien de l'r, qui de son côté ne s'explique que par un
emprunt récent. Quant à « chair » et à « char », la prononcia-
tion de Remiremont a réagi sur celle de la vallée de la Moselotte,
qui à son tour a atteint celle de l'aire 1-7, soit qu'elle ait fait dis-
paraître une forme antérieure, soit qu'elle ait simplement
empêché le développement de la palatalisation. Mais « chair » et
« char » sont fortement combattus par les mots français viande
et voiture, si bien que l'action des patois est elle-même amoin-
drie. Il est remarquable que dans la vallée de la H'* Moselle, €è
et £e, issus de « char », subsistent aux points 8 et 8 ' qui ont
complètement perdu « chair ».
4° Traitement de « garçonnet » au sens de fils c. 347.
Ce dérivé, qui se dit gôçtiô à Remiremont avec un développement
de Va protonique en 0 conformément au § 51, a pénétré dans les
localités voisines 9 et 16 où il se dît gôçno. L'emprunt est en outre
attesté au point 16 par le développement du suffixe, cf. § 53.
5° Traitement des représentants de citrouille c. 193.
kâhol et kehol des deux vallées ne peuvent y être que des adap-
tations de kohol de la région de Remiremont, où cette forme
représente régulièrement un étymon cuculla, cf. § 73. En péné-
trant dans les deux vallées, t) y a été modifié respectivement en
à ou en e, parce que les patoisants ont conscience qu'^, e de
leurs parlers correspond à 0 de la région de Remiremont.
6° Enfin, on peut encore noter l'emploi de kôlc coW'ier c. 198»
au point 16, où ^est étranger, mais peut provenir, il faut le recon-
naître, de la vallée de Cleurie aussi bien que de l'aire 11, 13-15.
§ 86. Le parler de Remiremont.
En traitant, dans le paragraphe précédent, de l'influence du
— 139 —
parler de Remiremont sur ceux des deux vallées, je n'ai pas
tenu compte de la déchéance de ce parler ; c'était en effet, au
point de vue qui nous occupait, un fait secondaire, parce qu'il
est très récent et que nous sommes encore peu éloignés, d'une
quarantaine d'années environ, de l'époque où ce parler avait une
vitalité égale à celle des autres localités de la région.
Actuellement la déchéance est telle que la disparition de ce
parler est toute prochaine. On trouvera aisément dans la popula-
tion de Remiremont des personnes parlant des patois étrangers,
mais le nombre est infime des patoisants originaires de la ville
même, et qui en pratiquent usuellement le parler. Aux six patoisants
que j'ai interrogés et que j'ai eu beaucoup de mal à découvrir, je
crois qu'il serait difficile d'ajouter plus que quelques unités. Dans
dételles conditions, il n'est pas surprenant que les réponses de mes
six témoins présentent des incohérences fort nombreuses ; il suf-
fit de parcourir les cartes de mon Atlas pour remarquer avec
quelle fréquence les 'pointillés, qui séparent les diverses forriies,
traversent Remiremont. C'est qu'en effet il n'y a plus de norme
pour faire contre-poids aux phénomènes individuels, et particu-
lièrement pour empêcher l'invasion des formes étrangères. C'est
ainsi que, d'après le § 47, le témoin a hésité entre les deux trai-
tements ^, / et ç, h ; tout en employant le premier d'une
façon prédominante, il lui arrive fréquemment de prononcer le
même mot avec l'un eu l'autre des phonèmes : il m'a indiqué
à la fois e^eye et eç- essayer c. 309, £ey et ç- six c. 712, iiw
et -^ vert c. 787, etc. ; parfois aussi il ne connaît que le trai-
tement ç h, par exemple dans f/7/o essuie-mains c. 310, reÇye
essuyer c. 3 1 1, ^zf^/;lestomac du veau c. 3 12, etc. C'est là une
particularité tout individuelle, et qui est due à 'des influences fami-
liales :eneffet,'la mère du témoin est originaire du point 16, qui se
trouve dans l'aire de ç h, et de plus sa femme ne connaît que ces
phonèmes. D'après le § 49, tous les témoins de Remiremont, sauf
e, cf. sur ce fait plus loin, § 88, traitent par êy la terminaison cor-
respondant aufr. ée, sauf après palatales. Cependant a et c ont tous
deux, au moins une fois, employé le traitement ay, a dans
ofydy enflée c. 294, c dans perây mûrir L. Ces deux formes
— 140 —
sont sans doute exceptionnelles, mais il n'est pas moins remar-
quable que ces deux témoins adoptent même accidentellement
une prononciation étrangère dans une terminaison aussi usuelle.
On verra plus loin, § 143, comment on peut expliquer le rap-
port des voyelles ^ et^ d'aider L., des représentants du fr. flairer
au sens de puer c. 620 et de guetter composé avec re au sens de
regarder c. 640. Ici on notera que 11 b, qui dit edye et rwetyt
comme les parlers des deux vallées, dit fyàrï comme les autres
témoins de Remiremont.
Toutefois il serait erroné de voir dans toutes les divergences
des témoins des faits de mélange tout récents et dus à la
déchéance particulière du parler de Remiremont. On a vu par
exemple aux §§ 48, $1, 52 1°, que la même incohérence règne à
la fois à Remiremont et dans les localités environnantes, dont la
vitalité n'est guère moindre que dans les villages contigus des
deux vallées. Les parlers de la région de Remiremont manifestent
ainsi une notable instabilité, qui s'explique aisément par la situa-
tion de cette région.
Mais il existe d'autres divergences des témoins de Remiremont
qui paraissent avoir une cause particulière et attester que, au temps
même où le patois était usuel à Remiremont, il n'était pas uni-
forme et qu'il y avait entre le parler du centre et ceux de la
banlieue un certain nombre de différences. C'est ainsi que nous
avons vu § 27 que la voyelle caduque des témoins a et c, qui
habitent le centre, est uniquement è, tandis que les autres témoins
connaissent encore plus ou moins le stade antérieur e. De même,
d'après le § 49, le traitement de la terminaison correspondant
au fr. ée, sauf après palatales, est toujours ày chez le témoin e, à
côté à'èy des autres témoins. D'après le § 33, ar guère c.
403 subsiste encore à Remiremont, mais cette forme n'ap-
partient qu'au témoin b, tandis que deux autres, c et e, disent
wà, employé également par f dans le composé wà dyœj vaurien
L. Enfin, d'après le § 47, si les deux traitements € jtx. ç h coexis-
tent à Remiremont, on remarquera que le témoin du centre c
connaît seulement le premier et que les témoins b,d, e, f con-
— 141 —
naissent seulement le second. Pour l'usage du témoin a, cf. plus
haut, p. 139, et plus loin, § 88.
§ 87. Le Parler du Val-d'Ajol.
Parmi les nombreuses particularités qui signalent ce parler et
dont la plupart ont déjà été étudiées précédemment, cf. §§ 28, 40,
49, 54, 63, 69 3° et mîrz ad finem, il convient d'en citer ici
plusieurs où la dualité des traitements permet de reconnaître des
faits de mélanges. Sans doute cette dualité peut avoir une autre
cause et, comme on l'a déjà indiqué p. 135, provenir d'un déve-
loppement en cours. Mais quand l'un des traitements ou les
les deux existent aussi dans les parlers voisins, et c'est le cas le
plus fréquent, il est également possible que l'un de ces traitements
ait été emprunté, et il faut avouer qu'il est souvent difficile de
décider, cf. la coexistence des sourdes et des sonores en position
finale § 31, celle des formes avec ou sans;y final § 29 5° b, celle
d'w, û) et y < u en syllabe protonique § 34, le triple traite-
ment e a Qto <i £w protonique § 21.
Mais, en dehors de ces cas qui prêtent à discussion, il en est
d'autres où l'interprétation des faits est moins douteuse et où il
est permis de conclure avec plus de certitude à un mélange de
parlers.
1° Traitement de la voyelle d'fr hier L.
Cette forme n'est pas explicable phonétiquement, puisque tous
les mots, dont le type étymologique contient un e latin ouvert
et libre, ont ye, cf. § 7. Mais si l'on remarque que les parlers
lorrains de mon domaine disent tous ermè (le point 22 avec une
prononciation particuUère In de la finale), issu régulièrement de
herimane, et les parlers des localités comtoises 23-26 yi < heri,
on en conclura qu'/r est dû au croisement de ces deux types.
Mais, sans la connaissance de l'état ancien du Val-d'Ajol, il est
impossible de savoir ici de quel côté est venue l'influence étran-
gère.
2° r < /.
Ce changement, qui n'est attesté au Val-d'Ajol que par srûy
soleil c. 71e, est au contraire sans aucun doute emprunté aux
— 142 —
parlers franc-comtois, où ce développement est plus ou moins
répandu, cf. le traitement d'aller c. 18, chandelle c. 153, etc.
de l'aire 23-26, et P. Passy, Revue de ph. fr. et pr., 1896, p. 176.
Quant à kokràt cassesole c. 137, si r y est bien issu d'un
ancien /, cf. sur ce mot § 151, c'est plutôt un emprunt lexi-
cal.
3° Traitement des anciens groupes rt, rd.
On a vu § 17 1° que ces anciens groupes sont réduits partout
à /, d. Ceci n'est vrai au Val-d'Ajol que lorsqu'ils se trouvent
en position finale, cf. pzft?/ porte L., zuod il garde c. 375. Mais,
à l'intérieur du mot, cette localité présente un développement
particulier é,'], cf. pïiéà porter L., wejà garder c. 374. Il y a
bien en apparence des conditions phonétiques propres à chacun
des deux traitements, mais ce n'est que la régularisation d'un
mélange de parlers. En effet, dans les parlers franc-comtois voi-
sins le traitement unique est é, j, comme il est t, d dans les par-
lers lorrains, cf. pour Plombières, P. Passy, op. laud., 1892,
p. 149, qui a déjà signalé le fait. Cependant, de même que pour
er, il est impossible de se prononcer sur le mode du mélange, en
raison de notre ignorance de l'état ancien du Val-d'Ajol.
4° € persiste à côté de c.
Bien que, d'après le § 47, ^ << -^ soit le traitement régulier du
Val-d'Ajol, £ y subsiste exceptionnellement dans quelques mots,
à savoir /;ïï€ fraîche c. ^6^, dôinh = a fr. domesche <C domes-
ticu apprivoisé L., J€o, à côté de vito, putois c. 623, mot
d'origine obscure, cf. § 151, s. v" putois. Étant donné l'extension
de^ et le petit nombre de mots qui présentent €, il faut considé-
rer ces mots comme modifiés d'après les parlers voisins de la
Franche-Comté et de Plombières, qui conservent ^, cf. P. Passy,
op. laud., p. 145.
5" ê de €ûyer = fr. feuillard.
Ce traitement particulier de « feuillard », cf. sur ce mot p. 137,
provient, à mon avis, d'un croisement de ce mot avec « fleur »,
qui s'est produit dans des parlers où l'initiale de « fleur » est
devenue £. Or ce traitement n'existe que dans des parlers franc-
comtois de la région éloignée de Montbéliard et de Belfort,
— Î43 —
d. su Grammont, chu Vautherin, etc. C'est donc un emprunt
qui n'a pénétré au Val-d'Ajol que par de nombreux internlé-
diaires.
On ne doit pas être surpris de trouver ces mélanges et cette
influence des parlers franc-comtois dans cette localité qui, en rai-
son de sa situation géographique, se sépare assez fréquemment
des parlers lorrains de notre domaine pour se rattacher à ceux de
l'aire 23-26 : cf. notamment le traitement des mots qui conte-
naient étymologiquement e tonique ouvert devant r -J- consonne
§ 48, et celui de si et aussi p. 105, etc.
§ 88. Autres mélanges.
Les mélanges, causés par l'influence du parler central de
Remiremont sur ceux des vallées ou par la situation particulière
du Val-d'Ajol, ne sont naturellement pas les seuls ^ue présente
notre domaine. On a vu, p. 140, que les parlers environnant
Remiremont participent à la même incohérence. Nous avons
également déjà signalé un certain nombre de faits de mélange
dans les parlers des deux vallées, à La Bresse l'emprunt de yd <<
ye, § 48, celui de kwô, fwô, court, four, dans l'aire 2-6, § 18, les
formes en ây de la vallée de la Moselotte, § 49, et de nombreuses
particularités des §§ 51 sq., cf. aussi les variations de la voyelle
initiale d'année, c. 32, p. 23, note i. A ces faits on peut
ajouter les suivants :
1° ï{y) <i ancien ieie <C lat ata après palatales.
D'après le §48, toute la vallée de la Moselotte et les localités 9
et 10 disent régulièrement (y)^}' ; cependant elles ont parfois
emprunté le traitement / des autres parlers ; c'est ainsi qu'il
faut expliquer mwetîy moitié c. 505 de 9, 10, hîy de 9, àrï de
18 et -î de 16 a, 17 a airée L. Pour lûhi purin c. 622 de 17 et
18, cf. infra § 148.
2° Traitement des représentants de siffler, -et c.7[0 à
Ferdrupt.
Tandis que « flaûter » est àtvQnw fyœte, -à dans l'aire 8-18, il
est traité pzr fyfità dans l'aire 1-6 ; Ferdrupt, qui est à la fron-
tière des deux aires, hésite entre les deux formes, le témoin a
— 14^ —
emploie fyœte, les deux autres, b et c, fynlà, et c ajoute même
que fyœte se dit à Rupt ; et cependant pour sifflet je n'ai
recueilli quQ fyœtÔ.
3" Jeune, les représentants de hVm, chanvre, rouet, sur.
La pénétration des parlers voisins ne nous est parfois
révélée que par une forme isolée. C'est ainsi que d'après la
carte 422 jeune tous les parlers présentent un traitement sem-
blable de l'ancienne diphtongue, cf. § 9, 2°. Mais le témoin
2 b m'a donné en réponse à fils c. 347 N. E. une forme jzuen.
Cette forme, qu'on peut rapprocher de /zwl'w de VAL. point 86 c.
jeune, remonte certainement à une époque reculée, où le pre-
mier élément de la diphtongue issue d'o ouvert latin était encore
u, cf. M.L. Hist. Gr., §55. Elle a un grand intérêt pour les parlers
de notre région ; en effet elle a dû évidemment occuper un
domaine plus étendu que la vallée écartée des Charbonniers, au
pied du Ballon de Servance, où elle subsiste aujourd'hui ; et on
peut en conclure que la forme actuelle des localités au moins
voisines du point 2 est empruntée, sans que rien dans sa pho-
nétique permette de le reconnaître.
De même, à côté de rû < rivu, usité dans toutes les localités
au sens de ruisseau L., il existe au même point 2 une ancienne
forme, qui ne subsiste que dans le nom de lieu la Goutte-du-
Rieux, en patois le got dî ryœ. Il est certain que ryœ représente
le même étymon que rû ; cela résulte de la précieuse indication
donnée par un document de 1596 cité dans Boyé, op. làtid.,
p. 189, n. I :
« ...jusque au pied vers Saint-Maurice de la montagne dicte
Hessieux y joignant alias la Goutte du ru^, ou selon l'idiome
vulgaire de cette contrée la Goutte de Riewe... ».
Il est également probable que le traitement de la consonne
finale de chanvre c. 155 n'est pas partout local ; en effet la
forme £em, qui n'existe plus actuellement qu'au point 8', a dû
occuper un domaine plus étendu ; on la trouve notamment à
Uriménil et dans les environs de cette commune, d. Baillant,
chaimc, et aussi Horning, p. 7, n. 9 du travail cité plus haut,
p. 15; chainve est cependant attesté anciennement dans une
— I-l) -
déclaration des droits du ban de Ranionchamp, taite par le
maire Girardin en i ^ji, Dociiineuls rares ou inédits, t. II, p. 219.
Enfin dans sur c. 7^^ la torme su fait reculer au Ménil la
forme €ii qui y est indiquée comme vieillie par le témoin 5 b.
Quant à erynt rouet c. 668 du témoin 5 a, c'est un mot
emprunté tel quel aux parlers de la Moselotte ; et peut-être n'est-
ce qu'un tait individuel, comme l'emploi de tnro de 19 c, cf.
Aliiis, Introd . , p. wi.
§ 89. Pénétration de traitements étrangers à notre domaine.
Il existe enfin un certain nombre de traitements originaires de
parlers qui se trouvent en dehors de notre aire 1-22. Nous avons
déjà cité plusieurs faits de ce genre, notamment les emprunts
que le \^il-d'A)ol a taits aux parlers franc-comtois, § 87, ou le
traitement d'rik -< aliqttid qin nous a paru étranger, § 75, 4".
La plupart des faits qu'il nous reste à étudier ici, qu'ils
intéressent un ou plusieurs mots, s'expliquent par des emprunts
lexicaux, mais il en est cependant certains où nous avons bien
afiaire à la pénétration d'une prononciation étrangère : c'est
particulièrenient le cas du traitement qui va être immédiate-
ment examiné.
r' Infinitifs et participes passés de la i"' conjugaison en /
après L h aux points 17 et 18.
On a vu, § 39, qu'après les phonèmes palataux €. ç, l", j, h l'an-
cienne diphtongue ie est réduite à f' dans toutes les localités, sauf
aux points 17 et 18. En effet ces deux villages présentent un
développement parciculicr /, cf. p. ex. bercer c. 95, engrais-
ser c. 295, aiguiser c. 12, apprivoiser c. 36, etc. Au
reste ce développement n'est exclusif que chez les témoins 18,
17 d, e, c.-à-d. à Thiéfosse et à Zainvillers, hameau de "Vagney ;
mais dans le centre même de Vagney / est en rivalité avec e :
17 a b, c ne connaissent qu'i"', et 17 f, g participent aux deux
traitements, f disant rr: 7.;/, aiguiser, cphvcht, apprivoiser, 'mais
pâçe percer 1^. , phùbt' irouar c. 769, g eperi'ehi , erh) arran-
ger c. 46, mais rcvbe, pu M puiser L.
Il est bien certain qui ne peut pas être considéré comme dû
Les parlers des Vosges méridionales. 10
— 1^6 —
à un développement phonétique propre, puisqu'après les pala-
tales €, j les mêmes localités 17, 18 ne présentent qu'^. Un
changement de conjugaison, qui aurait fait passer ces verbes
dans la conjugaison en /, esc égale. nent invraisemblable. Mais,
si l'on examine l'état phonétique des parlers voisins, on
constate qu'au Xord le traitement de tous les verbes de la i"
conjugaison dont la terminaison était anciennement ie est
régulièrement /. On peut l'inférer pour la vallée de Cleurie
et pour Le Tholy des faits signales par Adam, pp. 160 sq.
et 180 sq. M. Horning,p§§ 10 et 11, et VAL. attestent le même
état pour Gérardmer. Par contre ce que M. H., § 10, indique
pour Saint-Amé, sur la foi de Thiriat, est inexactement localisé ;
il est certain que Saint-Amé ne connaît qu'r et ye ; mais ces faits
peuvent être vrais de Julienrupt, section du Syndicat voisine de
Saint-Amé et de Cleurie, ce dernier village étant la patrie de
Thiriat. Il serait intéressant de savoir si la limitation du traite-
ment / aux verbes en i', j, Ç, h, telle que la formule M. H., y est
encore exacte. Quoi qu'il en soit, c'est bien à cette région
que Vagnev et Thiéfosse ont emprunté /. Quant à supposer
qui de ces deux localités représente les dernières traces
d'un traitement, qui aurait eu une plus grande extension et cou-
vert un plus grand domaine, c'est une hypothèse qui se heurte
aux plus graves difficultés, et qui me paraît devoir être écartée.
En effet, si /avait autrefois correspondu dans ces deux localités à
tout ye du français, comme c'est le cas à Gérardmer et dans les
parlers franc-comtois de Taire 23-26, il serait surprenant qu'en
reculant il eût subsisté dans des formes verbales, et non dans
des substantifs tels que lièvre, etc. ; et s'il acouvert un domaine
plus étendu, on ne réussit pas à expliquer l'état actuel des par-
lers de la région.
2° Les autres mots, dont le traitement de la vovelle est aber-
rant, sont nettement empruntés.
Le suffixe de kmÔt pomme de terre c. 593 des localités 20
et 21, à côté d'-ât du § 53, en révèle l'origine étrangère; Hingre,
qui a recueilli keinôte au sens de pomme, ajoute qu'il est un peu
exotique. Il provient de la région de Tholy, pour lequel Adam
donne k'}iwtte,p. 360.
— 147 —
â], -j auge c. $7 de Taire 1-8' y est également étranger,
puisqu'(5 V est le traitement normal (Xal -)- consonne, cf. § 3.
Pai- contre a est régulier dans la région de Belforr, d. pour
Le Paix (canton de Giromagnv) Horning, ^ 18, et àd^c, lui Châ-
tenuis, erc. Si .w;;, -/ sauge c. 68.-( peut s'expliquer de même,
l'origine du r m'est inconnue.
Il est possible aussi que va •< vas cercueil c. 1.^5 des
points 1-7, 12 doive sa quantité longue aux parlers iranc-com-
tois, où â est fréquent, cf. nez, pré L., etc.
Enfin il est wwQ forme J^dsc que les témoins 7 a, 9, 10 a, 11 b,
e, 13 a, 14 a, 17 a m'ont donnée au sens de méreil L., et
quHaillant donne aussi pour Uriménil s. v° consé, ci. encore
consô, Adam, p. 241, d'AUain-aux-Bœufs (M.-et-Moselle).
M. Thomas a établi l'étymologie de ce mot ciimseccile à propos de
l'ancien bourguignon consed ; mais le traitement (' de la termi-
naison -aie, comparé à 0 de so, sel, etc., § 3, montre que kàse a
été importé dans nos parlers, et vraisemblablement de la région
bourguignonne. Il y est encore usité, ainsi que l'attestent consé '
donné par Dartois, Mém. Acad . Besançon, 1850, p. 183, et kàsyœ
AL. c. m été il du point 919, en Saônc-et-Loire (sans parler
des formes des parlers méridionaux).
3° .V devant consonne.
On a vu, § 43, que .s" devant consonne tend à s'amuir dans tout
notre domaine, mais qu'il persiste encore fréquemment sous la
forme f dans la vallée de la Moselotte. Mais nos parlers pré-
sentent en outre une série importante de mots où s subsiste
dans un nombre variable de localités. Août c. 34 se dit ~o4 aux
points 19 et 21 et Hingre donne aussi este (oÇt de 18 en est
un développement récent), slrb étron L. est usuel dans toute
la vallée de la Moselotte, stt^yo et eu le c. 316 m'a été indiqué
par les témoins 16 b, c et 11 d et estoy par 16 b, >trcl étroite
c. 327 est la forme des localités 14 et 15, et enfin dans écou-
I. Dattois donne en outre une forme refaite conseille, également usitée
dans le français populaire de mon domaine et fréquente dans les mercuriales
des journaux locaux. (C'est aussi d'après « seigle » qu'est refait consaiile de
Totainville (canton et arr. de Mirecourt, Vosges), cité par Haillant.)
— 148 —
vi lion c. 275 s occupe même hi moitié de la vallée de la Haute-
Moselle. Dans tous ces cas, nous avons affaire à des mots em-
pruntés ou dont la prononciation a été modifiée d'après des par-
1ers voisins. Or la région septentrionale du Tholy et de Gérard-
mer conserve régulièrement s devant consonne ; c'est donc de
là que vient la perturbation.
4° Traitement de l'ancien groupe bl intervocalique.
Notre domaine présente concurremment partout deux traite-
ments y et /.
V est d'une part attesté dans toutes les localités par le mot issu
de *cannabuJa ML., EW. 1600, qui désigne le collier en bois
avec lequel on attache les bestiaux dans l'étable collier c. 199
et par faible dont le r final a disparu par dissimilation, cf. § 82,
2" ; on peut noter aussi les formes raye 17-22 et -à 12, issues
de *roublier oublier c. 5-13.
/ de son côté existe dans de nombreux mots, soit en rivalité,
soit seul. Table c. 735 se dit M/ dans l'aire 19-22 en foce de
toy àt i-ii, 13-18 et tivoy de 12. « Rouable » < rufabulu,
employé au sens de tire-braise c. 750, cf. p. 28, n. i, n'a
une forme avec )' ncoy qu'au point 9, tandis que nuol est attesté
dans les localités 10, 11, 14, 15 et que les divers dérivés de ce
mot ont également un /; mais un verbe dérivé de w rouable »,
qui a le sens de racler le fumier de l'étable, se dit idye aux points
1-9, II, 14-16, cf. fu mier L. et plus loin § 15 1 ; et si les autres
localités désignent cette opération par un autre mot, Hingre donne
pour La Bresse, au sens de « plancher ou lambris fait avec des
dosseaux » (pour ce mot local, cf. planche L.), un substantif
dérivé de ce verbe avec le sutfixe e = fr. ler, reuyé que j'ai moi-
même recueilli au sens de plancher de l'étable raye; 5 c, 8' b, 9,
18. En outre Hingre donne un v. rwauyé, bouleverser, qui est
certainement dérivé d'une forme de « rouable », et j'ai de mon
côté recueilli fVtfO)^ 2 c, 5 d, 6 b, 19 c, au sens de fouiller
L. M. Haillant a relevé des formes également contradictoires
roiiôle, roiiôyé et reuyé {v.^. De même « éteule », soit dans les
formes du simple, soit dans celles du dérivé en à, présente à la
fois/ et y, d. éteule c. 316 et les X. E., y surtout dans la
— 149 —
région de Rcmireniont ; et on notera que le témoin i c m'a
donné également retoya', champ moissonné et encore couvert
d'éteules, eidetôye, enlever les éteules, cf. pour ce verbe éteule
L. Enlin lé a, 1 8, 19 b, 20 a, 21 a disent dolâ doubler L.,
ci aussi ilôla Hingre, à côté de doye 15 a, et doyc Baillant. /
est mCMiie le seul traitement de lâl 1-6, çUll 16-22, étable c.
313, de àt'lè de 19, 21 et 22 -= a. fr. sibler ou siibler <i sihilare
siffler c. 710 et d'fv/a'/ de 1-9, 17-22 ■< niibilu nuage c. 530
(endy de 3-6 est le résultat d'un croisement récent avec nâyy
Il est certain que les deux traitements / et y sont tous deux
issus d'un stade ancien vl, qu'on peut reconnaître dans certaines
graphies du Moyen Age en ///, ainsi que l'a déjà indiqué M. H.
§ 181, et encore conservé au point 86 de VAL. dans revve,
oublié(r). Mais il est non moins certain que ce double développe-
ment n'a pas pu se produire dans les mêmes localités. Or / est
fort rare en dehors de notre domaine ; dans les parlers lorrains
je n'ai relevé que rèlyê, oublier, donné par H. § 181 pour Gérard-
mer et que VAL. y a également recueilli, cf. ;v/f' point 76. De
plus, si l'on réserve table qui est suspect d'avoir été récemment
adapté, et étable, dont le genre masculin révèle peut-être une
influence ou même un emprunt germanique, il reste un cer-
tain nombre de formes avec /, telles que çœle, enœl, etc., qui
sont nécessairement locales, puisqu'elles sont inconnues des
parlers voisins. Les formes avec y semblent donc importées, par-
ticulièrement dans les deux vallées. Il est plus difficile de se pro-
noncer sur la région de Remiremont ; il est assez probable que
là aussi / est le traitement ancien ; mais on ne peut pas être
afiîrmatif, car les mots auxquels nous avons affaire sont pour la
plupart des mots voyageurs, et des formes avec / peuvent être
étrangères dans des parlers qui les possèdent aujourd'hui. En
tout cas l'échange des formes s'est fait surtout entre parlers lor-
rains, et les faits actuels ne permettent pas d'attribuer un rôle
particulier aux parlers franc-comtois, où un désordre analogue
et dû aux mêmes causes s'est produit.
DEUXIEME PARTIE
MORPHOLOGIE ET SYNTAXE
CHAPITRE I
DESCRIPTION DU SYSTEMt; ACTUEL
DES
FORMES PRONOMINALES ET VERBALES
Note. — Les formes citées dans les paragraphes suivants se
trouvent dans le Lexique français-patois, toutes les fois qu'aucune
référence n'est donnée.
§ 90. Article.
Les formes de l'article sont :
1° Au singulier.
û entre consonnes, / après voyelle partout sauf Jo en tonte
position sauf devant voyelle 11, 13, 14, le ;
Je, /, la, r, Yn, un, eu, une, 0, au, partout;
? partout sauf(' i t a, c, 13, au ;
dt partout sauf do 11, 15, du ;
2° Au pluriel.
le, de, è devant consonne, -:( devant voyelle r-y, 11 a, c, !â,
dâ, â, -:^ ailleurs, les, des, aux ; rarement 0.
§ 91. Pronoms personnels.
1° Pronoms sujets atones.
— 152 —
r'= pei's. sing. : entre consonnes ;> ii. je<^, lo, 13-17, / 1-8',
12, 18-22; devant voyelle/ 9-r I, 13-18, ly ou y 1-8', 12, ; ou /;
19-22, cî. p. ex. j'ai c. 64.
2' pers. sing. : entre consonnes â partout sauf /é 1 1 a-c, devant
voyelle / partout. En outre, quand le pronom est postposé dans
des phrases interrogatives, / est la forme de beaucoup la plus
usuelle des localités i-io, 12, 18-22 après voyelle ; après con-
sonne, îè est seul usité dans l'aire 19-22^ 18 emploie à la fin te et
le, pour la vallée de la Haute-Moselle et le Val-d'Ajol je dispose
de peu de faits, mais la seule forme que j'aie obtenue est te,
dans l'aire ri, 13-17 la forme prépondérante est tu que 8 c a
employée au moins une fois dans pas tu, penses-tu ? cf. l'as-
tu lu ? c. 65, qui veux-tu? c. 632, dors-tu? crois-tu?
finiras-tu? c. 772-4.
i'^ pers. plur. : uo r-8 , 12, 16-22, ;'(.") 11, j{e) 9-1 1, 13-17 ;
ir b emploie aussi, mais accidentellement, no.
2^ pers. plur. : vo partout. En outre 0, vous, est assez fréquent
dans les phrases interrogatives après « qu'est-ce-que ».
y pers. sing. et plur. : devant consonne e masc, H fém.,
devant voyelle ^V masc, eJl fém. partout.
2" Pronoms employés en fonction de sujets toniques ou après
les prépositions :
f et 2" pers. sing. : ;///, 1i partout.
2' pers. plur. : no partout sauf ;/() 12.
2' pers. plur. : vo partout.
3' pers. sing. : masc. lu 1-8, 11-15, le 5 g, 8-10, 16-22 ; fém.
ley i-io, 16-22, Icy i i-i 5.
y pers. plur. : masc. hit i-j, lo 8-10, 16-22, lu 12, ^0 n,
13-16, eux c. 328 ; fém. semblable au masculin sauf;^()/ 11, 13-
16, elles c. 281.
3° Pronoms compléments proclitiques.
r= et 2" pers. sing. et plur. : devant voyelle /;;, /partout, entre
consonnes ;//!, te partout saut luê, le 1 1 a-c ; no, vô partout.
y pers. sing. : i" en fonction de complément direct, masculin
— 153 —
et féminin, mêmes formes que l'article, sauf que ri b au mascu-
lin n'emploie que le, /; 2^ en fonction de complément indirect
Il partout.
3' pers. plur. : i" en fonction de complément direct le, -;^ 1-7,
II a, c, /à, -;{8, 8', 11-15, /'', -^ 9, 10, 16-22, les c. 4^5 ; 2=
en fonction de complétuent indirect, mêmes formes suivies
d'f.
Au point de vue de l'emploi des formes, tous nos parlers sup-
priment « le » du groupe « le lui » et disent par ex. « je lui
ai dit, dis-lui j), etc. ; quand le pronom complément indirect est
au pluriel, ils emploient tous le tour « les + / ».
4" Enfin, après l'impératif, tous nos parlers emploient les
(ormes proclitiques, mais avec de nombreuses particularités.
Seuls no, vo, lï, les différentes formes de « les » ne comportent
pas d'observations ; quant à « la », il a déjà étudié § 50.
Je n'ai recueilli que très peu de faits concernant les formes
correspondant au fr. leur, mais il n'est pas douteux que les par-
lers doivent employer « les -|~ Y " i '■^'^^^ ^" ^-^'^ 9^^^ ï^ 1""-^^^
affirmer pour les parlers de la région du Thillot.
r' p^rs. sing. : après consonne Dit' i-io, 12, mt 11, 13-22,
après voyelle ordinairement /;/, ci. donne-n. 'en c. 284, dis-
le-moi c. 501.
2" pers. sing.: après consonne te i-io, 12, iè 16-22, ti'i 11,
13-16, cf. mêle- toi c. 487; après voyelle tu occupe à peu près
la même aire, t n'est très usuel que dans l'aire 1-8' du reste du
domaine.
3* pers. sing. masc. : après consonne le i-io, 12, /V 11, 15-
22, la II, 13, 14 ; après voyelle / est la forme usuelle de l'aire r-
10, cf. le c. 443.
Il faut enfin noter que, dans le groupe correspondant au fr. le
moi, tous nos parlers disent à peu près sans exception « me le »,
cf. la c. 501.
§ 92. Pronom réfléchi.
Les formes du pronom refléchi atone ne comportent aucune
— 154 —
observation, car elles se superposent sur celles de « me, te »
proclitiques.
Quant à la foime tonique, nos parlers l'ont^éliminée et rem-
placée par « lui )), rarement par « eux » ; parfois aussi ils
empruntent latorme Ivançuhc swe, cf. la carte 715. En outre pour
insister surl'idée pronominale, dans des phrases àsujet imperson-
nel telles que « il ne faut compter que sur soi même », etc., les
parlers de la vallée de la Moselotte emploient une expression qui
leur est propre hi jô le ntom 17 b, 18, -]b- 19 c, 22 b, -ley-
20 a, cf. aussi ène ^eb Uviôme, Hingre, Morwo^raphie, p. 45. C'est
par hasard que je ne l'ai pas relevée au point 21.
§ 93. Pronoms adverbaux 01 et y.
Les formes du premier de ces pronoms sont très variées.
Outre 0 de i-io, a de 12, ^ de i r, 0 des autres localités, usitées
après le verbe, cf. donne-m'en c. 284, les parlers de l'aire 1-8'
et de II emploient à, an, 12 et 13 à, on avant le verbe, et ceux
de l'aire 19-22 n devant les verbes à initial vocalique, cf. la
c. 285, enfin une forme n occupe toute la vallée de la Mose-
lotte et les localités 9, 10 dans nous n'en aurons guère
c. 286. /par contre est la forme unique de tout le domaine;
mais il faut noter qu'elle s'emploie fréquemment avec la valeur de
« le » ou de u lui » proclitique, et partout dans le groupe « les
-f- y », V. page précédente, dont l'interprétation est toutefois
douteuse, v. § 127, 9".
§ 94. Possessifs.
1° Adjectifs.
nie, te, se, nôt, vol, va sont usités partout, no l'est également,
sauf nô de 11 a, b, 12,14.
Les formes du pluriel « mes, tes, ses » se superposent sur celles
de l'article.
Les autres adjectifs sont plus compliqués.
Mon, ton, son se disent entre consonnes ou après voyelle et
devant consonne tnô, to, so chez les témoins 11 a, c, 13, 14,
ailleurs respectivement me, te, se et ni, t, s; entre voyelles et à
— 155 —
l'initiale devant vovclle 1 1 a, c, d seuls emploient mon, t-,s-, tan-
dis que partout ailleurs on dit respectivement uni, tn, su, et mhi,
t-, s- (rarement dans le second cas ■uni,!-, .v-).
Enfin l'adjectif de la 3^ personne présente des formes très
variées: liit (s.) /•// (pi.) 1-7, liil (s.) là(p\.) 11-13, 16, :{ût (s.)
:^/7 (pi.) II, 14-16 et la (s. et pi.) 8-10, 16-22, cf. la carte 448.
2° Pronoms.
Mon enquête ne donne les formes de tout le domaine que
pour le mien; mais le tien, le sien doivent se superposer, et
les autres pronoms avoir des formes peu différentes de celles de
l'adjectif, ainsi que cela résulte des faits complémentaires que
j'ai recueillis et de la description de Hingre, Monographie,
p. 50.
Tous les témoins 1-18 et 19 a, 22 a disent « le » niyeyi ou -hi,
sauf ceux de 12 qui disent iiiyhi; quanta l'aire 19-22, elle emploie
une forme particulière vit'y.
§ 95. Démonstratifs.
L'adjectif s'exprime partout au moven du tour : article -|- sub-
stantif -f « ci » ou « la ».
Par contre les tormes des pronoms sont si compliquées que
l'exposé seul en est difficile et qu'on ne peut ici donner qu'un
aperçu de l'ensemble, dont le détail sera examiné plus loin.
Il faut considérer à part le pronom pris absolument et en
groupe avec le relatif. Dans le premier cas on trouve dans toute
l'aire 1-15 et sporadiquement dans les autres localités des repré-
sentants des deux types « l'autre-ci, l'autre-la », dont on
remarquera spécialement qu'elles ne sont usitées qu'au singulier.
Outre ces deux types, ses), sPlsiÇt), scia, selJâ{t) sont employées
dans la vallée de la Moselotte, en dehors de laquelle je n'ai
recueilli sellôt qu'au point 5. Les formes du pluriel sont partout
sosïQ), sÔIs:{t), sô « la », sol « la » (/), sauf au point 12 qui dit
là stosî, -lâau masculin et au féminin, cf. les cartes 141 et 142
et les N. E.
Devant le relatif, l'usage de nos parlers n'est pas moins varié :
- 156 -
se, sb sot, sol, employés avec ou sans l'article, sont réservés res-
pectivement, et dans des aires très diverses, au masculin singu-
lier, au masculin pluriel et au féminin pluriel; les autres formes
sel, su, sïit, grcàce à la préposition de l'article, servent aux deux
genres et aux deux nombres; il faut en outre noter le s fil, celle,
du point 9, et le et le stût, la stoQ) ^^ point 12, cf. les N. E.
des cartes 141 et 142.
Le pronom neutre se dit s partout dans des groupes tels que
« ce n'est pas », etc. ; se est peu usuel actuellement, partout il
peut être remplacé par « ça » . En outre il présente un traitement
particulier devant le relatif, cf. ce que c. 139, d'après laquelle
nos parlers possèdent trois formes s k, su k et su k, ces deux
dernières seulement dans les deux vallées et sn k seulement dans
celle de laMoselotte. qui emploie très peu 5 k; on notera que cette
même vallée dit su là cela c. 140.
§ 96. Relatifs et interrogatifs.
1° Le relatif n'a qu'une seule série de formes pour toutes les
fonctions : k devant voyelle, là partout sauf /rf 1 1 a-c entre
consonnes.
2° Les formes périphrastiques de l'interrogation « qui est-ce
que, qu'est-ce que » sont prépondérantes. Je n'ai recueilli kï qu'en
quelques points, cf. qui veux-tu? c. 932 (ÀV, Je de 11, 15
représentent que et sont probablement des erreurs des témoins).
kl paraît cependant être encore assez usuel dans l'interrogation
indirecte; car la plupart des témoins l'ont employé dans la
phrase [« On ne sait à qui se fier »] ; quelques-uns seulement
ont répondu « à qui est-ce ».
kè est la forme la plus i-épandue de « quoi », cf. p'ukc, pour-
quoi, indiqué par tous les témoins sauf par 11 a, quia répondu
pïikwe. Cependant beaucoup de témoins ont employé kive,
emprunt probable au français, en réponse à [« Nous avons de
quoi) ».
« Quel » se dit partout ke devant consonne, kel devant
vovelle ; quant à « lequel», il semble, d'après les faits recueillis
dans mon enquête, que les parlers préfèrent de beaucoup la
— 1)7 —
forme avec / final. Pour les faits de syntaxe que ces pronoms
présentent, cf. § 129.
En ce qui concerne les pronoms indéfinis, il n'est pas utile
d'en réunir les formes dans l'exposé du système fiexionnel. Les
uns, comme chacun, quelqu'un, intéressent la phonétique, les
autres, comme seul, tout, le lexique ou, comme même,
quelque chose, rien, les relations du patois et du français;
tous ces faits ont été ou seront étudiés ailleurs ; pour la conser-
vation de formes représentant un ancien nominatif dans tout,
cf. § 120.
LE VERBE
Note préliminaire.
Exposer ici le détail de toutes les variations que présentent
les formes verbales des vingt-deux localités ne serait pas seule-
ment tort long, mais dépasserait le but de ce chapitre initial, qui
est de dégager les traits principaux du système fiexionnel de nos
parlers. C'est pourquoi on a passé sous silence ici de nombreux
faits et particulièrement les modifications du radical, qui seront
mieux à leur place dans le chapitre V, § 143 ; c'est pourquoi aussi
on a écarté le procédé de classement par conjugaison, qui a sa rai-
son d'être dans les grammaires historiques, mais qui est hors de
propos ici et entraînerait à de fastidieuses redites.
§ 97. Infinitif et participe.
Les terminaisons de Tinfinitit sont uès nombreuses, par suite
de développements phonétiques ou d'actions analogiques.
Au fr. er correspondent t\ ye, e partout, à dans les localités i-
10, 12, 16-22 et / accidentellement aux points 17-18, dans des
conditions exposées §§ 39, 44 et 89.
Au fr. ir correspond partout /.
o/V n'est représenté régulièrement que pixr tct'd'hue, s- 1-15, à-,
sa- 16-22 avoir, savoir Z. et par a de vâlâ 12, 18-22, velâ 8
valoir c. 778, piucyà et vJâ 12 pouvoir c. 606, vouloir
c. 808, -iver fréquent dans ces verbes et dans devoir c. 249,
falloir L. est repris au français ; les autres terminaisons en i
- 158 -
et » et aussi ^ de devoir aux points 12 et 16 sont analogiques,
comme on le verra plus loin.
// est assez peu répandu ; outre les laits précédents, on le
trouve encore dans hiu,vnu. tenir, venir, au point 1 5 et dans ;"(?)'«,
réussir c. 63 5 , aux points 14, 15 (les faits me manquent pour
le V. « ouïr »).
Les infinitifs à terminaison consonantique ne comportent pas
de description; et il en est de même des formations du participe
passé, pour lesquelles on doit se contenter de renvoyer au
§ 142-
Quant au participe présent et au gérondif, ils sont partout en
à.
§ 98. Indicatif présent.
A. — Singulier.
La deuxième et la troisième personne, formées comme en fran-
çais sans élément flexionnel, n'appellent aucune observation, mais
la première présente dans une partie de notre domaine une
désiiience, qui constitue un des faits les plus importants de la
morphologie. Cette désinence est en e dans l'aire 1-8', 18-22 et
en a au point 12, dans la plupart des verbes, ci. j'allume c. 27,
je perds c. 568 et plus loin § 112.
B. — Pluriel.
1° Première consonne.
La désinence est à dans l'aire i-U), a au point 12, Ô dans le
reste du domaine, cf. p. ex. nous connaissons c. 205. Seuls,
les trois verbes aller, avoir, être font exception et ont, dans des
aires différentes mais qui ne comprennent pas les points 1-8',
20-22, une désinence 0 : vo 9-19, 09-11, 14-17, so 11, 13-17,
cf. les cartes 22, 68 et 324 ; en outre le Val-d'Ajol emploie pour
le verbe être Ôl et sel.
2° Deuxième personne.
La désinence est en r aux points 11, i 3-1 5, en ^ aux points 8,
— 159 —
8' et 12 et en / dans le reste du domaine. Tous les verbes, y
compris dire et faire, ci. dites c. 253, présentent la même
flexion. Les seules anomalies sont via voulez c. 807 de l'aire
19-22, où elle est du reste concurrencée par vli et les formes
d'avez c. 69 et d'ètes c. 323, qui sont irrégalières partout.
3° Troisième personne.
La désinence régulière est en à dans l'aire i-io, en 0 lo-ii,
13-18, en a au point 12 et en t, te dans l'aire 19-22; cf. por-
tent c. 599, etc. Les seules exceptions sont d, ont, vo, vont,
usités partout, sô sont 1-19, se 19-22, et font c. 332 qui se dit
fô aux points 1 1, 14, 16-22.
§ 99. Impératif.
Ce mode comporte peu d'observations: comme en français, il
suit le traitement des personnes correspondantes de l'indicatif ;
pour la 2^ pers. du pluriel, cf. asseyez-vous c. -19. Comme en
français aussi, l'impératif d'avoir et être est identique au subjonc-
tit ; il est même fréquent que nos parlers fassent précéder la forme
verbale de « que » et du pronom. C'est ainsi que de nombreux
témoins ont répondu « que tu sois gentil », cf. N. E. de la
carte 326. Il faut enfin noter que la 2'' personne du singulier
de venir, cf. c. 782, présente une formation particulière, qui
sera examinée plus loin § 135.
§ 100. Futur.
Comme en français, la flexion du futur se superpose sur celle
de l'indicatif présent du verbe avoir, exception faite cependant
de la deuxième personne du pluriel, qui présente des difTérences
notables.
Au singulier les désinences du futur sont respectivement pour
les trois personnes à, e ex e partout, sauf la troisième personne
qui est è à Remiremont. Au pluriel la désinence de la première
personne est à dans l'aire 1-8', 0 aux points 13 et 18-22, a au
Val-d'Ajol et ô dans l'aire 9-11, 14-17, cf. aurons c. 75 ; celle
de la 2" personne est a aux points i-ro, 12, 16, 17, 19-22, e aux
— léo —
points 13-15, 17, 18, et d au seul point 11, cf. aurez c. 76;
enfin celle de la 3* personne est partout 0. '
§101. Imparfait.
A. — Imparfait ordinaire.
Au singulier l'usage de nos parlers est très compliqué. L'aire
1-8' est seule à offrir une forme unique e pour les trois personnes.
9, 10, 14-18 sont aussi assez simples, mais la plupart des témoins
y hésitent entre e et e'y ; e existe également au point 13, mais
seulement à la 3' personne et en rivalité avec e, et à Remiremont
aux trois personnes, mais en concurrence avec une autre dési-
nence b. Cette désinence 0 est régulière aux deux premières
personnes dans les localités 12 et 13. Quant à la 3', au point
12, elle est en ^. Enfin l'aire 19-22 présente e,éyzvi\ deux pre-
mières personnes ; mais la troisième est en ^, à l'exception de
l'imparfait du v. être qui se dit là: cf. je croyais c. 233, tu
avai s c. 70, il y a vait c. 71, c'était c. 323, etc.
Au pluriel, les laits sont incomparablement plus simples : les
deux premières personnes sont partout en 7 ; la 3*^ l'est également
dans l'aire 1-18; quant à l'aire 19-22, qui connaît aussi /, les
formes y sont régulièrement en et, éyt : cf. par ex. àwl 19 c, 21
a, mais âxuet 20 a, 22 b, -eyt 2\ c, avaient, // 21 a, 22 a, mais
tet 19 a, b, 20 a, 22 b, leytc 21 e, etc.
B . — [mpa rfa il procha in .
Outre l'imparfait ordinaire, dont nous venons de décrire la
fiexion, lous nos parlers possèdent un imparfait qui a été très
bien dénommé imparfait procha i ?i ; il s'emploie en effet pour
indiquer qu'une action venait d'avoir lieu quand une autre
action s'est produite. Partout il est exprimé par une terminaison
();■, rarement réduite à 0 (cette réduction n'existe en effet qu'aux
point:-. 13, i..i),qui s'ajoute à Timpaiiait ordinaire. Mais si l'usage
de cette formation nouvelle est commun à tous nos parlers, les
procédés de rattachement d'or (0) à l'élément \-ei-bal précédent
varient non seulement d'une localité mais d'un témoin h l'autre,
et il arrive même qu'un témoin emploie des formes où la parti-
cule est soudée diversement, cf. § 125.
-- i6i —
§ 102. Conditionnel.
La 1" et la 2'' personne du singulier sont partout en o, les deux
personnes correspondantes du pluriel partout en }. Seules les
troisièmes personnes présentent des variations: au singulier, la
désinence est à dans les localités i-io, I2, i6, t^ dans l'aire 1 1-
I), rp dans Taire 17-22; en outre 1 1 et 1 5 emploient également
(), cï. il faudrait c. 334, etc. ; au pluriel 1 est usité dans toute
l'aire 1-18; quant à 19-22 qui connaissent également cette dési-
nence, ils emploient en outre et plus usuellement ol : cl. en,
auraient, 19, c, 21 a, mais ero! 20 a, 21 d, 22 b, etc.
§ 103. Parfait.
Le parfait est encore d'un usage courant dans nos parlers, c'est
ce qui apparaît d'une façon particulièrement nette dans les récits
publiés à la suite de mon Lexique français-patois. Sans doute le
temps composé de l'auxiliaire avoir et du participe passé lui fait
concurrence; mais, en raison de la méthode de mon enquête, on
ne peut l'utiliser sur ce point que sous les plus expresses
réserves.
En ce qui concerne les formes du parfait (si le nombre de
mes cartes est assez limité, les faits complémentaires, réunis dans
mou Lexique, suffisent pour donner une idée exacte de l'usage de
nos parlers), il n'existe dans toutes les localités qu'un seul sys-
tème flexionnel de parfait faible, et partout également, smf au
point 12, on ne trouve de formes de parfait fort que dans les
verbes avoir, devoir, être, pouvoir, savoir, vouloir.
Les formes du singulier du parfait faible sont les plus simples:
il n'existe partout qu'une désinence pour les trois personnes, et
elle est en e dans la grande majorité des localités ; â est en con-
currence avec t au point 6, et c'est la désinence unique des
points 2, 4, II, 13-15, cf. i 'ai ache té c. 9, il partit c. 356',
il ren tra c. 648, etc.
Les formes de pluriel sont plus compliquées : le Val-d'Ajol
possède seul une désinence er, cî.ekmaser, commencèrent, 12 b,
I. an ele de 7 b est en fait purement individuel; c'est un emprunt que ce
témoin a fait au parler de Saint-Maurice, où il habite.
Les parlers des Vosges méridioiuiles. 11
— l62 —
vnèr, vinrent, id. ;;/iâr^r, moururent, id.; l'aire 1-7 et le point 13
ont la même désinence œr, qui existe également aux points 11 et
14, mais en concurrence avec une autre désinence 0; celle-ci à
son tour est la désinence unique de l'aire 8-10, 15-19. Quelles
que soient les différences désinentielles, toutes les localités r-19
s'accordent pour ne présenter qu'une seule forme par les trois
personnes. Au contraire l'aire 20-22, qui emploie 3 à la 3= per-
sonne, a une désinence particulière et pour les deux autres, cf.
nous apprîmes c. 35, nou s revimes c. 65S, etc. C'est par
suite d'une erreur contenue dans Adam p. 174 que M. M. L., Gr.
d. Rom. Spr., § 273, attribue à La Bresse une forme et à la 3^ per-
sonne. Par un accident fâcheux Hingre a oublié dans sa Mono-
graphie, p. 65 sq., de donner le paradigme du parfait, mais la
p. ni offre hhtion, jetèrent, dèhhkeukhon,éhx2inc\\trQr\\..
Ainsi qu'on l'a indiqué plus haut, les parfaits forts sont plus
nombreux au Val-d'Ajol que dans les autres localités, cf. eprï,
j'appris, t m etiî, je m'assis c. 50, krti, tu crus, rvti, je revis, y/,
il fit, eprïr c. 35, rvûr c. 650, knlr, fir; les deux formations y
sont parfois en rivalité, cf. rsève, il reçut, -ver, et rsilr, ils
reçurent, du t. 12 b.
Quant aux parfaits des six verbes avoir, devoir, être, pouvoir,
savoir, vouloir, leur complexité se prête mal à une description ;
c'est pourquoi je me contente ici de renvoyer au § 138 où le
développement de ces parfaits sera exposé.
§ 104. Subjonctif.
Dans tout le domaine il n'existe qu'un seul temps simple pour
le subjonctif. Avoir et être font seuls exception et conservent
encore quelques doubles formes de présent et d'imparfait ; ceci
n'est vrai que de la région de La Bresse, cf. Hingre, Monographie,
pp. 57 et 62, et je dois même ajouter que, malgré des questions
nombreuses et variées, je n'ai à peu près rien obtenu de tel, cf.
sœsl^ 21 e etfœstê 21 d, qu'ils fussent, s. v° être L. Au reste les
paradigmes de Hingre montrent qu'un recul s'est produit dans
les deux auxiliaires : à l'imparfait, à côté d'cùsse, /eusse du sin-
gulier et euste, feiiste de la y pers. du pluriel, Hingre donne pour
- i63 -
la r^ et la 2*^ pers. du pluriel inse et siiise qui sont des formes du
présent ' ; de même, si Hingre cite pour le présent d'avoir de sing. ,
âeley p. pi., la carte 77 et les réponses faites à qu'ils aient: is
21 a mais œ5/« 19 a, 20 a, 21 a, c, 22 a, b montrent que ces
formes de présent tendent à disparaître dans cette région.
Sauf les verbes avoir et être et quelques autres, qui seront
examinés plus loin, § 139, tous les verbes ontles mêmes formes
de subjonctif.
Au singulier, les trois personnes ont la même désinence ^j' dans
les localités i-io, 12, 16-22 et as dans l'aire 11, 13-15 et en
outre chez les témoins b et f du point 6, cf. que j 'a il le c. 24,
etc.
Au pluriel, les faits sont plus variés : dans l'aire i-ii, 13-18
il n'y a qu'une désinence h pour les trois personnes ; mais au
point 12 la désinence du pluriel est semblable à celle du singu-
lier, par conséquent est en es ; quant aux points 19-22, à côté
d';5 des deux premières personnes, ils emploient pour la 3^ pers.
une désinence esté. Mais, de même que nous l'avons noté pour
rimparf;tit de l'indicatif et pour le conditionnel, §§ 10 1 et 102, la
désinence des deux autres personnes n'y est pas inconnue; et
par exemple 21 a nous adonné nâlis, aillent, 19 c, 21 a vms,
vinssent, à côté de vithu de 19 a, 22 1 feyls, fassent, etc.
I. De même, d'après V Essai de M. Haillant, le v. être n'a plus qu'un temps,
p. 381 ; mais, à côté de formes à sens de présent dve 1-3 p. s., on y dit aussi
aiveusse id. à sens d'imparfait, p. 378; quant au pluriel aivinsse, il s'emploierait
à la fois comme présent et comme imparfait, tandis qu'inse serait uniquement
du présent.
CHAPITRE II
TRAITEMENTS PHONÉTiaUES PARTICULIERS A CERTAINS GROUPES
DE FORMES
Un certain nombre de formes présentent des traitements pho-
nétiques qui, en raison des conditions de leur développement,
n'ont pas été considérés dans la première partie: c'est en effet le
rôle grammatical de ces formes, pour la plupart pronominales,
qui en explique le caractère particulier.
§ 105. Développements phonétiques particuliers.
A. — Formes pronominales.
1° « Les » article, le représentant de l'a. fr. es au sens d'aux,
« des, mes » etc., et >< les » pronom.
L'article « les », « des, mes » etc. ont dans l'aire 1-7 et chez
les témoins 1 1 a, c une voyelle e et ailleurs une voyelle â, qui
sont issues, par développements divergents particuliers, d'un
état è, aujourd'hui disparu non seulement de notre domaine,
mais aussi, semble-t-il, des autres parlers voisins.
Plus remarquable encore est le traitement du pronom « les »,
qui présente dans l'aire 9, 10, ié-22 une troisième forme loÇl),
évidemment issue de lâ(j).
2° Le pronom « je ».
Parmi les formes nombreuses de ce pronom, cf. § 91, celle de
l'aire 9-1 1, 13-17, identique, sauf pour la voyelle caduque, au
français, n'appelle pas d'observations. Mais celles de 1-8',
12, 18-22 sont d'une interprétation assez difficile. / est, comme
on sait, une forme très répandue dans les parlers français, et
particulièrement bourguignons et franc-comtois, cf. ML., Gr. d.
R. Spr. , IL § 78, Herzog, Einleitiing, § 494, et AL. cartes 23, 34,
83, 1082 ; au contraire elle n'existe en Lorraine que dans notre
- 16) -
domaine, cf. Adam p. G6, Horning, § 202. Ce dernier savant
part de la forme fondamentale *eo et pense que je est sorti d'/>
par consonification de Vi initial et qu'au contraire / provient
d'une réduction de la diphtongue ; de même M. Grammont,
Franchc-Montaoue, p. 145, explique / par * iei, sans expliquer
au reste cette forme anormale : tous deux considèrent donc qu'î
est un développement du pronom en fonction tonique. Mais une
telle formation serait nécessairement ancienne ; et il est surprenant
qu'elle n'existe pas dans les textes médiévaux, du moins à
ma connaissance. M. ML., /. c, se contente de dire brièvement
qu'« à côté de je, j apparaît /... » ; et comme il étudie dans ce
paragraphe les formes atones, il est probable qu'il voit dans / un
développement secondaire àQ je, j. Cette interprétation me paraît
être exacte, mais il faut préciser les modes du développement : à
mon sens, / n'a pu se former que devant voyelle, et aussi bien
au stade 7 qu'au stade; ; en effet de nombreux parlers franc-com-
tois, qui disent /, ont encore dans leur système consonantique la
chuintante à élément dental y. Peut-être faut-il même admettre
que y a précédé iy, i ; il est attesté en de nombreux points, cï.
Herzog, /. c, et dans l'important Recueil de Noëls anciens au patois
de Besançon, Bes., 1842, à côté d'/ (écrit souvent )'), on trouve
après les formes verbales terminées par une voyelle une graphie
ye, qui semble représenter y semi-consonne, cf. p. ex. seii-ye^
suis-je, p. 38, 339, etc. Pour en revenir à nos parlers, les formes
des localitée 1-8', 12 s'expliquent donc très aisément d'après ce
qui précède, et il n'est pas nécessaire d'y voir un emprunt aux
parlers franc-comtois. Par contre, dans la vallée de Moselotte,
/ est nécessairement étranger, puisque 19-22 disent; ou 7; et 18 /
devant voyelle. Quant à /;, c'est une combinaison récente d'/ -j-
/, qui fait actuellement reculer la forme plus ancienne; ; c'est
ainsi que Hingre note. Monographie, p. 46, qu'« on préfère
presque toujours ije k je (lire t), ;) » .
3° Ô, vous.
On a vu § 91 que cette forme est fréquemment usitée dans des
phrases interrogatives après « qu'est-ce que ». Il semble qu'elle
soit actuellement en recul ; mais il est possible aussi que les
— i66 —
données de mon enquête soient sujettes à caution sur ce point.
Quoi qu'il en soit, l'origine d'à est claire : la réduction insolite
de vo à 0 s'est produite dans des groupes de mots par suite de la
rapidité de l'élocution. En dehors de notre domaine^ M. Haillant
a noté dans son Essai, p. 364, des faits analogues : s'os vle^, ai
vûu'st-ce qiios vons, si vous voulez, où allez-vous ? et la carte 817
de VAL. pourquoi ne vous mariez-vous pas Pdonne égale-
ment 0 dans des parlers vosgiens tt dans la région picarde. Quant
aux indications d'Adam, p. 71, elles sont tout à fait imprécises et
à peu près inutilisables.
4° n, en, après la négation.
Quand « en » se trouve après « négatif, par exemple dans nous
n'en aurons guère c. 286, les localités 9 (dont le témoin a
répondu « on n'en aura »), 11 et 16-22 réduisent le pronom à
;/. Quanta/^ «de 9, 10, 14, nondt 12, il est impossible desavoir
si « « y a été postérieurement réduit à n ou si les témoins ont
omis un des deux éléments, soit la négation, soit le pronom. La
même réduction est indiquée dans quelques parlers voisins par la
carte GG de VAL. : à Gérardmer, point 76, je n n erâ, à Sainte-
Marguerite, prèsde Saint-Dié, point 86, je n nhb, au Val-d'Ajol,
point 57, non nerà, cf. encore en Haute-Saône les points 56,
65,75.
5° Les adjectifs possessifs « mon, ton, son».
Il suffira de considérer les formes de « mon », l'explication
qu'on en donnera convenant aux deux autres. Elles constituent
deux séries dont les relations ne sont pas certaines, d'une part
me, m, men, nin, de l'autre niô, mon; mais tandis que mô est
employé par 1 1 a, c, 13, 14, là où mf-, w l'est par tous les autres
témoins, 7non, qui correspond à mhi, mn, ne l'est que par 1 1 a,
c, d. Faut-il admettre comme type commun de toutes ces
formes l'anc. fr. men, issu en position atone de mon, ainsi que le
fait M. Herzog, Einleitung, § 517 ?Mais les formes w^, 7«o« restent
inexpliquées. On peut, il est vrai, supposer que mÔ a été refait
sur l'article lô, et que intin l'a été à son tour sur mo. Mais l'ex-
tension de mo est si grande dans les parlers lorrains, d. Adam,
p. 81, AL. C.623, 1388, Haillant, Essai, p. 358,que cettehypo-
- i67 -
thèse me paraît peu vraisemblable. Il me semble donc préférable
d'admettre ma comme type commun de tout notre domaine.
6° Le pronom démonstratif 5//.
Cette forme, dont l'emploi a été défini § 95, représente un
ancien type, à la fois masculin et neutre cel, cf. Schwan-Behrens,
§ 330, et qui s'est développé en ceu, çu, d'une façon analogue à
l'article français du <C. deu, del. L'existence de su, d. § 106, 4°
dans les mêmes localités ne permet pas déconsidérer su en fonc-
tion de neutre comme issu de.f?/, bien que ce développement soit
attesté anciennement, d. Schwan-Behrens, § 332; et d'autre part
il est peu probable, bien que ce ne soit pas invraisemblable, que su
en fonction de pronom masculin représente une ancienne forme
ccst, qui aurait été modifiée par cestui, cf. sur ce pronom § m.
Pour di, du, cf. § loé, 2°.
B. — Formes verbales.
Les formes verbales à considérer ici sont proportionnellement
beaucoup moins nombreuses que les pronominales. Il n'y a guère
à citer que les faits suivants:
1° La Y personne du singulier de l'indic. prés, d'avoir, è, à
Remiremont. Cette forme, issue d'^' employé dans tous les autres
points et à R. même, s'est développée dans les phrases où elle
est atone, conformément au § 27, et s'est ensuite propagée dans
la désinence correspondante du futur.
2° ve, usité aux trois personnes du singulier de l'ind. prés,
d'aller, e' 2= et 3^ pers. dusing. de l'ind. prés, d'avoir et é avez c.
69 (sur cette forme, v. plus loin, § 11 5), dont la voyelle, ancien-
nement ouverte (e est encore attesté dans ve du point 13 et la
désinence de la 2^ pers. du pluriel du futur, cf. aurez c. 74),
s'est fermée, vraisemblablement dans les groupes où ces formes
sont atones, cf. §§ 132 et 134.
3° Enfin on peut se demander si la désinence œ de la y pers.
du singulier du conditionnel, usitée dans l'aire 17-22, cf. il fau-
drait c. 334 et plus loin § 137, n'est pas due à un développe-
ment phonétique de l'état antérieur e, attesté dans des localités
voisines, développement qui serait analogue à celui d'^, a, indiqué
supra I".
— i68 —
Peut-être faut-il aussi expliquer par un développement parti-
culier la désinence î du pluriel de l'imparfait du subjonctif et du
conditionnel^ cf. § 57 ad Jîneni .
Cf. en outre § 133 pour sô, suis, du Val-d'Ajol et § 135 la
2* pers. sing. de l'impératif de venir.
§ loé. Conservation de l'état phonétique ancien.
1° lo, article et pronom.
Cette forme, usitée dans les localités 11, 13, 14, représente
l'état ancien, qu'on relève assez fréquemment sous les formes lo
et /ou dans les chartes de Remiremont NAL. 2529, 41, 2531,
dG, etc. L'emploi de 16 en toute position, sauf naturellement
devant voyelle, est un fait d'extension analogique; mais tandis
que le des autres localités est conforme au développement exposé
§ 27, le maintien de la voyelle 6 est un fait particulier, qui ne
s'explique que par la fonction du mot, de même que jw, ce, cf.
4°. On pourrait être tenté de l'attribuer à l'influence de do, du,
mais cette deuxième interprétation ne convient que pour la en
fonction d'article.
2° dô et dï, du .
db des localités 11 et 13 représente, comme lo, un état ancien,
attesté par ^ow dans NAL. 2530, 47, GG, etc., plusieurs fois
dans la déclaration des droits du ban de Vagney, faite en 1345
par Jehan de Planoy, Documents rares ou inédits, t. II, p. 223 sq.,
cf. aussi Apfelstedt, o./.,§ 109, Schwan-Behrens, 3' partie, p. 38,
etc. Il semble bien que dÔ qui, du moins dans notre domaine,
n'existe que dans des localités qui conservent fô, se soit maintenu
grâce à la présence de cette forme. Mais les relations de dô et di
sont obscures, d'i, qui suppose nécessairement un stade antérieur
du, est-il issu de don par développement phonétique particulier ou
est-il emprunté, ou bien encore est-ce don qui a été refait dès
le Moyen Age sur lou et dî représente-t-il, comme le français du,
une ancienne forme del, dm, c'est ce qu'il nous est impossible
de dire.
3° ^//, elle, elles.
Le maintien de la consonne double dans le pronom, quand il
— 169 —
se trouve devant une voyelle, est un tait particulier, qui n'existe
que dans cette forme, et qui est évidemment dû au besoin que
nos parlers ont éprouvé de distinguer le féminin et le mas-
culin.
4° su, ce.
On a vu § 95 que les parlers de la vallée de la Moselotte
emploient cette forme à la fois dans le groupe ce que, c. 139 et
dans cela c. 140. Il est très probable que, dans cette dernière
forme, cf. aussi sns'i, ceci, 21 e, çou-ci, Hingre, Monograplrie, p. 50,
su a été réintroduit récemment, puisque toute la vallée de la
Moselotte possède des représentants de « ça », issu de « cela », cf.
c. 129 ; mais sii du groupe « ce que » représente de toutes façons
l'état ancien çoii, cf. Schwan-Behrens, § 332, conservé dans les
mêmes conditions que lô, le.
5°^, en, pronom adverbial.
Tandis qu'après le verbe, cf. donne-m'en c. 28_|, le pro-
nom adverbial « en » a des formes dont le développement phoné-
tique est partout d'accord avec les faits exposés § ir, l'aire 1-8'
présente devant le verbe, cf. j'en ai c. 285, une forme a{n) tout
à fait surprenante. Cette forme existe également à Remiremont;
mais si on peut admettre que dans ce point elle est empruntée au
français, il serait bien hasardé de proposer cette interprétation
pour l'aire 1-8'. Or, si l'on repousse cette hypothèse, on ne peut
expliquer àÇn) qu'en considérant que les parlers 1-8' ont conservé
un état phonétique très ancien pour distinguer une fonction par-
ticulière d'« en » ; cf. pour un fait analogue aux points 12 et 13 le
paragraphe suivant, 2°.
§ 107. Utilisation morphologique d'un double traitement pho-
nétique.
1° niê, tè, U après l'impératif, tù postposé dans les phrases inter-
rogatives.
C'est par suite de la concurrence d'autres formes que niè, f^, Jù
n'ont pas la même extension, mè couvrant l'aire 11, 13-22, iè
l'aire 16-22 après l'impératif et l'aire 18-22 dans les phrases
interrogatives, /é l'aire 11, 15-22. Mais ce qui est remarquable
— lyo —
dans ces formes, c'est qu'elles présentent la voyelle t, alors que
ces mêmes pronoms, en position proclitique, ont partout, sauf à
Remiremont où è. est prépondérant et réserve faite de la forme
concurrente Ih étudiée au paragraphe précédent, la voyelle t'. Or,
si l'on se rappelle que, d'après le § 27, nos parlers possèdent deux
voyelles caduques ^ et ^, à l'exception de Remiremont qui a
développé particulièrem.ent t, on en conclura que les parlers de
l'aire 13-22 ont utilisé la coexistence des deux traitements pour
distinguer deux fonctions de la même forme.
2° ô, en, pronom adverbial.
Cette forme est usitée aux points 12 et 13, quand le pronom
est placé devant le verbe, cî. j'en mangerais c. 265 ; au con-
traire après le verbe, cf. donne-m'en c. 26.|, 12 dit ^ et 13 h.
Or on a vu aux §§ 1 1 et 38 que l'ancienne voyelle nasale m
est représentée parô dans ces deux points, quand elle est longue,
et par 0 au point 13, 5 au point 12, quand elle est brève. Ces
deux localités ont donc utilisé la dualité de traitement de la
voyelle en pour distinguer le pronom m suivant la place qu'il
occupe, de même que les localités 1-8' ont dans ce cas conservé
une prononciation ancienne, cf. § 106, 5°.
3° On verra plus loin, § 131, de quelle f^içon nos parlers
semblent utiliser des différences de quantité vocalique pour dis-
tinguer la !'■' et la 3= personne du pluriel de l'indicatif présent
des verbes avoir, être, aller et les personnes correspondantes du
futur.
CHAPITRE III
SURVIVANCES
Un certain nombre de formes se présentent à l'état de survi-
vances, soit que ces formes n'occupent plus qu'une partie des
localités, soit que, tout en existant partout, elles soient aujour-
d'hui moins usitées qu'elles ne l'ont été à une époque antérieure.
Au reste, il arrive qu'une forme qui a reculé dans une partie de
nos localités ait au contraire agrandi son domaine dans la région
où elle survit : c'est par exemple le cas de la désinence en t à la
2^ pers. du pluriel de l'indicatif présent ou celui de la même dési-
nence à la 3® pers. du singulier de l'indicatif imparfait, d. §§114 et
né. Enfin il f^iut ajouter que parfois c'est l'emploi particulier
d'une forme qui constitue la survivance, comme par exemple
l'emploi de « leur » avec la valeur du français eux, elles.
§ 108. Article.
1° d.
Cette forme, qui représente étymologiqucment l'ancien
groupe en le, ne survit plus que dans les points 11 et 13 de mon
domaine, mais elle est encore usitée dans de nombreux parlers
lorrains, et M. ML., Gr. d. R.Spr.,U, § 10^, a eu tort de dire que
les parlers actuels semblent ne plus la connaître.
2° 0.
0 est encore usité partout au singulier, mais partout est com-
battu soit par f, soit par 0; et, bien que ni M. Haillant, Essai,
p. 352, ni Hingre, Monographie, p. 37, ne le donnent, il est cer-
tain que ce n'est pas un emprunt récent de mes témoins au fran-
çais. 0 est en effet attesté dans de nombreux composés de forma-
tion ancienne, cf. non seulement 0 po pré, à peu près, 2 c, 4 a,
5 a, 21 a,flW-/)ô-/)r^Hingre, ra^xso prom, tout récemment, bientôt
— 172 —
= an -f-a. f. proismc, 4, 5, 8' d, 9, 19 c, 22 a, au pràme Hingre,
aiiprême Haillain, an longe, à côté de, Hingre, aulainge Haillant,
etc., et aussi peçoley pissenlit, de 14 b.
Par contre, j'ai si rarement recueilli oau pluriel, que je ne puis
pas dire si nous sommes en présence d'une forme en recul,
d'une extension analogique ou d'un emprunt au français.
Enfin il est bon d'indiquer que ce serait une erreur de voir
dans â(0 des localités 8-22 un représentant de l'ancienne forme
as ; s'il est bien certain qu'^*' a existé dans notre région, cf.
NAL 2529, 41, etc., il est non moins certain qu'elle en a disparu,
et que la forme actuelle â{:0 est un développement assez récent
d'es, comme je lai admis § 105, i" Quant aux formes citées par
Adam, p. 5_|, et sur lesquelles M. ML., /. c, semble s'être
appuyé pour admettre quas survit encore en Lorraine, il est
probable qu'il faut également les interpréter comme issues d'es.
§ 109. Emploi de « leur » comme pronom personnel tonique.
Cet emploi est attesté actuellement par la forme régulière lû
dans l'aire r-7 et les formes modifiées analogiquement lu au
Val-d'Ajol et M dans l'aire 8-10, ié-22, cf. pour //"i plus loin, p.
suiv., et pour fô, § 127; au contraire les localités ir, 13-16
emploient ^o pour le masculin et ;^o/ pour le féminin. Notons
en outre que le témoin interrogé au Val-d'Ajol pour VAL. a
indiqué ^;{é ci eux c. 525 ; quant à lu de Ramonchamp, c'est une
faute d'impression pour Ifi, comme j'ai pu le constater sur le
carnet que M. Edmond a eu l'obligeance de me communiquer.
Si l'on s'en tient à ces faits, ils ne font que confirmer en les
précisant l'opinion exprimée par M. Suchier, Gr. Gr., 2" éd.,
p. 766, qui considère cet emploi de « leur » comme un des
traits les plus caractéristiques qui distinguent les parlers bour-
guignons des parlers lorrains, et qui ajoute, en s'appuyant sur
la carte 525 de VAL., que l'aire de « leur » comprend aussi
l'extrémité sud-est du département des Vosges. Nous aurions
donc un cas intéressant où les parlers des deux vallées de la
Haute-Moselle et de la Moselotte se joindraient aux parlers méri-
dionnux Je Li l-ranche-Comté, tandis que Remiremont et les vil-
- 173 —
lages environnants s'accorderaient au contraire avec les autres par-
1ers lorrains. Mais, comme on le verra §128, les possessifs lû{t), ^[«(0
de l'aire ii-ié supposent un pronom personnel ///, qui subsiste
encore au point 12. Rare dans notre région, cette forme ne
semble pas non plus exister dans les autres parlers lorrains, cf.
Adam, p. 74, AL. c. 525; elle est au contraire très usitée dans
les parlers franc-comtois, cf. notre carte 328, Vautherin, Châte-
nois, p. 32, Contejean, Moutbéliard, p. 244, etc. Malgré l'iden-
tité des formes actuelles, il est peu vraisemblable que lu, eux,
soit le résultat d'une substitution de lu, lui, à une forme anté-
rieure. M. ML., Gr.d. R. 5., II, § 76, donne l'explication exacte,
avec des réserves qui me semblent excessives, et propose de
reconnaître dans u la voyelle de lu, lui, qui se serait introduite
dans (( leur », avant la chute du r final.
Il faut donc en conclure que tous nos parlers ont possédé
autrefois « leur », et que cette forme a été éliminée dans la région
de Remiremont par ~o, ~ol. Les chartes de Remiremont appuient
cette hypothèse, car elles emploient très fréquemment lour, cf.
NAL. 2531, 47, 68. 83 bis, 84, 2542, 37, etc., et rarement
« eux » p. ex. eou^ 2542, 49. On peut donner une raison plau-
sible de cette substitution. C'est au stade lu, supposé par //"<(/),
-/"<(/) qu'elle a dû se produire. En effet, quand, par suite de la
chute régulière du r final, lur issu de hir a abouti à lu, il y a
eu identité entre le représentant de « leur » et celui de « lui »,
et c'est pour échapper à la confusion qui en résultait que les par-
lers de la région de Remiremont ont emprunté :(o, :;pl aux par-
lers voisins.
Cette explication, il est naturel de l'étendre aux parlers lor-
rains, dont l'adjectif possessif « leur » suppose également un pro-
nom personnel lu. Or, si l'on remarque que, d'après Adam,
p. 74, ces parlers sont assez nombreux, et que plusieurs sont
même situés non loin de Nancv, on admettra que la carte 525
deVAL. ne peut plus être interprétée comme l'a fait M. Suchier.
§ iio. me\, pronom possessif.
Tandis que myen de l'aire 1-18 et du témoin 19 a, 22 a, qui
— 174 —
est le féminin employé pour les deux genres, est un emprunt
au français, l'aire 19-22 conserve une formé archaïque nây, encore
assez répandue dans les Vosges, cf. Adam, p. 85, Horning,
§ 33, mais dont l'origine n'est pas assurée. Si théoriquement on
peut hésiter, comme le fait M. H., à rattacher cette forme à meus
ou à viea, la rareté de formes régulières du nominatif dans les
textes anciens lorrains et du nord de la France, d. sur ce fait
ML., II, § 90, invite à reconnaître dans nây le représentant de
l'ancien féminin meic, mais ce féminin devrait être moie et a été
modifié suivant ML. et Schwan-Behrens, § 32e, Rem., par l'in-
fluence analogique du nom. plur. masc. mei {meus a pu égale-
ment causer cette action avant de disparaître).
§ m . su, stût, se, pronoms démonstratifs.
On a déjà vu § 105, A, 6° que su représente un ancien type
cel. stût, qui n'existe plus actuellement qu'au Val-d'Ajol, repré-
sente de son côté l'ancienne forme cestui, avec un / final, dont il
sera traité § 129. Enfin il est probable que se, attesté dans beau-
coup de localités des deux vallées, correspond au français ce, cet.
On pourrait être également tenté d'admettre que sût, usité dans
quelques points voisins de Remiremont, cache quelque trace du
(éminm cette ; mais l'absence de set est une sérieuse objection
contre cette hypothèse, cf. § 129.
§ 1 12. Désinence en e, à de la première personne du singulier
de l'indicatif présent.
C'est une question délicate que celle de savoir si cette dési-
nence qui, comme nous l'avons vu § 98, est en t7 au Val-d'Ajol
et en e dans l'aire 1-8', 18-22 a appartenu autrefois à l'aire 9-1 1,
13-17, qui l'ignore aujourd'hui; mais cette question ne peut être
résolue que si on établit l'origine de la désinence et si on en com-
pare l'extension actuelle à l'état du Moyen Age.
Au point de vue de l'usage qui en est fait actuellement, elle
est complètement inconnue des parlers lorrains autres que ceux
de notre domaine, cf. Horning, p. 207, Adam, p. 167, et les cartes
— 175 —
de VAL. 12, 13, 34, 763, 996, 1264, etc. Rn Franche-Comte,
elle paraît avoir également peu de vitalité ; car, en dehors des
points 23 et 26 de mon enquête, qui disent respectivement c
et ô (attesté exceptionnellement au point 24, cf. je prends L.),
et des localités voisines du Val-d'Ajol, cf. P. Passy, A^ ik ph. fr.,
1892, p. 148, elle semble bien ne pas exister, d. p. ex. Horning,
/. f., Vautherin, Châtenois, p. 35.
L'origine de cette désinence a été souvent discutée. M. ML.,
II, § 136, tout en citant les faits de notre région, la déclare incon-
nue. M. Horning, Zeitschrift fiir Rom. P/;., XVII, p. 95, la rap-
proche, avec des formes recueillies dans le nord de la Suisse
romande, d'une ancienne désinence 0/5, oi, relevée dans des docu-
ments franc-comtois, et déjà signalée par M. ML., /. c. M.
Suchier, Gr. Gi ., p. 786, ne tait qu'enrichir la liste des docu-
ments du Moyen Age, et il adopte les vues de M. Horning, qui
sont en eiïet très vraisemblables. « C'est à la phonétique, ajoute
celui-ci, à expliquer le passage d'ois à c ; quant à ^ et 0, ils ne
font pas de difficulté», e lui-même n'en fait pas, ainsi que nous
l'avons vu § 52, 1°. En ce qui concerne l'origine d'cnV, 0/, M.
Suchier, /. c, considère que c'est une propagation analogique de
la termmaison régulière des verbes en /;^c), mais M. Philippon,
Rom., XLI, p. 596, XLIII, p. 540, y voit celle des verbes en
esco, et sur ce point il est difficile de décider.
En tout cas, ce qui ressort des documents du Moyen Age, c'est
que cette désinence ois,oi fut très usitée en Franche-Comté : j'en
ai moi-même relevé de nombreux exemples dans les Testaments de
l'officialîté de Besatiçoii, publiés p:ir Ulysse Robert, t. I, 1901 (Col-
lection de Documents inédits). Or si on laisse ici de côté les
parlers du Doubs, on constate que, dans toute la région de la
Haute-Saône limitrophe de notre région, cette désinence a à peu
près complètement disparu. Puisqu'un tel recul a pu se produire
en Franche-Comté, il n'est pas inadmissible qu'un recul analogue
ait eu lieu dans notre aire 1-22. Or les documents de Remire-
mont nous ont fourni des exemples de la désinence ois, peu nom-
breux, il est vrai, mais après tout suffisants pour attester qu'elle
a existé à Remiremont, cf. juroix NAL. 2531, 89, reno\_n\soi^,
- 176 -
iJ., id., 104 (cette dernière pièce commence ainsi : « Nous
Droyns, diz Malfrogas, borjois de Remijrelmont »). Quanta
supposer, comme on pourrait être tenté de le faire, que nos par-
1ers auraient emprunté la désinence aux parlers franc-comtois,
c'est une hypothèse sans preuve.
S'il faut donc admettre que les localités 1-8', 12, 18-22 ne
sont qu'une partie d'une aire autrefois plus étendue, il faut en
outre noter que la désinence y a pris un développement considé-
rable. Actuellement elle se rencontre dans presque tous les
verbes; les seuls qui l'ignorent totalement sont avoir, être, pou-
voir, savoir et vouloir. Dans quelques autres la forme ancienne
résiste plus ou moins ; à côté de krà, je crois, de 2, 5 d, we, je
vois, de 18, 19 b, 21 a, 22 a, les témoins i a, 2 a, 5 a, c, 6 b,
8 c, 8' c, 18, 19 c disent krcye, 20-22 kràye, tous les témoins
interrogés dans l'aire 1-8' et 18, 19 b lucyc, 12 a lueyà et 20 a,
21 a^ zuày}, cf. aussi Hingre, Monographie, p. 89, luayè et lué ;
dans devoir la forme nouvelle semble avoir moins d'extension,
2 a dit rdfvt', 12 a rdèvà^ 18 -u'e, mais 2 c, 5 d do, 19 c, 21 a,
22 a rdc, Hingre donnant à la fois de et deiuè,^. 96 ; enfin, dans
connaître, en dehors de ^no, employé par de nombreux témoins,
7 b a été le seul à dire khue et Hingre ne donne que kènkhè,
p. 97, et dans aller, cf. je vais c. 19, uàle est restreint au point
22, pour lequel Hingre donne à la fois aie et vô.
§ 113. Désinence en /, tè de la troisième personne du pluriel
dans l'aire 19-22.
Cette désinence, déjà signalée par M. Horning, §§ 207, VIII,
209, VI et 261 ad finau, et par M. ML. II, § 139, mais sans
que l'aire et les conditions en soient définies avec précision,
représente l'ancienne désinence atone eut, et constitue une des
survivances les plus remarquables de notre domaine ; en effet elle
a maintenu l'aire 19-22 en dehors d'innovations, qui se sont
produites dans les autres localités, et elle a amené de son côté des
reformations analogiques, de sorte que les deux aires se sont
nettement différenciées. Au reste Taire 19-21, si conservatrice
— 177 —
qu'elle soit, commence à laisser pénétrer les traitements des par-
1ers voisins.
An présent de l'indicatit, les exceptions indiquées plus haut
p. 1 59 c), ont, vd, vont, fd, font, so, sont, s'expliquent par la fusion
de la désinence avec l'élément radical du verbe, mais, en dehors
de ces formes, la désinence /, lé n'a reçu aucune atteinte; ^erw
crèvent c. 23 1 his X. E. du témoin 22 a n'est qu"un fait acciden-
tel, dû aux déplacements de ce témoin. La désinence du futur
étant identique au présent d'avoir ne compone pas d'observations
particulières.
Mais, au subjonctit, à l'impartait de l'indicatif et au condi-
tionnel, la poussée des désinences sans t est très marquée. Au
subjonctif, d'après aillent c. 15, 19-22 disent nalhtè, mais 21 a
se rattache avec nàlls aux autres parlers ; de même, si 19 c^ (dans
une réponse faite à un autre moment), 20 a disent sœsti, soient,
19 c, 20 a, 21 e^ (par rectification immédiate), 22 a sàwesté,
sachent, 19 a vnestê, viennent, 19 c, 21 a disent sis, 21 a,
e sâu'ls, 19 a, 21 a vnis, 21 3. feyls, fassent, etc. A l'im-
parfait, iet, étaient, a été employé par 19 a, b, 20 a, 22 b,
tt'yt,- par 21 e, âivh. avaient, par 20 a, 22 b, -h't par 21 d, vlet,
voulaient, par 22 b. -t'\l par 21 d, e, mais ti par 21 a, 22 a,
âwi par 19 c, 21 a, vli par 19 c, 2r a, 22 a ; 19 a n'a répondu
feyel qu'après avoir dit fyt, faisaient, et de même fiàlet, allaient,
de 19 b est une rectification immédiate de nàlî, etc. Enfin, au
conditionnel, 20 a, 21 d, 22 b disent erot, auraient, 21 d pnrot,
pourraient, et vnrot, voudraient, mais 21a, 22 a disent en, 21 e
pûrX et vûrl. On remarquera que les formes en / ont été surtout
indiquées par les témoins 19 c, 21 a, 22 a, qui sont quelque peu
suspects, parce qu'ils ont voyagé et ont été interrogés en dehors
de leur localité d'origine, mais 19 a, b, 21 e les emploient éga-
lement, quoique plus rarement.
Quant au parfait, des réactions analogiques variées et dont on
reparlera § 138 n'ont laissé dans l'aire 19-22 que quelques
formes avec /: œstè, curent, 1^-22, fœsté, furent, id., /^œy/^, purent,
21 a, e. 22 a, etc.; en outre Hingre, Monographie, pp. 56 et
Les parlers des Vosges méridionales. 12
- 178 -
6i, signale ^/f;7^ et feu r te, d' aspect plus ai'chaïque, et qui semblent
avoir disparu.
Le traitement des phonèmes qui précèdent la désinence /, té,
appelle en outre un examen particulier ; car des modifications ana-
logiques assez nombreuses ont eu lieu, surtout à l'indicatif pré-
sent. Quand le radical est terminé par une voyelle, la désinence
est toujours précédée à l'indicatif présent d'un y, qui s'était vrai-
semblablement développé régulièrement au stade eut, v. p. 41,
cf. p. ex. weytc, voient, 19 c, 21a, Hingre, Monographie, buete
de biè, lessiver, p. 73, préete, de périé, prier, p. 75, loiiete de
Iwa, louer, p. 76, qu'il faut lire biiyté, préytc, luyté; après/,
\e y est peu saisissable, et j'ai noté 0///, enflent, 2i a; mais
Hingre note -iete p. ex. p; 72, 74, qui doit être lu -lyté
d'après son système graphique. De même on a vu plus haut que
quelques témoins emploient à l'imparfait une désinence tyté ;
mais et tend à l'emporter et, au conditionnel, bt est la seule forme
actuelle.
ot du conditionnel est évidemment retait d'après les deux pre-
mières personnes du singulier qui sont en 0; mais à l'imparfait,
l'origine d'I/ est plus embarrassante, car, au singulier, éy est
encore actuellement plus usité qu'l, et Hingre ne donne même
que la forme èe, qu'il faut lire cy, alors qu'il ne donne pour le
pluriel qu'f/t'. Il est donc possible que le v soit tombé ici par
réduction et non par analogie.
Quoiqu'il en soit, l'analogie a joué un rôle important à l'in-
dicatif présent ; les parlers de l'aire 19-22 ont tendu à refaire le
radical de la 3** pers, du pluriel sur celle du singulier, de là les
formes bweytè, boivent, 19 c, 21 a, râeytè, redoivent id., scyté,
savent, 19 c, 20 a, 21 a, 22 a, où la consonne labiale du type
latin a disparu; de même craete, croient, Hingre p. 89, est refait
sur cra, ainsi que le montre le traitement de kroy, craie.
Dans plusieurs verbes dont l'infinitif est terminé par r, la
3* pers. du pluriel est en rt, p. ex. porté, pondent c. 687,
à côté de laquelle la forme plus ancienne pnnté existe encore
au point 19; cf. aussi fuete et furie, fuient, Hingre, p. 93,
rçurle, reçoivent, id. p. 94, iiiôrté, moulent, id. p. 92,
— ^79 —
morte 21 a, à côté de nwlté 19 c. C'est également ainsi que
s'expliquent pyœrté, peuvent, et yœrlè, veulent, bien que les cartes
6oé, 806 pouvoir, vouloir ne présentent pas les formes d'infi-
nitif, d'après lesquelles elles sont refaites ; mais Hingre, pp. 97
et 98, donne encore ienre et pieiire.
§ 114. Deuxième personne du pluriel de l'indicatif présent et
de l'impératif.
Des deux types de désinences, qui se disputent notre domaine,
l'un, qui occupe 8, 8' et 12 sous la forme à ti 11, 13-15 sous
la forme e, correspond au fr. e^ <C citis (phonétiquement il est
possible qu'fl, e représentent un ancien ei:^ <C élis, cf. § 52, 1°,
avec cette réserve cependant qu'il serait surprenant qu'il n'existe
aucune trace du troisième traitement 0 dans la région de Remi-
remont), l'autre en /, qui occupe tous les autres points, est la
désinence étymologique des verbes en ir, tels que venir, etc.
Sur l'extension ancienne de cette dernière forme, cf. ML., II,
§ 138; aujourd'hui elle est assez rare dans les parlers lorrains,
en dehors de notre domaine, cf. Adam, p. 169; M. Horning ne
l'a recueillie qu'à La Bresse. Ainsi les deux types de désinences
ne survivent l'un et l'autre que dans une partie des localités ;
mais, dans chacune des aires, ils ont eu une telle force d'expan-
sion qu'ils ont éliminé la forme concurrente. Tout au plus via
voulez c. 807 de l'aire 19-22, où il est du reste combattu par
vlï qu'ont employée 19 c, 21 e, 22 a, conserve dans l'aire d'ï une
trace de l'autre type, que via continue la désinence correspondant
au fr. ^:( ou l'ancienne désinence ei:^, oi:{.
§115. Deuxième personne du pluriel de l'indicatif présent
d'avoir et du futur.
Si l'on écarte la forme particulière au point 21, î, avez, toutes
les autres formes d'ave z c. 69 et du futur, cf. p. ex. aurez c. 76,
procèdent du même type ancien ei^, oi^ <C c'tis, qui a peut-être
laissé d'autres traces dans notre domaine, cf. le paragraphe précé-
dent. Si le traitement de la voyelle ne se superpose pas dans toutes
les localités, ceci provient sans doute de ce que e, avez, s'étant fermé
— i8o —
dans plusieurs localités, cf. plus haut § 105, B, 2", n'a pas pu
suivre le développement en a, 0 qui a été celui d'c, comme nous
l'avons admis § 52, 1°. D'autre part il s'est produit dans les
formes d'avez un allongement particuliei'.
§iié. i au singulier de l'imparfait de l'indicatif, et rt à la 3*
personne.
Les nombreuses modifications analogiques, qui se sont pro-
duites dans ce temps, v. § 137, ont laissé subsister dans l'aire
19-22 une flexion fort rare de y personne en /, cf. buvait
c. 103, etc. Dans les autres points de notre domaine, elle per-
siste encore au point 11, conservée par la terminaison or de l'im-
parfait prochain non seulement à la 3* pers. mais aux 2 autres,
cf. e folïtor fallait c. 333 de 11 a, c, j h'ïtor, j'avais, de 1 1 a,
kmèsltor, tu commençais, de 1 1 c. En dehors de notre domaine,
elle n'a été relevée qu'en quelques points ; Adam donne te veyt,
é veyî pour Ban-sur-Meurthe (c. Fraize, a. Saint-Dié) et i falior,
il fallait, pour Saales (Vosges annexées); dans les cartesde VAL.
on peut noter à Fraize, point 78, bndjï bougeait c. 155, ebâuî
commençait c. 312, et à Sainte-Marguerite, près de Saint-Dié,
point 86 ^î'/, buvait c. 103, kûii cousait c. 332, î'/Â-/ vivait
c. 1405, etc. Toutes ces formes contiennent une ancienne dési-
nence ive <C iba, très peu attestée au Moyen Age, mais précisément
dans des documents lorrains, cf. Schwan-Behrens, § 341, Rem., et
Horning, § 209, dont la réserve est ici excessive.
La désinence en 1, tout en ne subsistant qu'à la troisième per-
sonne, a pris dans l'aire 19-22 un tel développement qu*il n'y
reste qu'une faible trace de la désinence correspondant au français
ait <C ehal, à savoir ta était c. 325.
Cette dernière désinence a également disparu de tous les
autres points de notre domaine, sauf au point 12, où elle est
au contraire la désinence régulière, cf. commençait c. 203,
etc.
Pour la 3* pers. du sing. du conditionnel, c(. § 137.
§ 117. Subjonctif.
On a vu § 102 que la formation régulière du subjonctif est,
— i8i —
à toutes les formes du singulier, en «ou en œs, c.-à-d. une Hexion
d'imparfait, d. plus loin § 139. En dehors des verbes avoir et
être, il ne subsiste plus guère de formes provenant du présent.
Hingre cite pour La Bresse faisse à côté de faiyésse, fasse, p. 97,
saichc à côté de sawésse et seilsse, sache, p. 99, et dîrhe, refait sur
saiche, à côté de deiuésse p. 96 ; mais je n'ai plus obtenu aucune
de ces formes. Par contre, de même qu'il cite p. 93 la formule
Dié vas condusse, en notant que le subjonctif est ailleurs condhesse,
j'ai relevé de même dyœ ou / bd dyœ vo kddus chez les témoins
1 c, 5 a% c, f, 6 b, 7 c, 9, 19 c, tandis que d'autres témoins
emploient dans cette expression la forme usuelle ailleurs : kùdjes
2 c, 4 a, 5 a, -hh 16 b, 21 a, -œs 14 a; on remarquera au reste
que \e s de kôdtis est déjà analogique. En outre 22 b a employé
fey, fasse, qui est aussi une forme en partie refaite d'après le
radical du verbe.
Outre cette survivance, le pluriel en présente une autre : la
flexion de toutes les personnes est, on l'a vu, partout en ù,sauf
au point 12 qui emploie celle du singulier et dans l'aire 19-22
qui conserve une forme spéciale à la 3'= pers. Le s final de cette
désinence îs provient évidemment du singulier es, œs ; la
forme antérieure i est encore conservée au point 12 qui dit î au
pluriel d'avoir et si au pluriel d'être. (Le témoin de VAL. a
également employé dh'i, funsi, disiez, finissiez, cf. Atlas Linguis-
tiques des Vosges, p. xviii.) Dans les autres localités, t subsiste à
peine : je ne l'ai recueilli que dans une formule de bienvenue
qui commence à vieillir, benà si va chez les témoins 5 b, c, d,
tandis qu'à La Bresse, suivant Hingre, elle est refaite et se dit
hénian sinse vos, s. v° bénian de son Lexique.
Cf. aussi plus loin, § 139, pour la 3' pers. du subjonctif du v.
avoir.
§ ir8. Parfait et autres formes.
Il reste enfin quelques formes d'origine ancienne, qui sur-
vivent dans différentes localités, mais accompagnées de tant de
modifications analogiques, qu'il est difficile de les exposer sépa-
rément et qu'il vaut mieux les réserver. C'est le cas des formes
— l82 —
de parfait fort, qui survivent particulièrement au Val-d'Ajol,
ainsi qu'on l'a déjà signalé § 103, et des formes anciennes des par-
faits d'avoir, pouvoir, savoir, cf. plus loin § 138.
De même on verra § 143 que les réactions analogiques, qui ont
atteint les formes du singulier de l'indicatit présent des verbes en
-ir non inchoatifs, laissent parfois subsister dans une partie des
localités des formes anciennes, telles que myâ, meurt, chez les
témoins 11 b, 14 a, 15 b, 0, entend, au Val-d'Ajol, etc.
Cf. encore § 133 l'indicatif présent du v. être et § 135 l'im-
pératif de venir.
§ 119. Emploi des formes verbales.
Si les faits que nous avons à rapporter ici sont peu nombreux,
l'un d'eux est fort important et constitue un des traits les plus
caractéristiques de nos parlers. Il s'agit de l'emploi de l'auxiliaire
avoir avec les verbes intransitifs ou pronominaux. Nos parlers
conservent encore fidèlement cet ancien usage ; l'auxiliaire être
ne fait que commencer à apparaître, l'emploi en est tout à fait
sporadique et individuel, cf. être Z. ad fimm, et il n'est pas
douteux que l'introduction en est due à l'influence du fran-
çais. Outre ce fait, nous n'avons à indiquer ici que l'emploi assez
fréquent que nos parlers font d' « en aller » sans pronom réflé-
chi, cf. s'en aller L., sauf à l'impératif où le pronom existe à
peu près partout. Mais si le premier de ces deux faits, isolé,
récent et dont le développement est très particulier, atteste cer-
tainement un emprunt au français, il n'en est pas de même du
second, qui doit être considéré comme dû à un changement
spontané.
§ 120. Ancienne flexion nominale.
Il subsiste encore quelques traces de l'ancienne flexion nomi-
nale. On a déjà vu § 37 qu'un certain nombre de substantifs
ont, dans toutes les localités, sauf au Val-d'Ajol, une terminaison
£, ç issue d'un groupe rs, dont le s représente l'ancienne flexion
de nominatif. On a vu également § 55 que les anciens nomina-
- i83 -
tifs pluriels///// et tresiuil sont encore usuels à peu près partout,
naturellement sans valeur casuelle, ta étant limité aux témoins
7 a, II a, c, 15 a et iorto au seul témoin 1 1 a.
Enfin il faut signaler que l'a. fr. iere •< aior après palatale (cf.
ML,, II, § 489) a survécu, sous les formes (y)^'', (}')^''> comme
suffixe de nom d'agent, notamment dans les trois mots chasseur
c. 167, faucheur c. 337, pêcheur c. 559. Ces trois cartes nous
le montrent en voie de recul dans la région de Remiremont; il a
déjà complètement disparu des localités 11, 13-15, et dans les
trois points limitrophes 12, 16, 17, le suffixe ()')?/ commence à
s'y substituer. En dehors des trois mots cités, (_)')<;> est fort déchu,
même dans les deux vallées; je ne l'ai relevé, en outre, que dans
byâéfr, bûcheron c. 12e, au point 19 (dérivé d'un verbe byœè'e,
bûcher L.), et que Hingre donne aussi s. v. bienchére.
§ 121. Genre des substantifs.
Quelques substantifs conservent encore dans un nombre
variable des localités le genre de leur type étymologique, tandis
qu'ailleurs il areculé sous l'influence du français, ainsi que le prouve
la coïncidence du genre récent et de celui du français. Le féminin
ancien est conservé dans lézard c. 452 < lacerta partout,
épi <C spica partout, sauf chez 13 a, b, poison c. 593 dans
la majorité des localités ; le masculin l'est de même dans
herse c. 408 <C hirpice partout, cf. plus loin § 151 pour le trai-
tement des consonnes, fourmi c, 360 dans la plus grande
partie de domaine comme l'a. fr. fourmi:(, dent chez les
témoins 3 c, 4 c, 5 a, 6 a, 8' b, 10 c, 17 f, 21 e, rây,
rouille L., conformément au type archaïque du fr. rouil D.G.
chez 6 f, II d, 12 a, 13 a, 19 a, 21 a, 22 a, ôrmàr,
armoire c. 44, comme en ancien français (les réponses des
témoins n'ont pas permis de discerner le genre de ce mot pour
toutes les localités). On peut encore considérer le féminin de
rhume c. 659 comme une survivance, car l'ancien français a
également connu cette innovation, cf. Darmesteter, Cours de gr.
hist. de la langue franc., 2* P., Morph., p. 53, Delagrave, 1897,
et de même celui de squelette c. 728, qui a existé également
— ]84 —
en français, d. id., p. 51. Mais quand l'innovation est propre à
nos parlers, il, est difficile de se prononcer; et s'il semble bien
que dans lièvre c. 454 le féminin recule devant le masculin,
on ne peut cependant pas affirmer qu'il a couvert tout le
domaine ; le fait est encore plus douteux en ce qui concerne le
masculin d'herbe c. 406 et de perdrix c. 571, cf. § 144.
§ 122. Adjectif.
A. Formation du féminin.
Quelques féminins de formation archaïque survivent encore
dans une aire plus ou moins restreinte, non seulement grâ, qui
est usité, en dehors du nom composé grand'mère, devant le
nom dans la plupart des localités, mais encore fwo, meici et -€-,
qui sont également assez fréquents ; quelques témoins ont
même employé fwo en fonction d'attribut, d. grand, fort,
mauvais L. Notons aussi l'ancien féminin avec ^ de vert c.
787 dans les localités 1-8', 12.
B. — Ordre des mots.
On sait que l'adjectif est préposé au substantif dans les
parlers lorrains beaucoup plus fréquemment qu'en français.
M. P. Passy déclare même. Revue de phil. fr. et prov., 189e,
p. 146, qu'au Val-d'Ajol l'adjectif qualificatif précède toujours
le substantif. Le participe a été entraîné dans prî lâse lait
caillé c. 437, très fréquent dans les deux vallées. Mais
actuellement, bien que le français populaire même présente sou-
vent cet ordre, cf. « c'est un rouge bouquet » de 13 a c. 351
N. E., « il a un gros court bec » de 8 a en parlant du bou-
vreuil L., l'adjectif tend à se déplacer, sous l'influence du fran-
çais; et si blanc , bleu , fin , noir A. ont été préposés par un
nombre appréciable de témoins, cf. aussi ptit rnj gro:{ey 2 b, gros
bycié g. I b, 8 a, s. v. groseille L., en petit ?jèr -èabr 2 a, s. v.
cellier L., rô lâs'c ij, 19, 21, 22, premier lait de la vache qui
a vêlé, c. 438, vert c. 787 ne l'a été que par un seul, 5 a.
§ 123. Syntaxe.
1° Syntaxe de l'article.
- i85 -
Nous n'avons à signaler concernant l'article que peu de faits,
l'absence de l'article dans l'expression « aller à la messe », cf. c.
493 N. E., et dans « aie patience » de 5 c, cf. a voir L.
2° Préposition.
L'usage des prépositions présente quelques survivances, l'ab-
sence d'à après le verbe ressembler, cï. la c. 653, le développe-
ment ancien d'à entre faire et un verbe suivant, cf. la c. i,
attesté au moyen âge dans Ji feist ai aivoir NAL. 2531, 78,
constructions qui toutes deux reculent actuellement sou*; l'in-
fluence du français, l'emploi de « de «dans des phrases tellcr.cji c
« je n'en ai pas, j'en ai de besoin », cf. de L. En ce qui cor.-
cerne l'absence de « de» après « douter » au sens d'avoir peur, cf.
peur, L., il est difficile de décider si nous avons affaire à une
survivance ou au contraire à une innovation analogique qui
serait de date récente.
CHAPITRE IV
CRÉATIONS DE FORMES NOUVELLES
L'importance de ce chapitre ne doit pas se mesurer à sa lon-
gueur. Il est aisé de comprendre que le nombre des formes
créées par nos parlcrs ne peut pas être considérable ; mais c'est
un fait capital au point de vue de leur vitalité, qu'ils aient été
capables d'en créer plusieurs, exactement quatre. De ces quatre,
trois sont des formes pronominales, une seule est verbale, mais
c'est la plus intéressante, car les trois premières peuvent à la
rigueur passer pour des faits lexicaux, tandis que celle-ci est
vraiment une création morphologique. Il faut enfin ajouter, et
ceci n'est pas non plus pour surprendre, qu'une seule de ces in-
novations, à savoir le nouveau pronom réfléchi de l'aire 17-22,
cf. le § suivant, appartient en propre à notre domaine, et que les
autres existent aussi dans d'autres parlers lorrains.
§ 124. Formes pronominales.
1° Démonstratif.
Malgré la grande variété des formes, cf. celui-ci, celle-ci,
celui-là, celle-là c. 141 et 142, on voit nettement que des
formations nouvelles, composées essentiellement de « l'autre »
-\- « ci, là », occupent une aire cohérente 1-15, tandis que l'aire
16-22, tout en les connaissant, emploie surtout des formes plus
anciennes sesî, selâ, selsîQ), sellâ{t). Dans l'aire 1-15, le point
5 est le seul à emplover encore une forme ancienne de féminin
sellbt ; les faiis sont plus compliqués dans la vallée de la Mose-
lotte, les deux types de pronoms y sont actuellement en lutte.
Mais il n'est pas douteux, malgré les données de mes cartes,
que les formes nouvelles existent dans toutes les localités et que
l'absence d'une forme dans tel point de ces cartes provient de la
- i87 -
méthode de mon enquête ; c'est ainsi que je n'ai pas recueilli
« l'autre -j~ 1^ >> ^ La Bresse, où cependant Hingre, Monographie,
p. 51, signale l'existence de Vaute-late comme de raute-cite et
pour les deux genres.
Ces pronoms nouveaux existent sous des formes diverses dans
de nombreux parlers lorrains, d. Adam, p. 57 sq., et AL. c.
207, 208. Par contre il est important de noter que l'innovation
est, dans nos parlers, localisée au singulier, cf. les N. E. de mes
cartes 141 et 142, et qu'elle n'existe au pluriel que dans des loca-
lités assez éloignées de notre domaine, cf. Adam, p. 64. Pour
les différentes modifications qu'ont subies ces pronoms, v. plus
loin, § 139.
2° Réfléchi.
Nous avons indiqué § 92 que les parlers de l'aire 17-22
emploient, avec la valeur du réfléchi français soi-même, dans
les phrases à sujet impersonnel, une expression particulière, for-
mée d'« une gent » -\- le pronom de la 3^ pers. du singulier
-)- « même ». Le pronom personnel est ordinairement le mas-
culin le, seul 20 a a employé le féminin ley, et dans ce cas nous
avons affaire aune modification récente et peut-être individuelle.
amenée par le genre d'« une gent ». La nouvelle expression
n'est en eff"et qu'un renforcement, au moyen d'« une gent », de
le mom, qui équivaut, dans l'usage de ces parlers, au français
soi-même. Cette innovation est propre à la vallée de la Mose-
lotte; non seulement elle est inconnue de toutes les autres locali-
tés de notre domaine, mais il semble bien, si l'on en juge par
le silence des recueils lexicologiques, qu'elle n'existe nulle part
ailleurs.
3° Emploi du pronom personnel précédé de « tout + par »
au sens de seul.
Tous nos parlers sont d'accord pour employer les diff^érentes
formes toniques des pronoms personnels en combinaison avec
« par », le plus souvent précédé de « tout » masculin (ou fémi-
nin avec le pronom féminin de la y personne), au sens du fran-
— i88 —
çais seul, surtout en fonction d'attribut, cf. seul c. 707 et L.,
et Pè-lé, Hingre. i pt-le de 21 a montre que l'expression peut
également être prise qualificativement, mais cet usage est rare.
Elle est très usuelle dans les parlers lorrains, comme on le voit
par les données de VAL. et Tôt Pai Lu Haillant ; elle l'est
également dans les parlers franc-comtois, avec ou sans « de »,
cf. 71)/^/ pà lu Vautherin s. v. Pà, Qu) d pè lu, Grammont
s. V. pè, in d pe le Boillot, p. 372, etc. Le développement
de cette expression n'a rien de surprenant : il se rattache aisé-
ment à des emplois de la préposition par en français tels que : il
a fait cela par lui-même, etc. ; et le groupe de par présente dans
l'ancienne langue des acceptions analogues. Mais le français n'a
pas poussé le développement sémantique aussi loin que nos par-
lers, qui en ont fait un véritable composé pronominal.
§ 125. Imparfait prochain.
La création la plus importante de nos parlers est celle d'un
imparfait prochain, cf. § loi B. La particule or, réduite parfois à
0 aux points 13 et 14, cf. p. ex. treveyeto, je travaillais^ 13 a,
nr/o, j'avais, 14 a, quiestle signe de cet imparfait, n'est autre que
l'adverbe or, ainsi que G. Paris l'a reconnu i^., X, pp. 601-609 ;il
s'est soudé au verbe quand il avait encore le sens temporel, mais,
comme me l'a fait observer M. Meillet, c'est aussi parce qu'il a
perdu sa valeur propre d'adverbe de temps qu'il a pu se réduire
au rôle de simple particule verbale.
Tout souvenir de son indépendance ancienne n'a pas encore
disparu, car Hingre signale. Monographie,^. 105, qu'à La Bresse
« la particule de négation peut s'intercaler entre le verbe et l'ad-
verbe, mais seulement à la 3' personne tant du singulier que
du pluriel : elne vélî lui-t-ôre — il ne voulait alors pas, el ne vélete
mi-t-ôre — ils ne voulaient alors pas » ; toutefois personnelle-
ment je n'ai pas observé le fait, qui semble au moins très déchu,
et qui certainement n'existe pas dans la région du Thillot.
Bien que ma méthode d'enquête ne m'ait pas permis d'obte-
nir de chacun de mes témoins une série complète de formes et
que même aux points 3 et 18 je n'en aie recueilli aucune, les faits
— i89 —
dont je dispose sont assez nombreux pour qu'on puisse en déga-
ger les traits principaux de l'usage de nos parlers.
Or, ^i ceux-ci connaissent tous l'imparfait prochain, les formes
en sont extrêmement variées. En effet, d'une part, la particule
or s'est soudée à des états divers de l'imparfait ordinaire, et,
d'autre part, à la suite de cette soudure, l'analogie a produit des
phénomènes d'extension d'emploi.
Au premier point de vue, on a des formes où or est précédé
de :{ ou /, c'est-à-dire qui datent d'une époque où les consonnes
finales des désinences étaient encore régulièrement prononcées
devant voyelles, cf. poseior 21 , je croyais c. 233, sewizpr ^,
sa- lé, nous savions c. 687, eic.,seretor 5, sàrltor 20, il ser-
rait c. 705, evïtôr 15 c, ils avaient, etc., mais à côté de ces
formes, il en existe où les consonnes :{, / manquent devant (V, et
qui sont par conséquent de formation plus récente, cf. t'ior 4 c,
ils étaient, etc.
On a vu § ICI A que les localités 9, 10, 14-22 hésitent au sin-
gulier entre e et éy ; mais l'imparfait prochain n'a des formes
avec y que dans l'aire 20-22, cf. àiveyor 22 a, j'avais, àwey:(or
21, tu avais c. 70, etc., où elles sont du reste en rivalité avec
des formes sans y comme âiufor 21 a, etc. On se rappelle aussi
que, suivant le § 116, la terminaison îtôr de Remiremont y
conserve au singulier une ancienne flexion /' disparue dans l'im-
parfait ordinaire. Enfin on trouve des formes de singulier où
toute la désinence de l'imparfait ordinaire a été absorbée par la
particule, cf. tor 2, 5 c, 6 a, 8 a, 8' c, 9, 15 a, 19 c, était
c. 325 et L., etc.
Des modifications analogiques se sont encore ajoutées à cet
état si complexe. Bien que 11 et 13 possèdent, comme 12, une
désinence 0 au singulier, en concurrence avec e aux trois per-
sonnes au point 11, mais unique aux deux premières aux
points 12 et 13, cependant seul 12 présente des formes d'im-
parfait prochain avec 0, cf. kù{o:(or 12 b, tu cousais, etôior,
12 c, j'étais, etc. ; par conséquent des formes analogues avec ô
ont été éliminées aux points 11 et 13 par la poussée des formes
avec é, cî. feye:(or 11 d, je faisais, ûf^M/o, -r 13 a, tu disais, etc.
— 190 —
D'autre part i et t qui précèdent si fréquemment la particule
appartiennent étymologiquement, le premier aux deux premières
personnes, le second aux troisièmes. Mais la propagation -analo-
gique s'est exercée dans les deux sens, et l'on trouve dans la plu-
part des localités soit des formes avec :( aux troisièmes per-
sonnes, soit des formes avec t aux deux premières, cf. eivej^r 9,
il y avait c.yr, lï^or 9, étaient, hejetor 2 c, je cherchais, sevltôr
2, 7, nous savions c. 687, etc. Cependant l'aire 19-22 ne
paraît conserver un usage plus conforme à l'état ancien ; parmi
les faits que j'y ai recueillis, je n'en ai pas observé où :(, t aient
franchi leur domaine primitif, et ceci concorde avec l'indication
de Hingre, Monographie, p. 10^, d'après laquelle, à La Bresse,
« dre peut se relier par l'euphonique i( aux deux premières per-
sonnes du singulier et du pluriel [et] la liaison avec / est
nécessaire avec la troisième personne du singulier et... avec la
troisième personne du pluriel » .
La localisation des différents types de formation appelle
quelques observations. On comprend en effet que tous- ne soient
pas également usités partout et que, grâce à l'action de l'analo-
gie, chacun d'eux ait un domaine où il soit particulièrement
développé. On a déjà vu que les formes en eyor ne subsistent
que dans l'aire 20-22. Celles où or est postposé sans consonne
de liaison sont également rares ; je n'en ai relevé que dans
quelques localités des deux vallées : àzueor et tlor déjà cités, àiulor
21, ils avaient. Des deux terminaisons tor et ^or, la première a
été employée seule dans l'aire 1-8' et au point 13, au contraire
c'est ;^^r qui existe sans rivale aux points 9, 12, 16 (le point 10
m'a fourni trop peu de formes pour en pouvoir tirer une con-
clusion) ; dans les autres localités les deux terminaisons sont en
présence, dans l'aire 19-22, comme on l'a vu, conformément à
l'état ancien ; mais ailleurs le souvenir de leur valeur primitive
paraît perdu ; par exemple 14 a dit à la fois evt'to, j'avais, et
dve:(or, il devait, 15 a deht^bry tu disais, \r\^\s pbsetor je croyais
c. 233, 17 a j'ty'i:;pr, vous faisiez, mais d%vc::^or, il devait, etc.
Enfin les formes du singulier où or a absorbé l'élément dési-
nentiel n'existent que dans une partie du domaine, à savoir dans
— 191 —
les aires i-i i et 19-22 (c'est sans doute par hasard que je n'en ai
pas recueilli aux points 10 et 20) ; dans les autres localités je
n'en ai relevé aucun exemple et il semble qu'elle y soit incon-
nue: cf. lor déjà cité, b-iijôr 2 bougeait c. 108, Phôéor 2, 22
commençait c. 20}, pûyor 2, .\, pivàyôr 21 je pouvais c. 609,
serbr 6 serrait c. 705, àvuor 19 c, 22 a, evor, j'avais, posor i c,
je pensais, /)aw/(V' 5 a, je parlais, liirwor 7 a, il pleurait, peter id.,
je partais, ràplïsor 11 a, tu remplissais, kençor 19 b, je connais-
sais, //7/;/t)/- 19 a, je fumais, rcpor id., je remplissais, dwor 22 a,
tu devais, cf. c. 251 N. E.
CHAPITRE V
INNOVATIONS ANALOG1Q.UES
§ 126. Article.
La forme de l'article ï, qui équivaut pour le sens au français
au et est usité partout sauf par ira, c et 13, est évidemment
refaite sur dï.
L'origine d'à, article pluriel, est plus douteuse, cf. § 108, et
aussi § iq6 ce que nous avons dit concernant le développement
de lo et dô.
§ 127. Pronoms personnels.
1° t', el, el, ell, il, ils, elle, elles.
Le pronom masculin soulève des questions délicates: la voyelle
e représente-t-elle par développement régulier 1'/ d'une ancienne
forme //, Ve d'une ancienne forme el, ou a-t-elle subi l'influence
analogique du pronom féminin ? L'hypothèse que le pronom
masculin provienne à'el est peu vraisemblable, car el est neutre
dans l'ancienne langue, et de plus ne paraît pas se trouver dans
les documents médiévaux de la Lorraine. Par contre l'hypothèse
<\\xe est refait sur r/, elle, est favorisée par l'existence d'une forme
e, il, qui s'emploie quand le pronom est postposé, ainsi que
l'indique Hingre, Monographie, p. 47, et qui survit aussi dans la
particule interrogative te, cf. § 130, 4°.
D'autre part, Hingre signale une forme de pronom féminin éle,
usitée comme e, et évidemment refaite sur la forme du mascu-
lin é.
2° le, lui tonique.
Cette forme, employée dans l'aire 8-10, 16-22 et parle témoin
5 g, est certainement postérieure à In des autres localités et
témoins ; mais l'origine en est obscure ; peut-être est-elle refaite
— 193 —
sur lé\, elle, de même fonction. Elle paraît être inconnue aux
parlers orientaux en dehors de notre région ; je ne l'ai notée que
dans les points indiqués plus haut et à Gérardnier, d'après
Horning, § 202.
5° lÔ et lii, eux, elles.
///, qui appartient aux points 12, a déjà été expliqué § 109.
Quant à Iode l'aire 8-10, 16-22, c'est également une forme
analogique, qui n'existe à ma connaissance que dans ces localités,
et qui est refiiite sur iiô, vô.
4" Pronom de la 2' personne du singulier.
A. En fonction de sujet.
L'interprétation des formes te, té, t, usitées devant les verbes,
est délicate. On admet souvent qu'elles sont issues de tu par un
développement phonétique particulier, cf. ML., Gr. d. R. Spr.,
II, § 78. Maison admet aussi qu'elles représentent étymologique-
ment le pronom complément proclitique, qui s'est substitué à tu
par propagation analogique, cf. pour des faits analogues en an-
cien français, Brunot, Histoire de la langue française, I, p. 419,
420. La persistance de ///. dans les phrases interrogatives, quand
le pronom est postposé, dans l'aire ri, 13-17 et chez le témoin
8 c appuie fortement cette interprétation, du moins pour notre
région./// n'est sans concurrent que dans les points i r, 14, 1 5 ; aux
points 13, 16 et 17, il cède plus ou moins aux formes nouvelles,
13a dit déjà//^/, l'as-tu ?, 16 afinlre te, finiras-tu ? et 17 a et, as-
tu ? Dans la vallée de la Moselle, pos tu de 8 c constitue la seule
trace que nous ayons relevée de /// ; rappelons enfin que le témoin
interrogé par M. Edmond au Val-d'Ajol connaît encore l'emploi
de ///, cf. mon Atlas, p. xviii. Il existe également dans beaucoup
d'autres localités lorraines, bien qu'on n'ait pas signalé le fait, cf.
Haillant, Essai, p. 362, AL., c. 84, 85, 358, 575, 141e, et /w a
même donné naissance à ;m d'Uriménil « qui n'est jamais qu'in-
terrogatif, ex... i///, ai-je? ».
B. — tii après l'impératif.
tû non seulement s'est maintenu dans les conditions qu'on vient
de voir, mais il s'est substitué au pronom complément après
l'impératif dans les localités 11, 13-16; toutefois/// n'est devenu
Lei parlers des Vosges méridionales. 15
— 194 —
exclusif qu'aux points ir, 13, 14; dans liens-toi, cf. toi Z,., 15 a
a dit te et 16 a tê, dans assieds-toi c. 48, 16 a a dit tè, et
dans tais-toi c. 739, 16 b a employé successivement té puis
/«.
5° « Je » pronom sujet de la i'" pers. du pluriel.
La substitution de « je » à « nous », dont l'extension est
considérable dans les parlers lorrains, ci. Adam, p. 69, comprend
dans notre domaine des localités 9-1 1, 13-17 ; la position géo-
graphique de 16 et 17 explique qu'il s'y produise quelque flotte-
ment. Du reste les ténioins 16 b, c, et 17 b-g ne connaissent que
« je », seuls 16 a et 17 a emploient encore no et moins fréquem-
ment que j(f), puisqu'ils m'ont répondu respectivement 2 et
5 {oisnô contre 8 et 9 fois j(e). La présence de no à Remiremont,
qui à première vue est plus surprenante, est à l'examen un fait
propre au seul témoin b, qui l'a employé 3 fois contre 6 fois
« je » ; et il doit probablement cette particularité à celui de ses
ascendants, qui est originaire deBussang, et au parler de safemme,
qui est originaire de Rupt.
6° Ordre des pronoms dans le groupe correspondant au fr.
« le moi » après l'impératif.
Il suffira de rappeler que dans ce cas nos parlers disent à peu
près sans exception « me le » en plaçant le pronom complément
indirect avant le pronom complément direct, d'après l'ordre des
phrases telles que « dis-moi ce que tu sais », etc.
7° Emploi de « lui, eux » en fonction de réfléchi tonique.
Ce fait, qui a déjà été signalé § 92, n'est qu'une extension du
recul que « soi » a également subi en français.
8° n, en, devant voyelle dans les phrases arfirniatives.
D'après j'en ai c. 285 cet usage appartient à l'aire 19-22,011 il
est dû à une propagation analogique de la forme ;/ des phrases
négatives, expliquée § 105 A 4".
9° ï, pronom adverbial.
L'analogie a amené fréquemment l'emploi de ce pronom, non
seulement avec la valeur de « lui », comme on l'entend souvent
dans le français populaire de I^aris, mais encore avec celle de
« le ».
— 195 —
L'explication du groupe « les » -\- /', qui équivaut au fr. leur,
est incertaine. M. ML., II, § 78, p. 105, se demande s'il faut y
voir une reformation les -\- i d'après le modèle des formes du
singulier ace. l{è), dat. //., ou les (leur dans les localités où la
voyelle est c), 0) -f- / pronom adverbial. Il n'est pas douteux que
dans notre région le premier élément est les, même dans les points
où la forme actuelle est lo{y^; mais l'origine du groupement
« les » -f- / et celle d'/ n'en sont pas plus claires; quoi qu'il en
soit, c'est un usage très répandu dans les parlers lorrains, cf.
Adam, p. 79, et AL., c. 761.
Pour :^o. :^Ô1, eux, elles, cf. plus loin, § 129.
§ 128. Possessifs.
1° « Leur 1).
Les formes de cet adjectif ont subi plusieurs modifications
analogiques; la de l'aire 8-10, 16-22 est refait sur le pronom
personnel lô de la même aire, cf. § 127, 3° ; les formes du singu-
lier hit de l'aire 1-7, lût et ^ùt de l'aire 11-16 doivent leur / à
net, vot;:{u, ^ùt des localités 11, 14-16, leur ;( à :{0, ^ol, eux,
elles ; enfin, comme on l'a vu § 109, liï{t), :^/<(/) doivent leur û à
une forme de pronom personnel lli, qui subsiste encore au point
12.
2° tey, sey, le tien, le sien.
Ces formes que je n'ai relevées que chez le témoin 21 a, mais
que Hingre donne également pour La Bresse, sont refaites sur
mey et existent vraisemblablement dans toute l'aire 19-22 qui
emploie celle-ci.
§ 129. Démonstratifs.
1° so, sol, ceux, celles.
sol est une torme refaite par analogie sur sô, c'est ce que
démontrent l'existence de sel singulier et pluriel devant le relatif
dans de nombreuses localités et celle de selslQ), sellà(t) dans la
vallée de la Moselotte et de sello{t) au point 5. Il en ressort en
outre que :{ol, elles, est refait sur ~é, eux, et qu'aussi nous avons
eu raison d'admettre § 19 que so représente un développement
phonétique régulier.
— 19e —
2° stoÇjt), ceux, celles, du Val-d'Ajol; sûl, celle, du point 9.
sto(J) est également d'origine analogique ; cette forme est
due en effet au croisement de so{i) et du singulier stûÇf), abstrac-
tion foite du / final dont nous allons parler plus loin.
Quant zsul, c'est une forme refaite sur si'i^ cf. p. 167.
3° Formes avec f final.
Ce / final existe à peu près partout dans « l'autre -j- ci » ou
« -|- là » ; les formes dépourvues de cette terminaison sont deve-
nues rares, lotsî 18, lotlà 17 a, — /t' 13 a. Il se trouve également
dans les pronoms dont le premier élément est se, sel, so, sol. On le
rencontre enfin dans stut, sot, stôt du Val-d'Ajol et dans sût des
localités 10, 12, 13, 14.
Ce / a dû probablement se développer dans «celle(s)-ci, celle(s)-
là » et dans « l'autre -|- ci » ou « -j- là » se rapportant à un mot
féminin, sur le modèle d'adjectifs tels que petit, -ite, cf. en dehors
de notre domaine stïsît, stïlet 23 de nos cartes 141, 142, selslt 33
AL. c. 208, Z. § 115 et surtout Vautherin, Châtenois, p. 37, et
passer de là au masculin ; c'est ce qui explique que les formes du
masculin singulier sesl, selâ et celle du masculin pluriel solà 'de la
vallée de la Moselotte n'aient nulle part ? final, et que dans la vallée
delà Haute-Moselle ce soit seulement dans des formes masculines
du type «ceux-ci, ceux-là » qu'il manque parfois. Mais il faut ajou-
ter que, sauf la survivance de ces formes maculines sans t, nos
parlers n'ont plus le sens de la valeur étymologique des formes
avec / final, et c'est ainsi que, par exempte au Val-d'Ajol, 12 b a
employé stot au masculin etstô au féminin.
On peut se demander si « cette » n'a pas une part dans le
développement du / final, mais l'absence totale de set donne peu
de vraisemblance à cette hypothèse; sùtdes localiiés 10, 12, 13, 14
peut, il est vrai, être considéré comme issu du croisement de
*set et de su, mais il est possible aussi que ce soit une forme
postérieure à sii, comme sti~it, sot du Val-d'Ajol sont i>sues de
sti'i, so; en l'état présent de nos connaissances, la question ne
comporte pas de solution.
4° Préposition de l'article devant « celui, celle... » précédant
le relatif, et simplificationdu système des formes.
197 —
Sauf dans la vallée de la Mosclotte, et au singulier plus qu'au
pluriel, l'article est fréquemment préposé devant les formes pro-
nominales précédant le relatif, probablement d'après les pro-
noms possessifs. Cette préposition de l'article a eu pour consé-
quence une simplification du systciue des formes dans la plupart
des localités,
5° Substitution de « ça » à « ce » devant « est ».
Cet usage existe dans toutes les localités dans les groupes
« c'est », « ce n'est pas », « c'était » cf. ce L.
§ 130. Pronoms et adverbes ou conjonctions relatifs et interro-
gatifs.
1° Le relatif.
Toutes les localités ne possèdent, comme on l'a vu § 96,
qu'un seul type qui correspond au fr. que, c'est-à-dire que la
forme du complément « que » s'est substituée partout à celle du
sujet « qui » ; en effet, bien que le fait ne soit pas impossible,
il est peu vraisemblable que « qui » ait, par développement
phonétique particulier, rejoint « que ».
2° Les formes périphrastiques avec «est-ce que », « ce que »,
etc.
Les formes avec « est-ce que », bien connues du français et
qui permettent de garder l'ordre des mots sujet -|- verbe, sont
devenues prépondérantes dans l'interrogation directe, au point
que (' qu'est-ce que » a complètement éliminé « que » et que
« qui » est aujourd'hui rare à côté de « qui est-ce que ». Bien
plus « est-ce que » se rencontre même dans l'interrogation
indirecte ; c'est ainsi que i a, d, 2 c disent « on ne sait à qui
est-ce se fier» et 21 a «... à qui est-ce qu'on veut ». « Est-ce que »
s'est également introduit après d'autres mots interrogatifs : i b,
2 a, c, 4 a, 8' e, 9, 11 a, c ont répondu « lequel est-ce des deux
qu'il faut acheter? », 2 b « quel âge est-ce que tu as ? », et
plusieurs témoins « quand est-ce que... ? »
La même construction se rencontre après « où » interrogatif
ou relatif, cf. les cartes 539-541. Mais il n'est pas moins fréquent
que l'élément qui s'ajoute à l'ancien mot interrogatif ou relatif ne
— 198 —
soit formé que de « ce que » après « où » ; il en est de mêmeaprès
« pourquoi » « combien », « comment » au sens de comme et de
comment, « quand », d. piike s he 9, 14 a, -é 11 b dans [« Pour-
quoi ne te maries-tu pas ? » etc.], « combien » ske « ça vaut » 4
c, 14 a, combien N. E. c. 200, ino s ke 1-9, niô s kê 11 b, -^ 13,
16-22 dans [« Comment ça va-t-il ? »], vià s ke '^ z, b, 8' z, rnè-
20-22, kniô- 1 1 e dans [« Vous auriez dû voir comme les
arbres en étaient chargés; regardez donc comme il ressemble à sa
mère »], kà s ke 16 b, 19 c, 21 a dans [« Quand partirons-
nous ? »]. Il est possible que dans ces différentes expressions « ce
que » soit une réduction phonétique d' « est-ce que », mais une
part doit revenir aussi à l'extension analogique du groupe relatif,
comme p. ex. les témoins 4 c, 14 a ont dit « combien ce que
ça vaut ? I) (et comme le dit également le français vulgaire)
d'après des phrases telles que « dites-moi ce que ça vaut » . Quoi
qu'il en soit, nous avons certainement affaire à une réduction
d'ordre phonétique dans les expressions sans « que » ils, viis, où
(vas-tu ?) c. 541, mes, comment (ça va-t-il ?), 22 a, kat es, quand
(partirons-nous?), 19 c, formes dont on peut rapprocher pus 3
a, puisque c. 621.
3°Développjment du relatif « que » après les mots interroga-
tifs ou relatifs.
Une autre construction, aussi fréquente que les tournures péri-
phrastiques avec « est-ce que, ce que » et qui permet, comme
elles, de garder l'ordre des mots le plus usuel, consiste à dévelop-
per le relatif « que » après les mots interrogatifs, d'où il a péné-
tré après les relatifs ; ainsi tous les témoins ont répondu « Quel
temps qu'il fait ? », tous, sauf un, « Quel âge que tu as ? », la très
grande majorité « Lequel des deux qu'il faut acheter? », « Com-
bien que ça vaut? » ; on la rencontre avec où, comment dans les
phrases citées plus haut. Même dans celles où « comment » a
le sens de « comme » 12 dit ma k et kma k.
4° La particule interrogative ic.
te, qui correspond étymologiquement au fr. populaire //, dont
l'origine est bien connue, est devenue une véritable particule
i iterrogative qui permet, comme les constructions précédentes.
— 199 —
de ncpaschanger l'ordre des mots de la phrase affirmative: je l'ai
recueillie dans la plupart des localités, et s'il en est quelqu'une
où je ne l'aie pas signalée, c'est naturellement par hasard, cf. l'as-
tu lu? c. 65, crois-tu? dors-tu? finiras-tu? c. 772-4,
voulez-vous ? c. 807, etc.; elle se substitue même à« elle »
dans la phrase [« Votre fillette est-elle déjà baptisée ? "J, pour
laquelle les témoins i a, 3 a, 4 c, 8 a_, b, 8' a, b, 9 ont répondu :
« V. f. « ott' » d. b. ? >;.
LE VERBE
L'analogie a exercé, comme on pouvait s'y attendre, une action
particulièrement puissante dans la constitution du système ver-
bal, et on a déjà eu l'occasion d'en constater de nombreux effets
dans les chapitres précédents. Qu'on se rappelle ce qui a été dit
du développement qu'a pris la désinence e, à delà f^ pers. sing.
de l'indicatif présent dans l'aire 1-8', 12, 18-22, § 112, des modi-
fications analogiques qui accompagnent le maintien de la dési-
nence /, té de la 3^pers. du pluriel dans l'aire 19-22, § 113, de
l'extension respective des deux types de désinences de la l"^ pers.
du pluriel de l'indicatif présent et de l'impératif, extension qui a
même fait disparaître les formations fortes de dire et faire, cf.
§ 98, 2°, de celle de la désinence t à la 3' pers. du sing. de l'im-
parfait dans Taire 19-22, § 116, de l'origine du s final au pluriel
du subjonctif, § 117. Mais ces faits, que les nécessités de l'exposé
m'ont amené à étudier dans les chapitres précédents, sont relati-
vement peu nombreux à côté du nombre considérable qu'il
reste encore à traiter.
§ 131. I" et 3*= personnes du pluriel de l'indicatif présent et du
futur.
La désinence de la 3= personne du pluriel de l'indicatif présent
d i-io, Ô II, 13-18, a 12 provient d'un déplacement de l'accent
qui a été reporté sur la finale étymologiquement atone ent,
d'après le modèle des deux autres personnes du pluriel, cf. ML.,
Gr. d. R. Spr., II, § 137. Bien que ce traitement date probable-
ment d'une époque ancienne, les textes médiévaux en donnent
— 200 —
peu d'exemples; j'ai cependant relevé démoliront, qui se trouve
deux fois dans un court fragment d'un compte de l'abbaye de
Remiremont, Inventaire sommai re,lll. p. 43, col. 2; p. 44, col, i.
Par analogie la forme forte /ô, cf. la c. 332, a été refaite dans
la plupart des localités; elle ne subsiste plus qu'en quelques
points II, 16, 17, 18 (l'aire 19-22 n'étant pas ici en question),
et, sauf au point 18, elle y est en concurrence avec la formation
nouvelle.
En ce qui concerne le traitement phonétique de la désinence,
il est impossible de reconnaître si oil est représenté directement
par à, t; ou a été modifié par à, ont, so, sont. Par contre, il est
permis d'attribuer a du point 12 à l'influence d' « ont ». Il est
vrai qu'actuellement la forme d' « ont » dans cette localité est d;
mais cette action est certaine dans les parlcrs limitrophes de la
Franche-Comté qui ont à la fois à à la 3' personne du pluriel,
cf. commencent, c. 202, et ^ ■< *ant < habent ; cf. aussi à
Fougerolles la désinence à des i"'^ et y pers. plur., notée par
P. Passy, Revue dephil.fr., 1892, p. 140, 14e. L'état particulier
du Val-d'Ajol peut provenir soit d'un mélange de parlers, soit
d'une modification récente d' « ont », qui aura été refait sur
so.
Quoi qu'il en soit, la formation d'une désinence tonique de la
y personne a créé un lien étroit entre cette personne et la i""':
c'est ainsi qu'au Val-d'Ajol â de la 3^ personne a passé à. la !■■%
même dans le verbe avoir, d. la c. 68. Mais un nouveau déve-
loppement est survenu, qui a rendu les faits plus compliqués ; il
s'agit de l'abrègement des deux désinences, dont l'origine est
évidemment syntactique, mais dont le procès ne peut pas être
établi d'une façon certaine.
Actuellement la i'"'' personne est brève partout dans tous les
verbes autres qu'aller, avoir, être et la désinence du futur, qui
conservent 0 dans des aires difieremes, mais ne comprenant pas
les points 1-8, 20-22; quant à la 3* personne, elle est également
brève dans l'aire 1-18 (19-22 conservant, comme on sait, /, tè)
dans tous les verbes autres qu'aller, avoir, être, faire et la dési-
nence du futur. Mais dans ces derniers 0 a une extension plus
— 201 —
grande qu'à la i'" personne : o, ont, la désinence ù de la 3' pers.
du futur, vo, vont, existent partout, tandis qu'à la i'^ pers. 0
n'occupe que les localités 9-1 1, 14-17 et ^9-19; de même sd,
sont, couvre l'aire 1-19, mais i'o, sommes, seulement l'aire 11,
13-17; en\{n fo, font, subsiste dans les points 11, 16-22.
Faut-il conclure de la plus grande extension des formes brèves
à la i"= personne que l'abrègement s'est d'abord produit à la
i''*^ personne et qu'il a gagné la 3^ par analogie ? Bien qu'assez
probable, cette interprétation n'est pas à l'abri de la discussion;
il n'est pas impossible que l'abrègement ait eu lieu simultanément
aux deux personnes dans les verbes à désinence faible ou même
qu'il ait passé de la 3* personne à la r=, et que les particularités
des verbes à désinence forte aller, avoir, être, faire et du futur
soient dues à des réactions plus récentes. On y voit que nos par-
1ers utilisent dans des aires variées les différences de la quantité
pour distinguer la ï'' et la 3^ personne, et conservent en ce cas
les formes longues pour la 3^ personne; mais cependant l'aire 19-
22, qui fait partie des localités où ces distinctions sont usuelles,
dliso, sont, d'après la i" personne.
§ 132. Indicatif présent du verbe avoir et 2' et 3' personnes
du futur.
Tous nos parlers s'accordent pour employer à la i'" et à la 2*
personne du pluriel de l'indicatif présent du v. avoir des formes
dont le radical a été supprimé sur le modèle des autres formes
de ce temps, cf. les c. 68 et 69.
Outre les formes de la 2^ pers. du pluriel, qui ont déjà été
expliquées § 115, le point 21 présente une forme particulière ï
excessivement rare, puisque je ne l'ai retrouvée qu'au Tholy, cf.
Adam, p. 115, et qui est sans doute la forme correspondante de
l'imparfait, du conditionnel et du subjonctif (abstraction faite du
s final de date récente), voir plus loin, § 136.
Enfin é de la 2* et de la y personne du singulier, qui repré-
sente un développement en position protonique dû à la fonction
proclitique de ces formes, et la 3' pers. è des témoins ira, c, qui
en est issue postérieurement, cf. § 105,6, 1°, ont pénétré par
analogie dans les formes correspondantes du futur.
— 202
§ 133- Indicatif présent du verbe être.
La 2" et la 3^ personne du singulier, c. 323, sont partout homo-
phones et représentent un type ancien avec e fermé, c.-à-d. la
forme proclitique, qui a partout éliminé la forme tonique, cf.
ML., Gr. d. R. Spr., II, § 211. La 2^ personne du pluriel, c.
323, a été à son tour refaite .sur ces deux personnes, et ot du
Val-d'Ajol doit même à une action nouvelle d'r?, es, est, sa
voyelle 0, puisque, d'après le § 53, e fermé devant consonne y
devient à. Cette localité présente en outre à la r' et à la 2' pers.
du pluriel, c. 323 et 324, des faits particulièrement compliqués:
elleemploie indifféremment pour ces deux personnes ot ti uneautre
forme set\ or, celle-ci contient, outre 1'.^ initial de la r^ personne,
un élément r/, qui est identique à ^/, êtes, des parlers limitrophes
de la Franche-Comté. C'est certainement au voisinage de cette
forme qu'est dû le trouble du parler du Val-d'Ajol, car il n'a pas
pu posséder à la fois ot et ét\
La r^ pers. du pluriel de tous les autres parlers correspond au
type ancien bien connu sons.
Enfin à côté de = sa suis des autres localités, so du Val-d'Ajol
est d'origine obscure ; il provient peut-être, avec un allongement
postérieur, d'un développement d'à* protonique en 0, comme
nous l'avons vu § 65, s'il n'est pas dû à quelque modification
analogique, par ex. à l'influence de vo, je vais.
§ 134. Indicatif présent du verbe aller.
Des réactions analogiques variées se sont produites entre les
trois personnes du singulier. La forme va est particulièrement
usitée dans la région de Remiremont, tout en y étant partout
en concurrence avec ve ou ve, forme qu'emploie exclusivement
le témoin 13 b. De son côté vï est seule usitée dans, les localités
i-io, 16-22 à la 2^ personne et dans les localités i-io, 12,
13 (outre vc), 16-22 à la y. A la i''',c. \<),vê occupe une aire plus
I. Cette dernière forme parait correspondre au fr. êtes, dont l'explication
n'est pas certaine; M. Granimont, p. 148, attribue le / à'ct du parler de la
Franche-Montagne à l'analogie des verbes en ère^ mais hèt, battez, crot, crois-
sez, etc., qu'il cite, peuvent être récents. Quant au traitement de ïl, il se super-
pose sur celui de Jet, fête, têt, tête, etc.
— 203 —
restreinte 9-1 1, i')-iS,vede 22 a n'étant qu'un fait individuel; quant
aux points 1-8', 12, 19-22, ils disent vô, et 22 présente en outre
une forme récente nàle. ve du seul témoin 13 b est évidemment
l'état antérieure à ve, dont la voyelle a été à la fois fermée et
allongée, comme c, as, a ; et elle représente un développement
en position proclitique comme cette forme, à moins qu'elle ne
soit refaite sur celle-ci, cf. encore § 105, B, 2°. va est proba-
blement analogique d'après â, j'ai. Quant à vo, il est impossible
de savoir s'il est issu de l'ancienne forme vois ou, par labiali-
sation, de va. Enfin la r^ pers. du pluriel, c. 22, a été, dans
toute l'aire 1-19, refaite sur la 3'; elô des points i, 4, 7, 8
et («)«/() de l'aire 20-22 sont probablement des reformations
plus récentes; mais il n'est pas impossible qu'ils représentent un
état antérieur à celui de Taire 1-19. Notons aussi l'emploi de vd
à la 2' p. pluriel chez le témoin 11 eet au \'^al-d'Aiol.
§ 135. 2- pers. sing. de l'impératif de venir.
D'après la c. 782, la grande majorité de nos parlers a une
forme dont l'explication est délicate. M. Horning, p. lor s. v.
venir, cite des exemples recueillis dans d'autres parlers lorrains et,
d'après le rapprochement qu'il fait avec le fr. çà venons ici (sic),
montre qu'il y voit la i'^ pers. du pluriel. Mais si cette hypo-
thèse est à première vue séduisante, on est surpris que la dési-
nence de cette forme ne coïncide pas partout avec celle de la
r'' pers. du pluriel, cf. § 131 et connaissons c. 205.
Faut-il admettre que cette forme, en raison de son emploi par-
ticulier, ait conservé dans plusieurs localités un état ancien de la
V pers. du pluriel à, semblable à celui qui existe encore au Val-
d'Ajol? Ou bien a-t-on affaire à un développement particulier,
comme la voyelle dénasalisée à des points 1-3, 5, 6 et la forme
venode la localité franc-comtoise 25 invitent à le supposer? Quant
à vye de 11, 16, 17, c'est soit une reformation récente peut-être
d'après le français, soit la forme anciennement usitée: on n'a pas
le moven de le décider.
— 204 —
§ 136. I désinence du pluriel de l'indicatif imparfait et du
conditionnel et /(.f) du subjonctif.
;, qui est actuellement la désinence unique des deux premières
personnes du pluriel de l'imparfait et du conditionnel et celle de
la 3^ sauf dans l'aire 19-22, représente étymologiquement la dési-
nence de la r^ pers. du pluriel, anciennement -iens, cf. ML.,
Gr. d. R. Spr., II, § 258, qui par analoc^ie a pénétré dans les
deux autres personnes. C'est naturellement cette même forme,
qui existe dans le subjonctif 7(5), cf. § 117. Ces modifications
analogiques dépassent de beaucoup notre domaine, cf. ML., 0. c,
et Adam, p. 170 sq., 176 sq., et elles remontent à une époque
ancienne, puisque j'ai relevé devient, devaient, NAL., 2542, 73,
averient, auraient, id. id. 66, et wetieut, mettent, id. 2531, 8y.
Cf. sur le traitement phonétique de cette désinence, § 57.
§ 137. Les 7, désinences du singulier et la 3' du pluriel de l'in-
dicatif imparfait et du conditionnel.
Quelques explications sur le développement des formes sont
nécessaires pour comprendre comment l'analogie s'y est exercée.
éy et la forme secondaire e sont issues régulièrement après
labiale des anciennes désinences de la i" et de la 2' personne eie,
êtes, et il en est de même de la 3' pers. du pluriel de l'aire 19-
22 eyt, et <C eient. Le y, qui s'était développé devant e féminin,
tend à tomber partout, et il a même complètement disparu dans
l'aire 1-8', et au point 13. J'en ai cependant encore recueilli une
trace à Saint-Maurice, où le témoin c se souvient qu'une famille
originaire du lieu formait cette désinence en cy. Ô de son côté et
ol de l'aire 19-22 sont issus des mêmes désinences eie, eies, eient
après les consonnes non labiales. Toutes les localités ont perdu
un y qui suivait Vo, mais il subsiste encore dans de nombreux
parlers lorrains, cf. Adam, p. 140, 142, 148, Horning, § 95,
etc. Quant à a et e de la 3* pers. du sing. de l'imparfait et
du conditionnel, ils représentent le développement de l'an-
cienne désinence eit après consonnes non labiales, cf. Schwan-
Behrens, § 3.11, et supra, § 52, 1°.
En somme, malgré l'apparente complexité des faits, l'analogie a
considérablement simplifié le système des formes de ces deux
temps dans diverses localités, é est devenu la désinence unique
des 3 personnes du singulier de l'imparfait de tous les verbes
dans l'aire 1-8' et, sauf la dualité phonétique d'éy,é, il en est de
même de l'aire 9, 10, 14-18. Si l'aire 19-22 conserve à la 3^^ per-
sonne une désinence archaïque z, qu'elle a du reste étendue à
tous les verbes sauf être, elle n'emploie aussi aux 2 premières
personnes qu'^)', ('. 12 et 13 ont au contraire préféré pour ces
deux personnes la désinence 0, que toutes les localités ont
adoptée aux mêmes personnes du conditionnel; 11, comme
souvent, est flottant, et hésite entre e et Ô aux 3 personnes de
l'imparfait. L'ancienne désinence eit, et encore faut-il ajouter
qu'il ne s'agit que d'eit après consonne non labiale, n'a survécu
à l'imparfait qu'au point 12 où elle est devenue exclusive, au
point 13 où elle est en rivalité avec e et dans l'aire 19-22 qui ne
la possède qu'au v. être; au conditionnel, elle a résisté davan-
tage, cependant 11 et 15 lui substituent plus ou moins 0. Quant
àœ de l'aire 17-22, l'origine n'en est pas sûre : peut-être faut-il
l'expliquer comme on l'a proposé § 105, B, 3°, ou y voir une
influence analogique du subjonctif d'avoir, être, cf. les cartes
77, 32e.
§ 138. Parfait.
A. Parfait faible.
Des deux désinences du singulier e et œ, la première repré-
sente étymologiquement la flexion de la V^ conjugaison, où
l'identité des trois personnes a pu se produire par développe-
ment phonétique, bien que M. ML., Gr. d. R. Spr., Il, § 772,
fasse quelques réserves. La seconde provient de l'action analo-
gique des parfaits en œ tels que ceux d'avoir, être, etc.; d. plus
loin, B. On remarquera que cette modification s'est produite
indépendamment dans les localités 2, 4, 6 de la vallée de la
Haute-Moselle et dans la région de Remiremont. Elle dépasse
du reste de beaucoup notre domaine ; on la rencontre à Urimé-
nil, d'après Haillant, £"55^/, p. 385, et ailleurs, cf. Adam, p. 195,
AL. c. 976, 1149.
— 206
Au pluriel, œr des localités 1-7, ir, 13, 14 représente éty-
mologiquement la 3^ pers. du pluriel de la r' conjugaison
avec la voyelle <é d'avoir, être, etc. ; la forme plus ancienne
sans cette modification analogique subsiste encore au Val-
d'Ajol, qui dit ér. et des deux premières personnes de l'aire
20-22 est étymologiquement la 2= personne = fr. ates. Quant à
à, dont l'usage et l'extension ont été définis, p. 162, M. ML.,
Gt. d. R. Spr., II, § 293, en a donné l'explication exacte : sur le
modèle de ai, as, a, ont, chanterai, -as, -a, -ont, on a formé à
côté de chantai -as, -a une 3^ pers. du pluriel chantant attestée
dès le Moyen Age. Actuellement elle est surtout usitée dans la
partie méridionale des Vosges, cf. Adam, p. 175-5, Haillant,
Essai, p. 385, AL. c. 360, pàsâ, crûmes, point 76, et c. 1154?
rwàyo, revîmes, p. 77.
B. Parfait fort.
On a vu, § 103, que le Val-d'Ajol a conservé plus que les
autres localités des formations fortes : mais il en a cependant
simplifié le système, et il n'emploie qu'une seule forme au singu-
lier, et une seule, la 3'' personne, au pluriel. En dehors du Val-
d'Ajol tout notre domaine ne présente des formes fortes que
dans les verbes avoir, devoir, pouvoir, savoir et vouloir.
L'aire 1-7 présente les faits les plus simples : sauf quelques
reformations dont on parlera plus loin, ces verbes ont tous une
seule forme en œ au singulier et une seule en œr au pluriel ;
on y dit rr, fê, pœ, sœ, vœ, -r.
Les formes du singulier sont assez fréquentes dans le reste du
domaine, notamment dans les localités 8-10, 15-22, cf. j'eus
c. 72,11 put c. 610, je su s c. 689, il voulut c. 808, et /<é
existe en outre aux points 11, 12, 13, 16, 17, 18. L'origine de
la voyelle ce est incertaine. Diverses explications sont possibles ;
on sait que la r' pers. des parfaits avoir, savoir, pouvoir, être
était au Moyen Age oi, soi, poi, fui, formes qui ont pu aboutir
phonétiquement à œ, stS, pœ, fœ. D'autre part ejii, qui a dû exister
anciennement dans les formes eus, eûmes, eusfes, etc. a pu se dé-
velopper en (é, comme le prouve le traitement du participe passé
d'avoir c. 73 et celui de mûr c. 517 dans les localités 12, 16-
22.
— 207 —
Quoi qu'il en soit, les parlers des points 8-22 présentent une
grande variété d'autres formations analogiques. Notons tout
d'abord le singulier en 0, actuellement assez rare : 6, pÔ, so, vo,
iormes uniques de t2 et 18, et usitées au point 19 en concur-
rence avec des formes en œ; elles existent aussi à La Bresse, d'a-
près Hnigre, Monogr., p. 56, et peut-être ailleurs. Elles se rat-
tachent aux formes anciennes bien connues oui, of, etc., d. ML.,
Gr. cl. R. Spr., II, § 278 sq., Schwan-Behrens, §§ 349 et 404.
Elles ont envahi non seulement le singulier, mais encore le plu-
riel, ci. or, nous eûmes c. 74, des points 12 et 13, ôte, V et
2" p. pi., cb7c', 3"^ p. pi. Hingre, Monogr., p. 56, etc. C'est égale-
ment sur ces formes qu'est refait do, je dus, de 18. Enfin on
peut noter qu'elles subsistent d^ns la première syllabe d'oKV,
j'eus, Ôrd, eûmes, eurent, etc., de 14, 15.
L'aire 19-22 a, dans tous les verbes, une 3^ pers. du pluriel en
stê, cf. § 113 ; mais pour les deux autres personnes du pluriel
elle se divise en deux groupes : l'un, comprenant 21 et 22,
emploie la 2" pers., cf. la c. 74, etc. ; l'autre, comprenant 19
et 20, a transporté la 3^ pers. aux deux autres.
Les localités 8-ro, 14-18 tendent à refaire ces parfaits en y
ajoutant la flexion des formes faibles ; c'est au pluriel que le fait
a le plus d'extension, et c'est de là aussi qu'il a envahi le singu-
lier, cf. œro, 8-10, 16-18, 0- 14, eûmes c. 74, etc. Dans le
verbe être, il s'est même produit une chute de la voyelle de la
première syllabe, d'où la forme fro de 14, 15. Les formes an-
ciennes ont à peu près disparues dans toutes ces localités : je n'ai
relevé que vlœr, voulurent, et fnrr, forme croisée avec fro, de
14 a. De même au singulier on emploie des formes telles que
fœre, are, 8' d, 9, orâ, s-, v- 14, 15, dœrœ, p-, s-, v-, 17 a, b,
frœ, 14, 15, etc., toutes postérieures aux précédentes.
Outre ce procédé de reformation, nos parlers introduisent fré-
quemment au parfait le radical des autres formes verbales ; c'est
ainsi que 14 a dit evo, eûmes c. 74, sevo, sûmes, 11 c, 14 a,
evœ, j'eus c. 72, N. E., sevœ, je sus c. 689 ; Hingre donne aussi
p. 99 i sawé, je sus, à côté de seû ; et l'on peut noter d'autres
iormes de même origine c. 610 et 808. Parmi ces formes, il en
— 208 —
est plusieurs qui peuvent représenter au contraire un état ancien,
sans qu'il soit possible de décider : c'est particulièrement le cas
du V. vouloir, où les formes sans / l'cv, -r, etc., sont évidem-
ment refaites sur avoir, etc., mais où celles qui offrent un /,
telles que l' M' de ii, i^, etc., admettent plusieurs explications.
En somme, si variées que soient les formes des parfaits, on
peut reconnaître dans nos parlers plusieurs traits communs, à
savoir la simplification des désinences, la disparition des types
en /, // dans les formations faibles, une tendance vigoureuse à
éliminer les formes fortes.
§ I 39. Le subjonctif.
La désinences des localités,i-io, 12, 16-22 correspond k asse
du français, mais la voyelle en est irrégulière, car on y attendrait
es; elle provient vraisemblablement de l'infiuence analogique
du parfait. Cette influence est plus évidente encore dans œs de
6 b, f, II, 13-15.
Les six verbes qui ont conservé dans tout le domaine des par-
fiuts forts ont également des formes de subjonctif propres et par-
tiellement en relation avec ces parfaits. C'est suriout dans la val-
lée de la Moselotte que ces formes subsistent, cf. œs 17, 19-22,
que j'aie c. 77, etc. En outre, d'une façon analogue à ce qui
a été noté p. précéd., 19 c a transporté la y pers. du plur. à la
r% cf. vœstù, etc. Il faut cependant foire une réserve sur pœs
ij-22, pas 12, qu'il puisse c. 611, dont il est impossible
de dire s'il correspond au fr. pusse ou au fr. puisse. Au reste
ces formes sont en voie de recul ; non seulement elles ont
totalement disparu de l'aire i-ii, 13-16, mais dans 17-22 elles
perdent du terrain. Partout on retait les subjonctifs au moyen
du radical des formes où la désinence est le plus nettement dis-
tincte, d. pu'i-yïs 17-22, vlïs 19 a, 21 a, 22 a ; pour le v. savoir,
dont Hingre, Monographie, p. 199, note encore seûsse, je n'ai
recueilli que des formes refontes, suives 17-22, etc. Signalons
encore quelques formes d'extension limitée ; piveyœs de 19 b^,
croisée avec pœSy pœy de 20 b refait sur â)\ pis, plst? de 21 a dus
à Is, sis.
— 209 —
Les subjonctifs d'avoir et être sont particulièrement compli-
qués. L'imparfait y a laissé peu de traces : es, esté dans la vallée
de la Moselotte, feuste cité par Hingre, cf. aussi § 104. Mais les
formes de présent y sont très variées : ây de i-ii, 14-16 corres-
pond régulièrement au fr. aïe; ey de 11, 13 en représente le
développement phonétique en position atone, de même que la
forme e de 12, qui équivaut au fr. ait, probablement conservé
aussi dans ^t' ;^ â l an, Dieu ait l'âme, formule employée en par-
lant d'une personne défunte, cf. âme L.; enfin œy de 16 b, 18,
2 1 est le résultat du croisement de ày et de œs.
Le subjonctif du v. être est à peu près partout analogique au
singulier : sày de i-ii, 14-16,^^3' de i-ii, 13, 15, se de 12 sont
refaits sur les formes correspondantes d'avoir; sœy de 17-19 l'est
sur ây, sœs de 20-22 sur cfs (feusse cité par Hingre a pu
aussi agir); sa de 16-19 *^st plus délicat, il est probable que,
comme dans e, se de 12, nous avons affaire à la 3^ pers. = fr.
soit, avec une voyelle œ provenant de sœs, sœy.
Au pluriel, les faits sont plus simples : les formes de beau-
coup les plus répandues sont 7j et sis. 19-22 ont des 3" pers. par-
ticulières cèsté sœslè, et Hingre donne en outre âelc, sikte et inste.
Toutes ces formes sont claires : si elles sont nombreuses, c'est
la surabondance de celles du singulier qui leur a donné nais-
sance. Is et sis, qui devraient être dissyllabiques, ont été réduites
sur le modèle des formes du singulier; sivôyln que la c. 518 de
Y AL. cite pour le Val-d'Ajol comme szatiyem du point 48
attestent encore l'état antérieur, et peut-être faut-il en recon-
naître un représentant indirect dans eyh de 3 a, c . Au contraire
evœs II c, 14 a, t'vïs 4 a, 11 c, 14 a, cf. aussi aivcusse, -insse
Haillant, Essai, p. 378, doivent plutôt être considérées comme
des formes refaites et récentes.
§ 140. Emploi de la y personne du pluriel après on.
Ce phénomène se produit à l'indicatif des verbes avoir, être,
aller, faire, et au futur et au parfait de tous les verbes, cf. o n a
c. 67, on est Z,., on va c. 21, on fait, on ira, on partira
Les parlers des Vosges méridionales. 14
— 210 —
L., mais jamais ailleurs : par exemple dans on dit, on sait,
envient L., on glisse c. 391, au conditionnel, cf. on ne
peut c. 608, exprimé dans la plupart des parlers par « on ne sau-
rait », on ne rencontre que le singulier. L'origine en est claire ;
c'est l'idée de pluralité, contenue dans le pronom, qui a entraîné
remploi de la y personne du pluriel; mais l'extension en est
très variée. Tandis que « ont » est usité dans une grande aire 8-
12, 14-22, « sont » ne comprend que 9, 10, 15-22, « vont »
a un domaine encore plus restreint 15, 17-22, enfin « font »
est confiné dans l'aire 17-22. Pour les parfaits, je n'ai pas
recueilli de faits, mais Hingre l'indique pour La Bresse dans sa
Monographie, p. 54, ex. : o-y-ahn.
Il est curieux que, en dehors de notre région, ce phénomène
soit rare non seulement dans les parlers de l'Est mais dans toute
la France, et non seulement actuellement mais dans le passé. Pour
la Lorraine, Adam ne donne des formes de pluriel après on que
dans deux villages voisins de notre domaine, Gérardmer, cf. os
ont au bas de la p. 392, 0 n'ont p. 341, 1. 3, et Le Tholy, cf. os
Iront p. 394, 1. 6, mais o-^-è^. 421, dern. L, 0 fa p. 394, 1. 5
Les textes réunis par M. Herzog, Neufr. Dialekttexten, ne l'at-
testent, outre à La Bresse, que dans un village voisin du Val-
d'Ajol, Les Granges-de-Plombières et à Metz, cf. Einlcitnng,
§ 600. En dehors de la Lorraine, il est également peu répan-
du : la carte 90 de VAL. ne le présente qu'au point 57, qui
correspond au point 12 de mes cartes^ dans quelques points de
la Franche-Comté, de la Suisse romande et de l'extrême sud-
ouest. L'enquête de VAL. n'a porté que sur on a, mais les ren-
seignements complémentaires fournis par les lexiques et ma
propre enquête montrent que les parlers de la Franche-Comté
n'emploient pour la plupart la 3^^ pers. du pluriel que dans on
a et parfois au futur ; cf. les faits des localités 23-26, Vauthe-
rin, Chatenois, p. 32, Contejean, Monlbéliard, I, p. 244. Cepen-
dant M. Grammont, Franche-Montagne, p. 152, indique qu'avec
on on emploie toujours la 3* pers. du pluriel, et il cite on a,
on est, on lit et des futurs. Au Moyen Age, cet usage a été
signalé plus rarement encore ; M. ML., Gr. d. R. Spr., III, § 92,
— 211 —
ne donne pour la France du Nord qu'un seul exemple extrait de
la Guerre de Met^^$S, et Hingre, Lexique s. v. o, on, en cite
deux lorrains.
§ 141. L'infinitif.
Les variations de la désinence de l'infinitif sont fréquentes,
soit qu'il hésite entre les différents types existant dans nos par-
1ers, soit qu'il soit refoit sur d'autres formes verbales, particuliè-
rement d'après le participe passé. Il convient de faire observer au
préalable qu'il existe un certain nombre de verbes, dont l'infini-
tif et le participe sont actuellement identiques et pour lesquels
il est impossible ou difficile de décider si la substitution de dési-
nence s'est produite d'abord à l'infinitif ou au participe.
1° Les cas de substitution de la désinence e (cf. sur cette
désinence § 44) sont rares : elle s'est substituée à ^ = fr.
er après palatale dans lede, faire des éclairs, 2 a, 5 a, d <C ancien
fr. esLuidier d'origine obscure, cf. § 43 '. Elle est également ana-
logique dans « essuyer » et « jouer, » de l'aire 1-7, cf. p. 71.
Peut-être s'est-elle aussi substituée à i dans /j'I/r^, caresser
c. 135 des localités 11, 14, 17, 18, à côté de fyetrï de 12, 13,
15, 16, 19-22 ; en effet ces formes correspondent respectivement
aux verbes ïx.flàtrer ex. flétrir, dont le deuxième paraît être beau-
coup plus ancien que le premier, d'après les indications du D.
G. s. V. flairer ex. flétrir 2. En tout cas, la substitution d'd* à / est
certaine et s'est produite partout dans le v. qui signifie cracher
c. 224 = a. fr. escopir, cf. Kôrting, y éd. 3374, ML., II, § 119.
2° a se substitue un peu plus fréquemment :
A) A ê : on a déjà vu, p. 75, que la rivalité des deux dési-
nences à et e ^= fr. er non précédé d'un phonème palatal amène
de nombreux flottements, qui évidemment ne sont pas tous d'ori-
gine phonétique ; c'est notamment le cas de faits individuels
comme Vmà allumer c. 26 du témoin 17 a, et depyemà muer
c. 514 N. E. de I b.
B) A ye, e— er fr. après palatale dans treveyà travailler
I. tîriê, Hingre, Monograplne, p. 72, n'est qu'une faute d'impression pour
-é.
— 212 —
c. 763 qui s'emploie au Val-d'Ajol, d'après le t. 12 a, tandis que
tous les autres parlers ont des formes en c. On trouve le même
fait dans bledà, faire des éclairs, de 16 a.
C) Peut-être à ï, dsLnsfyetrà, caresser, de l'aire 1-9.
D) A la désinence correspondant au fr. oir. Cette substitu-
tion est certaine dans t'vdauâ, -èw- de 16 et rdévà de 12 devoir
c. 249, comparés à Izfl, s- 1-15, à- sa- ié-22, avoir, savoir. Dans
pzveyà pouvoir c. 606, vâlà valoir c. 778, via vouloir c.8o6
de 12, à représente régulièrement l'ancienne désinence oir,
comme valu, valoir, de 18-22, velà, id., 8' et vêla, \ou\oïr,
donné par Hingre, Monographie, p. 97, cf. § 52^ 1°.
3" {y^f se substitue :
A) A t', à : c'est ainsi qu'il faut expliquer les formes de
trembler c. 766, trdbyc et trô-, lerye, contrarier, 2 c, 5 d, 6 d,
II e, 19 b, c, térié Hingre, Monographie, p. 72, -< *interritare
ML., EW. 4491, ^M, danser, 1-7, 11-15, -yt', 8-10, 16-12;
pour £Ôfyc, chauffer, 1-8', 1 1 a, c, ç-, 9-11, b, 13-22,, à côté de
cofà de 12, cf. p. 78.
B) A / : tousser c. 760 est partout traité comme en fran-
çais, nulle part on ne trouve de trace de toussir ; de même
cueillir se dit soit kàye 1-8', soit kœyc 9-22 ; je n'ai recueilli
partout que le participe passé d'« ouïr », cî. entendu c. 298;
mais sauf dans les localités 11, 13-15, où le participe est en û,
il est très probablement identique à l'infinitif, ainsi que le
prouve la comparaison avec les formes d'infinitif obtenues en
quelques points, fi)^., i a, d, 7 a, 8' b, 10 c, 17 f, g, 22 b, û-
9, ûyï, 4 c, oyl 14 a, 0- 13 a, b. On voit que la forme pri-
mitive en / ne subsiste plus que dans quelques villages de la
vallée de la Haute-Moselle et dans la région de Remiremont.
On en rapprochera le représentant de " jouir », employé au sens
de réussir c. 655 : / n'y subsiste plus qu'à Remiremont et dans
l'aire 1-8, et même dans les localités i et 5 il est en concurrence
avec e; cf. celles de haïr, hcyi, i c, 2 c, 5 b, d, 6 b, 7 c, 8 c,
14 a, -t, 8' b, d, 9, 17 b, 18, 19 c, ha-, 20 a, 21 a, 22 a.
(3»)^ s'est en outre régulièrement substitué presque partout à
— 213 —
une ancienne terminaison //'dans les verbes tels qu'éclaircir,
refroidir, rétrécir /.., noircir c. 525 (refait dans la plupart
des localités sur l'adjectir).
4° / se substitue :
A) A Çyy dans le représentant de « flairer ^) au sens de puer
c. 620 aux points 1-8', 11, 13, 14 et dans elyeryc,'échner, 18,
20 a, 21 a, ètyaîryé Hingre, à côté àQ{c)tycn i a, 2 a, 4 a, 5 a,
6 a, 7 a, 8 b.
B) Cette substitution est remarquablement fréquente dans
les verbes en oir, cf. {e)rdh'ï, 2, 4-7 et Q)rdhu! 20, 21, devoir
c. 249, piiyï I, 3, 4, piueyï 5, 8, 13, pouvoir c. 606, 7'?//, i, 2,
4-S^,vÔlî, 2, 3, iw- ir, 13, valoir c. 778, v(t')lï, 1-3, 5-8',
vil, 13, vouloir c. S06, felî 5 d, î, folï, 2 c, fo- 13 a, falloir.
5° Infinitifs consonantiques :
Dans plusieurs verbes, l'infinitif est refait sur le type conso-
nantique. C'est ainsi que partout s'asseoir c. 47, « choir »
employé au sens de tomber, cf. s'évanouir c. 329, twV par-
tout sauf uwr ri a, c, e, 14 a, 15 c, voir, ont un r final qui
provient de l'influence analogique des verbes boire, croire, peut-
être aussi de celle du futur. Dans (e)rdro, devoir c. 249, de i-
3, 5, 8, 8', II, le radical est refait sur (eydô, doit c. 250;
pieure, pouvoir, ieure, vouloir, que Hingre donne pour La
Bresse, contiennent la forme de la 3*^ pers. sing. de l'ind. prés.
pyâ, yœ, et il faut expliquer ainsi rhnyœr, 14 a, labourer c.434
= fr. remouvoir, et eiiuèr 2 c, eh- 19 c, 22 a, (é)mouvoir, avec
une modification secondaire de la voyelle radicale. Dans pleu-
voir c. 587, pyâ'v de l'aire de 8, 18-22 représente régulièrement
une forme ancienne *pleuvre <C *pIovcre, tandis que dans pyœr
de 8'- 17 r s'est substitué à l'sous l'influence du verbe en r. ser,
suivre, est refait soit sur se, il suit, soit sur 1er, lire. Cf. aussi
« ouvrir » plus loin 6°.
Plusieurs verbes anciennement en ir ont également un infini-
tif consonantique : « sentir » est refait partout où je l'ai
recueilli, cf. puer c. 620 et sentir L. ; pet, partir c. 555,
n'existe que dans l'aire 18-22 ; rtp, remplir c. 642, est limité
aux villages 19-22; enfin il fmt citer ey, entendre, du Val-
— 214 —
d'Ajol. Dans tous ces verbes, l'infinitif est reformé d'après le
radical des formes verbales, où le radical est suivi de désinences
syllabiques. Il en est de même de mol, moudre, de 19 a, à
côté de iiibr de tous les autres témoins.
La reformation contraire d'infinitifs anciennement consonan-
tiques se trouve notamment dans le type « quérir » de 19-22 à
côté de « querre » des autres localités, chercher c. 176, dans
peee i c, 5 d, 6 d, -f- 15 a, 19 c, paikhé Hingre, donner la
béquée, nourrir un jeune enfant, béquéeZ,.^ cf. aussi rpue,
repaître, 2 c, 5 a, -fe 19 c, 20 a, -J 17 a, 18, 19 a, repaître L.,
qui est une forme retaite de « paître » d'après « paissons », etc.,
dans « tisser « usité partout et comparable au fr., où tisser a éli-
miné iître. Cf. zuss\ pûnà, pondre, de lé a.
6° Infinitif refait sur le participe passé.
Le fait est fréquent dans les verbes en -oir : pûyû 4, piueyiï 9,
14, 15, 16, pouvoir c. éo6, vôlu i, vô- 14, 15, ve- 9, 10, và-
16, 17, valoir c. 778, vlù 4, 14-17, vu- 14, vouloir c. Soé,
felû, falloir, 9. C'est de la même façon qu'il faut expliquer jôyû,
réussir c. 655, de 14, 15, tnu, tenir, de 15 b, vnû, venir, de
15 b, c. dêvâr, ouvrir c. 547, de 11, 13-15 et dèver de 12 ont
une origine analogue ; ils sont refaits sur le participe passé dèvâ
II a, c, -e 12 <C deopertu, cf. ML., II, § 128, avec l'r final des
verbes en r, cf. aussi rekœver, couvrir c. 222, du point 12, à côté
de kâvè, couvert ; de même Qy-siir, recevoir, usité à peu près
partout l'est sur rsû, reçu. Il faut encore noter fke, vtke, -à,
vivre c. 796, reformés d'après le radical du participe passé
vécu c. 799, et poiirsèvi, raissèvi que Hingre donne, Monogr . ,
p. 90, à côté de sire, pourscre, raisscre.
§ 142. Le participe passé.
A) Masculin.
Les participes en rt, ^, ^ ne comportent que peu d'observations,
en dehors des réserves faites au début du paragraphe précédent, car
ils sont à peu près toujours identiques à l'infinitif.
Les cas de substitution à d'autres formations sont très rares :
— 215 —
celle d'^T à ti ne se présente que dans pûnà, pondu, de 17 a. De
même f M, vécu, de 17 a qui d'xtviv à l'infinitif, est isolé et il est
peut-être emprunté, kwhe, de 21 d, e, rk- de 22 b, participe de
« querre », est également exceptionnel et postérieur à la retor-
mation du radical verbal, dont on parlera plus loin § 143.
La substitution d'6' à û a une extension assez grande dans
« ouïr », cf. entendu c. 298. û et i sont fréquemment en
rivalité soit dans des verbes à infinitif en î, soit dans d'autres
verbes. Sentir, tenir, venir sont en // dans Taire 1-15, en t dans
l'aire 18-22, les localités 16 et 17 emploient les deux désinences;
on notera ausi heyu, haï^ de 14 a. Le participe d'« ouïr » est
compliqué par la substitution de la désinence^ dans la plus grande
partie des deux vallées : nyî subsiste dans les localités i, 3-6,
mais l'aire 11, 13-15 emploie des formes en n; il en est de
même pour « jouir», cf. réussir L., dont j'ai recueilli /03'M
chez les témoins 11 a, 15 b.
Un flottement analogue entre I et û existe dans les participes
de « querre » et de suivre : khù 8 b, kiuerït 8' b, 9, 10 a, b^ 11
e, 13 b, 14 a, 16 a, b, 17 b, kwtyrû 13 a, mais kzverî 17 a, qwéri
Hingre, et les c. 731 et 732. Il est probable que dans la plupart
de ces verbes / provient d'une substitution à un stade antérieur u,
sous l'influence de l'infinitif. Cependant sevï, suivi, de 18-20, sévi
Hingre, Monographie, p. 90, qui n"a pas d'infinitif parallèle est
refait sur le modèle des autres participes en /.
Les participes anciennement en eu offrent des faits complexes,
dont on a déjà eu l'occasion de parler § 28. Si kreyu, cru, i-io,
13-16, kro- II, 16, evil, eu, i-io, 13-15, scvû, su, id., piueyû et
pûyû, pu, i-ii, 13-15, àvfi, dû, I, 3, 6, 8', rdcvû i c, 5 c, d, 6
a, cf. les c. 234, 73, 688, 612, 251, sont refaits d'après le radi-
cal d'autres formes verbales à désinence syllabique, et si â, dœ,
pœ, sœ de 17-22, œy, pây, sây de 12, comparés au traitement de
mûre. 517 dans les mêmes localités, doivent être considérés
comme dus à un développement régulier, il en résulte que bïi,
bu, rsiÂ, reçu, vu, vu, tu, été, usités partout, hiû, connu c.
206, 12 et 18-22, Â;r/"^, cru, 12, 13, 16-22, krii, crû, 19 c, cru id.
Hingre, du, dû, 2-15 sont tous analogiques. Il est même assez
— 2lé —
probable que, parmi ces formes participiales, plusieurs sont
empruntées au français, mais si le fliit est évident pour u, eu,
pii, pu, usités seulement à Remiremont, il est ordinairement
impossible de se prononcer.
Il faut considérer à part les participes d'asseoir, « choir » : à
côté d'e^H I, 2, 4-7, -ûj 1-8, t'çfi 17, 19-22^ -us 19-22, assis, -e
c. 50 et 51,^/7 19-22, £u 17, tombé c. 754, asseoir a un parti-
cipe en ce dans l'aire 8-18, et l'on dit éœ 1-8, ^"- 10, 11, 13-ié,
€œy 12; mais la base des formes en œ est probablement autre que
celle des participesd'avoir, etc., et M. ML.,II, §343, les explique
d'une façon plausible par des formes anciennes cheoit, asseoit ana-
logiques d'après colîoit <C collectu. De toute façon, les formes en
?7sont récentes, c'est ce que montrent dans l'aire 17-22 l'emploi
de M, €- après le verbe être, pour marquer l'état, et dans l'aire
dLÎcûs, assise, celui d'e^œt, au sens d'assiette, donné par 20 a, b,
22 b, cf. aussi aikheûte Hingre, qui indique en outre le sens
d'assise (subst.).
Si « connu » dans l'aire i-ii, 13-17 est refait d'après le radi-
cal des autres formes verbales à désinence syllabique, knoeu de
1-8', II, -f-deii, 13-17 le sont spécialement d'après l'infinitif,
comme hro€H 2 a, 4 c, 5 c, -oçû 1 1 c, kràçû 17 b, crû et les formes
de « querre » en û, citées plus haut. L'ancien participe seu du
V. suivre, cf. Schwan-Behrens, § 361, a dû exister dans notre
région comme en ancien français, mais il a été refait en sevû, -i
avec un radical sev qui se retrouve dans le reste de la flexion ;
pour se, voir plus loin.
Plusieurs anciens participes forts sont en voie de recul ou ont
disparu, deopertu, ouvert, ne subsiste plus que dans la région de
Remiremont, cf. dèvâ 11 a, c, dvù 13 b, fém. dèvcl 12 a, ailleurs
il est refait sur l'infinitif; de même dans couvrir, seul le point 12
conserve hœi>e, cf. c. 222. Mourir présente des faits particuliers : il
a conservé partout le participe fort quand on veut désigner l'état
accompli ; mais, en combinaison avec avoir, le participe est refait
sur l'infinitif : " il a » mœn 2 a, 3 a, 4 a, 6 a, f, 7 a, 8 a. Le par-
ticipe de plaindre a été ramené au type en û avec le radical de
l'infinitif: pyàdn i a, 4 c, 5 a, 8 b, 8' b, 9, piandu Hingre.
— 217 —
Le recul contraire des formations faibles est plus rare : on
peut noter ey, entendu, jl'y, jouï, de 12, pyœ, participe de pleu-
voir, i-ii b, 12 d, 13 a-22, -œy 11 a,c, 13 b, piâ, part, déplaire,
Hingrc.
D'autres participes sont plus difficiles à interpréter, se, suivi,
est certainement analogique et refait sur l'infinitif ser; mais le,
lu, qui est presque partout usité, et ley de 12 b, c, lejn n'ayant
été employé que par 7 a, 8 a, lehû par 9, 14 a, lu par i c, 1 1 a, b,
représentent-ils le latin lectu, comme l'admet M. ML., II, § 342,
ou sont-ils refaitssur 1er, lire ? La môme question se poseà propos
de ke, participe de «..querre », de i a-c, 4 a, b, c, 5 a, c, 6 f, 7 a,
qui peut représenter phonétiquement quesitu ; cependant trk'ij qui
est employé au sens de rechute de maladie par 2 c, 5 d, 8' b et
erkïç I) a, cf. accès et rechute L., prouvent que /ù- est récent,
cf. plus haut d'autres formes secondaires de ce verbe .
Quanta ma, mis, 19 a, c, 20 a, mas fém. 17 f, 21 d, 22 b,
ils proviennent directement de missn, -a.
Il faut enfin noter le participe de vouloir : à côté de vlû 4 a,
5 a, d, f, 6 a, 7 c, 8' d, 10 a, 11 b, 16 b, les témoins 18, 19a,
c, 21 a, 22 a emploient vnçû qui rappelle les formes anciennes
du parfait 2^ p. s. volsis, r*" p. p. voJsimes, v. Schwan-Behrens,
§ 349 adfinem.
B) Le féminin.
La désinence 5 a eu dans nos parlers un succès remarquable :
bus, tybs ont été employés par presque tous les témoins, dïs et
trâs sont beaucoup plus usités que dit, tràt, eçûs, assise c. 51
l'est dans les localités 17-22, ses, suivie c. 732 aux points i,
6, 19, 21, 22, kes, cherchée, m'a été fourni par les témoins i c,
2 c, 5 c, les, lue, par 2 c, 5 a, c, 6 b, 10 c, 18, 19 c, 20 a, 21 a,
lus par II a, 15 b, rsus par 2 c, 5 c, 9, 17 b, hîyls par 2 c, 5 f ,
7 c, cf. aussi crusse, du v. croître, donné par Hingre. M. ML.,
II, § 346, a déjà étudié cette désinence ; il admet que le point de
départ de toutes ces formes est missa; et en effet, dans les locali-
tés où le verbe mât existe encore, le féminin du participe est mas,
V. plus haut. Il existe cependant un autre participe qui a un
féminin avec j- étymologique, c'est celui du v. « secourre », dont
Hingre donne le fém. hkcousse,s. v° hkcoûre.
- 2l8 —
La formation en t n'appelle pas d'observations : dans eeât, -f-,
assise, éœt, £-, tombée, le t est régulier, si l'on adopte l'explica-
tion donnée plus haut, et M. ML. paraît inconséquent, quand,
après ce qu'il a dit § 343, il considère, § 346, ^/;o?, assise, comme
un féminin analogique.
Dans hûj, assise, de l'aire 1-8, la consonne finale provient
du participe de prendre, pn; 1-8'.
On a vu § 49 que le traitement de la terminaison « ée »
est remarquablement varié dans nos parlers et qu'il en résulte en
différents points des phénomènes analogiques, notamment
l'extension à'ây dans la vallée de la Haute-Moselle : ces phéno-
mènes analogiques sont particulièrement fréquents dans les parti-
cipes féminins, ainsi que le montrent les formes de « gonfîée,
soufflée » s. v° gonfler L. Il faut en outre noter que, dans tous
les verbes en ye, quand le participe féminin est en -/(}'), un y a été
rétabli sous l'infîuence du masculin, cf. p. ex. à côté de vœdye,
vidé, vœdyïÇy), vidée, 2 c, 3 a, 4 a, 5 a, 6 a, 7 a, 8 a, 8' e, 11 a.
§ 143. Le radical verbal.
A. — Verbes en -er.
On sait que ces verbes tendent partout à simplifier leur radi-
cal, soit que la voyelle tonique passe dans les syllabes atones,
soit que le fait contraire se produise. Ces deux types de modifi-
cations analogiques ont donné lieu, dans nos parlers, à des faits
remarquablement variés.
scier, nier, noyer, ainsi qu'on Ta vu p. 97, ont trans-
porté leur voyelle tonique dans les syllabes atones dans l'aire
1-8MI en est de même de faner c. 335, mener c. 490, mais le
premier dans les localités i-ii, 13-17, le deuxième dans les loca-
lités 1-16, 22. Dans les représentants de « racler » que nos par-
lers emploient au sens de ramoner c. 637, râkye de 11, -/- de
II, 14, râke de 15, -^ de 21 ont également la voyelle des formes
toniques, et probablement aussi râkàdt 2, 3. Il est plus difficile
d'expliquer les rapports de brokà, bràkà, hrekà des cartes brasser,
broyer 117 et 123, sans avoir au préalable établi l'étymon de
ces formes : hrechen que M. ML,, EIV. 1299, propose n'est pas
suffisamment clair.
— 219 —
Sut îym, -hi, il tonne, tous les parlers sont d'accord pour
refaire tout le verbe. De même herser c. 408 a partout, sauf
au point 12, une voyelle longue I, qui vient des formes toniques.
On a vu,§ 34,qu'«< 11 protonique a été éliminé sous l'influence
des formes toniques dans plusieurs verbes.
Il existe toute une série de verbes qui laissent fréquemment
tomber la voyelle atone. En syllabe initiale, elle tombe partout
jeter c. 419, mais snà, sonner c. 717, ne comprend que 8, 8',
12, 16-22, fnâ, faner c. 335 que 12, 18-22, levez c. 450 que
11-15, et mener c. 490, peler c. 563 échappent partout à cet
accident. Quand la voyelle était intérieure, la chute s'est produite
plus souvent, cf. acheter c. 8, allumer c. 26, cuisiner c. 237,
moissonner c. 504, etc.; cependant les formes toniques ont
réagi et amené le maintien de la voyelle, p. ex. dans aiguiser
c. 12, arranger c. 46, renverser c. 650.
Le transfert de la voyelle de la syllabe atone dans la syllabe
tonique n'est pas moins fréquent. On peut citer wed de l'aire i-
10, 15, 16, -luàd de 17, -wèt avec allongement postérieur de 11,
13, 14, il garde c. 375, put, il porte, de 7 a, 8 c; 8' d, 9, 16
b, tîln, il tonne, de 12 a, prêt, il prête, de 19 a, 20 a, 21 a, e, 22 b,
nej, il neige, de 20 a, cf. p. 100, krev, il crève, de 19 b, 20 a,
(s)làv, il se lève, de 8' e, 17 f, 21 d, 22 b, lœv de 12 b, cf. aussi
je me lève c. 449.
Des formes ^eye, Ç- et eâye, Ç-, issues à'exiliare ML., EW. 3015,
les premières contiennent la voyelle développée en syllabe atone,
les secondes la voyelle développée en syllabe tonique ; mais il est
surtout remarquable que la plupart des témoins, qui les ont indi-
quées, aient d'un commun accord employé eeye, ç- au sens géné-
ral de gaspiller, et mye, ç- dans un sens restreint, en parlant du
bétail qui laisse dans la crèche le foin le moins bon, cf. gaspil-
ler I.
Les faits sont souvent compliqués par des réactions réciproques.
C'est ainsi que si syen, il sonne, de 17-22, est régulier, slu, qui
s'emploie partout où l'on dit svie, sonner, est refait sur cet infini-
tif, qui est lui-même la réduction d'une forme *syene aujourd'hui
disparue, cf. de même /ïmlr, tonnerre, de 11 b. Ce phénomène
— 220 —
de réactions réciproques se remarque notamment dans l'allonge-
ment de la voyelle, par exemple dans ivet, tûn, lœf cités plus
haut.
L'action analogique s'exerce souvent d'un verbe sur un autre.
L'a de vnmà, mener, de l'aire 17-22 n'est explicable que par
pîilà, porter; l'^-' de broyer, plier c. 123 et 588 vient des
formes toniques de nier, scier. /?7v, il loue, de 4 a, 5 c, 7 a,
lu de II b sont refaits sur nûy, il noue, de 2 c, 4 a, 18, 20 a, à
cause de l'identité de la voyelle des formes atones, et c'est à deux
verbes que, à côté de l'infinitif km, -e, crier L., dont la vo)^elle
est due à un développement régulier, cf. § 34, les formes toniques
imy, hû doivent leur u. De même iûe, chier c. 188, de l'aire i-
7 a un 'li qui ne me paraît explicable que par l'influence d'es-
suyer, jouer c. 311 et 424. Parfois il est difficile de se pronon-
cer : c'est par exemple le cas des formes de « joue », cf. § 59, ou
des formes toniques des verbes dont la voyelle intérieure est syn-
copée dans les formes atones, cf. § 22.
Les formes toniques des verbes dont le radical est terminé par
une occlusive -j- r ont subi des modifications analogiques par-
ticulières. D'après montre c. 508 on voit que tous nos parlers
intercalent entre l'occlusive et r une voyelle è, qui est devenue!
au Val-d'Ajol et é à Remiremont. Or on a vu, p. 39, que nos par-
lers, tout en amuïssant fréquemment le r du groupe finale s'ac-
commodent également de son maintien. Le traitement de
montre n'est donc pas phonétique, et on doit l'attribuer à l'in-
fluence analogique des futurs étudiés p. 49.
Il convient d'examiner également à part les verbes qui conte-
naient étymologiquement a -f v dans la syllabe radicale, à savoir
edye usité partout, sauf <1- 13 a, à- 11 a, c, d, 14, 15, aider, les
représentants de l'ancien verbe « laiier » d'origine incertaine, cf.
ML., EW. 4955, laisser c. 436, ceux de « flairer » <C flagraie
au sens de puer c. 620, ceux de « re -|- guetter » au sens de
regarder c. 640,pyetye 2 c, 5 d, 8' b, 12 a, 16 a, 19 c, -â- 15 a,
plaider, tràtyeic, 5 d, 8' b, 14 b, 19 c, = fr. traiter, au sens de
festiner. Sauf dans le dernier verbe, à n'est le traitement normal
que des localités II, 14, 15 ; toutefois le témoin 11 b n'emploie que
221
des formes avec ê edyc, rhuètye, leye, et on trouve des formes avec
(7 dans lâyt' aux points 8, 8', i6, 17. ^ est évidemment le dévelop-
pement régulier d'ay en position atone, qui a dû donner a en
position tonique ; quant à l'allongement que présente partout,
sauf dans leye, il s'est produit postérieurement dans la syllabe
tonique; et de même la fermeture de cet e au point 13 est un
fait secondaire.
Cependant les considérations précédentes ne suffisent pas à
expliquer le traitement d'« aider » et de « traiter ». Uâ d'adyi ne
peut pas être phonétique, puisqu'^j est atone dans toutes les
formes de ce verbe, cf. pour les formes de l'indicatif présent
i^aide c. 1 1 et edûy <C adjutas, -/ avec un ^ analogique 2 a, 3 c,
4 a, 8' b, 19 a, 21 a, 22 a. a y provient des autres verbes en ny;
quant à înltye, peut-être faut-il y voir en outre l'influence de
trâr. Notons aussi A//', j'aide, de 15, que doit la terminaison l
aux nombreux verbes, dont il sera question plus loin.
Dans les verbes qui contiennent un}' issu de /après consonne
le développement phonétique des formes toniques devait amener
la chute de}' conformément au § 29, 2° cf. par ex. sof, il souffle,
2 a, c, ) c, II a, c, 16 a, 19 c, 21 a, 22 a, etc. ; c'est même sur
ces formes sânsy qu'est refait, dans de nombreuses localités, l'infi-
nitif de « racler » au sens de ramoner c. 637. Mais le plus
souvent, sur le modèle des verbes en ye, tels que marier,
etc., où le )' de l'infinitif est la réduction d'un / qui se
maintient normalement au singulier de l'indicatif présent, une
terminaison /(j') est ajoutée au radical sans }/ de ces verbes à infi-
nitif en ye, ya,cL p. ex. enfle c. 293. Elle tend même à péné-
trer dans tous les verbes à infinitif en ye, quelle que soit l'ori-
gine de ce ye : c'est ainsi que, à côté de l'infinitif de « plaider »
cité plus haut, 2 c, 5 d, 8' b, 19 c disent pyett, 15 a pyà-.
L'emploi fréquent d'ye comme suffixe d'infinitif amène à sa
suite celui d'iy; par ex. 5 d, qui hésite entre ûtràse et -sye,
rétrécir, dit également retràs et -ly, cf. aussi les formes du v.
pêcher supra p. 79.
Les futurs de la plupart des verbes étudiés précédemment
appellent des observations. Dans les verbes dont l'infinitif est
— 222 —
syncopé, le futur est naturellement refait sur les formes toniques.
De là, dans les verbes en }'<?, ya, qui ont des formes toniques en
/(}'), des futurs en -îr-, cf. p. ex. enfler a c. 293, et les futurs
de pêcher, trembler L. C'est de la même façon que les futurs
d'aider, jouer ont été refaits et qu'on dit fduyrn, -ûrâ, e- dans
les localités où l'on dit edye, e-, jûyrâ 2 c, 3 b, 7 a.
Le futur de trouver a été, dans la région de Remiremont,
l'objet de plusieurs reformations : d'après les futurs d'entrer,
rentrer, montrer qui déplacent 1';- du radical, cf. plus haut,
II a, 14 disent trtvtrre 2'-' p. s., 11 a dit aussi trévârè j^ p. s.
d'après le futur d'ouvrir c. 548, et enfin trèvèrb r^ p. p. de 11
a, -è y p. s. de 1 1 c sont sans doute dus au croisement de ces
deux formations.
B. — Autres verbes.
C'est un tait connu que l'absence de formes inchoatives en is
dans les parlers lorrains, cf. ML., Gr. d. R. Spr., Il, § 200 ; les
rares formes en is, telles que dans finir c. 348 et 349, ont été
récemment empruntées au français. Mais, ce qu'à ma connais-
sance on n'a pas signalé, c'est que, dans beaucoup de ces verbes,
le radical atone, tel qu'il existe par exemple à l'infinitif, est
transporté aux formes toniques, et que souvent aussi un allon-
gement postérieur pénètre à son tour de ces formes toniques
dans le reste de la flexion, cf. krœvl, couvrir c. 222, krœv 2 a,
drœmî, dormir, usité partout, drâiu, id. sauf drd'm 12, pœrî,
pourrir, 2 e, 4 a, pœr i-io, 13-22, partir c. 555,/??/ 2 c, 5 d,
II a, c, 13 a, b, 14 a, 15 a, pwk 10 c, 11 b, 15 c, 16 a, etc.
M. Horning explique inexactement la voyelle œ de quelques
formes de « nourrir » et « pourrir » par noirio, potrio; il est
clair que cette voyelle s'est développée régulièrement dans la syl-
labe atone, puis s'est allongée postérieurement dans la tonique,
cf. § 24. Au reste l'extension du radical des formes atones ne
s'est pas produite dans tous les verbes : courir, haïr ne la pré-
sentent pas ; si 14 a dit sel, il sent, 5 d, 9 disent se, 11 b, c se ;
myœ, il meurt, existe encore dans la région de Remiremont, d'a-
près le témoignage de 11 b, 12 b, 14 a, 15 b, tandis que les
autres localités disent war ou ^war d'après l'infinitif ; 12 a-c
— 22^ —
emploient encore o, il entend = a. fr. ot << audit. D'autres
formes sont plus compliquées •.pat, il part, de 12 b, est refait
sur le radical des formes atones avec la voyelle d'une ancienne
forme régulière *pâ, aujourd'hui disparue. La voyelle ô des
formes atones d'« ouïr », cf. la c. 298, dans l'aire 11,
13-15 provient sans doute de la forme 0, encore attestée au
point 12 ; quant à â de ce dernier point, il s'est au contraire
développé en position atone. « jouir », employé au sens
de réussir c. 655, a les mêmes voyelles d et è dans ces localités
11-15. C'est aussi en position atone que s'est formé \'â de jœyt
de 16-18, mais juye de 19-22 ne me parait explicable que par
l'influence analogique de jûy, il joue. Dans repi,rep, remplir c.
642, le y<i l est tombé en position finale aux formes toniques et
le radical rep a été ensuite transporté dans le reste de la flexion.
Enfin dans la région de Remiremont, les formes toniques de
*douvrir ont été refaites sur le participe, cf. dva 13 b, dèva 11 a,
c, d, e, 14 a, -e 12 a, et de même rkœve, il couvre, 12 c; dans
les localités 13 et 15, le radical du v. Mouvrir a été re£iit aux
formes atones sur celui de faire, cf. deveyÔ ind. pr. l'^p. p., 13
b, dêvy Ô id, 3*= p. p., 15 b, dèvyœ, parf. 3*" p. s., 15 b^ dèvyty,
impf. r^ p. s., id.
Le futur de ces verbes est formé avec le radical de l'infinitif
sans Vî flexionnel, cf. p. ex. la c. 503 qui donne la 3= p. p. du
futur de « moisir » et de « pourrir ». Plusieurs verbes pré-
sentent quelques particularités ; dans la plupart des localités le
utur de couvrir et d'ouvrir sont formés comme les précé-
dents, cf. j'ouvrirai c. 548, nràxs krœverre, 3^ p. s., de 17 a,
œverrà de 18^ drévèrrâ de 11, 16, 17, dévérrà de 14, dèverrà de
II, 13, 14, 15 sont refaits sur les futurs d'entrer, etc., cf. p. §32,
}°;dèvârâde 11, 13, 14 est de son côté refait sur l'infinitif ^^'fd'f;
enfin dêverà de 12, 14, dé- de 13 le sont sur le futur de venir,
cf. plus loin, fin du paragraphe. On traitera au même endroit de
quelques formes analogiques du futur de haïr.
Dans le verbe aller, la i'^ pers. du pluriel de l'indicatif pré-
sent est à peu près partout formée d'après la y pers. du plu-
riel, cf. la c. 22, sans qu'on puisse reconnaître si les formes du
— 224 —
type « allons » sont récentes ou anciennes, et le futur a partout
un v initial (réserve faite de quelques formes refaites sur le
français au point 1 1), probablement dû à l'action analogique de
ven ir .
Dans le verbe avoir, la première et la deuxième personne
du pluriel de l'indicatif présent ont perdu partout le radical
« av- » sur le modèle des autres formes, cf. les c. 68 et
69. En outre dans ce verbe et aussi dans devoir, savoir un
w s'est substitué à v dans les localités 8-10, 16-22 sous l'in-
fluence de l'infinitif où il est régulier (dans celui de devoir,
les modifications récentes sont fort nombreuses, mais avoir,
savoir conservent partout le traitement ancien, cf. eue, s-
1-15, à-, sa- 16-22, et la c. 249). De même, dans perdre,
d'après les formes où p en contact avec d interne est devenu b,
p. ex. hde, je perds c. 568, des localités i, 2, 5^ 18-22, bdû,
perdu c. 570, des localités 3, 5, 17-22, on trouve non seule-
ment bedil dans les points 18-22, mais bfdrâ, je pe rdrai c. 569,
dans l'aire 5, 18-22.
Les verbes asseoir, choir, croire, voir présentent aux
formes atones, et aussi au participe comme on l'a vu § 142, un
radical refait d'une façon analogue à ce qui s'est passé en fran-
çais proprement dit, cf. ML., Gr. d.R. Spr., Il, § 189 ; en outre
la consonne e (Ç c^ dans « asseoir » ne peut provenir que des
formes toniques de l'indicatif présent, où le^ est devenu £ devant
ie. Mais d'autres réactions analogiques se sont produites posté-
rieurement : sur krâ, croit c. 232, 20-22 ont refait kràye, je
crois, etc., et sur kiÔ 11 a refait krôyo, je croyais c. 233,
kroyû, cru c. 234 (cette dernière forme a été également em-
ployée par 16 a, qui l'a sans doute empruntée) ; ces formes ont
entraîné à leur suite eçàyï, asseyez- vous c. 49, des points 20
et 21, hoye id. du point 11, éâye, je tombe, de 20-22, €Ôyo, ils
tombent, de 11 a, zvàyc, je vois c. 801, de 20, 21. C'est
vraisemblablement d'après ces formes, spécialement d'après celle
de voir, qu'il faut expliquer le radical de pouvoir pîcey- dans
la plupart des localités de l'aire 1-19, piuày- dans les points
20-22, cf. les c. 606 sq. Par contre, M. ML. a tort de voir dans
22 =
le lorrain piô, peut, une formation analogique d'après io, veut,
Gr. d. R. Spr., Il, § 189, car le développement est également
régulier dans ces deux formes, d. ^ 9.
Les modifications analogiques de devoir sont nombreuses,
en dehors de l'extension du lu, traité plus haut. (r)do, doit, est,
comme on l'a vu p. 91, probablement refait sur /o, vo, il faut,
il vaut, et a amené l'infinitif {r)dor. (jyiûy doit c. 250, de
l'aire 9, 10, 16-18 est embarrassant : il ne suffit pas d'invoquer
l'ancienne forme doient NAL. 2530, 47, etc., qui n'explique pas
la voyelle fi, d. aussi ML., Gr . d. R. Spr., II, § 246; mais les
présents en «j' sont peu nombreux, en dehors d'ny, j'entends
c. 299, et l'on ne voit pas comment l'action de ce verbe a pu
s'exercer sur devoir. Le futur et le conditionnel sont encore plus
compliqués : à côté de formes régulières telles que rdèvrâ i" p. s.
fut. 1 1 a, on a des formes avec ûy, (j-yiûyrà 9, 1 1 b, 18, des
formes refaites sur l'infinitif (r)Jor, Çr)dÔrâ 5 d, 6 c, 8' d, -e, 3"
p. s. id., I c, 5 a, f, é b, 7 c, 8' d, et même des formes refaites
sur les temps correspondants de pouvoir, vouloir, (r)dûrâ 14 a,
17 b, 20 a, 4 19 a, 21 a, dûrb, V^ p. s. cond., 19-22, -à y p. s.
I c, 4 a, 5 a, c, 6 b, 7 a, -œ, id., 18, 19 a.
Dans le verbe recevoir, par une extension remarquable du
participe passé rsii, on dit non seulement à peu près partout
Ymhmùi (ï)r s ur va2i\s r su, 1-3 pers. du sing. de l'ind. présent;
rsiïytè, reçoivent, de 19 c s'explique par les formes étudiées p.
178, quant à rsiïsté de 21 a, le 5 vient sans doute des 3''^ pers. du
pluriel du subjonctif et du parfait, cf. p. 177 sq. L'infinitif (1);-
sur a naturellement entraîné des formes de futur et de condi-
tionnel, mais des formes plus anciennes telles que rsêvrâ 9,11a,
14 a, 15 b, 16 b, etc. subsistent encore. Enfin les parlers de la
vallée de la Moselotte emploient des formes telles que rsye, je
reçois, 18, rsye, il reçut, 22 b, etc., dont le radical rsy paraît
formé d'après celui du v. faire , cf. plus loin.
Le verbe vivre est refait dans la plupart des localités sur le
radical du participe passé, cf. les c. 797, 798 ; mais Vï étymolo-
gique est souvent conservé.
Les parlers des Vosges méridionales. 15
220 —
Dans le verbe suivre, 1'^ de se, il suit, usité partout, paraît
être régulier, cf. § 2, C, 5" ; cet ^ a été ensuite transporté dans
.les formes atones, cf. p. ex. les c. 731, 732; pour l'infinitif j^r,
cf. § 141. Le fait est également fréquent dans lire . D'après 1er,
lire, le, lit, usités partout, les formes atones ont une vovcUe c,
brève ou longue, p. ex. leje, je lis, i a, 2 a, b, 4 c, leht' 18-22,
lèjà,, vous lisez, 8' b, etc. Ce verbe a pris en outre dans beau-
coup de localités, comme cela s'est passé en français, la consonne
/, h de dire devant les désinences accentuées.
Le verbe « querre », partout usité au sens de chercher, a
subi de nombreuses modifications analogiques: dans l'aire 1-7 son
radical a été refait d'après celui de dire, lire, d'où krjc, je
cherche, c. 177 ; dans les localités 12, 13, 20-22 il l'a été sur
les verbes à radical terminé avec y, cf. plus haut, et ce radical nou-
veau a pénétré des formes atones telles que (^r)kweye, je cherche,
20-22, aux formes toniques, Àwv, il cherche, 20 a, 21 a, kvJey,
12 b, c, hi'ey, je cherche, 13, et l'on a noté, § 142, que ces
formes avaient amené le parlicipe {ryauhr de l'aire 20-22. Enfin
le futur de ces verbes, d'après la c. 178, ne 'présente dans
l'aire 1-7 qu'un r, d'après celui de lire, suivre.
Le verbe clore, cf. fermez c. 342, a pris dans la plupart
des localités la consonne de dire. Quant au ;^ de 18, 20-22, il
vient, comme en français proprement dit, du participe.
On a vu § 33 que brâr,fâr, trâr ont été refaits sur les formes
toniques hra, fa, trâ. Faire a subi de plus dans tout notre
domaine une modification importante : son radical, dans les
formes accentuées étymologiquement sur la désinence, est par-
tout/(^î))', d. font c. 332,/(ë)jyo, nous faisons, 17-22, qui pro-
vient de verbes à radical terminé par 3', cf. plus haut. Ce radical
est même devenu tonique dans jèy, 1-3 p. sing. dusubj., 22 b.
On a déjà indiqué § 98 que faire et dire ont perdu partout la
formation forte de la 2' pers. du pluriel de l'indicatif présent et
de l'impératif.
Le participe de pondre, pônù 20-22, et celui de tordre,
tôdû 8-10, 16-22, doivent leur voyelle ô aux formes toniques.
Enfin dans le v. picwc, paraître, donné par Hingre, l'infinitif
— 227 —
est refait sur la forme tonique piva, dont la voyelle parait à
son tour reprise aux formes atones.
Quelques futurs appellent en dernier lieu des observations :
sur les futurs d'asseoir, croire, voir, cf. p. 94, on a refait
ceux de « braire », de traire et même de haïr : de là brorâ, je
pleurerai, 8 c, 8' d, 9, 16 b, 17 b, 18, 19 c, 20 a, 21 a, 22 a,
trarâ id., borâ 18 {hoxrù d\in témoin de Basse-sur-le-Rupt est
un mélange de cette forme et de hc\râ, très répandu). Le futur de
prendre est partout, sauf à Remiremont, refait sur ceux de
tenir, venir : cf., à côté de th'e, il tiendra, i-io, 12-16, -ù 11
b, îaïc i7-22_, pcrâ, je prendrai, i-ii e, \2-16, pâ- 17-22. A
Remiremont le fait inverse s'est produit : sur paià 11 a-c, on a
refait /j/Y' lia, c, v- id.. Sur dèverâ, étudié plus haut, le Val-
d'Ajol a refait pèferà, je perdrai c. 569.
§ 144. Genre des substantifs.
Plusieurs substantifs étymologiquement masculins, mais qui,
en raison de leur voyelle initiale, ont un genre mal distingué
après l'article défini, tendent, dans un nombre variable de loca-
lités, à devenir féminins, d. acier c. 10 chez de nombreux
témoins, etci, étang, 1 1 b, 13 a, 16 a, 17 a, 21 :\,eçta 20 a, 22 a,
b, ekàduk, aqueduc, 6 a, 8 a,t\èy, rucher c. 671, 11 c, 13 a, 14
a, cf. sur ce mot plus loin, § 151 etc.
La cause du chargement de genre de bur, beurre L., masculin
dans l'aire 1-18 mais féminin dans l'aire 19-22, est difi'érente. Cette
innovation me paraît provenir de la terminaison ur, d'après les
nombreux substantifs féminins pourvus du suffixe ur, cf. entre
autres couture c. 220. A La Bresse, d'après une précieuse indi-
cation de Hingre, le mot, tout en étant féminin, reste encore
masculin dans l'expression /ra! bure, du beurre frais, où le genre
ancien a été évidemment protégé par la préposition de l'adjectif ;
mais déjà on dit aussi frakhe biirc. Il semble de même que le
masculin de perdrix c. 571 et le féminin de lièvre c. 454
dans beaucoup de localités soient dus à l'influence de leur termi-
naison ; nos pariers n'ont pas de noms féminins en ï, car on a vu,
§ 121 que fourmi y est masculin chez la plupart des témoins;
— 228 —
quant à lièvre, c'est IV féminin qui a dû autrefois entraîner le
changement de genre ; de plus tous les noms dont la termi-
naison est homophone, tels que fièvre, chèvre, sont féminins.
Enfin, dans quelques substantifs, la modification du genre
provient de l'influence analogique de noms de sens voisin, er,
jardin c. 414, est devenu masculin chez beaucoup de témoins,
malgré son étymon area, évidemment d'après mwà <i masu ;
daly paroi c. 554, doit l'être devenu d'après mur; quant au
masculin remarquable et très répandu d'herbe c. 40e, il ne me
paraît explicable que par l'influence de loin .
§ 145. Adjectif.
Dans plusieurs adjectifs, l'analogie a causé l'élimination de la
forme du masculin ou du féminin au profit d'une seule forme :
le masculin a cédé la place au féminin partout dans veu f c. 788
(la forme de 11-15 avec / final ne laisse plus reconnaître le phé-
nomène, mais il probable qu'elle provient d'une forme plus
ancienne voi', avec assourdissement conforme au § 31), sûr
L. et aux points 1-8', 11, 12 dans vieux c. 790. Ce dernier
mot appelle quelques explications : personne ne conteste que le
masculin vye représente vêtu, cf. Horning, § 34, ML., Gr . d . R.
Spr., I, § 178, etc. Par contre M. Horning considère que le
féminin vey équivaut au fr. vieille ■< *vecla. Mais il n'explique
pas comment un masculin et un féminin de formation si difl'é-
rente peuvent coexister et comment ce fait surprenant se pro-
duit partout où l'on trouve le masculin vêtu. Cette difficulté est
résolue, si l'on dérive vey de *veta, par un développement con-
forme aux faits exposés § 2, C, 5° ; il faut cependant faire
quelques réserves pour le Val-d'Ajol, dont la forme vey peut,
comme vey de 23-26 et vîy de 26, qui ne connaissent pas le déve-
loppement de V entre voyelles, cf. p. 41, représenter vieil,
vieille.
Le féminin de vert c. 787 est refait sur le masculin dans
l'aire 9-11, 13-22, cf. § 37, et tit, toutes, sur ti, tous, cf. § 55,
dans de nombreuses localités. Dans gràt de beaucoup de témoins,
le / vient soit de l'ancien accusatif masculin grant, soit de fémi-
— 229 —
nins tels que hot, haute, etc. ; quant à mc^àd de 4 a, c'est une
forme isolée d'après gràd. A La Bresse, un féminin en me a été
formé dans les adjectifs dont le masculin est en /, cf. aimi,
ainihic, ami, Hingre, sur le modèle de vhl. -ni, voisin, -ine, etc.,
où un ancien i a été dénasalisé. Enfin, d'après les nombreux par-
ticipes féminins terminés ^axs, cf. § 1^2, l'adjectif ÂrryJ, creux,
a son féminin en œs, d. la c. 617, et cette même terminaison
se retrouve dans quelques adjectifs en œ, œs, v. plus loin,
§ 147-
§ 146. Syntaxe des particules.
1° Particules négatives.
Quelques témoins, peu nombreux du reste, suppriment plus
ou moins souvent la particule « ne », comme fait le français
populaire, donnant à« pas « toute la fonction négative; au con-
traire 2 b dit pûki n niï, pourquoi pas, où n s'est développé con-
formément à l'usage des deux particules, tandis qu'en français
pas s'est simplement substitué à twfi. D'autre part, dans les loca-
lités 1-17, 20, 21, « il y a » se dit^ « -|- « a » d'après la carte 66
c'est-à-dire que le groupe ^ jz -|- « a » = fr. il n'y a a passé des
phrases négatives dans les affirmatives. Enfin il faut noter que la
particule *< pas » est toujours placée après « encore », cf. c. 291
N. E., qui conserve sa place immédiate après le verbe sur le
modèle des phrases affirmatives.
2° Particules conjonctives.
La particule « et » a été développée dans tous nos parlers dans
« vingt et huit » sur le modèle de « vingt et un » ; beaucoup
l'ajoutent devant « où », cf. les cartes 539-541; enfin beaucoup
la renforcent par « encore » ou « puis », quand elle relie deux
mots ou deux groupes de mots.
De même « ou » est souvent renforcé par « bien », rarement
par « donc », cf. la c. 542. Enfin « comment », renforcé par
« (ce) que » au sens interrogatif, se substitue très fréquemment
à « comme », cf. comme L.
— 230 —
3° Prépositions.
L'usage des prépositions appelle aussi quelques observations :
on a déjà vu p. 185 le développement de date ancienne d'à
entre faire et un verbe suivant; on peut noter en outre la riva-
lité de de et à des cartes 2 et 3, le développement d'à dans [« je
vais quelque part »] c. 628 amené par le sens du verbe, celui de
de devant besoin, moins, plus, etc., d'après l'usage ancien de de
dans des phrases négatives devant les mots non définis, cf. p. 185,
le redoublement de « de » dans de t fyœ dehors c. 240,
ded veye, en automne, c. 59 N. E., devant « plus », la suppres-
sion d'à dans « donner à léter un enfant » au sens d'allaiter chez
de nombreux témoins d'après « nourrir un entant», celle de de
après « douter » au sens d'avoir peur, cf. peur L. et supra
p. 185, l'emploi de sur c. 733 au sens de chez, dans, etc.;
on trouvera encore quelques autres menues particularités con-
cernant les prépositions à, de, etc. , d'origine analogique, sous ces
mots dans le Lexique.
CHAPITRE VI
FORMATION DES MOTS
§ 147. De quelques procédés de dérivation .
Il n'y a qu'un assez petit nombre de procédés de formation des
mots, qui méritent d'être relevés : ce sont ceux qui ont reçu
dans nos parlers un développement particulier.
Dans la dérivation impropre, il faut signaler que nos parlers
aiment à former des adjectifs post-verbaux, ce qui, comme on
sait, est devenu rare dans le français actuel, cf. Dict. Gén . , Traité
de la formation de la langue française, § 53, par ex. cret, arrêté,
2 a, 5 c, gof, gonflé, 12 a, 19 c, tof, étouffant, 2 c, 5 d, 12 a, 16
a, 19 c, €àp, échappé, 2 a, cf. aussi £ob, çôb, creux, § 151.
D'autre part, nos parlers ont donné quelque développement à
l'emploi d'un suffixe -w;^, -ils, qui est le féminin d'adjectifs en «,
w;(, -s, correspondant aux adj. fr. en eux, -se •< osu, -a, par ex.
Hnûi, graine de lin, 2 a, c, 5 d, 15 a, 16 a, 19 c, pânûs 12,
balayures c. 79, brôkûs, chènevotte, 14 a, etc. Peut-être faut-il
reconnaître ce même suffixe masculin dans betîi, lait de beurre,
du Val-d'Ajol, cf. aussi bâtû 25, bà- 26, et p. suivante.
Parmi les suffixes nominaux, es a eu un succès remarquable et
sert à former de nombreux substantifs qui sont tirés de radicaux
verbaux, p. ex. kopes, coupure, 14 a, 19 c, d, 20, 21 e, 22 a, b,
nmdes, morsure c. 509, rïkes, déchirure, 2 c, 5 d, 11 f, 19 c,
etc. Ce suffixe me paraît correspondre au fr. asse <Cacea, d. D. G.,
lococit., § 81 ; l'opinion de M. ML., II, § 496, qui le consi-
dère comme une extension analogique de la terminaison des
mots savants en ace <i atio, est ingénieuse, mais aventurée.
Nos parlers connaissent, comme le français moderne, l'emploi
du suffixe û = fr. eiir pour désigner des objets; cf. p. ex. devœ-
dyû, dévidoir c. 248, etc.; mais le féminin en est régulière-
— 2^2 —
ment ur,cî. panûr et pânur balai c. 78. Une forme comme^t^t:^,
couveuse, de i b, 2 a, d, 5 e, est une adaptation récente du
français, et qui fait reculer la formation locale kôvrôs, -ôs, -as.
Enfin on rencontre dans un certain nombre d'adjectifs un suf-
fixe œ, au fém. œs, p. ex. dans khpèvreû, -eusse, peureux, Hingre
et la carte 574, baiteû, -eusse, faible et timide, celui qui est habi-
tuellement battu, Hingre, etc. Si la consonne finale s du fémi-
nin s'explique aisément par l'influence analogique des nombreux
participes féminins en s, cf. § 142, l'origine du suffixe reste
obscure. Il est possible que ce soit simplement le suffixe fr. eux
adopté par nos parlers : cette introduction aurait été favorisée
par l'existence de l'adjectif « creux », dont les parlers de l'aire
19-22 ont encore une forme ancienne keryœ, cf. profonde c.
617; kovœ, dont on parlera plus loin § 151, p- 267, a pu influer
également. Du féminin, on 'a tiré un suffixe servant pour les
substantifs: betœs, lait et beurre, i-ii, 13-22, fnt(vs, friture, i8,
19 c, friteûsse Hingre.
L'intercalation d'un r, sur l'origine duquel il suffit de renvoyer
au D. G., § 63, a eu lieu assez fréquemment, p. ex. dans kotre,
coude, dérivé de *kot < cubitu, usité partout, kûdre, cordeau, 8 c,
8'd, 14a, iS-22, mîUrè et -û, 19-22 et 18, mouchoir c. 510, les
différentes formes qui désignent partout le premier lait de la
vache qui a vêlé, cf. c. 438 et infra §151. De même le diminu-
tif de « petit » a un r dans tout le domaine : ptïro i-io, -0 11,
13-15, -à 16-22. L'intercalation d'un /qui vient ordinairement
du suffixe el <C clin est plus rare : je l'ai notée par ex. dans
quelques dérivés d'un mot signifiant cime c. 191, cf. plus loin
§ 15 1 ; cf. aussi hoquet id.
§ 148. Substitution de suffixe et emploi de différents suflEîxes.
La substitution de suffixe est un phénomène très fréquent et
qui^ suivant les cas, comprend un nombre plus ou moins grand
de localités.
Parfois un ancien suffixe, qui n'est plus nettement senti
comme tel, est remplacé par un autre suffixe plus vivant ; c'est
ainsi qu"/ =fr. // est remplacé par <^i=: fr. /Vrdans rhle lé, ràçûlf
— 233 —
17 b, 1 8, 21 a, 22 a, partie du râteau qui porte les dents, à
côté de retlt, dérivé de « râteau », 4 a, 5 c, f, 6 c, 11 d, 16 b,
à^ns ph-fe 21, pw- 8, -à 8', à côté de peréi 1-7, grenier placé
au-dessus de la grange, cf. c. 399 et plus bas, § 151, par
û = fr. eur dans eçknvîl et kkœi'ii, -vyu de 19, 21, à côté
des formes dérivées du type a. fr. escouve -\-il^ écouvillon
c. 275. De même dans quenouille c. 630, le suffixe éty-
mologique == fr. ouille a été remplacé à peu près partout par
celui qui correspond au fr. eille, cf. p. 96, dans écu reuil c.
280 0 s'est substitué à «')'. C hevreau c. 183 est représenté
dans la région de Remiremont par des formes etvrï 11, 13-16,
ۏ- 12 qu'on retrouve dans l'a. fr. chevri, et que M. ML., EW.
1655 rattache à un étymon capritus, tandis que M, Grammont
s. v° éèvri propose caprile qui est beaucoup moins satisfaisant.
Cet ancien suffixe e a été éliminé, dans l'aire 17-22, par à
= fr. et ; 'e de la vallée de la Haute-Moselle soulève quelque
difficulté : si nous avons affaire au suffixe attus, la voyelle
devrait être régulièrement ouverte ; et il est cependant peu vraisem-
blable que e puisse être le suffixe des noms d'agents = fr. ier.
Le suffixe «, ur, dont nous avons parlé dans le paragraphe précé-
dent, tend particulièrement à se substituer à â, œr = fr. oir,oire,
qu'il a supplanté tantôt partout, cf. airec. 15, dévidoi r c. 248,
etc., tantôt seulement dans quelques localités, cf.balai c.78, bat-
toir c. 86, mouchoirc. 510, planche à laver c. 584, etc.
Il semble qu'un suffixe « ain » <C amen se soit substitué par-
tout à î dans « (re)gain », cf. § 1 5 1 s. v. automne, et d'une
façon plus surprenante à e =r fr. ier dans jo^e de 6, 7, gésier
c. 388 et dans /)o/^ 3-7 poulailler c. 601, cf. plus loin § 151.
C'est pour des causes analogues qu'un suffixe s'est souvent
substitué non pas à un suffixe proprement dit, mais à une ter-
minaison moins usuelle que ce suffixe -.îy a remplacé iv de gen-
cive c. 380 dans l'aire 1-8', 17-22, et de même j^ de moitié c.
505 a cédé la place à yey, i(;y), cf. § 45, dans Taire i-io, 12,
16-22. E pou van ta il c. 307 est exprimé dans la plupart des
localités par un substantif post-verbal d'« épouvanter », mais dans
Taire i-io le mot, au lieu d'être terminé régulièrement par ot.
— 234 —
l'est par ot, qui équivaut au fr. ctle. Les formes du suffixe qui
est en fr. âge ont éliminé partout la terminaison de.quadruviu,
qui s'emploie au sens de visite c. 795, et d'atripkx : art') i c, 2
b, c, ^ il, 5 a, 6 b, ovirj 9, oi'raige Hingre. mnàt 12 a, t6 a, -p/
lie, 13 a, [4 b, /(Twti/ 5 d, chéneau, sont des formes de « chan-
latte », ci. p. 127, avec le suffixe itta; dans la région de Remi-
remont « trémie » est pourvu du suffixe œr : tremœr ir a, b, 13
a, 14 a, 15 a; seyû, sureau c. 734, de 5 a est accidentel. Pour
couleuvre, cf. § 151.
Parfois, mais rarement, ce n'est pas à proprement parler un
suffixe, mais une terminaison plus usuelle qui s'est substituée à
une autre qui l'est moins : c'est le cas de quelques formes en od,
-t du mot au reste très troublé alêne c. 17. Dans les représen-
tants du fr. archaïque aronde, hirondelle c. 410, on ne voit
pas les causes qui ont amené la substitution d'àd{r) à dd.
Très fréquemment nous nous trouvons en présence de deux
ou plusieurs suffixes, sans qu'il soit possible d'établir s'il y a eu
substitution ou formation différente; pour le faire, il faudrait en
effet connaître l'état ancien des parlers. Il est sans doute assez
probable que fmUre, mouchoir, de 19-22 est dû à une substitu-
tion récente ; mais nombreux sont les cas où l'on doit se con-
tenter d'une simple constatation de faits : ainsi, à côté des dérivés
en œr,ur du v. *pannare au sens de balai c. 78, le Val-d'Ajol a
un dérivé en ûr ; pour désigner les balayures c. 79, le dérivé le
plus répandu de ce même verbe est également en nr, mais 12 et
13 en ontun en n et 12 en outre un enî75,cf. § 147; le charme
c. 160 est exprimé avec deux dérivés, l'un en in, l'autre en ày\
écumoire c. 279, outre Hemii (m.) de 12 qui est récent et
kemot de i r refait sur phrot, présente deux dérivés Q'ç^khnœr et
kèmrùs, ce dernier avec le suffixe ros, anciennement frme <Cancia,
cf. A. Thomas, Nouveaux essais d( philologie française, Paris,
Bouillon, 1904, pp. 62 sq. ; gravier c. 396 et morsure c. 509
n'ont pas moins de trois suffixes; à côté du participe féminin de
*sternire, nos parlers emploient au sens de litière c. 459 N. E.
des dérivés avec les suffixes ïn et ur; oncle L. se dit (i/c; dans
l'aire i-ii, 13-19 et otyà aux points 19-22,-0 au point 12;
— 235 —
purin c. 622, exprimé avec des dérives du latin /o//»m, urine.
ML., EJF. 5129, présente le suffixe er = fr. ière dans la forme
li(hér de 9, 10, 1 1, lé et le suffixe ey = fr. ée dans Inhey de 19-
22; litjt{y) de 1-8', ir, hvhî de 12, lohi de 13, /■///;/ de 14 ont
probablement le même sutlîxe, mais /•///.'/ de 17, 18 sont dans ce
cas empruntés; quanta /•////;■ de 11, lùh'ir de 11, 15, ce sont des
formes croisées. On pourrait allonger cette liste; il suffira de
renvoyer à quelques cartes telles que matou c. 482, paroi c.
5)4, taupinière c. 744, etc.
Le cas des formes qui désignent le fourneau c. 361 est égale-
ment particulier. Tandis que l'aire 16-22 emploie le type « four-
neau » comme le français,/i<«(i, -^ et l'aire 1-15 contient un suf-
fixe correspondant au fr. f/; d. sur l'extension de ce type Hor-
ning s. \° funo p. iio et la c. fourneau de VAL. Toutefois, il
n'y a pas eu en ce cas substitution de suffixe : l'aire i- 1 5 possède
encore le type « fourneau » ; mais, comme elle l'utilise avec un
son particulier, elle a eu recours à une autre formation pour dési-
gner le fourneau. En effet, //m<^ m'a été indiqué par i b, 6 a, 1 1 a-
c, 12 a, b, 14 a, 15 a, lé a, 17 a au sens de feu qu'on fait dans
les champs pour brûler les détritus des récoltes, et il est courant sous
cette forme dans le français populaire de la région duThillot. Du
reste, cette raison n'est pas impérieuse, comme le montre l'usage
de 16 a, 17 a et aussi celui de 21 e, qui emploie/////^ à la lois au
sens de fourneau et de feu de charbonnier. Il est intéressant de
noter que de nombreux parlers lorrains et franc-comtois font des
distinctions semblables : M. Haillant donne pour Uriménil foitnot,
fourneau, et foujié, fourneau à charbon, et il ajoute : « La Forge
(canton de Remireniont) les Foiinnels, censés et fermes. Foiinel
vient du patois Çsic^founé, gazon et broussailles brûlés pendant
l'écobuage. Au Tholy foné Thiviai, Cleurie, p. 266. » Pour les
parlers franc-comtois on notera Grammont, La FrancJje-Mon-
tagne : « fiiànb, fourneau (de charbon ou de cuisine), fubné, tas
et bois de charbonnier, frjànld, tas de racines, herbes sèches...,
etc., qu'on brûle dans les champs en automne ou au printemps»,
Contejean, Monthéliard : « foiièné, f. de charbonnier, foiicnelot
(comme Grammont)», Roussey, Bournois : <■( Jïmô, poêle, fitné,
— 236 —
haut-fourneau. — Tas de bois préparé pour le charbonnier... —
Amas de gazon que l'on fait brûler... », Tissot, Les Four^s :
<■<■ founets, fourneau, fougneaux, hauts-fourneaux, four à charbon.»
§ 149. Dérivés n'existant que dans une partie de domaine.
Assez fréquemment l'adjonction d'un suffixe ne s'est produite
que dans un certain nombre de localités, tandis que les autres
conservent le mot simple. Le plus souvent on n'aperçoit dans le
fait que la propagation d'un suffixe usuel, ou du moins, s'il en
existe une autre raison, on ne la saisit pas et l'on doit se con-
tenter de constater l'usage. Ainsi le premier lait de la vache qui
a vêlé, ci. la c. 438, est désigné partout par des dérivés en re
d'un mot correspondant à l'a. fr. bet, représenté au seul point 1
par bok, dont la consonne finale atteste au reste qu'il a subi l'in-
fluence du dérivé. Oseille c. 337 est presque partout exprimé
par des dérivés en ette d'un simple qui survit sous la forme
Ùjtl =r a. fr. osile à Remiremont et sous des formes corrompues
aux points i, 21, 22. Soc c. 713 présente un dérivé en 0 aux
points 1-8, 12. iMerle se dit niler (f.) aux points 19 et 22, et
M. Haillant la signale s. v° miâle pour Saint-Amé d'après Thiriat;
ce dérivé en er = fr. iêre, qui a dû exister dans toute la vallée de
la Moselotte, mais qui a reculé devant le ir.merl, est assez diffi-
cile à expliquer. Berceau c. 94 est, au Val-d'Ajol, exprimé par
un dérivé brhœr, tiré du verbe, à côté du simple usité partout
et même aussi au Val-d'Ajol. Épou'vantail c. 307, qui, comme
on a vu § 148, est exprimé au moyen du substantif post-verbal
d'« épouvanter », est allongé aux points 11, 14, 15 au moyen des
suffixes œ, œr\ le substantif post-verbal etyeç, qui signifie éclair-
cie c. 269, l'est aux points 18 et 19 au moyen du suflEîxe h.
Quant à kwïy'à, écouvillon c. 275, du point i, on peut penser
qu'il est dû à l'influence du français.
Mais, dans plusieurs cas, on peut discerner une cause plus pré-
cise de là formation des dérivés, et attribuer ceux-ci au désir de
distinguer deux sens. Si, à côté A'ây < *ascla, d. ML., EW.
736, les points 6, 7 ont créé âyot et 7, 8 âyly, au sens d'arête c.
41, c'est qu'à)' s'emploie encore au sens d'écharde, ainsi que les
— 237 —
témoins 19 a, 20 a, 2 1 a, 22 a l'ont attesté. De même si é c h i n e
c. 267 est, dans les localités 12-15, 20-22, exprimé par un dérivé
en èf, c'est que le type « échine » s'emploie dans de nombreuses
localités au sens d'écharde, cf. en ce sens exn i b, 2 b, c, e, 5 d,
6 d, <?- 18, 19 c, )Mnt, baguette à fouetter, Hingre; c'est égale-
ment pour éviter toute confusion de sens que la plupart des
témoins disent « l'échiné du dos ». Si « échine » au sens d'écharde
est aujourd'hui souvent pourvu du suffixe -dit, c'est qu'il y a
des échardes de différentes tailles. On peut expliquer de la même
façon le dérivé kelœéo, kà- de l'aire 1-8, souche c. 719, dont le
simple est d'origine obscure', et il est probable que kesn'èyde 22,
à côté de kestn de i, 2, 5, dont l'étymologie m'est également
i«connue, a eu primitivement une valeur particulière. Dans
beaucoup de localités, éteu le c.^i6 est allongé avec le suffixe 3,
sans doute parce que le simple sert à désigner le champ couvert
d'éteules ; cf. N. E. de la carte. La création du dérivé -èosàt dans
l'aire 20-22 au sens de bas, tandis que 1-8, 19 donne €Ôs et 9-18
€os, est étroitement liée à l'histoire des mots désignant la culotte.
Dans mon enquête, je n'ai recueilli en ce sens que « culotte »
et « pantalon », mais Hingre donne la précieuse indication sui-
vante : « chausse, chausses, culotte », qui prouve que récemment
encore ce mot existait à La Bresse avec cette valeur. Nos parlers,
en abandonnant « chausse » au sens de culotte, l'ont gardé avec
celui de bas, mais dans ceux, comme celui de La Bresse, où l'an-
cien sens résistait davantage, un dérivé nouveau a été créé pour
désigner le bas. Est-il besoin d'ajouter que le fait s'est produit
assez récemment quand le bas est devenu plus usuel ? Cette expli-
cation est confirmée par les cartes 114, 373 de VAL. ; aux points
76, 78, 86, 87 où « chausse » signifie encore culotte, pantalon,
bas se dit « chaussette ». Mais « chausse » au sens de culotte
est partout fortement combattu par le français et tend à dispa-
raître, de là la situation que nous avons constatée dans l'aire 20-
22, où « culotte, pantalon » ont pénétré après la création de
M chaussette », situation qui se retrouve aux points 59, 66, 77 de
VAL.
I- kelœé, qui a été recueilli aux points i, 3, 5, 6 a été oublié sur la carie.
— 238 —
Dans deux cas où le dérivé remonte à une époque très
ancienne, c'est la survivance du simple qui est le fait intéressant,
à savoir celle de pwô, porc, aux points 2, i r, 12, à côté du type
porcellu, cf. lesc. 598 et 681, et celle de va <i vas aux points 1-7,
12, à côté du type vascelln au sens de cercueil c. 145.
Le développement de « noisette », cf. la c. 526, est plus
compliqué : le dérivé « noisette » existe dans l'aire 1-18, le
simple « noix » dans l'aire 19-22; la informe n'y est, au reste,
pas inconnue, car 20 a et b l'ont employée, et Hingres. \° neii et
neuhate indique que Jieuhaîe existe à La Bresse, quoique moins
usuel que neu. « Noix » a dû évidemment exister partout au
sens de « noisette », et la désignation de la noix par un composé,
cf. notre carte 527 et ML., EW.gallicus 3659, laissait la place à
« noix » au sens de noisette; c'est ainsi que 19-22 l'ont gardé
avec cette valeur. Si « noisette » s'est cependant largement
répandu, il faut donc y voir l'action de parlers voisins, ci. la carte
de VAL., et probablement aussi celle du français.
La composition des mots présente peu de faits dignes de
remarque. On notera cependant la création du composé « regain»
faite en vue d'une distinction de sens, dont il sera parlé plus
loin, § 151 s. v° automne et celle de « redevoir », emplové
quand le verbe a un substantif comme complément direct, tandis
que « devoir » est réservé comme auxiliaire; cf. les c. 249, 250.
Quant aux composés ta ib icj-ii = fr. « tard temps » au sens
d'automne c. )<),tljyœtd6, -10 20, 22= « fors temps » au sens
de printemps c. 6ié, ils sont du type très répandu enïvan-
CAis arrière- cour, d. Darmsteter, Cours de grammaire historique de
la langue française, Delzgra.ve, Paris, 3' partie, p. 46. De même
bhr ftl =^ fr. vêtu de bleu, bousier c. 114 des points 4, 6, 9 est
du même tvpe que p. ex. le fr. blanc-poudré, cf. id. p. 47, Dict.
Gén., Introduction, § 203.
CHAPITRE VII
MELANGES DE PARLERS
§ 150.
Il convient d'examiner, comme nous l'avons fait dans la pre-
mière partie, cli. VIII, pour les traitements phonétiques, le rôle
de la géographie dans la répartition des formes. Plusieurs faits
doivent être écartés parce qu'ils n'intéressent pas la norme des
parlers et sont manifestement individuels: tels sont la survivance
de no, nous, chez le témoin 11 b, cf. p. 193, l'emploi de la nou-
velle désinence u à la troisième personne du pluriel de l'indica-
tif présent par le témoin 22 a, cf. p. 117; on en peut dire autant
de di, du, de 13 a, du parfait enâ de 7 b, une seule fois employé
dans ^« elœ, il partit, c. 556 N.-E., de kiôyil, cru de 16 a;
et cette liste pourrait être facilement allongée. Mais, en dehors
de ces faits accidentels, 11 en existe d'autres, d'usage normal et dont
la localisation paraît bien être le résultat d'un mélange de parlers.
1° La région de Remiremont et les deux vallées.
Remiremont a certainement joué le rôle d'intermédiaire pour
la propagation dans les deux vallées du type « l'autre -|- ci,
l'autre -h là » au sens de démonstratif, cf. p. 186 : la persistance
du type antérieur dans les localités situées en amont montre
clairement la direction que suit le nouveau pronom. A vrai dire
on peut considérer ce fait comme lexical ; mais il en est d'autres
de caractère nettement morphologique, à savoir le développement
d'une désinence accentuée à la y pers. du pluriel de l'indicatif
présent, p. 199, et le recul concomitant de l'ancienne désinence
en/, p. 176, phénomène pour l'extension duquel il est permis d'at-
tribuer une action décisive au parler de Remiremont. Le recul de
l'ancienne désinence en / à toutes les 3^' personnes, celle d'une
— 240 —
désinence anciennement en « ois » à la i'"^ pers. sing. de l'in-
dicatif présent, p. 174, attestent également cette action, de
même que la substitution de « je » à « nous », p. 194, ou
l'emploi delà 3* pers. du pluriel après « on », p. 209. En effet,
dans tous ces cas, si l'on fait abstraction des modifications ana-
logiques, qui se sont produites à des degrés divers dans quelques
localités, on constate que l'usage nouveau couvre à la fois la
région de Remiremont et les villages contigus des deux vallées,
tandis que l'usage ancien subsiste dans un nombre varié de
localités situées plus en amont. Parfois une frontière nette sépare
les deux usages, comme par exemple celle qui sépare la dési-
nence en « -ois » de la T'^ pers. sing. de l'indicatif présent et la
formation semblable au français ; mais le plus souvent ils riva-
lisent dans quelques localités, au delà et en deçà desquelles la
norme est fixe : c'est ainsi que « je » et « nous » coexistent aux
points 16 et 17, que 8 a, 8' d, e disent « on ont » et 8 a, c, 8' b
disent « on a ».
L'unanimité dés parlers en ce qui concerne l'emploi du type
« tout -|- par » -f- un pronom personnel au sens de seul, p. 187,
ou la formation d'un imparfait prochain en or, p. 188, ne per-
met pas d'être aussi affirmatif sur le mode d'extension de ces inno-
vations, et cependant il est bien probable que le parler de Remi-
remont a dû contribuer à les faire adopter par les parlers
voisins.
Quant aux réserves que nous avons exprimées au début du
ch. VIII de la première partie, elles ne s'appliquent pas à la mor-
phologie dans la même mesure qu'à la phonétique, et en
tout cas elles ne paraissent pas s'appliquer aux faits signalés ici.
La substitution de:(o, :^ol, eux, elles, à « leur », p. 172, mérite
à peine d'être citée ici; car elle n'atteint que le point lé, où
les deux types de formes coexistent.
2° Le parler de Remiremont.
L'usage du parler de Remiremont présente, ainsi qu'on a dû
le remarquer, de nombreuses variations. Si lé, le, est la forme
unique des témoins a, c-f, le témoin b emploie à la fois lô et le,
/ ; a, c ne connaissent que dô, du, mais e ne connaît que dï et b
— 241 —
hésite entre les deux formes ; (), au, n'appartient qu'à a et c,
tandis que b emploie seulement / ; a et c ne disent que de, e, le,
ntc, mais les autres témoins, i/rf, â. là, nui; nd, nos, est usité par
lia, b, tandis que les autres témoins emploient no. Tous ces
faits correspondent bien à ce qu'on a vu § 85 ; et, plus nette-
ment peut-être que les traitements phonétiques, ils montrent
que les flottements des témoins ne sont pas dus simplement
à la désagrégation du parler de Remiremont, mais qu'ils
représentent dans une certaine mesure des divergences anciennes,
qui séparaient le centre de la ville et la banlieue. Il est en effet
remarquable que les témoins du centre a et c sont d'accord pour
presque toutes ces formes, tandis que les autres, qui habitent les
faubourgs, s'en séparent diversement, notamment le témoin b.
Notons encore que seul ce témoin reforme le masculin de
« vieux » sur le féminin et dit vey pour les deux genres, cf. § 145.
Parmi les formes verbales, seul le traitement phonétique de
la 3'' pers. du singulier du présent d'avoir et du futur oppose le
témoin b aux témoins a et c, cf. p. 201. Ailleurs nous sommes en
présence de multiples modifications analogiques, auxquelles la
désagrégation du parler a pu donner libre cours : c'est ainsi que
tous les témoins emploient dans des proportions diverses etlo
aux trois personnes du singuUer de l'imparfait ; cf. aussi les diffé-
rentes formes du futur de trouver p. 222, etc.
3° Le parler du Val-d'Ajol.
La position excentrique de cette localité peut expliquer les
particularités de son parler : c'est ainsi qu'elle est seule à
employer nd, nous, en fonction tonique, so, je suis, ot = Ir. êtes
à la V pers. du pluriel, à former les six personnes du subjonctif
(sauf dans quelques verbes forts) en h, qu'elle conserve plus de
formations fortes au parfait, cî. § 103, que les autres parlers et,
dans les parfaits faibles, une désinence du pluriel rr que les autres
localités ne possèdent plus, p. 206. Toutefois nous devons nous
contenter de noter ces faits; car la connaissance insuflSsante des
parlers voisins ne nous permet pas de les interpréter avec certitude.
Mais nous pouvons attribuer sans aucun doute au voisinage
Les parlers des Vosges méridionales. 16
— 242 - —
des parlers franc-comtois certaines particularités telles que la
conservation du type de démonstratif « cestui », ci. les c. 141 et
142 N. E., qui a disparu de tous les autres parlers de notre
domaine lorrain, ou celle du pronom lu =: fr. leur au sens
d'eux et elles, et. p. 173 \ Bien plus c'est à l'action analogique
des formes propres à ces parlers franc-comtois que nous avons
attribué la forme set usitée aux deux premières personnes du
pluriel de l'indicatif présent du v. être, p. 202, et c'est égale-
ment du mélange de ces différents parlers que provient proba-
blement la désinence des r^ et 3= pers. du pluriel de l'indicatif
présent et du futur, p. 199.
4'' Autres mélanges.
Enfin, en dehors des faits précédents, notre domaine présente
quelques cas de mélanges de parlers voisins. Si nous avons eu raison
d'attribuer p. 168 le maintien de do à l'action de lô, la coexis-
tence de di et lô au point 14 est due à la rencontre d'usages voi-
sins et différents, le, lui, cf. p. 192, a pénétré des parlers de la
vallée de la Moselotte dans l'usage du témoin 5 g. Enfin nous
avons vu p. 165 que la forme ï, je, ne pouvait pas s'être dévelop-
pée régulièrement dans les parlers de l'aire 18-22, qui l'a donc
empruntée à ceux de la vallée de la Haute-Moselle.
Il existe d'autres cas où des formes sont en rivalité dans diverses
localités, mais il est difficile de reconnaître si le fait provient
d'un mélange de parlers ou de la lutte de formes anciennes et
de formes analogiques nouvelles, cf. p. ex. la coexistence de lût et
;^//t dans l'aire 11- lé, p. 195, celle de /// et de te, iê, t, aux points
13, 15, 16, 17, p. 193, celle des désinences 0 et è à la 3'
I. M. P. Passy, dans un article de la Revue de philoloi:;it' Jiancaisc, 1892,
p. 149, conclut que ce n'est pas la phonologie qui sépare le patois du Val-
d'Ajol des patois lorrains (il n'en retient que le traitement des groupes rt, iJ),
mais des Hùts morphologiques, à savoir la désinence a de la k^ pers. sing.
de l'indicatif présent et la persistance de « nous » comme pronom sujet « qui
suffisent, dit-ii, pour rapprocher le patois du Val-d'Ajol de ceux de Fouge-
rolles et de Saint-Bresson, et pour le différencier de Grangcs-de-Plombières,
Plombières et Cleurie ». Cette distinction n'est vraie que pour la région limi-
trophe. On a vu que d'autres parlers lorrains des deux vallées possèdent égale-
ment ces deux particularités, la désinence de la ff pers. sing. pr. ind. s'y
présentant sous la forme ç.
— 243 —
pers. sing. du condit. au point 15, p. 161, celle des désinences
^ et r à la 3*^ pers. sing. de l'impartait au point 13, p. 160, etc.
Comme on pouvait s'y attendre, le système morphologique de
nos parlers doit infiniment peu à des pariers étrangers : le seul cas
où nous ayons cru reconnaître une telle action est le développe-
ment de ~t'', {Ôl, eux, elles, p. 173.
TROISIÈME PARTIE
LEXIQUE
La vitalité de nos parlers, si abondamment démontrée dans
les chapitres précédents, ne se manifeste pas moins dans le lexique.
Toutefois il va de soi qu'il ne se prête pas, comme la phoné-
tique et la morphologie, à un exposé S3'stématique, et qu'il ne
peut s'agir ici d'épuiser toutes les questions de détail qu'il sou-
lève. Le seul fait d'un caractère un peu plus général et qui per-
mette une étude d'ensemble est le rôle des parlers alémaniques,
qui sera envisagé plus loin § 153 ; en outre le parler du Val-
d'Ajol doit à sa situation excentrique et à son contact plus étroit
avec les parlers franc-comtois un certain nombre de traits lexi-
caux, qu'il est intéressant dégrouper, comme il sera fait § 152.
Pour le reste, le classement alphabétique nous a paru le plus
pratique.
Si nombreuses que soient les notes lexicologiques qui suivent,
elles constituent cependant un choix. L'ignorance des types
étymologiques m'a plus d'une fois arrêté. De plus, le mode
même de mon enquête donne souvent au vocabulaire une trom-
peuse apparence de richesse, ainsi qu'on l'a déj<à indiqué dans
rintrodution de V Atlas, p. xvsq. Les réponses des témoins n'ont
fréquemment qu'une valeur individuelle et momentanée. En
outre, en dehors des termes dont le sens est strictement limité,
les témoins ont souvent répondu par des mots de sens voisin ;
mais on ne doit pas conclure de l'absence de tel terme dans
une localité qu'il n'y existe pas. La multiplicité des termes indi-
qués pour là-bas c. 433 et là-haut c. 435 provient de ce que
nos parlers possèdent de nombreux adverbes de lieu appartenant à
— 245 —
cette catégorie sémantique, et que chaque témoin a dû nécessai-
rement en choisir un pour répondre à :ua question: tout au plus
ressort-il de ces cartes que les composés avec « avant » sont
moins usités que les autres ; cf. aussi les difterents mots « gon-
flée », « enflée », « soufflée » emplovés en réponse à une
vessie gonflée L., ou « ronger », « rogner », « mâcher »,
« racler », « cueillir » et d'autres mots qui n'ont pas leur
équivalent en français dans ronger un os L. Il laut en outre
faire sa part à la suggestion exercée par le mot trançais ou les
commentaires par lesquels je l'ai parfois expliqué : ainsi pour
maladroit c. 467 très peu de témoins ont indiqué lod et nh et
la plupart ont eu recours à « maladroit », pour brasser la
bouillie c. 117 tûye n'a été fourni que dans les localités 6, 8,
12, 18, 21, tandis que les mots les plus usités « broyer » et
« écraser » ont été plus ou moins provoqués par mes explications.
§ 151-
Abri c. 7.
Tandis que toute l'aire i-ii, 14-22 désigne un abri contre la
pluie par un substantif tiré du participe féminin du verbe
« essuyer», cf. c. 311, les deux localités 12 et 13 emploient res-
pectivement les deux formes etb et eto, qu'on retrouve à Uriménil,
cf. Haillant ^/o/ ; VAL. n'a recueilli ce mot qu'au Val-d'Ajol point
57, alors que le type « essuyée » est assez fréquent dans les par-
1ers vosgiens. Ceci donne à penser qu'f^ô est une innovation
récente. L'origine en est claire : c'est le substantif « toit » avec
un ê initial qui est la voyelle de l'article, cf. p. 116, probable-
ment modifiée par un croisement avec le v. « attendre ».
Pour evre, -œ à.Q la carte 6, cf. p. 10, n. i.
Ainsi c. 14.
Cf. pour ce mot p. 127 et p. 133.
Aire c. 15.
Quelques localités seulement conservent encore l'ancien subs-
tantif dérivé au moyen du suffixe 11, et. § 147, du v. « mar-
cher », usité partout au sens de battre en grange c. 87. Bien
que l'aire ié-22 ait créé un nouveau terme issu du v-
- 24é -
« battre », bàhï, la persistance du verbe « marcher » montre
que le recul du substantif n'est pas dû au changement de la
technique, qui a substitué le battage au foulage; il provient de
ce que nos parlcrs l'ont employé également au sens de tléau c.
350, et que cette dualité de sens a été gênante. Actuellement ce
fait n'apparaît plus clairement, parce que le type fr. « fléau » a
repoussé l'ancien terme, qui ne subsiste plus qu'aux points 5 et
12; et c'est probablement la même cause qui a contribué à cette
substitution.
Apprivoiser c. ^6.
Les {ormQseprèje, -be, cprlhe de l'aire 10-16 sont dues à une
modification causée par le participe passé du v. prendre, dont
Vî est encore conservé aux points 1 1 et 1 5 dans eprihe. Toutefois
ce croisement s'est probablement produit non pas avec un repré-
sentant d' « apprivoiser » mais avec celui de l'anc. fr. aprisonntr,
qui est attesté à Uriménil par aiprchnié, ainsi que M. Haillant
l'a bien reconnu. Pour epermeje de 8', cf. p. 129.
Appuyé c. 37.
Le mot le plus répandu est un représentant du fr. accoter : on
sait que le français possède deux homonymes, l'un composé de
coste,Y2LUirQ àQ cote, ci. D. G. ekotà de 19-22 paraît bien repré-
senter le deuxième ; quant aux formes avec 0, elles sont issues
de ce tvpe avec allongement ou du premier, sans qu'on puisse
se prononcer. Qiioi qu'il en soit, dai\is Taire 1-8, « accoter » a
été modifié en ekùtà par la préposition kàt. Dans les deux vallées,
un verbe nouveau tend à s'y substituer, ebœir, dont Vœ est
allongé au point 2. Je l'ai en outre recueilli au sens de barrer,
enrayer L., mais il ne semble pas exister en dehors de cette
aire. C'est un composé parasynthétique du substantif bar,
barre L., qui a donné naissance à d'autres dérivés, comme on
peut le voir dans mon Lexique français-patois ; mais l'origine de
ce mot et ses rapports avec le fr. barre sont obscurs.
Arc-en-ciel c. 40.
Les parlers orientaux ont pour désigner ce phénomène céleste
une très grandes variété de dénominations qui consistent à appe-
ler l'arc-en-ciel couronne, arc, etc., de tel ou tel saint, cf., outre
— 2^7 —
notre carte et celle de VAL., Dartois p. 229, Adam p. 298,
Haillant Uriménil couronne de Saint-Lua, Hingre La Bresse
cotirôe-San-Ninâ. Mais les deux parties du composé ont subi de
nombreuses corruptions. Dans notre région, le type fondamen-
tal de la première partie est « couronne », qui a été remplacé
dans plusieurs points par des mots locaux de prononciation et
de sens approchants, koroy i, 2, 3, kû-S>, ij, 18, et aussi courôe
Hingre, cf. courroie/.. ; 21 a emploie, peut-être par substitu-
tion personnelle, k/irû qui désigne proprement les sentiers rapides
où on fiiit glisser les arbres, cf. sentier L. Quant au nom du
saint, « saint Bernard » n'existe qu'au point 12, partout ailleurs
on trouve « saint Linart « (sur ce saint v. Mas-Latrie, Trésor de
chronologie, p. 769) sous quatre formes lïnà, nïnâ issue de la
précédente par assimilation, lùnâ peut-être d'après « lune » et
Uia d'origine obscure. « Couronne du beau temps » de 13 b
est une expression sans doute accidentelle.
Argile c. 43.
Dans la plus grande partie de notre domaine, l'argile est actuel-
lement désignée par des périphrases c rouge terre » 12, « terre
grasse » ou « g. t. » i, 4, 6-20; mais dans la partie extrême des
deux vallées on trouve d ledil 22, -dyel i, 2, 5, 18, 19, 21, où
il m'est impossible de couper le mot, obtenu presque partout
avec l'article, cf. cependant dyel 2 c, edyel 2i c aux N.E. Les
périphrases semblent être récentes et avoir éliminé des formes
du mot qui subsiste aux points i, 2, 5, 18, 19, 21, 22. M.
ML., EW . 641, signale, avec une référence erronée aux Mélanges
d'étymologie française de M. Thomas, une forme ardile qui serait
fréquente dans les patois français, et propose d'y voir un croise-
ment d'argile et à'ardoise; on peut l'expliquer aussi par un croi-
sement d'argile avec le mot de même sens et d'origine inconnue
derle. edïl de 22, confirmé par aidile de Hingre, conserve la forme
la plus ancienne et est devenu {e)dyel par un développement
d'î en ye dont nous avons parlé § 67.
Arranger les vaches c. 46.
J'ai indiqué dans l'introduction de mon Atlas, p. xii, que j'ai
commis un lotharingisme en employant le fr. arranger au sens
— 248 —
de nettoyer l'écurie, préparer la litière et donner le repas. En
effet la plupart de nos parlers se servent en ce sens de formes
représentant le fr. arranger, dont elles sont probablement des
adaptations assez anciennes. Cependant les deux points 13 et 14
ont un autre terme erive que Haillant signale aussi à Uriménil ;
« airrivè, donner à manger et à boire au bétail » ; il existe éga-
lement à La Bresse, où Hingre a relevé en outre d'autres sens :
« airivè, préparer, arranger, orner, faire la toilette, se dit en par-
ticulier, comme synon. d'airehé, pour donner au bétail son repas
et fliire sa litière ». On ne peut pas séparer ce verbe du fr. arriver,
qui est souvent employé activement dans l'ancienne langue; il est
vrai qu'on ne l'y trouve qu'avec le sens de mener, conduire, cf.
p. ex., dans un texte du xv'' siècle cité par Godefroy, « arriver
les gerbes en la grange » ; mais on voit aussi par cet exemple
commentée verbe a pu en venir au sens d'arranger. L'existence
d'airh'ê à La Bresse, loin des points 13, 14, semble même prou-
ver qu'« arriver » a précédé dans notre domaine « arranger » et
qu'il a reculé devant lui.
Automne c. 59 et les noms de saisons.
L'automne est désigné par trois types, un premier correspon-
dant au radical du fr. « regain » dans les localités 12-18, un
deuxième là to, c'est-à-dire « tard temps » dans l'aire 14-22 et un
troisième « la saint Martin » dans toute la vallée de la Haute-
Moselle et à Rémi remont. M. Thomas a établi dans la Romania,
XXV, p. 85 sq., que l'a. fr. gain, qui a donné le composé actuel
regain, provient d'un étymon *vuadimen et ne doit pas être con-
fondu avec le fr. moderne gain, substantif postverbal de gagner,
au à ennement gaaing nier. Cette explication qui convient au fran-
çais ne suffit pas pour nos parlers ; en effet / nasal y est toujours
représenté par 7 ou / dénasalisé, cf. vl, vin, 1-22, chemin
c. 171. Or regain c. 639 a dans nos parlers ^ au point 12, e^'dans
l'aire i-io, et la voyelle dénasalisée é dans le reste du domaine.
Il faut donc admettre ou qu'il s'est produit une substitution de suf-
fixe, cf. § 148, ou que « (re)gain » s'est croisé avec des formes
de « gain, gaaingnier » aujourd'hui disparues (les formes du v.
« gagner » ont été toutes reprises récemment au français ; mais
— 249 —
les parlers limitrophes de la Franche-Comté emploient une forme
phonétique de « gaaingnier » au sens de semer, vèni 23-26
et AL. c. semer). Quoiqu'il en soit, nos parlers ont, par exten-
sion de sens, appliqué à Tautomne « gaim », qui au sens propre
désigne le regain. Les deux sens coexistent encore aux points
16-18 ; mais cette double acception semble avoir causé quelque
gêne et, pour y échapper, 12-16, tout en conservant « gaïm »
pour l'automne, ont formé un composé avec re- pour le regain,
peut-être sous l'influence du français (qui a de son côté créé
regain pour échapper à l'homonymie de gaïm qi gain, substantif
verbal de gaaingnier). Mais « gaïm » au sens d'automne a paru
peu expressif; c'est pourquoi la plupart des parlers ont conservé
« gaïm » au sens de regain et créé de nouvelles expressions plus
significatives pour l'automne, dans l'aire 19-22 tàtoti dans l'aire
i-ii « la saint Martin », qui tombe le 11 novembre et constitue
une des deux dates annuelles pour le paiement des loyers. L'autre
date est la saint Georges, qui tombe le 23 avril ; mais on remar-
quera qu'elle ne désigne jamais le printemps, parce qu'évidem-
ment une telle expression est insuffisante pour le renouveau.
La dénomination du printemps c. 616 a donné lieu à une
innovation qui couvre tout notre domaine, et qui étymologique-
ment est formée de l'infinitif du v. « issir » et de l'adv. fyœ <[
foris (les parlers de la Franche-Comté ont substitué « partir »
à « issir », qu'ils ont perdu ou qui leur manquait). Quelques
innovations secondaires ont été créées en différents points ; le
Val-d'Ajol connaît, outre le type commun, le participe féminin
œci ; bwo to, bon temps, est une expression personnelle du seul
témoin 4 a, mais « fors temps », outre 6, occupe les localités 20
et 22, qui emploient ta to pour l'automne.
L'été est désigné dans la plupart des localités par « année » :
cette spécialisation de sens est fréquente dans de nombreux par-
lers, non seulement dans les parlers romans, cl. AL. c. été, ML.,
EJV. 487, mais dans beaucoup de parlers indo-européens, comme
M. Meillet a eu l'obligeance de me l'indiquer, cf. les mots armé-
niens am, année, et amarn, été, de la même racine que l'ail.
sommer, etc. C'est qu'en effet l'été est pour l'agriculteur la saison
— ■ 250 —
la plus importante et qu'il en vient ainsi à l'identifier à l'année.
Une nouvelle innovation «chaud temps » s'est produite dans la
région qui désigne le printemps et l'automne pa.r fyw to et ta ta.
Je l'ai recueillie aux points 19, 21 et en outre au point 12, et
Hingre donne pour La Eres<,e chau- ta.
Quant à l'hiver, non seulement la désignation de cette saison
n'a donné naissance à aucun terme nouveau, mais 1-17 ont
même repris le mot au français, ci hvr 1-17, t'vyâ 18-21, -v^
22.
Avec L.
A côté du type « (d)' avec » usité partout, le témoin 22 a a
employé la locution detod, qui représente l'anc. fr. «/o/// précédé
et suivi de de, au sens instrumental dans la phrase [« marquer
avec de la craie »] et au sens d'accompagnement dans la phrase
[« vous êtes venu sans rien ^)], qu'il a traduite... d efo d ro ; de
même le témoin 17 c l'a donnée avec ce deuxième sens dans
d t'tô t se mrâl, avec sa charrette, Texte 32, c, p. 173 L. Cette
locution d'origine ancienne a dû être connue de tous nos
parlers, et c'est à la concurrence d'« avec ^) qu'il faut en attri-
buer le recul, tel qu'aujourd'hui elle paraît être inconnue des par-
lers lorrains autres que ceux de la vallée de la Moselotte, d.
Adam, p. 190, et AL. ce. 345 et 864. M. Behrens, Bcitràge,
p. 29, est disposé à croire qu'elle n'a plus que le sens instrumen-
tal, et déclare qu'il n'a pas trouvé d'exemples où elle marque
l'accompagnement: les faits indiqués plus haut montrent que les
deux sens existent encore.
Averse c. 62.
Malgré la pénétration du mot français, on voit que nos parlers
possèdent encore de nombreux termes locaux pour désigner ce
phénomène atmosphérique. u'eç<), -c 1 2, luàç 20, 22 représentent
sans doute un substantif verbal de « verser ». Un mot plus
répandu est nV de 2, 8', -d de 9, 14-17, 19, 21, 22 ; c'est le
substantif verbal du v. roçe, pleuvoir à verse, que j'ai recueilli
aux points 9, 15, 16, et que Hingre donne également avec des
sens plus complets : « Rôkké, v. n., ruisseler '. Tomber à verse,
I . Hingre paraît avoir donné ce sens en premier lieu, sous l'inHucnce du
— 251 —
comme la grêle. Frapper de grands coups. » De ce verbe sont
également dérivés à La Bresse rôkhée et rôkbesse, indiqués par
Hingre qui, par contre, paraît ne pas connaître ro^. C'est ce
même verbe qu'il faut reconnaître dans roJché, rosser, d'Uriménil
et rohbi, frapper fortement, tousser beaucoup, du Tholy, Adam,
p. 283 . Il existe également dans les parlers francs-comtois, cf.
Vamher\u,Chdtcnois, « roikcbîc, rosser, frapper à tour de bras... Se
dit aussi de la pluie qui fouette sur une habitation. » De ce verbe
est dérivé le substantif n^/îrr/j/^, identique à rbei de notre aire 24-
26, et l'on trouve les mêmes indications dans Contejean, s. v°
rôchie, verbe et substantif. Vautherin dit avec raison à propos
du verbe que ce mot... ne provient pas du français, et cite
l'allemand miischeii, bruire ; mais il se contente de faire un
rapprochement sémantique, tandis qu'il faut v voir l'étymon
même du verbe. Comme Martin, II, 286, ne donne que le sens
de bruire, il faut admettre que l'extension des sens s'est produite
dans nos parlers. Les autres mots de la carte ont moins d'impor-
tance : râpes de 19, donné par 6 a au sens d'orage L., est sans
doute récemment issu du fr. emprunté râper, avec un déve-
loppement sémantique, qui n'offre pas de difficuliés (dans le
français populaire du Thillot, j'ai souvent entendu ropé (f.) au
sens de rossée). Quant à grises de 13 a, on voudrait pouvoir le
rattacher à l'allemand gicsseii, cf. Martin, I, 2 38 ; mais mon
enquête et les lexiques régionaux ne donnent le verbe dont il
serait dérivé qu'au sens de glisser, cf. la carte 391, giiissié
Hingre, ginssé Hâ'ûhm, qui sont issusdutr. «glisser». Il est donc
difficile de décider si gh^s est une création individuelle ou la
dernière trace d'une série de mots issus de l'ail, gicssen et au-
jourd'hui disparus.
Baratte c. 82.
Des différents mots qui désignent la baratte, bœte de l'aire 1-6
correspond au v. fr. boistel, dérivé de biixida, d.ML.,EfV. 6892,
ainsi que le montrent plus ch'wemQinbestèye, baratte, de Gérard-
mot rôkhè, ruisseau, avec lequel le v. rôkhc n'a cependant aucun rapport éty-
mologique. Tout au plus peut-on admettre que le verbe a pu modifier la
vovelle de la syllabe initiale de « ruisseau ».
— 252 —
nier, Adam, p. 302, et beukhie boisseau, cuveau rond, élevé et
étroit..., de La Bresse, Hingre. Quant à bœs de 7-1 1, 13-22, il
provient de huttia, cf. ML., EW. 1425 ; quelques parlers de la
Moselotte en précisent le sens en ajoutant l'adjectif /v/;'«.<- : c'est
le cas de 18, 19, et Hingre donne également bciisse baitrasse.
Enfin le Val-d'Ajol a une forme particulière bhœs, qui se trouve
également aux points 25 et 26, et dont la terminaison est diffi-
cile à expliquer. Il semble que nous ayons affaire à un dérivé tel
que « battoire », dont la consonne finale a été remplacée par
croisement par celle de bœs. D'après le sens actuel de beukhtè à La
Bresse, bâte de 1-6 au sens de baratte paraît être une innova-
tion récente. Quoi qu'il en soit de ce point, on notera que bas
est usuel dans les parlers francs-comtois pour désigner la ruche,
cf. bœs 23-26 ruche L., bès Grammont, beiisse Poulet, etc.
C'est certainement une autre forme du même mot qu'il faut
reconnaître dans bos qui a le sens de ruche dans toute l'aire i-
22, cf. aussi bosse Baillant, et dans les formes bus Grammont,
bosse Poulet, bosse Vautherin, etc., qui signifient tonneau, panier.
Il est remarquable que tous ces parlers aient utilisé sémantique-
ment ces deux séries de formes qui se sont développées phoné-
quement du même type buttia : on peut en effet considérer bœs
comme issu de bôs <C butlia en position entravée, cï. Gram-
mont, p. 77.
Battoir à 1 inge c. 86.
Cet objet est désigné par des termes très variés. Le type dérivé
de battre « battoir » ou « battoire » n'exis'e qu'aux points i, 2
et 8, et, sauf en ce dernier point, il est en rivalité avec d'autres
mots. Le dérivé de « pelle », « palette » et ceux de « taper» ont
une plus grande extension. Cette grande variété vient sans doute
de ce que l'objet date d'une époque assez récente, où les parlers
sont moins cohérents. De plus ce n'est pas un objet très usuel,
de sorte que les sujets parlants gardent une plus grande liberté ;
c'est pourquoi deux formes et même davantage coexistent dans
plusieurs localités. La date récente de la création des mots se
reconnaît à leur forme souvent à demi française, p. ex. dans le
radical de tàpœr aux points 2, 5,7 et dans pâlot de la vallée de
253 —
la Haute-Moselle, qui est un compromis entre le français et le
patois. L'emploi de tôpœr par les témoins [ii a et c au sens de
battoir à fumier donne à penser que la désignation de cet objet a
pu jouer un rôle dans les variations de celle du battoir à linge;
mais mon enquête insuffisante sur ce point ne permet que de
poser la question.
Bavarde. 88 et bavarder id. N. E.
Ces deux mots sont de ceux qui se renouvellent aisément.
Outre le type correspondant au fr. « bavard » et qui en est peut-
être une adaptation, nos parlers en possèdent plusieurs plus ou
moins répandus, trolâ, tràlà, recueillis en différents points de
deux vallées et le fém. trol sont issus du v. trblà, qui se déduit
des formes d'ind. présent que j'ai recueillies, et se rattachent peut-
être au V. fr. frôler, bien que le sens fasse quelque difficulté.
bivàdïe de 17-22 etbedîô de 12 proviennent de leur côté d'un
verbe qui correspond à l'anc. fr. bredeler, bredouiller, cf. à la
Franche-Montagne bè'ge, -èl. C'est par une extension de sens sem-
blable que bwerbûyâ, dérivé de « barbouiller », qui signifie
bégayer, cf. plus loin, est pris au sens de bavard par 10 c,
et que le Val-d'Ajol emploie un v. bràklà, dérivé de bràkâ,
broyer, dont le substantif verbal bràk a été indiqué par 12 a pour
bavardage L., par une extension de sens facile à suivre : on
a pris par plaisanterie une expression telle que broyer la bouillie
au sens de bredouiller, d'où bavarder, prakela, jaser, babiller, de
La Bresse, Hingre, et dont il faut rapprocher proklâ, bavarder, de
24, représente ce même type avec le p initial de « parler » ou de
« prêcher », qui a le sens de parler dans plusieurs localités.
Quelques témoins emploient même des adjectifs signifiant men-
teur, par ex. bfidii 5 a, 7 a, b-iijû 12 a, etc. Quant aux verbes
màrlàke de 14 et jàblâ de 5 (qui se déduit de la forme jàbcl^ et
d'où dérivent les adj. féminins jdbler ou jàbel, l'origine en est
obscure : peut-être le deuxième est-il une forme croisée des
deux types de jâ:{le indiqué par 11 f et du fr. « gaber ».
Bégayer c. 92 et bègue id. N. E.
La richesse de ces mots est comparable à celle des précédents.
bôgye des points 13-15 correspond au fr. bégayer, et begnP 2
— 254 —
huàgnî de \:. vallée de la Moselotte contiennent le même radical
avec un autre suffixe. Outre ce type, quelques témoins ont em-
ployé « barbouiller », d'où procède sans doute avec un autre
suffixe In'rbddà de 5 ; hehvt que je n'ai recueilli qu'à Remiremont,
me parait dérivé du verbe dont j'ai relevé en quelques points
les formes hekà, hàkà < ail. hacken piocher L., avec une exten-
sion de sens analogue à celle de « broyer » au sens de bavar-
der. Quant à (Ji)ergene de la vallée de la Haute-.Moselle, il est
peut-être issu du type « barguigner », cf. tisonner plus
loin, dont la consonne initiale aura été modifiée par le v. précé-
dent. C'est peut-être la recherche de mots nouveaux et expres-
sifs qui a amené en outre l'emprunt du fr. bégayer, que nos
parlers renouvellent encore par des modifications phonétiques
dans be:(éye. Mais il est possible aussi que l'emprunt du mot tr.
soit causé par la concurrence des différents mots patois.
Berceau c. 94.
On a déjà vu p. 81 que l'absence de diphtongaison y est due
à une influence analogique de formes verbales atones. D'autre
part l'ancien groupe final de l'étymon bers n'est conservé que
dans l'aire 1-8' ; ailleurs ce mot a été refait sur lit c. ^58. Si
bive de 9- 11 ne s'accorde pas tout à fait avec le de 9, 10, Ity de
11, cette différence provient d'une action récente de « bercer ».
Berger cf. vacher.
Bergeronnete c. 97.
Le type « hoche-queue » a fait reculer une désignation plus
ancienne « bergerette » qui ne subsiste qu'aux points 5 et 19-
22, c'est-à-dire dans les parties extrêmes des deux vallées.
« Hoche-queue » lui-même a été postérieurement modifié en
« hoche-cul» qui couvre presque tout le domaine, d. aussi bouche-
cul à Uriménil. Seuls 2 et 12 conservent le type antérieur, mais
12, d'accord avec les parlers francs-comtois (sauf la substitution
postérieure de « cul >? au point 23) a créé un nouveau terme
« lave-queue », qui a évidemment été précédé par « lève-
queue ». C'est à tort que roc: kïi de 21 a est considéré
dans les N. E. comme une déformation individuelle ; ce mot
existe réellement et sert à désigner un autre oiseau, le rouge-
queue, ainsi que Hingre l'indique s. v" râge-cu.
— 255 — .
Be Ligler c . 98 .
Le mot actuellement le plus répandu pour exprimer le beu-
glement ordinaire des bestiaux correspond à l'a. fr. rcjaner,
composé qui se rattache, avec changement de la terminaison de
l'infinitif, au latin ^annire, cf. ML., EW. 3676. buvi (a) ou -(c)
des deux vallées et liuâKjt) du Val-d'Ajol ont la même origine
que le fr. bêler, et Hingre donne à bivêlè, comme premier sens,
celui de bêler ; mais comme ce verbe signifie aussi pleurer, cî.
plus loin, il est actuellement impossible de reconnaître si
l'extension de sens s'est faite directement de bêler à beugler
ou par l'intermédiaire de pleurer. Quant à bœl(e), c'est vraisem-
blablement une adaptation récente du fr. beugler avec une modi-
fication causée par « bêler », et cet emprunt paraît avoir été fait
par recherche d'un mot nouveau, comme on l'a vu à propos de
bégayer.
Bousier c. 114.
Tout notre domaine emploie un conr.posé formé, comme le
français fouille-merde, d'un verbe signifiant fouiller et d'aétron »,
et peut-être sur ce modèle. Le traitement même d'« étron», qui
ne présente plus de trace du s précédant anciennement /, même
dans les parlers de la Moselotte, cf. § 43, semble indiquer
que ce composé a pénétré dans les vallées en venant de la région
de Remiremont. L'élément verbal présente de. sérieuses difificul-
tés : le type le plus répandu se rattache au v. folne, que j'ai
recueilli dans plusieurs localités au sens de fouiller L., cf.
3.USSI feu Igné Raillant, folegné Hingre ; mais l'origine de ce verbe
est obscure, et s'il est tentant de le rattacher kfœnc, fêne, fouil-
ler, fureter, fréquents dans notre domaine et eux-mêmes issus
d'un représentant du tr. fouine •< fiiscina, cL Jeune, fouine,
Haillant, les rapports de ces différents mots et en particulier
l'explication du / de fœhje ne peuvent pas être établis d'une
façon satisfaisante. De toute fliçon fœn otrà, fœii- de 14, 15
paraissent des retormaàons récentes ; le fait n'est pas douteux
pour/«/ àtrà du Val-d'Ajol, dont l'élément verbal correspond au
ir. fûuger, type dont fus tro de lia et bœj kro de 8' a sont des
corruptions assez obscures, la deuxième peut-être par blœ fti, et
— 256 —
toutes deux probablement individuelles ; de même le dérivé
foJno de II a semble être une création personnelle. Enfin
quelques parlers de la Haute-Moselle emploient un autre terme
hla' ft1, qui équivaut au fr. « bleu vêtu », dont on ne peut
actuellement dire si c'est une innovation récente ou un mot
antérieur au composé « fouille étron ».
Bouvreuil cf. Pinson.
Bruiner c. 124.
Les parlers manifestent une grande activité créatrice pour ce
phénomène atmosphérique. A côté des formes verbales pyœvot du
point 2, pyœv'èn id., refait aux points 2, 4, 6, 10, 15, 16 sur
pyœï, -j, pluie, ro:;en de 8', de même famille que « rosée », cf.
rôsegnc, Hingre, les témoins ont employé plus fréquemment des
locutions dont le substantif porte l'idée essentielle, « il fait de la
petite, de la fine pluie » en quelques points, « il fait, il tombe
de la poussière », ci. la c. 603, aux points 7, 8', 9, 2[, 22, et
surtout une expression recueillie dans la plupart des localités et
formée avec un substantif masculin rÔ:^è 1-8', 4 11, 13, 17-22
ei-â 12. C'est vraisemblablement un dérivé duradical de «rosée»
au moyen du suffixe qui est ain en fr. < amen, de même que
pieiivin, petite pluie fine, d'Uriménil, pieiivi, longues pluies, de
La Bresse sont dérivés du radical de pleuvoir avec un suffixe cor-
respondant au fr. in < imen. On pourrait aussi proposer d'y
voir des dérivés des types verbaux « rosiner, rosigner, pleuvi-
ner » ; mais la première explication est plus probable, en rai-
son de la forme même des substantifs. Au contraire roscncsse de
Vagney, Adam, p. 358, est manifestement postérieur au verbe.
Cache-cache c. 131.
Le terme le plus répandu pour désigner ce jeu d'enfant est
" à la cachette >;, qui tend à faire disparaître les autres, ainsi
que l'ont formellement indiqué 12 c et 22 b. / rfpà, qui n'existe
plus qu'à La Bresse, contient le v. « racheter » ; Hingre s'en est
bien rendu compte et explique d'une façon satisfaisante le déve-
loppement du sens : « Raikketa, s. m., jeu de cache-cnche, où
l'on cric Raikkta — racheté! quand on a découvert l'un de ceux
qu'on cherchait ». C'est également l'usage du français popu-
— ^)/ —
laire du Thillot, où les enfants crient à cette occasion : « Ra-
cheté un tel )) . « Au trente " et hoter et -œt\ dérivés du v.
« compter », l'un avec le suffixe er = fr. ière^ l'autre avec le sut-
fixe (vr =: fr. oiir viennent de ce que les enfants se comptent
pour désigner celui qui devra rechercher les autres. L'article
masculin / de Taire 9, 16-19 devant kdiér peut être dû au genre
du mot « jeu » ; par conséquent on ne peut pas en inférer que
cette expression soit postérieure à « au trente », à laquelle elle
devrait son article. Par contre, dans / kweéot de i a que ce témoin
a indiqué immédiatement après i trot, î, du reste accidentel, pro-
vient évidemment de / trot.
Casserole c. 137, Écuelle c. 278, Marmite c. 480, Sou-
pière c. 722, etc.
il est nécessaire d'étudier ensemble les termes qui ont été don-
nés pour les différents mots français désignant les récipients de
cuisine, casserole, marmite, poêle, pot, soupière et même écuelle,
jatte, car beaucoup de témoins les ont mal distingués : heureu-
sement j'ai obtenu d'eux des explications assez abondantes et pré-
cises pour qu'on puisse interpréter leurs réponses. Au reste les-
principales innovations consistent à emprunter, en les adaptant
plus ou moins, des mots français : «casserole, daubière, gamelle,
marmite, soupière, terrine, tourtière » sont des emprunts tout
récents, « écuelle » est un peu mieux adapté ; de « pot » et
même de « poêle » on ne peut rien dire en s'appuyant sur la
forme. Nos parlers semblent donc avoir été assez pauvres ; et
cette pauvreté du vocabulaire vient sans doute d'une pauvreté de la
vie sociale. On se serait attendu à trouver du moins quelques
termes anciens pour désigner les ustensiles en bois ; mais, bien
que j'aie spécifié en demandant jatte qu'il s'agissait d'une écuelle
en bois, je n'ai pas obtenu de mot particulier, sauf rôdlô de 2 a.
L'examen des lexiques confirme les données que j'ai recueil-
lies : Haillant, tout en indiquant etieide, écuelle, traduit caissottt
éi^alement par écuelle. Hingre de son côté traduit caissate par
carlin, soupière, terrine. Et cependant, à côté des mots que nos
parlers ont empruntés au français, évidemment avec des objets
Les parlers Jes Fosges inériJioHalcs. ly
- 258 -
nouveaux, on trouve quelques tenues locaux, qui montrent que
nos parlers n'en ont pas été uniquement tributaires. A côté de
« cassette », dérivé de « casse », cï. D. G. casse i, de noni-
breux témoins ont indiqué, en réponse à casserole et marmite,
diftérentes formes dérivées d'un mot emprunté aux parlers
alémaniques kachel, cf. Martin, I, 419, koklôl 2, 8', -ot 14, 15,
-àt 16, 17, -râl 12, -ôt 14 D, casserole c. 137, koklùt 11,
kàklat 18, 22, marmite c. 480. (Lé fr. cocoth' n'a aucun rap-
port étymologique avec ces mots.) Le simple ne paraît plus
exister dans nos parlers, mais ceux de la Franche-Comté le pos-
sèdent encore, d. cocèl « grandes jattes >• La Franche-Montagne,
cag /telle f vaisselle grossière de cuisine, Montbéliard, câqiielle,
ustensile en poterie, Chàtenois, etc., et aussi kohor^ poêle à
frire, 26 a, poêle L. Dans les parlers lorrains voisins de notre
domaine il ne semble pas avoir une grande vitalité : Raillant s.
v° coquotte ne donne que canquelatte communiqué par Thiriat,
c'est-à-dire pour la région deSaint-Amé, et cauqueloUe du Tholy,
et Hingre, ordinairement si riche, ne donne rien. Outre ce mot,
La Bresse en emploie un autre hnlàl, diminutit de « boule»,
donné en réponse à casserole et manuite, avec des explications
contradictoires des deux témoins a et b; celle de b, cf. N. E.
de la c. 13 1, doit être exacte, car elle concorde avec celle de
Hingre : « boulale, bouillotte, bouilloire, petite marmite à trois
pattes et une queue ». Soupière ç. 722 présente également un
mot local d'origine incertaine kàrlî 13, 14. 15, khi (m.) 5, 21,
22. Les notes de Hingre: <ihairJe,s. m., carlin, soupière. — Cais-
sate, carlin, soupière, terrine » montrent que carliu est du
français régional. Le mot atteint à peine Urimci'il, car Haillant
dit : « carliu, indiqué par quelques personnes pour désigner un
plat de soupe ». U Allas lini^nistiqiic c. soupière l'a recueilli
dans quelques localités avec un s initial qu'Adam p. 373 donne
aussi pu' Le Tholy, scarlin. Carliu de Leintrcy (canton de Bia-
mont, Meurche et-Moselle) étend le domaine du mot jusqu'au
nord de la Lorraine. Haillant ajoute à prop.)s de carlin : « Pa-
tois alsacien kcrlc et chcrle, jatte à large ouverture (Haute-Al-
sace, Suisse)», mais je n'ai pas trouvé ce mot dans Martin. Tou-
_ 2)9 —
tctois il n'est pas douteux que karl'i soit dérivé du simple khi.
Or, je remarque dans Martin s. v" kcrl ■= ail. Kerl que les
parlers alsaciens emploient ce mot pour désigner tout être et
même tout objet gros. Un autre fait notable, c'est le genre mas-
culin de kerl, d'autant plus qu'à peu près tous les autres mots
sont téiuinins. l'our ces raisons il est très vraisemblable que
notre mot représente l'alsacien kcrl, appliqué par plaisanterie à
de grosses casseroles. Les formes avec.nnitial s'expliqueraient par
un croisement avec « écuelle ». Il est vrai que ce mot ne parait
plus avoir actuellementde y initial, mais il a pu le perdre sous l'in-
fluence du français : c'est ainsi qu'à Gérardmer on dit actuelle-
ment kwc/, écuelle, ei que cependant skïlc, soupière, a une syl-
labe initiale qui suppose une tout autre forme d'à écuelle >\
Etîtin, bien que pO soit usuel dans toutes les localités, non
seulement un diminutif en et propre à nos parlers a été créé, ci.
pot L., mais un mot de formation ancienne subsiste encore en
plusieurs points, à savoir un dérivé en d de « broc » au sens de
pot de grès, de terre, etc. : brœéô 2 c, 5 d, 19 c, 2 i a, 22 a, -^-
8' t, 9, 12 a, r_| b, 16 a, i8," cf. aussi Hingre bn'iirl)on, petit
pot, pot en grès.
Chaise L.
Tout notre domaine emploie le tvpe " selle » : c'est une in-
novation, qui n'a laissé subsister que de faibles traces du mot
antérieur issu de cathedra, çeyœr 14 a (15 a ne l'a donné que
comme usité dans la montagne), et kbayére à La Bresse, d'a-
près Hingre. Mais ces tormes ne sont pas des représentants
réguliers du type étymologique, et il en est de même de khayeur
d'Uriménil et de nombreuses formes lorraines, cf. Adam
p. 309, Horning p. 112. M. H. s'est bien rendu compte, § 23,
que yeyœr ne peut pas provenir de cathedra, mais il n'a pas
proposé d'explication. L'origine du trouble causé dans le déve-
loppement phonétique de cathedra est pourtant simple : il y a
eu d'une part un croisement avec le verbe « asseoir », qui a
modifié la consonne initiale, comme par ex. kbayére de La Bresse,
et d'autre part une substitution de suffixe, heyœr, donné par 2 c
au sens de siège, est même si complètement refait sur «asseoir»,
— 26o —
qu'il paraît en être dérivé avec le suffixe ^é/ ; mais, tout comme
les autres formes, c'est une transformation par étymologie
populaire d'un représentant de cathedra.
Champ c. 152.
Le champ communal n'est plus désigné par « essart )> que
dans l'aire 1-7 et à La Bresse, et cependant « essart » est attesté
dans de nombreux noms de lieux de notre domaine, d. p. 137.
Un mot nouveau sV est substitué dans l'aire 8-22 (les localités
situées autour de Remiremont paraissent l'avoir perdu, ou du
moins mes témoins ne le connaissent plus ; toutefois les témoins
de Bellefontaine ont indiqué que l'essart n'y existe pas), et
apparaît même dans les localités 5-7 : sous ses formes diverses,
il représente un type « brisoir x, attesté par la forme hriseux
d'un texte de 1696, qui est une reconnaissance par plusieurs
habitants de la paroisse de Ramonchamp de droits dus au curé :
Inventaire sommaire, III, p. 8, col. i, c'est-à-dire champ où on
brise la terre, cf. aux notes explicatives de la carte 434 l'expression
kdsâ ï lœ, labourer un champ communal qui n'a pas encore été
cultivé. Il existe en outre une autre innovation moins répan-
due,/^â 5 a, c, ^,fç(i ou veÇà 19 a : c'est le participe pris subs-
tantivement du V. « verser », cf. la c. 650, et dont la termi-
naison a été remplacée dans le parler du témoin 19 a parle suf-
fixe à ■=. fr. ard.
Chevreau c. 183.
On a déjà eu l'occasion de parler de ce mot § 148. c Che-
vrette » que plusieurs témoins ont indiqué n'est probablement
pas un équivalent exact du fr. chevreau. Par contre gedt de 2, 3,
6, -/ de 6, 8' -0 de 19, 22 ont bien la même valeur sémantique.
Il est vrai que d'après Hingre guèdon serait féminin et signifie-
rait chèvre. Quoi qu'il en soit, toutes ces formes sont dérivées
d'un simple aujourd'hui disparu et provenant d'une forme ancienne
de l'allemand Geiss, ci. ML., EIV. 3639. et Kôrting, 3^ éd.,
4167. L'emprunt est nécessairement ancien, car les parlers alé-
maniques disent actuellement kàys ou des formes analogues, cf.
Martin. I, p. 236. Mais, même si l'on remonte à un type ancien
gait, le (/ de nos parlers est surprenant. Peut-être la sonorisa-
— 26l —
tien du t vient-elle du parler enfantin ; 6 b a formellement indi-
qué qut gedï est un mot d'enfant. Les suffixes appellent en outre
quelques observations : ^f'^^ est probablement formé d'après ^'^^wr,
et gciti d'après le type « chevrir », aujourd'hui disparu des locali-
tés qui emploient ^('(/z. Quant -A^^uédèlc, que Minière donne comme
synonyme de guédon, le suffixe èlc montre que c'est une torme
du français populaire de la région.
Cime c. 191.
La plupart des localités emploient un dérivé en ^'c de « cime ».
A ce mot, qui a dû couvrir tout le domaine, se substituent des
termes nouveaux, non seulement « haut » ou « pointe » comme
en français, mais des termes locaux ktk 11, 12, n, ^'dc 8, égale-
ment usité dans les parlers franc-comtois de 23, 25, 26, ^- 8',
d'où dérivent klklàt de 16 et élJdôt de 2, 4, ^"ikÔl de 24. Adam
donne également qiiique, pointe, Dompaire (canton de Mirecourt,
Vosges), et Haillant cette même forme et le dérivé kikalte, cime
d'un arbre, d'un clocher, Savigny (canton de Charmes, id.) s,v°
kicrote, petite crête, crête du jeune coq. Des dérivés des deux
types M et élk s'emploient également pour désigner la mèche
d'un bonnet, cf. mèche L. : kîklot 8' c, -àt 17 c, -krot 14 b
15 a, cf. aussi kicrote, flot de bonnet de laine, Uriménil, kikré,
flot de ruban au sommet d'un chapeau, Dounoux (canton de
Xertigny, Vosges) d'après Haillant, /. c, et d'autre part iûJot 5
d et, avec nasalisation, élkle 2 c. Ce dernier dérivé a pris en
outre le sens de bouquet de fleurs ou de fruits groupés sur une
même tige : i'ikle 5 d, 6 f. 19 c, ^- 8'f, 15 a, tandis que 12 a dit
€iklè et 24 Ske, cf. Bouquet L., et 2 c l'a en outre indiqué au
sens de tas fait de 4 fruits ou 4 billes dans un jeu d'enflmt, cf.
Tas L. Enfin, 21 a indiqué éikât au sens de mèche de
cheveux c. 483.
Il est presque inutile de réfuter l'explication de M. Haillant
qui croit que kicrote est un diminutif à redoublement de crote,
crête. (Quant à kîkct 1 1 c, verge du petit garçon, français popu-
laire, Uriménil, à propos duquel M. H. dit : « On peut voir
dans ce mot une espèce de redoublement initial analogue à
celui de kikrotte », c'est une adaptation du fr. populaire qnéqnette
— 262 —
d'après À;i7? et le terme locAlhïkùt, cf. verge L.). Il semble bien
qu'on ne puisse pas séparer klk et iik, <*-, et que ktk soit sorti
de £ïk par assimilation, peut-être d'abord dans le langage enfon-
tin. Quant à ^ik, l'origine n'en est pas certaine. Il est tentant
de le rattacher à l'ail, schickcn, abondamment représenté dans
les parlers lorrains, d. ML,, EIV. 7688 d'après Behrens, Bci-
iràge, p. 50; mais le sens fait difficulté, car les formes lor-
raines signifient ordonner, arranger, zï. hhiquê, v. a. parer, orner,
khiqiiè Çié), v. n. se comporter,... Hingre, khiqué, se bien porter,
paré. Le Tholv, La Bresse, Adam, p. 26?, et dans mon lexique
fïke, paré, 2 c, 5 d, Ç- 19 c. Il est vrai que M. Behrens dérive
également le fr. chiqitc, bille à jouer, de ce verbe, et surtout que
Graf, Die Germ. Bestandstbeile des patois messin, p. 16. cité par
M. B., donne pour le lorrain chiquer le sens « treffen », c'est-
à-dire atteindre. En partant de ce dernier sens, on piHUTait expli-
quer le postverbal f)l:. cime.
Coin à fendre lebois c. 197.
Cet objet est désigné dans la majorité des localités par un
dérivé « coignet », qui a vraisemblablement occupé tout le
domaine, mais qui a fortement reculé dans la région de Remire-
mont et la vallée de la Moselotte devant la forme française « coin »,
pure ou dénasalisée. Surtout nos parlers ont fait des emprunts
aux dialectes alémaniques : eàyl 19, 21, 22 ou €eyt i, 3-6 <C
scheide, Martin, II, 37^, Qieciyvch 2 -< Scheidiueche, id., 808. Plu-
sieurs formes sont individuelles : ait de 4 a et flet de 6 a, d'après
fle^, fourni par 23 ■< Srhiâge], massue, id., -159, res de 17 g
d'après le v. " chasser». L'origine de finiy de 1 1 b, qui paraît dérivé
d'un simple analogue à f'-ii de 23, m'est inconnue.
Comble n c. 200.
La première syllabe de ce mot a été refaite, dans tous les par-
lers des deux vallées, d'après /;^^;//. Ce croisement parait être rare:
parmi les graphies obscures d'Adam, p. 223, coninihé du Tholy
(canton de Remiremont) peut seule attester la même prononcia-
tion.
Cône de sapin, c. 204.
Parmi les nombreux termes usités dans nos parlers, «pomme»
— 26} —
de 10, II, 13 est contornie à l'usage du français parlé, qui dit
pomme desapin,et lui est peut-être emprunté, 12 est la seule des
localités lorraines de notre région qui emploie « queue ». Les
deux formes *y et €c de Taire 7-10, 14-22, représentent sans
doute le français «chef», comme Hingre le propose. L'extension
du sens n'est pas insolite : tète offre des emplois analogues en
français actuel, par exemple dans tète d'oignon, et on trouverait
d>ins Godefroy des exemples anciens où rhicf est pris avec la
même valeur. Quant i\ fûkihj de l'aire 1-6, -hj du point 8, mot
qui, à ma connaissance, n'existe que dans cette région, j'en
ignore l'étymologie.
Copeau de rabot c. 20S.
Tandis que le copeau de hache, v. la carte 207, est partout
désigné par le même mot, correspondant au v. fr. astelle << has-
ti'Un, cf. ML., f/F. 4072, les termes emplo^'-és pour le copeau de
rabot sont remarquablement nombreux. Le mot le plus répandu
est hoklVjo, ~jÔ, etc., de même origine que le fr. coquelicot (la ter-
minaison de nos formes s'explique par le fait que le coq se dit jô,
jo dans nos parlers). Il est vrai que le coquelicot est rare dans notre
région et que les témoins empruntent le fr. kôklïkô ; mais d'après
Thiriat, d. Haillant s. v° coqiieligo, la digitale pourprée se dit
coqueligau à Saint-Amé, et par conséquent c'est par suite d'une
comparaison établie entre les formes de cette fleur et du copeau
de rabot que l'extension de sens s'est produite. r]f de l'aire 17-22
est dérivé du v. fifc que le témoin 2 c m'a indiqué au sens de
dréger le lin, Lin L., et que Hingre donne également pour La
Bresse : « Rifè, dréger, érafler, déchirer, user ». Ce verbe provient
de l'anc, haut ail. rijfan, cf. ML., EW. 7308; quant à rijié
d'Uriménil, il a été refait sur le fr. rifler, que 16 a a même repris
en répondant ufle. Le sens de r//fait supposer que rife a eu le
sens de raboter, bien que je n'en aie trouvé confirmation ni
dans les lexiques, ni dans mon enquête. Les points 14 et 12
emploient deux autres mots, golot 14, frœlàt 12 ; l'un et l'autre
se retrouvent dans des localités voisines, le premier dans les
Vosges, le second dans les Vosges et en Franche-Comté, d. la
carte de V AL. gch^t contient probablement le même radical que
- 264 -
le fr. gakr, gratter, frotter ; golà, étriller, golœr, étrille, du \'al
d'Ajol l'attestent; et ici également il faut supposer que le verbe
a eu le sens de raboter, jrœlàt dérive vraisemblablement d'un
verbe usuel en Franche-Comté, cf. frèlà « flamber un pigeon,
un poulet » — « brûler les moustaches, les cheveux de quel-
qu'un » — a. Ir. jreler « roussir » Grammont (Godefroy ne
donne cependant pas ce verbe dont j'ignore l'étymologie ; M. G.
a probablement pris ce mot dans Roquefort où sont confondus
deux verbes /^r/c;- et f railler, qui ne conviennent pas ici), frelaî
Vautherin, frélà Boillot, etc. On a comparé les copeaux de
rabot aux frisures que l'on fait en « frelant », cf. // /;^o 24 et
aussi frison, fanfreluche et paillette, tournure de fer, cuivre,
etc., Poulet.
Coquille, cf. Écorce.
Corbeau c. 211.
Tous nos parlers emploient « corneille », sauf les témoins a et
b de Remiremont qui disent kro; ce dernier type est également
attesté par cro Haillant, C7'd Contejean, crd Grammont, crd Vau-
therin, cf. aussi Adam p. 314 et AL. c. 324. Toutes ces formes
ont le même étymon que le français/ré'//.v, c'est-à-dire l'ancien franc
hrôk, cf. ML., EIV. 421 1. Le k initial, qui se trouve dans toutes
les formes recueillies, sauf dans le dérivé raqué, cité par Adam
et provenant de Lusse (canton de Provenchères, arrond' de
Saint-Dié, Vosges), n'est vraisemblablement pas issu réguliè-
rement de l'initiale germanique h ; en efl^et le traitement nor-
mal de /;/' dans les parlers français est fr, cf. Schwan-Behrens
§ 30, b, 5 ou Meyer-Lùbke, Gr. d. R. L., I, § 18; le seul
exemple comparable à cr ■< hr serait le nom propre Clovis. On
peut l'attribuer soit à une assimilation du /; initial au k final,
soit à un croisement avec « corneille » ou peut-être aussi avec
quelque mot signifiant croasser comnie craché Uriménil : le
choix entre ces deux explications est difficile. Cependant l'hypo-
thèse du croisement entre deux mots désignant des variétés de
l'espèce est appuyée par celui de corviis et oranlus (sur ce mot,
cf. ML., EW. 3850), qu'attestent les formes delà région langue-
docienne données par ï AL. Le k final de nombreuses formes lor-
raines, cf. Adam, /. c, VAL. et Zeliqzon, p. 92, krôk s. v° krçbô,
— 265 —
est dû probahlcniciu à l'action de dérivés tels que niqiic de
Lusse. Enfin la présence dans notre domaine de deux mots pour
désigner le corbeau, comme la grande richesse de la carte 324 de
VAL., provient de ce que des termes désignant proprement des
variétés de l'espèce sont linalement appliqués à celle-ci.
Cosse, cf. Ecorce.
Couleuvre c. 216.
kolycv àt 1-^,6, kclyev de 6 16-22 tlhè- de 17 attestent dans
leur dernière syllabe un croisement de « couleuvre » avec lyev,
lièvre, croisement qui, d'après les données des différents recueils
dialectologiques, ne paraît pas se retrouver ailleurs. D'autre
modifications d'origine moins claire se sont produites: à^nslâlœr
de 5 a, kulœr de 21 a, qu'on peut rapprocher de colieure d'Uri-
ménil, la terminaison semble avoir été remplacée par le suffixe
li-r = fr. oire (dans d'autres parlers lorrains vr est réduit réguliè-
rement à r, cf. Horning, § 183). Mais keryol de 7, 8 est tout à
fait obscur. Sauf le stade *keryœl, facile à rétablir d'après ce qu'on
a vu p. 76, il faut supposer une série de modifications compli-
quées.
Coussinet c. 219.
Le coussinet, destiné à protéger la tête des bestiaux contre le
joug se dit « chapeau » dans la plus grande partie de notre
domaine, les points 2, 3, 9-22. Cette désignation est nouvelle
et fait reculer des termes plus anciens : on le voit nettement aux
points 2 et 3 qui connaissent encore epyà et au point 23 où
c< chapeau » est entouré par les deux autres mots ; le témoin 3 a
a en outre fait observer que éepe est un mot récent. De ces deux
autres mots, epyà de l'aire 1-7 est sans doute le plus ancien : c'est
la forme régulière de l'étymon *appUctu, cf. UL.,EIV. 549 et D.
G. s. v^ applet; bete, usité aux points 8 et 8' (et dans les localités
franc-comtoises 24-26 sous la forme bete), est un dérivé du type
« bât ».
Couvercle c. 221.
Les différentes formes, qui servent à désigner cet objet, sont
délicates à interpréter, en raison des nombreux croisements qui
s'y sont produits. On constatera d'abord que notre domaine
vosgien ne possède pas de représentant du type « couvercle »,
— 266 —
qui est Tétymon de hh'i'i' de Faire franc-con toise 23-26, cf. aussi
cvès, La Franche-Montagne, et pour les parlers lorrains Horning,
§ 173. Un type « couverte» est représenté par hf-vct de 12, et les
différentes formes de l'aire .19-22, hh'yeJ 22, -('ni 20, krœvxââ 19,
21 et -c7/ 19. Le (/ final en est anomal; il provient probablement
du suffixe -âd ^= fr. urde, et a pénétré des localités 19-21 à La
Bresse, dont la forme hvvyed ne peut pas s'expliquer directement
par l'action de ce suffixe. En outre la syllabe hnv- de 19, 21 est
due à l'influence du v. krœvi, couvrir, influence qui se constate
aussi dans /i/ïf^zryé = fr, couvert, que 2 a, 3 c n'ont indiqué qu'au
sens de rondelle de fourneau L. (Jmve.r à& 10, 11, 16, forme
récente d'après les mots fr. couvercle et couvert, ne suppose pas
nécessairement une forme patoise du type " couvert»). Enfin le
genre masculin de ^;vrfy(7^f au point 21 vient du mot /cu'/^^/? que nous
allons étudier. Les formes kèçe 13, 14, kihcp 1-8', -ç- 9, 15,
-c- 12, kd'fep 9, 10, 16-21, keiikhèpe Hingre, sont plus difficiles.
Pour les expliquer, il faut faire momentanément abstraction du p
final. Hingre a fitit un rapprochement curieux entre kcnkhèpe et
l'a. fr. cueuvrc-chief, qu'on pourrait appuyer en rappelant les nom-
breuses applications de chape et chapeau dans les langues tech-
niques. Mais d'une part, « couvre-chef » existe à la Bresse sous la
forme keûchè (lire kœec^ : « ne se dit plus que d.ms le composé :
Tèle-dé-k., toile de couvre-chef, toile très fine et très belle dont
les femmes faisaient encore, il n'y a pas plus de 60 ans. leur coif-
fure de deuil » Hingre ; d'autre part l'étymon du tr, coiivcr-
ceaii < *copercellH suffit à expliquer toutes nos formes, rs est
devenu régulièrement e ^ d ç, puis v, en contact avec cette
consonne, est devenu / et le groupe fe >/f, fc a été réduit soit à
e, ç, c, soit à /, en raison de la rareté de ce groupe intérieur. Le
/> final, qui existe dans la plupart des parlers, a été ajouté par
croisement de ce mot et de « chape ». Ce dernier mot est large-
ment attesté dans notre domaine avec un sens local, cl. Hingre :
« Chaipe, appareil en cuir, qui rattache le fléau au manche, on
ditaussi/.'/M//i<'», et les indications plus précisesquej'ai recueillies:
éâpy 24, fcp un témoin de Saint-Nabord, ^^rp tr. pop. de 6 b, par
corruption eh 19 b, les deux pièces de cuir, qui garnissent l'ex-
trémité du manche et celle du battant, fléau L. Enfin le seul
— 26; —
point I ) nous a indiqué hc-ho, qui est un dérivé 'd^kiahey cacher,
très usuel au sens de couvrir, d. la c. 222, et que Hinj^re donne
avec un autre sens : « avachon, s. m., tout voile... «Si les expli-
cations précédentes sont exactes, le type « couverceau » est anté-
rieur aux autres mots.
Creu X c. 230.
Creux, en parlant d'un arbre, a été exprimé par deux termes
locaux, en plus des mots de sens approximatif «sec » et « troué»
et du français hnv : l'un, usité dans les deux vallées sous les
formes rd/' et ô>^ est un adjectif postverbal, ci. § Kt7' dérivé
d'un verbe d'origine alémanique, attesté seulement en dehors de
notre domaine par hhobè, fané, détérioré, Le Tholy, Adam,
p. 262, < schaheti, cf. Martin s. v"; ce verbe adonné en outre
naissance à un substantif désignant l'outil de tonnelier appelé
bouvet en français : dh 2 c,ç- 15 a, 16 a, hhohe Le Tholy, Adam,
\d.,et^àb 2 c, khah' Hingre. La localisation du deuxième
adjectif /v(W 3, 6, 8' (et 26), ko- 11, i-j, ka- 19, relevé égale-
ment à Uriménil, d. aweuyc Haillant, invite à penser qu'il a
existé dans tout notre domaine; ce n'est cependant pas un mot
d'une formation ancienne, si j'ai raison d'y voir un adjectif du
français populaire de la région, dérivé du v. cavcr au moven du
suffixe eux, et à peine modifié par les patois.
Déchirer c. 239.
Des trois tvpes que nos parlers emploient au sens de déchirer,
celui qui correspond au fr. « déchirer », et qui est usité surtout
dans la vallée de la Haute-Moselle, cf. aussi à La Bresse dekhîrié
et même hhirié, est sans doute antérieur aux deux autres. Bien
que l'étymologie de ke:^à 8, 9, 12, -t 13-15, caise Uriménil, me
soit inconnue, l'existence de ce verbe à La Bresse et le sens qu'il
y a : « Caisè, trouer, évcntrer, fendre en déchirant " Hingre,
montrent qu'il s'agit d'une substitution récente. On en peut dire
autant de tîJù, usuel dans les deux vallées, et dont dnkc de 18,
attesté aussi à La Bresse, d. driqité Hingre, est un composé.
L'origine en est simple: c'est une forme due au croisement de
« racler » et de rife, cf. sur ce verbe plus haut copeau, comme
on peut le voir par le sens des formes suivantes : n'giu', frotter
— 268 —
l'allumette pour l'enflammer, Uriménil^ nha 12 a racler 1.,
r'ikâ 25 et tïlyâ 23 ramoner c. 637. Les formes de 23-26 dràvà
etc., représentent un autre type très usuel dans les parlers franc-
comtois < dn'orare avec métathèse du r, cf. les formes dcviire,
dévorer, déchirer, Pierrecourt, Juret, deiHlra, id., La Grand-
Combe, Boillot. etc. ^
Dehors c. 240.
Bien que fyâ, soit simple, soit composé avec « de », « de
de », « en de », soit encore très usuel dans notre domaine
et existe vraisemblablement même dans les localités où je ne
l'ai pas recueilli, cf. par ex. fieu, Hingre pour La Bresse, notre
carte montre qu'une innovation assez récente da l œ£, -Ç, etc.,
c'est-à-dire devant la porte, a eu un grand succès. Notons que
dà, devant, cf. aussi c. 61, suppose un étymon deanle oublié par
M. ML. dans son Etymologisches Wôrterbiwh.
Depuis c. 243.
A côté de « depuis » usité partout. Le Val-d'Ajol est le
seul point où j'aie recueilli le type « dès » sous la forme dô :
cependant dâ existe dans les parlers des deux vallées, cf. dès
L., et da Hingre ; mais, comme on le voit par les indications
de cet auteur, il est surtout employé dans des locutions toutes
faites et possède actuellement moins de vitalité que « depuis » ;
c'est ce qui ressort également de notre carte. Quant à en qui
précède « depuis » dans la plupart des localités et qui, sans aucun
doute, est connu de toutes, c'est le groupe initial de la locu-
tion adverbiale très usitée e n se kà, il ne sait quand, savoir L.,
cf. aussi è-ne-sai-quan Hingre.
Dernier, Derrière c. 244.
S\ dere i-io, 16-22, -ey 11-15, dernier, représentent régulière-
ment un étymon deretrarin, seuls der\e 11, 12, i.| et dtye (et. en
outre p. 122) 9-1 1, 13, 15-22 sont issus de deretro ; mais dans
l'aire 1-8' dhr, dernier, s'est substitué à « derrière ». Ce phé-
nomène s'est également produit dans les parlers francs-comtois
23-26, et on peut conclure de ces faits que M. Grammont a eu
tort d'établir la succession « derrière », — « arrière », — « der-
nier » pour dèn de la Franche-Montagne.
— 269 —
Dîner L.
Dans l'usage de l'immense majorité des témoins, « déjeuner »
s'emploie à la fois au sens de déjeuner le matin et de dîner à
midi. Cependant, et en dehors de l'emprunt du fr. « dîner »
fait par quelques-uns, i a, b, 5 a ont indiqué nnverddà, 21 a, e,
niiuârôdà, les trois premiers témoins après avoir répondu « dé-
jeuner » et I b en ajoutant que c'est un mot du vieux patois.
Or ce verbe dont l'étymon bien connu est merendare s'emploie
partout au sens de goûter c. 393. C'est sans doute la gêne
causée par le double sens de « déjeuner » qui a amené quelques
parlers à donner à nierendare celui de déjeuner. On remarquera
qu'aux points i et 2, c'est-à-dire dans la région où înereiidare a
reçu ce nouveau sens, goûter se dit fâr le ptît uiiuerod.
Ces modifications doivent être assez récentes et n'ont pas eu
grand succès ; et c'est ce qui explique que miueroda ait fait au
témoin i b l'impression d'un archaïsme, alors 'que c'est plus
exactement un mot employé dans un sens peu usuel.
Donner c. 259.
beye = fr. bailler <! hajidare a fait disparaître complètement
« donner » de l'aire i-ré. Aux points 17-19 les deux verbes
rivalisent ; mais aux points 20-22 » donner » est sans concur-
rent ; Hingre confirme les données de notre carte, car il ne con-
naît que dena. D'autres parlers lorrains le possèdent encore, cî.
Adam, p. 318. De la répartition des faits il ressort que le
recul de « donner » devant bcye se fait sous la poussée des par-
lers de la région de Remiremont.
Lclore c. 270.
Nous avons ici l'exemple probant d'un mot que les parlers
éUminent pour échapper à une homonymie gênante. En effet,
dans l'aire i-i) la chute de 1'^ initial, cf. p. 33, devait donner
à« éclore » une forme identique à « clore » : c'est ainsi que 9
dit encore tyor, éclore. Au contraire dans l'aire 16-22 le main-
tien de ^ <C ^ devant consonne assurait à « éclore » une
forme f'/j'or bien nettement distincte. Les parlers de l'aire 1-15
ont essayé d'éviter l'amphibologie de diverses façons : le main-
tien de Ve initial était possible, et les témoins 9,11c ont en
— 270 —
effet attesté rtyôr ; cependant, pour plus de clarté, la région de
Remiremont a préféré le composé dkw., cf. aussi à Uriméni!
détyore. Mais la plupart des parlers ont eu recours à des mots
de sens voisin, parfois même peu expressifs : vm et âei = a. fr.
issir 1-8, drœvi, ouvrir, ri b, dckova 8', lo, i2 et 4 ri, qui
au sens propre s'est d'abord appliqué à la poule qui cesse ou
qu'on fait cesser de couver, cf. dccôva, v. a., guérir une poule
de l'envie de couver, Hingre.
Écorce c. 272, Coquille c. 2o<), Cosse c. 213, Pelure
c. )6^, Gousse L., etc.
En raison de la parenté sémantique des différents t.vpes de
mots usités dans nos parlers, leur emploi donne lieu à de mul-
tiples variations suivant les localités et les témoins : peu importe
qu'il soit parfois difHcile de déterminer ce qui est normal et ce
qui est accidentel, car la cause de ces variations est toujours la
même. « Écorce » qui a partout le même sens qu'en français a
été donné au sens de cosse par le témoin 18, au sens de gousse
par 22 b ; kâj\ tout en correspondant au fr. coquille dans l'aire
1-8', a été également employé pour cosse au point 8' ; les diffé-
rentes formes du même type ki'loj\ Icà-, eik- ont le sens de pelure
dans l'aire 1-8', 17-22, mais le point i l'a en outre donné en
réponse à cosse, et les localités 13, 14 le connaissent, sous les
formes kôlôf, -<Pf\ avec le sens de coquille, cosse ; les mêmes
termes signitieni dans de nombreuses localités à la fois gousse
et cosse, etc.
Dans de telles conditions il n'est pas surprenant qu'il se soit
produit de no'.iibreux croisements de mots. Malheureusement la
plupart des formes usitées dans notre domaine se rattachent à
des types de mots dont l'origine est mal établie, kchy, kd- etc.
appartiennent à une famille de mots pour laquelle M. Schu-
drxrdt, Roman. Etyinologieii, H, p. 51, note 2, et p. 202, a proposé
un étymoii grec kelypl.ios p^-u sa'istaisant pour plusieurs raisons
exposées par M. ML., Z:7F. 4688; l'ancien liaut-allemand ska-
lija > ail. schel,e proposé par M. ML., i:7F. 7683 ', convien-
I. C'est sans Joute par inidvertance que M. ML. cite sous Icelyphos le poite-
vin iaUifiw, brou, et sous ScMf le fr. occidental kiUifty, id., sans renvoyer
d'un numéro à rnutn.-.
— 271 —
di'ait mieux à iu).s tonnes ei sans doute à beaucoup d'autres
des pai'lers i^allo-romans ; kôf etc., se rattacherait, d'après
M. Schuchardt, au type précédent ; <\1/' n'est pas beaucoup
plus clair, et le rapprochement que M. Grammont fait entre
//</, gousse, et le m. h. ail. knf, gousse, balle d'avoine, se
heurte i\ de grosses difficultés ; je serais plutôt disposé à y voir
une reformation du type kof qui se serait produite dans les par-
1ers francs-comtois, cf. encore Tchôfc, calice ou enveloppe de la
noix, Chàtenois, d'après les mots issus du \.y\>t skala ML., EIV .
7970, tels que c'cal Bournois et les dérivés signifiant noix (V("'/()
23-26, c. 527, etc. ; enhn kâj\ ckaf proviennent assez vraisem-
blablement de l'ail. Kiiff, mais il est difficile de dire s'il faut
totalement exclure le latin d'origine grecque icapha, cf. ML.,
EW. 7633.
Quoi qu'il en soit de ces problèmes qui ne peuvent pas être
résolus ici, il existe un certain nombre de formes qui ont été
modifiées par des croisenients qu'on peut suffisamment établir.
« Écorce « présente dans les formes (f)kwof, t'çk- des localités
10, 16-18 un/fiiual, qui provient de ^ôf, (eç)kôf, Jâlôf, etc. e^'aj,
cosse, du Val-d'Ajol a un ?■ initial dû à (e)kwoc, écorce, etc., et
t'klôf, coquille, du même point, est issu du croisement de formes
telles quekêf et kàlof, usitées dans les localités voisines. C'est à
Va de,^J/"que kof, coquille, de 16 doit sa quantité, comme c'est
à Va de /ri')/" que kâfây, cosse, et dcçkàfye, écosser, de cette localité
doivent la leur. Si kof est la forme la plus ancieime, M'd/, t'çkôf
ont pris c, tr A « écorce », et, quel que soit le type étymolo-
gique de kt'lôfetc, kâf, çktif, les formes avec tV/i-- initial des par-
1ers de la vallée de la Moselotte sont également refaites sur
« écorce ». Des croisements analogues sont aussi fréquents dans
les parlers voisins : que Ton compare, pour ne citer que
quelques faits clairs, kcrciitche, coquille, de Chàtenois, dont la
voyelle initiale vient à' iecoiieche , écorce, cf. les formes non modi-
fiées krèc Bournois, cm La Franche-Montagne, ou polœf, pelure,
donné par VAL. au point 87, issu d'une forme antérieure pola€
avec le /' final d'un des types étudiés plus haut.
— 272 —
Écorcher un animal c. 273.
Le type ancien « écorcher » ne subsiste plus que dans les
deux vallées, et là même il a notablement reculé devant des
expressions nouvelles dont la plus répandue est « peler » ; les
autres n'ont été relevées que dans quelques localités, « lever la
peau (ou) le cuir » aux points 6 et 8', « lever » au point 5 ;
quant à « racler » de lé, c'est une inexactitude. Quelle est la
cause de ces innovations ? On peut les attribuer soit à la con-
currence du sens figuré blesser en éraflant la peau, d. les N. E.
de la carte et hhcoiichê Hingre, soit plutôt à la gêne ressentie par
suite de la trop grande ressemblance phonétique du v. « cou-
cher » ; cette dernière hypothèse rend mieux compte de la totale
disparition d'« écorcher » dans la région de Remiremont, sauf
sous sa forme française, cf. aussi écorché Uriménil. Il est vrai que
dans les vallées de la Moselotte çkii-ée, écorcher, diffère suffisam-
ment de knée, coucher ; mais on peut admettre que l'emploi
de « peler » s'y est développé sous Tinfluence des parlers voi-
sins.
Ècouvillon c. 275.
Les formes (e)skn des points 8', 10 et kn des points i, 4, 7
sont sorties de skibl, km, qui représentent un dérivé en / ^ fr.
/'/ de l'ancienne forme esconvc, par croisement avec kn, cul.
En tre c. 302.
D'après cette carte, tous nos parlers emploient uniquement
« entre » ; cependant ils connaissent aussi une locution composée
de « entre deux », analogue au substantif français ^«/r^-i/^».v : les
témoins 9 et 16 b me l'ont donnée avec la valeur d'une prépo-
sition sous la forme bûrdù, cf. N. E. de la carte ; Adam, p.
199, indique également pour Vagney oterdou d los doiisse, « entre
eux deux », et Haillant, s. v° ote, entre, onlerdon (faute d'im-
pression pour ontcrdon) pour Dommartin d'après le glossaire de
Richard. Elingre n'attribue à aulerdou qu'un sens adverbial
" dans l'intervalle » (outre celui du substantif, comme en fran-
çais), comme le témoin 2 c l'a fait pour ôliM/i. Le dernier
témoin emploie un autre composé « par entre » avec fonction
de préposition.
— 273 —
1: per\i cr c. 306.
Les noms d'oiseaux sont parmi ceux où l'on est le plus
exposé à recevoir des réponses erronées ; les indications conte-
nues dans les N. E. le montrent abondamment, cf. aussi plus
loiii à propos de pinson. Mais ces erreurs ne doivent pas
jeter la suspicion sur l'ensemble de la carte. La variété remar-
quable des désignations de l'épervier vient de ce que les patoi-
sants confondent fréquemment les différentes espèces d'oiseaux
carnassiers, qui au reste ont un aspect assez semblable, cf. dans
Haillant « chaisserot, épervier vulgaire, petite buse, se distingue
du huson par ses œufs, dépassant le nombre de deux, et attei-
gnant parfois à sept », et dans Hingre les explications données
pour Dioukha « mouchet, émouchet, épervier». On a donc dans
l'aire 1-8 ' kerst'l =^ le fr. crécelle (d'où est issu crécerelle, ainsi
que l'indique le Dict. Gén.), dans l'aire 17-22 imiçà = le fr.
archaïque mouchet et des formations locales « jaune patte » des
points 8 et 9, « petit buson » 11-14 et surtout les dérivés de
« chasseur » de l'aire 8', 9, 11-16 et des points 2 et 5 ; la pré-
sence de ^'srô dans ces deux localités fait même supposer qu'il
est connu dans toute la vallée de la Haute- .Moselle.
Essaim c. 308.
Le terme qu'emploient nos parlers étant un dérivé de « je-
ter », qui y a pris le sens d'essaimer L., il n'est pas surpre-
nant qu'il ait été refait sur ce verbe et que dans l'aire i-io on
dise €lyd d'après ftye. Si 16 dit à la fois €te et etyô, ce fait peut
s'expliquer ou par la date récente de ^le ou par l'emprunt de
€tyk
Eté, cf. Automne.
Exciter un chien c.331.
L'étymon du verbe représenté par hnrse, -sye et les composés
avec t' de la région de Rémi remont et de la vallée de la Mose-
lotte est « hérisser », ainsi que le montre hursye de ) d au sens
de hérisser, cf. pour Vu p. 106. Les formes de la vallée de la
Haute-Moselle Inse, -sye, rlse, llsye et celle de 19 glsxe sont plus
difficiles ; on n'en rencontre d'analogues que dans des localités
Le parler dey Fosf^es méridionales. iS
— 274 —
situées loin de notre région, hiiisien donné par Adiun, p. 259,
pour Mailly (Meurthe-et-Moselle) et byiisye donné par Zeliqzon
p. 89 pour la région messine.
Il est en effet impossible de décider si ce verbe ]est ancien et
correspond à l'ancien fr. hicier, issu par dérivation de' l'anc.
haut ail. /;/*-a, cf. Kôrting, 3* éd., 4586, ou s'il est récent et
représente le verbe bitie", en allemand Jk'l~en, des parlers aléma-
niques, d. Martin, I, 397. Et d'autre part il a subi plusieurs
modifications dont Torigine n'est pas certaine : toutes les formes
recueillies ont un / qui vient peut-être de « chien », / de llsxc
8' peut être dû à « lancer », <^ de gïs)^ 19 à cgœdi, lîst' de i est
plutôt un composé qu'une contamination de rei:(en, peu usuel en
Alsace, cf. Martin, II, 28e. Quant à egœdî, -e des points i, 2,
ï9 et que Hingre donne aussi : « Egiieudi, exciter, pousser,
encourager », c'est un composé de l'adjectif « gourd » avec le
préfixé P =^ a. fr. es ; cf. à la Bresse même dègueudi, dégourdir.
L'amuîssement <lu 5 devant^ aux points 19 et 22 montre qu'f-
gxhii y a pénétré de la vallée de la Kaute-Moselle ou du moins
y a été refait d'après la prononciation de cette vallée.
Fenil, d. Gren ier.
Fève c. 343 et Haricot L.
Le haricot n'étant qu'une variété de la lève, nos parlers ont
utilisé le mot «fève » pour le désigner ; il semblerait, à compa-
rer les réponses laites pour les deux mots, que beaucoup de ces
parlers se contentent de « fève » pour les deux espèces. Il n\y a
là sàtts doute qu'une apparence : les lexiques montrent que les
termes distinctifs que j'ai relevés en plusieurs points existent
aussi dans d'autres localités où j'ai obtenu seulement « fève » :
ainsi Hingre donne pour la Bresse fivève dé rô>iic, lève rameuse,
haricot, que mes témoins n'ont pas indiqué. L'insulfisance des
réponses provient pour une part du mode de l'enquête, mais il
y en a d'autres raisons plus significatives. « Fève » étant le mot
le plus ancien et en outre figurant dans les désignations nou-
velles qui servent à distinguer la fève et le haricot peut à la
rigueur suffire ; de plus la culture de la fève proprement dite est
actuellement en déchéance, ci. les N. H. de la carte 343, si bien
que CCS ternies nouveaux doivent: être aussi en recul ; entin
l'existence Je nombreux ternies poiu' de menues variétés dimi-
nue le besoin de distinguer le groupe « haricot » et le groupe
« fève )-. De toute façon Teniploi de « fève » pour la désigna-
tion des deux espèces devait avoir pt)ur conséquence une grande
variété d'expressions. 11 eut pu sutlîre de réserver « tève » pour
une espèce. et de créer une expression pour lautre, mais il \'
avait trop peu de cohésion entre nos parlers pour que ce choix
se tît partout d'une façon identique : c'est ainsi que 3 a, .^ a
désignent la tève par f év et le haricot par I (T Je tûiii et qu'au
contraire à Kemiremont tève se dit fh' de lu et haricot j'cj . Cet
état de ciioses, au reste flottant et individuel, a amené des inno-
vations pour les deux espèces, par exemple dans la vallée de la
Haute-Moselle, où la tève est souvent appelée '< grosse fève »
ou " tève de loup » et le haricot y ?i' lû loi/i.
Ce dernier terme demande seul quelques explications : relevé
dans mon enquête aux points 1-4, il existe également à la
Bresse, comme je l'ai indiqué plus haut, et dans de nombreuses
autres localités, cf. Haillant s. v° foà'c ; roin y représente le fr.
rame, piquet servant de tuteur aux plantes grimpantes, comme
la forme rainie attestée dans plusieurs points le montre claire-
ment. Le correspondant de M. Haillant pour Gérardmer, en
écrivant fève de Rome, a interprété ;■()/;/ par une étvmologie po-
pulaire, dont on ne peut pas dire si elle est postérieure à un
changement d'à en o sous l'action de la labiale suivante, et. p .
109 sq., ou si elle la provoqué.
Fil c. 345.
Dans la majorité de nos parlers « fil » a cédé la place au par-
ticipe passé du verbe « filer n, qui existe également en français,
mais avec un autre sens, cf. D. G. fîlel 2. La carte 567 de VAL.
atteste la même substitution en quelques points isolés, et
M. Haillant note s, v° Jî la forme ftel pour Vexaincourt (canton
de Raon-l'Étape, Vosges) et Adam p. 253 fié pour Landrecourt
(canton de Pont-à-Mousson, Meurthe-et-Moselle). « Fil » n'a pas
aussi complètement disparu des parlers des deux vallées que la
carte 3-15 pourrait le faire croire. Mais il n'y subsiste plus qu'a-
- 276 -
vec un sens restreint et dans des expressions toutes faites, p.
ex. dans// rto, fil double, 8' f, i6 a N. E. et dans « fil d'ar-
chal )) 2 a, c, 5 a, 19 a, 21 a, etc.; Hingre donne des indica-
tions analogues : « Fi, ne se dit qu'avec un complément ». Au
reste fie a une telle torce d'expansion qu'il pénètre 'dans ces
expressions et que 18 dit même fié d à£à, cf. Fil L.
Fille c. 34e, Fils c. 347, Garçon L.
« Fille » et « fils », bien qu'ils soient attestés dans presque
toutes les localités et qu'ils existent certainement dans celles où
par hasard je ne les ai pas recueillis, cèdent la place, suivant une
tendance générale et bien connue, à des termes qui désignent
au propre les enfants au point de vue du sexe. C'est ainsi que
pour fille presque tout notre domaine emploie, en dehors de
« fille », un représentant de l'a. fr. baiasse biucyes i-ii, 14-17,
hu'â- 18-22, et qu'en outre 14 et 13 disent respectivement /^^j/o/
et basât, le premier dérivé de l'ancien baisselle, le deuxième issu
de ce même mot par substitution de suffixe. D'autre part, à
côté de « fils II, la majeure partie des points des deux vallées
connaissent une forme bwôb <C além. = ail. bnbe, cf. Martin,
II, 4, tandis que dans les localités voisines de Remiremont on
emploie « garçonnet ». Ce dernier mot paraît être à peu près
inconnu des deux vallées, ou il y est importé, comme le montrent
les formes gôçnô de 10, 16, cf. supra, p. 138, et gakhnb, gachnb
données par Hingre pour la Bresse, hwob de son côté est incon-
nu en dehors des deux vallées, et l'on peut noter qu'Uriménil
ne le possède pas non plus et dit également gohhiiol. Enfin
« garçon » est rare dans tout le domaine; je n'ai recueilli que ^^fô
au sens de garçon chez le témoin 17 a, qui a ajouté que ce mot
est plus rare que bwob; en outre Hingre le donne aussi avec le
même sens.
Frileux L.
Les formes //f'v//. 1-8', 13 a, 16 a, f revu 9, 10, 11 a, 15 a,
17 a, f, 18, 21 e, 22 a, fréyit 11 c, frœyu 12 sont issues régu-
lièrement de formes correspondant au français frileux : / a été
mouillé par Vi précédent, avant le changement de celui-ci en é,
œ, cf. Meyer-Lùbke, (//■. </. K. Spr., I, § 517, puis s'est réduit
— z,i —
normalement à v ; la nicmc explication convient pom- Jrcyoïix
Uriménil, freullon Plancher-les-Mines, freiryoïi Auxel, près de
Châtenois, d'après Vautherin. A côté de toutes ces formes régu-
lières, fredy-u de Taire 19-22 doit f- et </ à un croisement avec
froid, -e c. 367.
Fumier L.
L'enlèvement du fumier de l'étable est désigné par des expres-
sions remarquablement variées. Les parlers distinguent deux opé-
rations, la première qui consiste à racler le fumier, la deuxième
qui consiste à le conduire hors de l'étable : de là quelques
hésitations dans les réponses des témoins, par exemple l'emploi
de dast' par 12 a pour la première opération. En outre quelques
témoins semblent ne pas s'être rappelé ou ne pas connaître
l'expression propre et s'être contentés de termes approximatifs,
par exemple 20 a « racler le fumier », 17 b « nettoyer les
vaches » pour la première opération. Il est plus difficile de se
prononcer sur les nombreuses réponses concernant la deuxième
opération, dont la désignation est beaucoup plus flot-
tante que celle de la première. Celle-ci est exprimée par deux
termes nettement localisés : rœ\e des points 1-9, 11, 14-16,
dérivé de « rouable », cf. p. i-j8, et (e)çterwà recueilli aux
points 17, 18, 19, 22, d. aussi Hingre : « khténva, ramasser en
raclant, avec le râcloir appelé khtérwà ; se dit spécialement de la
braise du four et du fumier de l'écurie. » C'est évidemment à
tort que cet auteur cite le latin stniere, strues. Il faut considérer
notre verbe soit comme dérivé du mot Inic attesté au point 15
au sens de pelle en bois, d. aussi tronc Uriménil, qui représente
un étymon *truellu, soit plutôt comme issu d'un verbe composé
de triia, *extruare.
Pour la deuxième opération, les expressions- les plus usitées
sont « jeter », « vider » et <• danser ", ordinairement construits
directement avec « les vaches » par un raccourcissement curieux.
On notera aussi l'emploi de « danser », qui est vraisemblable-
ment une modification plaisante de « lancer ».-
Garçon, cf. Fille.
Glissant c. 390, Glisser c. 391, Traîneau c. 762 et L.
- 278 -
Les formes €dye, etc., des localités 1-7, 21, et. aussi khauye
Hingre, se rattachent à un adjectif anciennement attesté, mais
d'origine inconnue, xaiiUenl (lubricus) Apfelstedt, Lothrin^ischer
Psnitcr, p. 177 et p. XLiii, n. i. Dans la vallée de la Moselotte,
bien que ce verbe y soit usité, les témoins ont surtout employé
hlâ'yr, issu d'un substantif féminin hl<v\, traîneau pour pierres,
17 a (21 a et 22 a ont, probablement par suite d'une erreur,
indiqué ce mot pour désigner une voiture chargée de foin
contenu dans des draps) -< anc. h. ail. slilo ML., EJI\ 8033.
Un autre dérivé hhf'xa existe également au sens de traîiieau pour
pierres dans cette vallée. La vallée de la Haute-Moselle n'ignore
pas cette famille de mots, car 5 c m'a fourni le verbe love au
sens de se lancer sur la glace pour glisser, et lôxù de 5 a, c,
l(f'VÔ de I c, 2 c correspondent régulièrement à bld-yà de la val-
lée de la Moselotte. Malgré notre ignorance de Tétymologie de
€oye, etc., on peut aftirmer que les deux types verbaux avaient
anciennement un sens bien différent : celui qui dérive de slilo
était un verbe transitif signifiant traîner, faire glisser, tandis que
Syc, etc. signifiait intransitivement glisser. Mais l'emprunt aux
parlers alémaniques du substantif fllt, traîneau à bras pour le
bois, cf. l'allemand schlilteu, d'où nos parlers ont dérivé le verbe
fJïfe, a causé le recul du verbe issu de slito, qui a à peu près dis-
paru de notre domaine au sens de traîner : dans la vallée de la
Moselotte il n'a subsisté qu'aux dépens du v. çôxc et même a
donnénaissanceà l'adjectif /.'A/'v//, glissant. Cependant son ancienne
valeur transitive n'est pas complètement oubliée ; Hingre la rap-
[K'ile et 17 a, b la comiaissent encore. Quant à l'emploi de ivx^
de 17 a au sens de traîner du bois, c'est un tait accidentel. De
leur côté le substantif issu de slilo, hitvx, et les dérivés avec le
suffixe « et " ont rectilé devant clil et ne se sont conservés qu'avec
le sens restreiiu et paiticulier de traîneau pour pierres (muni
d'une fourche mobile, d'après Hingre). Les relations de ces dif-
férents termes sont compliquées par l'introduction récente du
français glisser, adapté sous les formes gisi\ s^lsxe et d'où est dé-
rivé le substantif ofs, qui, d'après la plupart des témoins, équi-
vaut complètement à rlit. F.ntin le \'al-d'Ajol emploie au sens
— 279 —
de glisser, se lancer sur la glace^ un verbe ^âlyt', qui a donné
naissance au substantif ^^/yar, raquette pour aller sur la neige,
et qui se rattache peut-être au fr. ^^aler, dont on a vu un autre
représentant p. 264. Pour bdyii, glissant, d. intra, p. 310.
Gouttière /,.
(e)bgÔtér des localités 19-21 présente un préfixée/; = fr. é
<; lat. (W, qui provient du cri)isenu"nt de i^oter, gouttière, avec
« égoutter ", v. hi^ôta Hingrc, et infra truelle, qui a subi
une niodification analogue. Dans de nombreux mots des parlers
français l'adjonction d'un e initial a une origine semblable, cf.
Behrens, Beilrdi^e, p. 98 sq.
Grange c. 395.
La partie de la grange qui se trouve en avant est désignée dans
tout notre domaine par un dérivé *cayrilc, formé comme le fr.
chiutil. Toutefois, à la Bresse, apparaît un terme propre à
cette localité irknïy, cl. recrue Hingre, qui paraît correspondre
au fr. reente : sans doute ce mot, qui n'y est plus attesté qu'avec
ce sens particulier, a dû posséder d'autres sens, notamment
celui de ce qui complète, et c'est probablement en ce dernier
sens qu'on l'a appliqué à la partie de la grange qui est en avant,
comme dans des parlers voisins on l'a désigné par un dérivé de
cappa signifiant au propre pignon, cf. ML., EIV. 1642 ; les
formes signalées par M. Thomas, Rom., 39, p. 207, ont le suf-
fixe ih, tandis que €epœ indiqué par 14 a comme usité à Arches
et chaipea Uriménil ont subi une modification dont l'origine
n'est pas claire, peut-être une substitution de suffixe sous l'in-
fluence d'aivreu, abri, Uriménil, d. aussi p. 10, n. i, à moins
que ce mot n'ai été emprunté à des parlers où / est devenu
régulièrement œ.
Grenier au dessus de la grange c. 399, Fenil L.
Tous nos parlers distinguent par des termes particuliers ces
deux sortes de greniers, parce que leur utilisation est différente,
le premier étant réservé aux céréales, le deuxième au foin. Pour
le fenil, ils se servent tous du même type issu de solarin ; mais
pour le grenier placé au-dessus de la grange, notre domaine se
divise en trois aires, wfo de 11, 13-15, cf. aussi chafouaud, gre-
— 28o —
nier ù toiii, à gerbes, Uriménil, correspond au fr. vieilli chafaud.
Dans l'aire i-8', 21, per-ëi, etc. est un dérivé de « perche »
avec le suffixe î < ile, auquel e <C ariu s'est substitué dans
quelques localités, cf. p. 233 ; cette désignation vient sans
doute de ce que ce grenier est fréquemment garni de perches
pour maintenir et disposer les tas de gerbes. Enfin la troisième
aire 8'- 10, 12, ié-22 emploie un mot hcrbo, aux points 19 et
20 hàrbo, dont je n'ai relevé de représentant qu'à Gerbépal
(canton de Corcieux, arrondissement de Saint-Dié), où l'on dit
également herbeau, d'après Adam, p. 333, et dont lorigine
m'échappe totalement.
Dans ce grenier, beaucoup de témoins distinguent par un
terme particulier la partie qui domine l'avant-grange, 12 a l'ap-
pelle tira, qui signifie ordinairement tiroir L.; quant à bhrk,
employé toujours au pluriel dans les deux vallées, s'il équivaut
au fr. baraque, le développement sémantique en est obscur.
Guêpe L.
Tandis que les localités i-io, 17-22 disent vep issu régulière-
ment de vespa et que 16-17 "" terme d'origine inconnue jebràt',
l'aire 11-15 emploie une forme uh, qui exige quelques éclair-
cissements. On trouve des formes ayant la particularité de pré-
semer un s final dans de très nombreux parlers orientaux, cf.
Adam p. 333, Baillant vôsse, Horning p. 122 et surtout la
carte 672 de VAL., qui donne des formes analogues pour un
grand nombre de localités non seulement de la Lorraine et de
la Wallonie, mais encore des départements de la Haute-Saône, de
la Haute-Marne et de la Marne. Or il est manifestement impos-
sible de rattacher ces formes au latin vespa, car dans la plupart
de ces parlers s devant consonne a disparu, et là où il se main-
tient, il reste rarement pur, et rarement aussi il absorbe la con-
sonne suivante, cf. AL. c.351 crête, Horning § 158; enfin si,
dans les parlers wallons, le traitement de sp paraît régulier, e
ouvert latin est diphtongue devant s -{- consonne ; or aucune
forme de « guêpe «n'y présente ce traitement, cf. ML., Gr. d.
I. Il faut sans doute en rapprocher giièhiolk donné par Adam, p. 535,
pour le Thoiv, et dont l'initiale est surprenante à côté de celle de 16, 17.
— 28l —
R. Spr., I, ^§ 151, ad finem et 468. Le rapprochement établi par
M. ML., /(/., § 18, entre le lorrain wes et l'ancien haut-ail. wefsa
doit être étendu à toutes les formes citées plus haut et résout
le problème. Il est probable aussi que u'efia s'est parfois croisé
avec des formes issues de vespa. C'est ce croisement qui peut
expliquer r initial de vôsse à Uriménil, où l'on dit ivaidè, garder,
etc., bien que nous ayons vu, p. 14, que w germanique est
parfois représenté par v dans un nombre important de localités.
Haricot, cf. Fève .
H erse c. 408.
La consonne finale é, e de notre domaine ne peut pas s'ex-
pliquer par le développement de la forme ancienne *herpicc ;
toutefois il n'est pas nécessaire de supposer un étymon latin
*herpica, et il est plus vraisemblable d'admettre que « herse » a
été refliit sur le verbe issu de *herpicare, comme nous avons vu
p. 81 que l'absence de diphtongaison y est due à l'action ana-
logique des formes verbales atones.
Hêtre L.
La diffusion du type « hêtre » qui provient du tranc hesli , cf.
ML., EPF. 4121, a été telle qu'il est devenu le terme unique de
tout notre domaine. Cependant le terme antérieur subsiste encore
dans un nom de lieu-dit fnes (pluriel), col qui relie les deux
vallées au-dessus du Ménil ; ce mot me paraît, en efîet, être le
même que celui qui signifie hêtre en différentes localités lor-
raines, feues (fém.) point 77 AL., fainesse Rehaupal (canton de
Corcieux, ar. de Saint-Dié), etc. Adam, p. 335, et qui est
dérivé de « faîne » avec le suffixe féminin h < acea ; sans
doute a-t-il eu primitivement un sens collectif, comme on le
voit dans le dérivé de « foin « fenesse de la Bresse, s. f . ,
« toutes les graminées des prairies... quand elles sont en
fleurs ». Dans les formes sans n, telles que faiesse Tram pot (can-
ton et arr. de Neufchâteau), Adam, id., etc., le y est issu du
groupe intérieur ni attesté par féniesse de Deycimont (canton de
Bruyères, arr. d'Épinal), Adam, id., et lui-même dû à une méta-
thèse du groupe rare i)i dans la forme disparue *fèyînes. On
remarquera enfin que le genre féminin de « hêtre », que la
— 282 —
grande majorité des témoins emploie encore, y prouve indirecte-
ment l'existence antérieure de fnu's.
Hier soi r c. 409.
Si t'fâ, eçà, àçà des deux vallées montrent que « hier soir » y
a été traité comme un mot simple dont on ne sentait plus les
éléments de composition, ce lait provient sans doute de ce que
(f hier » n'existe pas isolément dans notre région (pour cr du
\'al-d'Ajol, cf. p. 141), et que, pour dire hier, on emploie un
composé heiimane. Mais une bonne partie de nos parlers a
éprouvé le besoin d'avoir un terme plus clair et a refait une
nouvelle expression où les deux notions hier et soir sont net-
tement dégagées par l'emploi d'éniiè, hier, et celui de l'article
devant « soir ». Cette innovation a complètement triomphé
dans l'aire 11-13 et commence à combattre « hier soir » en
quelques points des deux vallées.
Hoquet c. 41 1.
Sauf dans quelques localités de la région de Remiremont, où
bôkô est évidemment refait sur le français, les formes usitées par
nos parlers contiennent le même radical que le français hoquet
mais avec le suffixe féminin cttc. Parmi ces formes, hoklot, hiik-
de la petite aire 4-7 doivent leur / à un verbe que je n'y ai pas
recueilli, mais que l'existence de hoqiiela, faire comme des ho-
quets en parlant, à la Bresse permet de restituer sans grande
hardiesse.
Jardin c. 414.
Le Val-d'Ajol, seul de tout notre domaine, emploie Iyo:^c,
dérivé de « clos », qui, sous la forme l\Ô, est attesté au point
16. Toutes les autres localités se divisent en deux groupes :
l'un, comprenant la partie la plus reculée des deux vallées 1-7 et
19-22, dit (';' <; area, l'autre, comprenant les autres localités,
et aussi les points frontières 5-7 et 19, des formes de iiiasu, éga-
lement usité dans de nombreux parlers vosgiens, cf. Adam
p. 337, et dont i}wnè:{e}èye de Gérardmer est un dérivé. Les deux
mots ont dû coexister partout ; Hiugre signale iniua au sens de
champ uni et sans pente, et nous avons vu p. 228 que c'est à
mot qu'(7- doit son genre masculin. Mais comme ces deux mots
- 283 -
pouvaient aisément aboutir au sens de jardin, les parlers ont
fixé leur choix sur l'un ou l'autre. Les textes médiévaux nous
montrent une expression intéressante où les deux mots sont
groupés ensemble et qui a dû contribuer à leur donner un sens
identique : en ciVct, à côté de en cl.udis. en pit'i, en hois el eji mes
NAL., 2542, 32, quatre bières situées à Reinireviont, Inv. Sonun.,
p. 53, col. 2, une bière... près des nieix id., p. 50, col. i, etc., on
trouve très fréquemment <';r, eire île ineix NAL. , 2531, 81, etc.,
une ière de nwi.x, Inv. Sonini., p. 47, col. 2.
Jars c. 417.
^i^(i:^â de l'aire 1-8' représente l'allemand ganser, qui y a péné-
tré par la voie des parlers alémaniques, cf. Martin, 1, p. 226, et
avec une substitution du suffixe â = fr. ard ; M. ML., EIF.
3677. qui ne cite comme issu de ganser que gàiâ de Pournois,
ne signale pas certe substitution clairement prouvée par le trai-
tement de ma, renard, etc., de cette localité, jorà de 11-15 est
très probablement un dérivé récent du français l'arÇs) avec ce
même suffixe ard ; de nombreux parlers lorrains possèdent des
formes de même type, cf. Adam p. 337, qui ne donne ;V/ que
pour Chatel (arr. d'Epinal). bitki du seul témoin 11 c est égale-
ment un emprunt récent au français bouquin, dérivé de houe, cf.
Dict. Gén. bouquin 2, avec une application locale au jars. Mais
l'explication des formes aw, o^â, o-éà de l'aire 9, 10. 16-22 est
difficile. Hingre donne pour la Bresse une forme qu'il déclare
vieillie ocbe, s. f., oie, qui est sûrement refaite sur ocbâ, et ne
peut pas être invoquée comme une preuve que auca aurait dans
les parlers lorrains conservé sa consonne sourde après au, d.
ML., Gr. d. R. Spr., I, § 433. D'autre part il me paraît diffi-
cile de ne pas rapprocher ce^ formes des nombreuses formes
lorraines avec h citées par Adam, et. aussi Horning ncà p. 116,
Zeliqzon fikâ, p. 106, toutes les deux de la région nussine.
Or il est remarquable que la consonne de ces formes correspond,
partout où la comparaison peut être faite, à celle du mot qui
désigne le bouc, d. notre carte 105, Zeliqzon hoh et encore
à Landremont (canton de Pont-à-Mousson, Meurthe-ei-Moselle)
houcâ, bouc, ard, jars, d'après Adam, pp. 304 et ^37. En con-
— 284 —
séquence il me parait assez vraisemblable que dans tout ce grand
domaine le nom du bouc a été appliqué au jars, conmie on
voit un témoin de Remiremont renouveler le fait ; si le suffixe
« ard », rare dans le nom du bouc, s'est particulièrement déve-
loppé dans celui du jars, c'est sans doute en raison du besoin
que les parlers ont éprouvé rapidement de distinguer les noms
des deux animaux. Postérieurement, dans de nombreuses localités
dont fait partie notre aire 9, 10, 16-22, le nom du jars a été
refait sur « oie », ce qui a amené la disparition du b initial. On
peut voir une confirmation de cette explication dans les nom-
breuses formes de la région de Nancy données par Adam bricà,
etc., qui paraissent avoir subi une contamination du v. « bri-
quer », lequel prend parfois un sens obscène, d'après l'indica-
tion du témoin 11 c, cf. coït L.
Jeter des pierres c. 419.
« Jeter », recueilli dans presque toutes les localités, existe
évidemment partout. Il en est de même d'c accueillir », obtenu
en plusieurs points non en contact, cl. encore ai keu yé Hingre et
aiccHcnyé Maillant, et dont l'emploi au sens de jeter est le déve- .
loppement curieux du sens d'accueillir, bien connu dans l'an-
cienne langue, cf. Dict. Gcn. et encore attesté dans notre région
par 12 a et l'indication de Hingre : « poursuivre avec des projec-
tiles ». A côté de ces deux mots vraisemblablement connus de
tout notre domaine, làsye ne paraît usuel que dans l'aire 20-22,
le dérivé de « caillou > ekeyôlà i c, 2 c, ekà- 16 a, semble égale-
ment rare, car aucun lexique de la région ne le contient. Enfin
la seule aire 1-6 se sert de èàpà, dérivé très ancien de «' champ »
(M. ML., EIV. 1563, a oublié de citer les formes dialectales
françaises), fréquent dans les parlers franc-comtois, mais rare en
Lorraine, où je n'ai relevé, en dehors de notre éàpà, .que chain-
per, tourmenter, Dompaire (arr. de Mirecourt), Adam, p. 238.
Premier lait de la vache qui a vêlé c. 438.
Nous avons déjà eu l'occasion de traiter des formes issues par
dérivation de l'a. fr. het, p. 130, ainsi que de bôk du point i,
p. 236. On a jusqu'à présent admis que l'étymon de bet est le
franc, bcost, et il semble bien que nos formes supposent un
- 285 -
ancien e fermé. Cependant il n'est pas impossible que IV ait été
ouvert, car 12 dit bt'tre, et d'autre part 0 de l'aire i-i i, 13-15 peut
être dû à l'action de la labiale initiale, cf. p. no, et rt à un déve-
loppement conforme à ceux qui ont été étudiés § 51. Ces
réserves sont nécessaires, parce que l'ancien verbe beter, se cailler,
qui paraît bien appartenir à la même tamille que bel, avait un e
ouvert, ainsi que M. Thomas a eu l'obligeance de me le signaler,
et que d'autre part les formes best bester, citées par M. ML., EW.
1037, à l'appui de l'étymon bcost, n'existent pas. Mais si bel ne
provient pas de beost, j'ignore quel autre type étymologique peut
lui convenir. Quoi qu'il en soit, les parlers de la vallée de la
Moselotte, tout en possédant encore bàkre, bwàkre, ont créé une
nouvelle expression ro Jâse, « lait roux ».
Longtemps L.
Cet adverbe de temps, qui est identique au français dans
l'aire 1-19, se dit bwÔn pfs dans l'aire 18-22. Cette innovation
commence à reculer devant « longtemps », comme le montre la
coexistence des deux expressions chez les témoins 18 et 19 a,
mais il est douteux qu'elle ait jamais beaucoup dépassé l'aire 18-
22. Quant à sa formation, elle est claire ; il suffit de rappeler
pieça et les autres expressions temporelles composées avec pièce
de l'ancien français.
Mal L., Maladroit c. 467, etc.
ino, forme unique de mal dans tout notre domaine, a fré-
quemment réagi sur les mots composés avec la particule « mal ».
« Maladroit » a partout la voyelle Ô, et très souvent / a même
disparu, comme dans le mot simple, de sorte que les deux élé-
ments du composé « mal » et « adroit » sont nettement mis en
valeur.
Malheur, malheureux ont également la voyelle 0 par-
tout où le français a été adapté, mais / n'a pas été supprimé,
parce que le deuxième élément de ces mots n'existe pas à l'état
* indépendant.
Malaisé L., que je n'ai recueilli qu'en quelques points, paraît
être rarement modifié par « mal », malgré la présence d'aisé
c. 16 ; cependant, à côté de iiiaJiiulh',Wmgre signale iiiûiiJanhé et
— 286 —
maulaiihan. Par contre il n'est pas surprenant que dans malade
c. ^GG la composition ne soit plus sentie nulle part.
Mancheron de charrue c. 470.
La désignation de cette partie de la charrue donne lieu à une
grande activité lexicale. En différents points non en contact, on
emploie « poignée » ou « bras ». D'autre part on trouve des
dérivés de « main », mhtà au seul point 12, mhiot, ~Ôf dans les
localités 6-1 r, 13. Ce dernier dérivé paraît avoir occupé une
aire plus vaste, car pivciwt du point 2 est une formation peu
explicable, si iiihiôl n'a pas servi de modèle (je ne fais pas état
de piueuô de 12 a, qui me parait dû à une erreur individuelle).
vih'vey est donc, malgré sa localisation, un terme plus récent :
c'est ce qui résulte de l'indication de 7 a, pour qui tntrvey est le
mot français et inhiol le mot patois. Dans cette hypothèse, on
comprend également mieux la forme anormale de ce mot : il est
en effet difficile de ne pas le rapprocher des formes franc-comtoises
Diciivèl, manche de charrue, La Franche-Montagne, viènvl'l, mani-
velle, Bournoîs, inervel,\d., La Grand-Combe, et de l'a. \r. inane-
vellc < *manabdla ML., EIV. 5280, mais la terminaison ey ne
peut s'expliquer ni par une substitution de suffixe, puisqu'ry
n'existe pas à l'état de sufhxe actif dans nos parlers, ni par un
croisement de mots ; il faut donc y voir la corruption d'un mot
étranger, peut-être introduit par le français populaire, où il est
actuellement usuel.
Manivelle c. 476.
Malgré l'invasion récente des mots français uianivcUe et inécii-
nique, il reste assez de traces de l'état ancien pour qu'on puisse
le reconstituer, simyivl, qui subsiste dans les localités 13-16,
19, 21, est une déformation du représentant de *cicoiiioIa, et.
ML., EÎ'V. 1907, par suite d'un croisement avec « meule » ; le
même phénomène est attesté dans d'autres parlers lorrains,
et. siiniciilc Uriménii cl uiiinlc .All.iin (canton de Colonibcy,
air. de Toul, Mcurihe-et-Moselle), Adam, p. 285. Dans la val-
lée de la Haute-Moselle, il subsiste encore une trace du même
mot, ni.iis non contaminé par « meule «. En effet le témoin 2 c
m'a indiqué le verbe sîijôlà, au sens d'enlever les leuilles des
— 287 —
légumes ; \-j développement sénnintique n'.i rien de surprenant :
on il appliqué pur plaisanterie ce verbe, qui signifiait au propre
tourner une manivelle, au geste nécessaire pour dépouiller avec
un couteau certains légumes de leurs teuilles. Il résulte de tous
ces faits que le typj *cicoiiiol(i a dû exister dans tout notre
domaine au sens de manivelle. Mais la vallée de la Haute-Mo-
selle l'a remplacé par un autre mot hôni, que je n'ai relevé dans
aucun lexique, et qui est évidemment l'ail, horu, bien que
Martin ne le donne pas avec le sens de manivelle, et dont l'ap-
plication est analogue à celle de « corne « au sens de manche-
ron dans les parlers franc-comtois, cf. notre carte 470.
Marmite, cL Casserole.
Mèche de cheveu X c. 483.
Les formes récemment empruntées au français et plus ou
moins adaptées ont laissé subsister, outre la forme ancienne de
« mèche » aux points 6, 11, 12, une grande variété de vocabu-
laire, éiipôl 4, 5,7, 8, ^- 8', éôpàt 22, dont rJjopa, Hingre est la
forme masculine, ont un /) comme la forme correspondante du
Irançais oriental t7//)L) (c'est-à-dire dans ma graphie «//)<)), rattachée
par ML., EIV. 7708 au bas-ail. schoppc, par conséquent pro-
viennent de parlers septentrionaux de la région wallone, en
contact avec les dialectes bas-allemands. Mais schopf du haut-
allemand et des parlers alémaniques est également attesté dans
notre domaine par /ofyot du point 6, et chôfc, s. m., touffe,
gbne, assemblage, de la Bresse, plso de 6 et pîsyo de 9 sont déri-
vés du v. « pincer », k-uyot de i est un diminutif de « queue »,
éïkàt de 21, de r;Â', cime, ci', p. 26i,entin Iràeey de 17 corres-
pond au fr. trochée, faisceau de pousses, dérivé de t roche, cf. D.G.,
avec une nasale 0 due à quelque contamination, d. au sens de
touffe d'une plante iro€ 1 1 a et Irô-cJ 2 c.
Mèche de lampe c. 484.
Tandis que l'aire 1-7, 18-22, le Val-d'Ajol et le témoin 11 c
disent iim^, -é, les • localités voisines de Remiremont ont des
formes Jhniié 7, 8, -c 8', 9, 10, 13, 14, 17, k- 11, 15, dont la
syllabe initiale est vraisemblablement due à un croisement de
mité-, r avec « lumière » ; cf. les formes analogues Fiiionchc, km-
— 28« —
et ehn- d'Uriménil. En ce qui concerne l'étymon de uiii-e, -e, la
voyelle a appuie fortement l'hypothèse de M. Meyer-Lùbke.
d'après laquelle niyka aurait été contaminé par muccu, cf. EU\
5804.
Mettre c. 494.
Des deux types « mettre » et « bouter », le premier a totale-
ment disparu de la vallée de la Haute-Moselle, tandis qu'il est
encore très vivace dans la région de Remiremont et dans la val-
lée de la Moselotte, où du reste « bouter » n'est pas inconnu,
comme le montre buta Hingre. Dans la région de Remiremont,
ils se sont en outre croisés et ont donné naissance à l'infinitif
bot des points 12 et 14, cf. aussi bote Uriménil, au participe }}ibte
de 1 1 a et à l'impératif mot de 14 a.
Miauler c. 497, Ronronner!,.
C'est sans aucun donte par des onomatopées qu'il f;mt expli-
quer les différents verbes signifiant miauler, myàtinà de la val-
lée de la Moselotte, inyanà, -c des points 1-9, 1 1, 16, iiiyâlà, 4 de
Taire 11-15. Mais rwanà de 2, dont il faut rapprocher rwânâ,
-à de 24-26 et rouanai des Fourgs, évoque mal le miaulement, et
en effet il a dû tout d'abord désigner un grognement, comme
le vaonlïQWX. rouannâ , gronder comme le chat, Dartois p. 222,
roiienai, grogner, s'applique particulièrement au porc, Mont-
béliard, roûenaî, id., Châtenois ; et il faut sans doute rattacher à
ces formes rowenà, ronronner, 26 b, rovoina, gronder, grom-
meler, Plancher-les-Mines, et même ribànà de la Grand-Combe,
qui a pris le sens figuré d'importuner par des demandes (le sens
de miauler est implicitement contenu dans l'explication ajoutée
par M. Boillot : « par analogie avec le miaulement de chat, lors-
qu'il demande à manger •>), comme iiiyànn s'y dit d'une personne
qui se plaint toujours pour obtenir quelque chose en flattant.
Quant à rnodà, -r de 16, 13, c'est un dérivé de njo, matou, indi-
qué par 13 a dans l'expression el ve â rno, en parlant de la chatte
qui cherche le mâle, cf. aussi rcgmimi, chat mâle, Uriménil.
Le ronronnement est désigné d'une façon moins variée, sinon
moins pittoresque. La plupart des témoins emploient la même
expression « dire son credo », analogue à « dire son patcr » de
26 et « fiiire patenôtre «de 23.
— 2(S9 —
MilletZ.
Dans la plupart des localités, on distingue par des termes
propres le millet naturel, qu'oii appelé iiit' = fr. mil, et le millet
servant comme aliment, qu'on désit^ne par le participe du v.
« piler » [^li', pld. Le témoin i^ a emploie même, outre pli', un
terme pour le millet cuit, iii\cs, dérivé de me avec le suffixe col-
lectif r.v <; accn. L'existence de ces différents mots a causé quelques
formes croisées piiid', d'où tind' de 14 a, pnà de 12 a, pnœ de
22 a, cf. plus haut pp. iii et 130.
Muer c. 514.
L'état de nos parlers est très compliqué, parce que la ten-
dance à distinguer la mue des oiseaux et celle des autres ani-
maux, notamment du gros bétail, qui s'y manifeste, n'a pas été
assez forte pour empêcher les extensions de sens des différents
mots. Ainsi, partout où « déplumer » est employé, il s'applique
au moins aux oiseaux, mais beaucoup de témoins l'appliquent
aussi aux autres animaux ; inversement « débourrer », qui con-
vient aux animaux garnis de poil, se dit aussi des oiseaux (peu •
importe que ce dernier cas se produise dans les localités franc-
comtoises 23 et 25) ; de même çpœrï de la vallée de la Mose-
lotte y a souvent les deux sens, comme on le voit dans khpeiiri,
perdre son poil, ses plumes, Hingre. Du reste ce verbe n'était •
pas particulièrement topique, car c'est un composé de « pur »
qui, au sens propre, signifie épurer, cf. l'indication de 19 c
« nettoyer par ex. de la salade mûre dont on frotte dans les
mains la semence, pour en enlever les saletés » et celles d'Adam
p. 263 s. v. hhpeuri : « hhpciiri, speiiri faire tomber le poil, la
semence, Saint-Amé; 5/)o//n égrainer, effeuiller, se déplumer, le
ThoXy ; s pauri plumer, Rehaupal (canton de Corcieux, ar. de
Saint-Dié) » ; epnrà du Val-d'Ajol est le même verbe avec un
infinitif d'une autre formation et un •// qui provient d'un croi-
sement zvec deMrà. Quant à dekwelà de 5, je n'en puis rien dire,
car l'étymologie m'en est inconnue. Cest pour échapper à la con-
tusion créée par les doubles sens de la plupart des mots que
beaucoup de témoins ont eu recours à des expressions plus ou
Les parlers des Vosges méridionales. 19
— 290 —
moins individuelles, mais en tout cas plus claires, telles que
« peler », « changer de poil », etc.
xMulot c. 515.
Les espèces de rats des champs diffèrent peu d'aspect, et il est
très probable que la plupart des patoisants savent mal les distin-
guer et par suite confondent leurs noms ; en conséquence il eût
mieux valu adopter pour l'exergue de la carte le terme géné-
rique : rat des champs. Quoiqu'il en soit, le type « rate (qui dans
tout notre domaine désigne la souris) mousseuse » des points i-
15, 21 a dû à l'origine se dire du campagnol ou du muscadin,
qui ont tous deux la queue velue. D'autre part le deuxième type,
représenté par tnûfrk de la vallée de la Moselotte, mofret des
points 5, 9, 10, tnof et rct nwjl du VaWAjol, sapplique étymo-
logiquement au muscadin, remarquable en outre par son odeur.
Il provient en effet du verbe moja, moisir, 2 c, 5 d, cf. aussi
mâfâ^ devenir humide, 24, moiifa, moisir, Hingre, mofCi qui
commence à moisir, le Tholy, Adam, p. 271, et qui fait partie
d'une série de mots, dont les rapports avec l'ail, miiff, moisis-
sure, sont obscurs suivant ML., EPV. 5713. iiiufrh, mo- parais-
sent à première vue être des composés du type grippeminaud ;
mais si l'on considère que dans ces verbes le verbe exprime or-
dinairement une action, cf. Darmesteter, Gramiii. histor., 3^ par-
ties, p. 48 sq., et qu'au Val-d'Ajol existe un postverbal inof, on
sera disposé à admettre que iiiiifiel iiiof- ont succédé à des
formes mûf, inof auxquelles ont a ajouté ret d'après « rate mous-
seuse ». Le Val-d'Ajol a créé un terme de formation plus
usuelle rPt inofi, dont l'élément verbal est retait sur < moisir », et
qui a de son côté servi de modèle à ret fûyi. Enfin iiiôsrl'l usité au
point i),cf. aussi mosrète, le Tholy, Adam, p. 272, doit son s
à un croisement avec « rate mousseuse ».
Noircir c. 325.
Sur la lutte des deux types « noircir » et « màchurer », lutte
qui tourne A l'avantage du premier, il y a peu à dire. Plus inté-
ressantes sont les formes du verbe « noircir ». Dans la plupart
des localités, le radical en est complètement refait sur l'adjectif
« noir », ci. au.ssi ;/mV Hingre, de même qu'en français l'an-
— 291 —
cienne forme iicicir a ctc supplantée })ar noircir. Dans quelques
points seulement, ir, i), 17, le groupe intéiieur ancien rs est
encore conservé et représenté régulièrement par f, ç. Mais, tan-
dis que }iôf] de Taire franc-comtoise 23-26 correspond complè-
tement au fr. noircir, les formes iioee -ce, nàçc, -Ç\f ont subi un
changement de Hexion, qui a précédé et explique iicryc, Nâr\rdi:s
autres localités.
Noyau c. 529.
Des deux types qui se partagent notre dt)maine et qui sont at-
testés dans de nombreux parlers lorrains et franc-coiutois, cf.
AL. c. 926, i^rane, i^rc- de Taire 11-15 est un dérivé de i^nuintis,
grain de raisin, d. ML., EIV. 3890. Quant à t^w/t', gr- des deux
vallées, Torigine en est moins sûre. M. Grammont a proposé
pour les formes correspondantes de la Franche-Montagne gi^itc,
gnè un étyinon granellu qui trouve un appui dans l'indication
du témoin 2 c que g^iie, qui signifie aujourd'hui seulement
noyau, est vieilli au sens de grain de raisin ; mais, outre qu'il est
surprenant que le succès de la métathèse ait été tel qu'il n'ait
laissé subsister aucune forme avec gr initial, cette étymologie a
l'inconvénient de laisser sans explication les formes franc-com-
toises qui commencent par k, cf. guenéei kené Plancher-les-Mines,
Auxel (région de Belfort), d'après Poulet et Vautherin. C'est pour-
quoi il me paraît préférable de considérer ces formes comme
dérivés de Tall. kern, dont le k est devenu g par croisement avec
le dérivé dcgniiiiiis et probablement aussi avec « grain, graine ».
Si cette interprétation est exacte, il en résulte que gêne, gc- sont
postérieures à grème, grc-.
Nuage c. 530.
Nous avons déjà traité des formes ^/w?/, -œy des deux vallées,
pp. né et 149, et admis qu'elles représentent un étymon niihilii,
avec un c prosthétique, et qu'en outre hiây des points 3-6
doit son y à Taction de nàx qui correspond au fr. nuée. Il reste à
constater ici que '< nuée » repousse les formes plus anciennes
issues de luibilu, qui résistent aux points frontières 6, 9 et 18,
et que, si ce tvpe a existé dans d'autres parlers lorrains, il ne
semble plus y en avoir de traces actuellement, cf. Adam p. 35 1
et la carte n u a g e de r^Li
— 292
Oiselet L.
La plupart de nos parlers n'ont pas de terme propre et disent
« jeune (d)'oiseau » ou « petit oiseau » ; cependant l'aire i-6 a
également employé le mot inlc, qui me paraît être un diminutif
de « merle » au moyen du suffixe e = ir. at : ce suffixe sert ^
en effet surtout pour désigner de jeunes animaux, cf. ML.,
Gr. d. R. Spr., II, § 506, Dict. Géii., Introd.,§ 131. Ce mot aurait
donc reçu une extension de sens qui n'a en elle-même rien de
surprenant. Comme d'autre part nous ne l'avons pas retrouvé
ailleurs, il v a peu de raisons de croire qu'il ait perdu beaucoup
de terrain, et on peut le considérer comine une innovation lexi-
cale de la vallée de la Haute-Moselle.
Ortie L.
Tandis q^ue les deux vallées, le Val-d'Ajol et même le témoin
b de Remiremont disent « ortie » comme le français, 11 a, c,
13-15 emploient êokà, également attesté à Uriménil, cf. choquant
Haillant, et à Arches (ar^ d'Epinal), point 67 de VAL. En outre
il faut en rapprocher de nombreux mots des parlers lorrains, qui
contiennent le même radical avec des suffixes différents et dont
plusieurs ont été croisés avec « chardon », cf. AL. c. 951, Hor-
ning p. 121, Adam p. 3 54 et p. 2^0; d'après une communica-
tion de Thiriat à M. Haillant, Saint-Amé connaîtrait aussi chaii-
qucsse pour désigner une variété d'ortie, Urtica dioka, mais le
témoignage de Thiriat est quelque peu suspect, car il est origi-
naire de Cleurie, village voisin de Saint-Amé. Toutes ces formes
doivent être rattachées à un verbe régional, à Uriménil choqué,
brûler légèrement et accidentellement soit par le feu, soit par les
orties, à la Bresse choqua, brûler, et dans le domaine de mon
enquête se iokà 5 a, d, 19 c, -^- 8' c, 9, -c 14 b, se. ^bkc français
populaire, d'où dérive p. ex, chôquessc, brûlure par le feu, par
les orties, etc., Flingre. C'est avec raison que M. Haillant consi-
dère chôquaul, ortie, comme un dérivé du v. choqué. Ce verbe
lui-même est inséparable et, à mon avis, dérive à son tour de
l'interjection ۙk, ۉk usuelle dans les parlers lorrains, que Oral,
d'après Horning, Z., XVIII, p. 215, considère comme d'origine
alémanique, mais pour lequel je n'ai trouvé aucun étynion
— 293 -
satislaisant dans l'ouvrage de Martin, cf. choque, interj., exprime
la surprise ou la douleur, surtout par l'effet de feu, Hingre, qui
aurait dû ajouter qu'elle s'emploie aussi quand on se pique aux
orties, comme je l'ai souvent entendu dans le français populaire
de la région. M. Morning, loc. cilato, a proposé d'une façon ana-
logue de voir dans cette interjection l'origine du lorrain cJioqite,
ortie, mais sans indiquer l'intermédiaire du verbe. De toute
façon, il est douteux que le français choquer ait quelque rapport
avec cette série de mots .
Orvet L.
On sait combien les formes qui désignent l'orvet dans les par-
1ers gallo-romans sont obscures. SW éiyn\o\'\ an g uiU a que M. ML.,
EW. 46 r, admet pour le lorrain (jï)àvœ est acceptable, il est clair
que cette forme et celles de notre région civd' i-i i b, ié-22, oiuây
1 1 a, c, -(V II d ne sont pas régulières et qu'elles ont subi une
corruption que j'attribue à « aveugle ». Le groupe final o-/ a dis-
paru en passant par les étapes successives gy, d\, y, conformément
aux faits exposés pp. 39 et 40, et a a pu devenir 0, comme on
l'a vu § )8. Il est toutefois possible, sans que cela soit actuel-
lement démontrable, que les formes avec 0 initial, cf. outre celles
qui ont été citées plus haut Ôve 12 a, 24, 25 d, -c 12 b, 26 b,
également donnée par l'^Z,. pour le Val-d'Ajol, proviennent d'un
croisement avec quelque représentant du latin orhus, qui paraît
conservé dans bbmvi, bhfœvya, ohrâvytt des points 78, 87 et 86
de VAL. Quoi qu'il en soit, il est certain que « ver » a modifié
Li deuxième syllabe à'ove, dont bvè est une corruption d'origine
obscure; et cette action ne surprend pas, quand on voit les com-
posés nouveaux tyâ soyà de 1 1 c, 14 a, 1 5 a et vyâ kfiro de 13,
cf. aussi via courô Uriménil, zya hûfo point 67 (Arches) AL., le
premier formé avec le participe présent de sbye, scier, faucher,
cf. les cartes 693 et 336, le deuxième probablement avec un
dérivé de « courir » au moyen du suffixe 0 == fr. auâ ; et si les
formes des points 78, 87 et 86 de VAL. contiennent bien le latin
orhus, cet adjectif a été de mènie renforcé avec le substantif
« ver ». Enfin il est notable que toutes les formes que M. ML.
propose de rattacher au féminin angnilla sont masculines, et ce
— 294 —
changement de genre est vraisemblablement dû aussi à l'influence
de « ver ». kolyev de i b est certainement une inexactitude, bien
que d'autres régions emploient un dérivé de « couleuvre » au
sens d'orvet, d. kolrvrc et lîorvùle des points 59,68 et 69 de Y AL.
Oseille c. 537.
Nous avons déjà parlé plusieurs fois, pp. 132, 133 et 236, des
formes variées et difficiles qui sont usitées dans nos parlers. nîjoJ,
v.â'jol, -ho! des points i, 21, 22 sont particulièrement obscures ;
faut-il supposer qu'elles proviennent, par métathèse, des
voyelles, de formes ancierines analogues à y///7 de Remiremont, et
qu'elles ont été modifiées ensuite par najol, noix c. 527, qui
serait également la source du ;/ initial des formes dérivées luvjlôl,
etc. ? On pourrait du moins être tenté de l'admettre, quand on
voit la véritable confusion de mots attestée par lurjol de Ventron
et la Bresse.
Papillon c. 551.
L'origine du mot qui apparaît sous les deux formes hlble et
î'ûblè, cette dernière seulement à Vagny, m'est inconnue; mais
s'est évidemment à l'influence de ce mot que « papillon ■> doit
ses deux b dans bôhyà du point 13, forme très répandue dans la
région d'Épinal, d. bobyon Uriménil et Adam, p. 355. Quant à
phnrd du V^al-d'Ajol où VAL. a également recueilli povhv, c'est
une forme issue du croisement d'un représentant régulier de
papilionc, tel que /'tWQ'ô du point 25, avec le verbe « virer » ou
le dérivé ovird, tarière, dont nous reparlerons plus loin.
Paroi c. 554.
Outre les deux types « paroi » et « dalle », ce dernier
(.mprunté au français, et dont le genre masculin a été expliqué
p. 228, les mots féminins Ici des points 18 et 19, Uhr et tçiir- des
points 4-6 et 18 sont des dérivés du verbe « tisser », dont le
sens provient de ce que les parois sont souvent faites avec un
entrelacement, une " tissure » de lattes.
Pêcher c. 558.
Ce verbe présente partout une voyelle hétéroclite û, qui est
due au croisement de « pêcher » avec piifô 1-8', 11 a, c, -'- 12,
-ç- 9-1 1 b, 13-22, poisson L., dont Vfi s'est développé au con-
traire régulièrement.
— 295 —
Pc lure c. 564.
A côté des formes difficiles de la partie la plus reculée des deux
vallées, qui ont été traitées plus haut p. 270 sq., pelœ^, pu-, pÔ-de
Faire 8-1 1, n-i8 et les formes du même type fréquentes dans
les parlers vosgicns, cf. polctichc Uriménil et la carte pelure de
VAL., soulèvent également un problème embarrassant. Il semble
en efiet qu'on ne puisse pas les séparer du fr. éplucher, probable-
ment issu de l'ancien îx.peluchier, et d'autres formes romanes, citées
par ML., EW. 1506 pilûccaie. A ne considérer que nos formes
lorraines, on pourrait y voir des dérivés du v. peler avec le suf-
fixe Ucca, et un étymon *pihlcca serait satisfaisant pour expliquer
les nombreux verbes recueillis par M. ML. ; mais il est curieux
qu'en a. fr. et ailleurs il ne signale que des verbes, si bien que
le substantif attesté par nos parlers devrait être plutôt un postver-
bal issu d'un verbe disparu et correspondant à l'a fr. peluchier.
Pendant c. 565.
La formation particulière et récente de la préposition française
pendant explique que nos parlers, sauf en cas d'emprunt,
expriment la même idée par des mots tout autres. Beaucoup de
témoins emploient simplement « dans », 2 hàiipiueddà, c'est-à-dire
« par dedans » (pivedà de 1 1 b, c est un croisement du patois
et du fr. pendant, car « dans», se dit de à Remiremont) ;
« parmi », qui se trouve à la fois au point 13 et dans l'aire lé-
22, existe peut-être dans les localités intermédiaires, mais même
au sens propre je ne l'ai recueilli dans la vallée de la Haute-Moselle
que chez le témoin 2 c sous la forme perme, aussi il est peu
probable qu'il v ait jamais eu le sens de pendant; drthb de 10-
15, donné aussi par 17 b en réponse à [« Vers le matin »], et
dràho de 9 sont au propre l'adverbe de lieu « droit haut », qui
signifie Là-haut, cf. la c. 435. Malgré l'emploi qu'en ont fait les
témoins et les indications de Haillant drbhaut, dràbais, drbhaiit ç ci,
-clai, par-ci, par-là, parmi, à travers, ici et là, le long de, çàetlà.
Essai, p. 41 5, ces adverbes, pris comme prépositions, expriment,
la direction plutôt que la durée et correspondent au fr. vers plu-
tôt qu'au fr. pendant. Cette extension d'emploi paraît du reste
être localisée dans le voisinage de Remiremont ; je ne l'ai pas
— 2^6
observée dans les parties reculées des deux vallées, et Hingre ne
la connaît pas non plus,
Peureux c. 574, Timide c. 749.
De même que « douter » s'emploie au sens d'avoir peur dans
tous nos parlers, sauf peut-être au Wil-d'Ajol où du moins
je ne l'ai pas recueilli, cf. peur L., la plupart des témoins ont
dit « il doute » ou « un qui doute, un homme qui d... », en
réponse à la phrase française [« C'est un peureux »]. Le verbe
c douter » a donné naissance à l'adjectif Jo///, qui, d'après la con-
figuration des aires, doit exister partout où « douter » est usité,
cf. pour la Bresse dôlile WingVQ . Cet adjectif est relativement
ancien, s'il provient de l'a. fr. âoutil, du reste peu usuel ; et le
maintien du / final pourrait être attribué à la propagation de la
forme féminine; en tout cas il est d'une formation exceptionnelle
dans nos parlers, et l'on sait que le suffixe latin lUs n'a produit
en français que le suffixe emprunté ile, cf. D. G., Introd.,
§ 242. Cependant, en dehors de formes adaptées du français
peureux, quelques points emploient encore un adjectif issu du
représentant régulier de pavore pevrœ et -u 2,pivevrn etpourn 11,
14, çpevrœ 19, khpèvreu la Bresse, cf. aussi povronx Uriménil,
dont le suffixe a probablement subi l'influence du français,
comme on l'a vu p. 232. La consonne initiale des formes
usitées à Saulxures et à la Bresse est due à un croisement avec
(ï)çpàvbtà, épouvanter ; le Val-d'Ajol a môme tiré un adjectif
ïdvaiû, peureux, de la forme locale de ce verbe, et dont on
peut rapprocher hwàtû du point 23. Quant k k'wf'l du point 5,
l'origine m'en est inconnue.
Peut-être c. 575.
En dehors de l'expression française empruntée, nos parlers
présentent deux mots régionaux sto, employé partout sauf aux
points 12 et 13, et qui se retrouve ailleurs sous cette forme ou
d'autres peu difl^érentes, et. Horning p. 120', Adam p. 219, et
stepide. 13, -a 12, usité également dans d'autres localités lorraines,
cf. Adam, loc. ciî.,et s'tè poét Haillant. Au point de vue étymo-
I. La référence, Rom., 15,5 138, que donne M. H. est erronée, sans qu'il
m'ait été possible de la rectifier.
— 297 —
logique, stô est simplement un composé formé de « si tôt », et
qui a pris naissance avec le sens de peut-être dans des phrases
telles que « il viendra si tôt qu'il pourra ». Quant à stï'pivc,
etc., c'est un surcomposé de slo au moyen des mots « à point «
et avec une contraction qui a fait disparaître la voyelle o. Dans
Taire même où sto est usuellement employé seul, on le renforce
souvent aussi avec « bien, encore bien », comme on le voit
aux N. E. de la carte et Hingre, Monogr., p. 107.
Piège c. 577.
Les réponses variées faites à la phrase de sens nettement
défini [« j'ai pris un oiseau au piège »], comparées à celles que
j'ai obtenues en demandant les noms des diverses sortes de
pièges, montrent que, si les mots employés ont été étymologique-
ment destinés à la désignation de pièges différents, la plupart
des témoins n'en connaissent plus l'exacte signification. Sans
doute certains mots gardent une valeur bien précise ; le « lacet »
reste réservé aux oiseaux, sre, qui est un substantif dérivé
du verbe correspondant au fr. sérancer, ne désigne pour 5 a
qu'une espèce de brosse à pointes pour prendre les taupes ; mais
rsô et rsà, formes adaptées du fr. ressort, désignent à la fois les
pièges à oiseaux et à renards, fàl et fol, issus de l'alémanique cor-
respondant à l'ail, falle, cf. Martin, I, 105, ont été appliqués à
ceux-ci et en outre à la souricière. 22 a a hh sans doute une
impropriété personnelle en employant retœr au sens de piège
à oiseaux, mais ivejohrr i c, 2 c, 5 c, d, 6 b, vïj- 5 a, f, inh- 9, 17 a,
boj- lia (forme corrompue d'après /70/0/, espèce de panier, 11 a)
ont dû désigner primitivement un piège à putois ; ces formes
semblent en effet devoir être rapprochées de vïjœ, putois c.
623, de l'aire 23-26; cf. ainsi plus loin ce mot.
Pinson c. 580, Bouvreuil Z., Pivert L.
Si, dans la plupart des localités, on emploie actuellement
le mot français plus ou moins assimilé, il reste assez de formes
anciennes pour se représenter la variété de l'état antérieur, ^ûâ
de 1-8, 21, -hrà de I9,-A'r(^de 2 sont, avec des suffixes différents,
des dérivés du simple chi que Hingre signale au sens de pinson,
outre chicran, id., et chicré, petit pinson, et qu'il considère avec
— 298 —
raison comme « une onomatopée prise de son cri simple ». Le
Val-d'Ajoi est seul à employer dave que VAL. y a également
recueilli : ce mot me paraît être le même que dayè relevé par
Hingre à la Bresse au sens de crieur public, lieutenant du maire,
crieur d'encan, qu'on a appliqué par plaisanterie au pinson.
Hingre ajoute qu'on francise ilaxc en dovcn ; et en effet dâxe du
\'al-d'Ajol et davè de la Bresse correspondent phonétiquement
au tr. doyen. Mais ce mot n'a pu prendre le sens de crieur
public que par un croisement avec un ancien dérivé du v.
dailler, aujourd'hui disparu de notre région, mais encore vivant
dans quelque parlers lorrains au sens de quereller, etc., et issu
lui-même de daculh, cf. ML., EIV. 2458. J'ignore quelle est la
valeur exacte de /)îÀv7 t pràde i b, 2 c, que i b a également employé
pour le pivert ; i a, b, 2 c ont d'autre part désigné le bouvreuil
par pïkâ d moten et 2 c a bien précisé que c'est un mot équiva-
lent à ^ro hok. plliâ est en tout cas un dérivé de « pic », et
l'application de ce dérivé au bouvreuil montre que nos parlers
confondent aisément les noms de ces espèces d'oiseaux. A plus
forte raison comprend-on que le bouvreuil soit le plus souvent
appelé « pivoine » ou « gros-bec ». Quant à kàmfi de 2 b, c'est
un terme nouveau usité surtout dans les parlers franc-comtois.
Le pivert, dont je n'ai recueilli le nom que dans quelques loca-
lités, est ordinairement désigné par le composé « bèque-bois »,
refait en big ho d'après btk, bec, de la vallée de la Haute-
Moselle, et dont pïk bo de 2 b est une corruption probablement
individuelle. Ce composé a fait reculer un terme plus ancien
ccpive 2\ a, indiqué par erreur par 18, 19 a au sens d'épervier,
d. aussi « khpîué, pivert,... bec-bois » Hingre, et qui correspond
à l'a. (r.espoil<Z frunc spebt, d. Schwan-Behrens, § 5 a-, etc.
Il n'est pas surprenant que plusieurs témoins aient commis
de véritables erreurs: c'est ainsi que 5 a a donné le nom du cul-
blanc pour le pinson, que 4 a, 6 a ont donné celui d'une espèce
de pinson ^1kà d moten, cf. chi de nwntaùi, pinson d'Ardennes,
Hingre, et 3 a, 1 1 b celui de pivert bog bo pour le bouvreuil ; et
il en est probablement de même d'etnrnœy, bouvreuil, de 13 b.
Mais bfibû, bouvreuil de 15 a et ûéàk, pivert, du iils de i b ne
— 299 —
peuvent pas être interprétés, parce que leur origine est obscure,
et qu'ils nom été indiqués que par un seul témoin.
Pleurer L.
A côté de « braire » qui est usité partout, hrâr i-ii, 15-22,
hrer 12 a, « bêler « qui n'a été employé que par quelques
témoins, biuelà 2 b, c,'5 c, 7 b, -e i(S, hwi'lè Hingre, kunln 12 a-
cst certainement dû à un développement de sens analogue, mais
postérieur. Toutefois l'emploi que nos parlers en font également
au sens de beugler ne permet pas de reconnaître la filiation
exacte des sens, ainsi quon l'a vu p. 2)).
Pomme de terre c. 595.
La variété de termes qui désignent la pomme de terre est
particulièrement remarquable ; car, en raison de la date récente
à» laquelle cette plante a été introduite, elle nous montre d'une
façon bien nette que l'activité lexicale de nos parlers et leur ten-
dance à se différencier sont très vivaces à une époque voisine de
la nôtre. L'aire 1-7 et les points ir, 14, 15 disent « potume de
terre » probablement adapté du français ; mais dans pôm e lyer de
l'aire r-7, la préposition c =: fr. à s'est substituée à ce qui res-
tait de la préposition de,_ à la suite de l'assimilation du d étudiée
p. 127; Taire 7-12 emploie un diminutif de poire « poirette »,
la vallée de la Moselotte, sauf 20 et 21, et le point adjacent 15
ifipî qui représente la première partie du topinambour, enfin 20 et
21 disent kinot. Nous avons déjà eu l'occasion de signaler l'origine
étrangère de cette forme p. 146 ; il est même curieux que nos
parlers n'aient pas adapté le suffixe. Il faut ajouter ici que krnot
a dû être emprunté avec le sens de pomme et qu'il a été appli-
qué à la pomme de terre dans nos parlers ; car d'une part, dans
la région d'où il provient, la pomme de terre se dit « pommette
de terre », et d'autre part Hingre traduit keniôte par pomme et
ajoute: « on dit plutôt pème ». Pour la dissimilation de p en k,
cf. p. 130.
Poulailler c. 601.
Deux mots se partagent notre domaine, dérivés avec le suf-
fixe ter, l'un de « chapon », l'autre de « poule ». pôle de l'aire
3, 4, 6, 7 est probablement dû à une substitution de suffixe.
— 30<^ —
il est vrai assez surprenante, d. p. 233 ; mais une contami-
nation par « poulain » n'est pas vraisemblable, puisque ce
dernier mot ne présente dans nos parlers aucun sens compa-
rable à ceux qu'il a dans les lanj^ages techniques du français.
Il semble bien que « poulier », déjà attesté en ancien fran-
çais, soit antérieur à « chapon ier » ; mais tous deux sont
importés dans notre région, puisque poule ne s'y dit encore
aujourd'hui que •< geline ", d. notre carte 602, et que « chapon »
n'y existe pas. Dans quelques localités ils sont encore en rivalité,
cf. les points 5, 19, 21,22 et de même à Uriménil chopounèye et
polèye ; mais « chaponier » tend à remporter dans la vallée de la
Moselotte et la partie reculée de la Haute-xMoselle, tandis que
« poulier " au contraire a éliminé son concurrent dans le reste
du domaine.
Printemps, cf. Automne.
Puer c. 620.
« Flairer », bien qu'employé encore dans toutes les localités,
est fortement battu en brèche par des verbes signifiant sentir, et
le plus souvent jomts à l'adjectif prisadverbalement « méchant »
avec le sens régional de mauvais. Ce deuxième terme est rare-
ment absent ; cependant j'ai relevé set au point 8' et fonià au point
6, de même 13 a a indiqué £ome au sens de sentir bon, cf.
aussi goût L. ; c'est de h même façon que « flairer » du sens
propre de dégager une odeur a abouti à celui de puer. En ce qui
concerne le verbe lui-même, outre « sentir », nos parlers pré-
sentent deux types, dont l'un, peu usité, d. ^iiiikr tiieau puer, 16,
€)niki' le hue go, sentir bon, 14, khmiquè Hingre, s' inique et
cJjtniquè Haillant, est manifestement l'allemand schmecken, mais
dont l'autre, éomà 1-8, 19, 20, f- 8-10, cf. aussi chôma, Hingre,
chommè, flairer, le Tholv, Adam p. 240, est d'origine inconnue.
Pu tois c. 623.
M. Horning a expliqué, Zeitschriff, XVIII, 230, par un cty-
mon *vissio, avec une substitution de suffixe ', de nombreuses
formes lorraines du mot que présentent nos parlers. Si cette
I. C'est sans doute par suite d"une faute d'impression qu'il y est dit que le
suffixe 0 correspond au tV. arJ, au lieu du l'r. iiial.
— 301 —
explication est satisfaisante, on peut cependant contester que le p
initial des formes telles que /xo de 13, 14 soit dû à une sorte
d'assimilation ; je l'attribuerais plutôt à un croisement avec le
français putois, de même que p'sey^ p'si, vessie, cité à l'appui, peut
être explique par un croisement avec « pisser ». Déplus iM. II.
n'a pas prêté attention aux formes qui contiennent un / dans la
première syllabe comme lùco du Val-d'Ajol, bien qu'il cite
d'après Adam vissau de Lay-Saint-Remy (Meurthe-et-Moselle)
et qu'il ait connu vichan de Blénod-lès-Toul indiqué par Haillant
s. V. p'hho'. Or cet / se retrouve dans un mot désignant le putois
et usité dans les parlers franc -comtois, cf. w/œ 23-26 de notre
carte, viegeu Plancher-les-Mines, et nous avons vu plus haut,
p. 297, que les parlers de notre domaine vosgien possèdent au
sens de piège un mot qui paraît dérivé de ce même mot.
C'est probablement la rencontre des deux mots désignant le
putois qui a donné naissance à une forme hybride vtco au Val-
d'Ajol ; mais nous manquons de renseignements pour assurer
que cette explication convient aussi à vissau, vichaii cités plus
haut. Quoi qu'il en soit, l'existence du dérivé au sens de piège
dans les parlers de l'aire 1-22 invite à conclure que le mot repré-
senté par/^o, etc. est étranger dans cette région et s'est substitué
à un mot antérieur correspondant à vijœ des parlers franc-com-
tois. Quant à l'origine de ces mots, elle n'est pas certaine : il
semble bien qu'on doive les rapprocher de celui qui désigne la
buse àMontbéliard età La Franche-Montagne, w/nV^» Contcjean,
II, p. ^^6, et vui~d Grannnont. M. G. a proposé un étymon
*zuis-eolu avec le radical du vha. wisala, mha. wiscl, belette, qui
aura été appliqué à la buse, parce que ces deux animaux sont des
bctes aux poules... Cette hypothèse est très vraisemblable en ce qui
concerne l'origine du radical, mais la formation avec un suffixe
eolwii est fort douteuse; elle ne convient ni à -vïjœ de 23-26 ni
à viegeu de Plancher-les-Mines ; et si le mot a voyagé, il est
actuellement impossible de reconnaître quel a été son point de
départ. Il faut donc se contenter de dire que ces différentes formes
I . fichau que M. Haillant signale d'après Godefroy n'existe que dans un
lexique français-flamand, dont j'ignore la valeur.
— 302 —
se rattachent à l'ail, luiesel, peut-être par l'intermédiaire de l'alé-
manique wiselc, d. Martin, II, 869, avec diverses substitutions
de suffixe.
Queu.x c. 631.
L'ancien type « queux » a fait partout place à des expressions
nouvelles, toutes d'une origine très claire. Toute l'aire 1-16
emploie un diminutif féminin en etk qui doit son genre à pierre
et son radical à « aiguiser », cf. la carte 12; Hingre donne éga-
lement pour la Bresse raivhate (et en outre raivhasse ;) mais on
remarquera que ce substantif n'est sans concurrent que dans Taire
9-16. Dans la vallée de la Haute-Moselle, on emploie les expres-
sions « pierre à aiguiser » et « pierre de (rarement à) faux », dont
la dernière est prépondérante dans la vallée de la Moselotte; on
comprend que dans certaines circonstances « pierre » puisse
même suffire, et que 18 se soit contenté de ce mot. Quant à
reflàt de 22 b, cf. raiflate, petite pierre à aiguiser, Hingre, dérivé
de «raffiler», c'est probablement une erreur; mais dans d'autres
localités vosgiennes, la forme correspondante tend à désigner la
pierre à aiguiser la h\i\, comme on peut le voir par la carte de
VAL.
Regarder c. 640 et 6^1.
L'origine germanique des deux verbes employés dans notre
domaine est bien connue : en effet l'un correspond au fr. épier <
a. 11. ail. spehon, l'autre est un composé au moyen du préfixe ;r du
type fr. i^netter -< wactare, dérivé de l'a. h. ail. u'abtc. Le simple de
ce deuxième verbe n'est plus attesté que par quelques traces : Hingre
indiques. V mi^//V qu'on dit aussi, mais rarement, •îx'cVîV, et je n'ai
personnellement relevé que l'impératif luei chez le témoin 2 a, mais
qui est très usuel dans le français populaire du Thillot et de la
région. « Épier » est particulièrement usité dans la valléede la Mose-
lotte où je n'ai même pas recueilli « reguetter » dans l'aire 19-
22, mïis rén et! c' de Hingre prouve qu'il n'en est pas totalement
disparu ; dans le reste du domaine, «épier » n'.ipparait plus que
dans la partie reculée de la vallée de la Haute-Moselle, et encore
y est-il en ctmcurrence avec « reguetter », qui semble seul
connu aujourd'hui de l'aire 9-17. En somme, la lutte des deux
— 303 —
verbes « épier « et « reguetter » n';i été tavorable au premier que
dans la petite aire 19-22, et on peut même douter qu'elle se soit
produite loin de notre domaine, car Adam qui donne, p. 367, de
nombreuses formes de « reguetter « nan donne aucune « d'épier»,
que VAL. n'indique qu'aux points voisins 76, 78, 85 et 88.
Retour de la fête c. 654.
« Retour ", qui est usité partout, ne se présente sous une
torme régulière rlô, riwo que dans les localités 2-3. Partout ail-
leurs ce mot a subi diverses modifications dues à un croisement
avec des mots de sens voisin : le k de rko ir, 14, 15, rhuo r, 6-
19, rkwà 19, 22 provient sans doute de « coup », que nos par-
1ers emploient, comme le français, au sens de fois, et rkiuà doit
en outre sa voyelle à à l'influence de /vi, encore, c. 291.
Ronronner, d. Miauler.
Rouet c. 668.
Des deux mots qui se partagent notre domaine, lurô i-io,
12, -b ir, 13-15, -à 16-19 correspond au fr. tonrel, cryât de l'aire
20-22 (l'emploi de cette forme par le témoin 5 a est un fait indi-
viduel) est un diminutif de « roue » avec le suffixe « eite », et
un /' provenant de l'article, d. p. 116. « Touret » paraît être
le terme le plus répandu dans les parlers lorrains, d. totirot
Uriménil et Adam p. 368; « rouette », que je n'ai pas relevé dans
d'autres localités vosgiennes, est au contraire très fréquent en
Franche-Comté, d. (f)ryôl 23-2), rjolte s. v° riot Plancher-les-
Mines, rityotte, n'yoltc Montbéliard, etc. Il est possible que les
deux aires séparées 20-22 et 23-23 aient été rejointes autrefois
et que lûro ait récemment envahi la vallée de la Haute-Moselle;
mais cette hypothèse n'est pas nécessaire, car « rouette » est un
dérivé qui a pu aisément être créé dans deux aires indépendantes.
Rucher c. 671.
Il est clair quapiariii ne peut pas être le prototype d'où seraient
issues régulièrement t^t', -ex, à:;e. de notre domaine, non plus que
les formes analogues avec ; qui se retrouvent fréquemment en
Franche-Comté et plus rarement en Lorraine, d. la carte rucher
àtVAL. M. ML. considère f/^. 525 eiyeàt Montbéliard (cette
transcription d'«/V de Contejean est fautive, au lieu à'eif)
— 304 —
comme dérivé d'un représentant disparu d\ïpis ; mais l'existence
d'apiariu est encore attesté dans quelques parlers orientaux, cf.
epl point 69 de VAL. et eipi le Tholy Adam p. 369; c'est pour-
quoi il est plus exact d'admettre qu'^-^ etc. représentent apiarin
modifié par l'ancien pluriel es •< apcs, - étant la prononciation
de la consonne finale devant voyelle. Toutes ces formes i\i\ etc.
sont d'un grand intérêt pour l'histoire des mots désignant
l'abeille, parce qu'elles témoignent indirectement que les parlers
lorrains et franc-comtois, qui emploient ces formes et où l'abeille
se dit aujourd'hui « mouchette », cf. notre carte 4 et la carte
abeille de VAL., ont possédé autrefois des représentants d'apis.
Sable c. 672, Savon c. 690.
sàvro, sable, de l'aire 17-22 doit être rapproché d'autres
formes lorraines telles que sâvrâ 77, sàvûrq 76, sovho 78 AL.,
.wt^Mn') Aubure (Alsace) Horning, p. 120, qui paraissent avoir pour
prototype a sablon », mieux conservé, réserve faite du suffixe,
dans 5(w/fl 86 AL. et par métathèse.fo/'x'(5 Rumbach (Alsace) Hor-
ning, id. La conservation de vl issu régulièrement de hJ, cf.
p. 148 sq., au point 86 paraît anormale; mais cette question ne
pourrait être résolue ou du moins traitée que par l'examen des
parlers voisins dont j'ai une connaissance insuffisante, et il en
est dj même de la vovelle finale 0 qui peut être due à une sub-
stitution du suffixe ou à un fait de dénasalisaiion. Quoi qu'il en
soit, la terminaison de « sablon » a été, dans la plupart des
parlers, remplacée par une autre plus usuelle avec r, et en
outre une voyelle de liaison s'est développée entre vtir, confor-
mément à ce que nous avons vu p. 115.
Mais, si sàvro de l'aire 17-22 s'explique bien comme nous
venons de le proposer, les modifications que nous avons
admises n'ont pas pu se produire dans cette aire même et cette
forme doit être considérée comme empruntée aux parlers voisins.
En effet, l'aire 17-22 emploie au sens de savon une lorme
sMyyà qui provient du croisement de « savon » avec une forme
de « sablon ». probablement adaptée du français, étant donné
le traitement du groupe bl, mais qui, en tout cas, n'était pas
sàvro. Or, comme les parlers voisins ne connaissent pas cette
— 305 —
forme croisée, il en résulte qu'elle a pris naissance dans la région
même où elle est usitée et que d'autre part sàvrô a été emprunté
postérieurement et en raison de l'emploi de sobyà au sens de
savon. Quant au croisement de « sablon » et de « savon », il est
dû à l'eniploi du sablon pour récurer les casseroles, etc.
Sabot c. 673, Soulier c. 721, Sabotier c. 674.
(< Sabot «et >< soulier" doivent être étudiés ensemble, car les
modifications que « soulier » présente dans la vallée de laMose-
lotteont été causées parcelles que « sabot » présente dans la même
région. La vallée de la Moselotte emploie dans les localités 19-
22 pour sabot une îormt sàdbo et partout pour soulier une forme
sàtkœ, dont la deuxième partie équivaut manifestement au fr.
(( de bois », « de cuir »; et le point 17 dit en outre solà d bo,
solâ I hP, qui correspondent clairement au français « soulier de
bois », soulier de cuir ». Ce deuxième type de reformation de
« sabot » et de '< soulier » se présente dans un certain nombre
de parlers vosgiens, qui sont situés au Nord de la vallée de la
Moselotte, cf. Horning p. 120, Adam pp. 369 et 370, AL.
c. 1177 et 1252. Or, si l'on remarque que tous ces parlers se
trouvent aux confins des parlers alémaniques, qui désignent le
sabot par des formes correspondant à l'allemand hol^schuh, cf.
Martin, II, ^02, on en conclura que c'est sur le modèle de ce
mot qu'ils ont créé « soulier de bois », qui a entraîné à sa suite
« soulier de cuir ». Toutefois l'interprétation de sàdbo, sàtkœ de
la vallée de la Moselotte n'est pas absolument sûre : il est, en
effet, probable que ce sont des formes plus récentes, et que
« soulier de bois » a été ramené sous l'influence du français
sabot à sàdbo, sur lequel sàtkœ a été refait à son tour, et l'indica-
tion du témoin 17 f que solà d bo est une forme vieillie corro-
bore cette explication. Mais il n'est pas impossible que sàdbo
n'ait pas été précédé par « soulier de bois » et qu'il soit né
directement du croisement de « sabot » et de holischub.
La reformation de v sabot » en « soulier de bois » a atteint
par contre-coup « sabotier », dont le suffixe ye des deux vallées
montre cependant qu'il a été emprunté assez récemment au fran-
Le.s parlers des Vosges méridionales. 20
— 3^6 —
çais. En effet sàJbotyc, sel-, sôlbotèyde l'aire 8-10, 14-22 proviennent
d'un croisement de « sabotier » avec « soulier de bois », qui a
donné naissance à une forme telle que solbôtye, attestée à Gérard-
mer, ainsi qu'un patoisant de cette localité me l'a indiqué;
puis cette forme s'est répandue dans nos parlers bien au delà de
l'aire où « sabot » est devenu « soulier de bois », en se croisant
à son tour avec la forme locale de « sabotier ».
Sale, cf. vilain.
Sauterelle c. 686.
Partout où le français sauterelle n'a pas pénétré, nos parlers
disent « bouc de foin », dont « bouc » de 12 et « bouc de pré »
de 25 sont de légères variantes, et dont on peut rapprocher bdk
du point 25 (Joncherey, territoire de Belfort) de VAL. Le terme
ancien qui correspond au français archaïque sautereau et qui est
très usité dans les parlers orientaux, cf. la carte sauterelle de
VAL., n'est plus attesté dans notre domaine que par sotre du
Val-d'Ajol. La disparition de ce type et la création d'une nou-
velle expression proviennent vraisemblablement de l'existence
du mot de prononciation très voisine sotre qui signifie esprit fol-
let, cauchemar, cf. ces mots dans mon Lexique français-patois et
sotré Haillant. Quelle que soit l'origine de ce mot, et même s'il
n'est pas dérivé du v. saltare mais du type sot, cf. ML. , EW. 7551,
etHorning, t. XVIII, p. 228, ce qui paraît appuyé par la différence
de la quantité de la voyelle 0, il semble bien que nos parlers
aient créé «bouc de foin )> pour éviter une ressemblance gênante;
peut-être aussi la crainte superstitieuse du sotre et des idées
qu'il évoque a-t-elle contribué 'à foire changer le nom de l'inoffen-
sive sauterelle.
Scier c. 693, Scieur L., Sciure c. 694.
Si l'allemand sàgen s'est substitué, par l'intermédiaire des par-
lers alémaniques, dans la majorité de nos parlers à « scier », ce
n'est pas pour supprimer la concurrence des deux sens scier et
faucher, dont l'aire 11-15 s'accommode fort bien, cf. la c. 33e.
Cet emprunt provient réellement de ce que le travail de la scierie
a été à un moment donné fait surtout par des hommes d'origine
alémanique, comme le montre le terme qui signifie le scieur de
— 307 —
profession travaillant dans les scieries, et qui, partout, même
dans Taire ir-15, est issu de l'ail, siiggr: sôgcr 1-8', 20-22, se-
9, 16-19, soi^àr II, 13, 14, 15, -'!! 10 c, sâgâr fr. populaire de
l'arrond. de Remiremont. D'autre part, l'interpénétation despar-
1ers apparaît dans la coexistence de sogâ, scier, et seger, scieur, au
point 9, et surtout par la présence de sogiir sciure, dérivé de
sogà, non seulement dans la vallée de la Haute-Moselle, mais
au point 17 et dans toute l'aire 11-15. Les autres termes qui
signifient sciure sont obscures: ce sont f ni des localités 9, 10,
16-22, que d'autres parlers lorrains emploient aussi soit seul,
soit en combinaison avec « de scie », et dont fni d sey, « fruit
de scie », cf. Horning, p. m, paraît une modification secon-
daire, et pey ou pey de sey de l'aire 1-7, qui, bien que francisé
fréquemment en pay de. st, ne peut pas provenir directement
de « paille », mais cache peut-être une adaptation maladroite
de l'ail, sàgespdne.
Sentier c. 704.
sevré des points 17 et 18 est une forme curieuse, qui n'a été
signalée nulle part et qui, outre une substitution du suffixe,
doit sa première syllabe à un croisement de « sentier » avec le
verbe « suivre », cf. les cartes 731 et 732.
Siffler, -et c. 710.
Nous avons déjà eu l'occasion pp. 17, 29 et 143 de traiter des
deux types verbaux usités dans notre domaine. Il suffira d'indi-
quer ici que le type le plus ancien est Çœle, cantonné aujour-
d'hui dans les localités 19, 21, 22, et qu'il recule devant le verbe
plus récemment adapté de l'a. fr. fJaûler ou dufr. moderne jïûter,
qui occupe des maintenant sans concurrent l'aire 1-18 ; il est
probable qu'au point 20, bien que je n'y aie recueilli que fnfe,
les deux types sont en rivalité comme au point 19.
Quant aux termes désignant le sifflet, ils ne comportent pas
d'observation particulière; car leurs aires se superposent exacte-
ment sur celles des verbes dont ils dérivent.
Son L.
Des deux formes usitées dans notre domaine, Tune, grâ^ qui
occupe l'aire i-ii a, b, 13, 15, provient, comme l'a. k. gru, du
.*
— 3o8 —
germanique o-;-///, cf. ML., EPF. 5897. L'autre, krœ, des locali-
tés 12, 16-22 se retrouve sous des formes très voisines dans des
parlers lorrains et franc-comtois, d. d\mc part krê Voivres
(Vosges) 58 AL., crée la Pontro3'e (Alsace) Horning, p. m,
et d'autre part krœ 23-26 de ma carte, creû masc. Châtenois,
créa id. Montbéliard, etc. Toutes ces formes sont dues au croi-
sement de gni avec des formes dialectales de l'allemand grûl^e,
cf. en particulier Martin, I, 287. C'est ainsi que s'expliquent le
genre masculin attesté dans plusieurs parlers franc-comtois et que
Hingre signale également, et d'autre part la disparition de la con-
sonne finale. Au contraire creufse, fémin., des Fourgs, comme
kn'ils, kiïrts de la Suisse Romande, qui n'ont pas subi ce croise-
ment, rappellent mieux la forme germanique d'où ils sont issus,
cf. ML., loc. cit.
Soupière, cf. Casserole.
Sourd c. 724.
^ftt de Rémi remont, ancien féminin employé également au
masculin, et dont le t provient de l'assourdissement régulier de la
sonore finale, est le seul témoin direct du latin cxsurdus, cf. ML.,
EIV. 3079; mais quelqueslocalités emploient encore un dérivé en
e de ce type, eède. 2, €Û- 6, 7, ç- 13-15, cf. aussi khoudêWmgrQ ;
en outre j'ai relevé au Ménil un verbe emlà, assourdir, dont le
t n'a cependant pas la même origine que celui de eut, mais est
probablement dû au croisement avec le représentant du fr. ^/.f-co-
ter, d. aissctUi\ïmg^t,hârt 14 b, enrager L. Si le dérivé de
l'ancien adjectif issu d'exsiirdiis survit encore en quelques points,
cf. aussi hboiidé Uriménil, il est fortement battu en brèche par
une expression composée cil, elle ouït dur», que nous avons
recueillie dans la plupart des localités et que ÏAL. donne
pour les points 68 et 86 du département des Vosges.
Su r c. 733.
La préposition de beaucoup la plus répandue au sens ^de sur, .s//
i-ii, 13-16, fit 5, ni 12, çn 20-22, a la même origine que le fr.
sus. Cependant nous avons déjà eu l'occasion, p. 125, de signaler
d:(ûr de points 5, 6, qui est composé du représentant de l'a. fr.
soure < supra, et il est en outre attesté indirectement par çu des
— 309 —
points 17-19, qui est issu d'un croisement de ce type avec çù.
Hingre donne également hhou, mais en ajoutant qu'on dit plus
souvent khu, et cette forme ne paraît pas exister loin de notre
domaine, cf. Adam p. 20^.
Sureau c. 734.
Si la plupart des localités ont des formes régulièrement issues
de sahncHS, seyû de 5 a, qui est peut-être propre à ce témoin,
doit sa voyelle iinale à une substitution d'origine obscure, et
sih- de 19, 20, qui ne paraît pas exister ailleurs sous cette forme
ni sous une forme analogue, ne me semble explicable que par
une véritable confusion qui a substitué sar, suie L., au terme
qui désignait le sureau et qui était sA ou sœy.
Tarière c. 741.
La forme, le genre et la localisation des représentants de
« tarière » prouvent que nous avons affaire à un mot très ancien.
Des mots plus récents le repoussent, si bien que, dans la carte
del'^Z,., « tarière » a peu déformes dans la région vosgienne.
Le concurrent le plus puissant dans notre domaine est los qui
est probablement le fr. Josse emprunté. Un autre mot, qui se
présente sous des formes diverses â'vyo 8', 9, 10, ir, 13-15, /-
12, Ô- 8, parlers voisins de Remiremont, est totalement inconnu
des parties reculées des deux vallées : c'est un dérivé, au moyen
du suffixe 0 = fr. and, d'une forme disparue viy issue réguliè-
rement de viticuJa, cf. notre carte 810 vrille et vyo, tarière, 76
(Gérardmer) AL. Partout sauf en ce dernier point, cf. aussi
Adam p. 374, ce mot a été allongé par une voyelle initiale,
qui provient étymologiquement de l'article, mais qui a été modi-
fiée probablement par l'action de la consonne labiale suivante.
Enfin, un quatrième mot esta peine attesté dans notre domaine :
ov"ir~o de 12 est la forme locale, cf. pour le traitement de l'ini-
tiale p. 24, correspondant aux formes franc-comtoises ôvïro, à-
de 23-26, et représente un dérivé du v. « virer », identique pour
la torme au fr. environ. Ce mot est particulièrement usité dans
les parlers de la Franche-Comté, cf. la carte tarière de VAL.,
et c'est de là qu'il tend à pénétrer dans notre région et que pro-
vient la forme adaptée àvïrà de 14 a. L'observation de ce témoin
^10 —
quàz'lro est le mot français correspondant au patois lôs et l'indi-
cation de Haillant qui traduit envio « environ (en italiques dans
l'ouvrage de H.), tarière « montrent que ce mot s'est introduit
parla voie du français populaire.
Tartine c. 742.
Les localités i, 2, 8, 8', 10, 13-16 disent tôt = fr. tourte.
Toute la vallée de la Moselotte se sert d'un terme bâyàt, qui se
retrouve, sous la forme bâyot, dans Taire 3-7. La localisation de
ce terme prouve que c'est une innovation postérieure à tôt :
c'est en effet le dérivé d'un verbe hàye, faire une tartine, 2 c, 5
de salir p. ex. un mur 8 d, flatter, faire de vilaines plaisanteries
2 c, cf. tartine L., baillé, tartiner, étendre (un corps gras).,.,
— faire des plaisanteries méchantes, — se frotter près de quel-
qu'un pour le gagner, Hingre, baï, gâcher, le Tholy, Adam
p. 230, Ce verbe a donné en outre naissance cà un adjectif bâyû,
glissant^ gluant, cf. la c. 390, bâïoiix, gluant, bourbeux, glissant,
le Tholy, Adam id.; mais l'origine m'en est inconnue. Un troi-
sième mot râtî, qui correspond au fr. rôtie, n'apparaît qu'au
Val-d'Ajol, qui se sépare des parlers vosgiens pour se joindre,
comme il le fait si souvent, avec ceux de la Franche-Comté.
Taupinière c. 744.
bfisœ de 1-7, 15, -sy(t' de 8-10, h/isôde 11- 13 dérivent, avec les
suffixes d'= fr. oir et 0= fr. et, d'un verbe que j'ai recueilli sous
les formes bûsâ et bnsye, croître c. 235 et pousser L., et qu'on
retrouve dans de nombreux parlers orientaux, cf. Horning
p. 106, busâ La Franche-Montagne, boussai Châtenois, etc. Ce
verbe correspond au fr. pousser avec un /; hétérogène, dû à un
croisement avec un verbe de sens voisin, tel que « bourrer », cî.
borà 24, pousser quelqu'un, s. v. pousser L., ou bœrye 5 à, ba-
il f, même sens, id., dérivé de bœr, barre, cf. p. 246. Les loca-
lités 18-22 disent uûtrà, -e, uiiitre, qui sont inséparables des
formes franc-comtoises ;n?//;/t', -î 23-26, et de uuvitriî^ncïe, taupi-
nière, Allain (Meurthe-et-Moselle), Adam p. 272, toutes formes
dérivées de « motte », cf. à la Franche-Montagne mut, taupi-
nière, fourmilière et ML., El'V. 5702. Mais la voyelle // de
tnûtre, d'où est issu î de mitre, -â, provient d'un croisement avec
— 311 —
« butte ». Il faut en outre noter le suffixe e = fr. at de iiiûlre,
nûtre, peu usuel en dehors des noms d'animaux, cf. plus haut
s. V. oiselet.
Timide, cf. Peureux.
Timon L.
Dans la plupart des localités où j'ai recueilli ce mot, il se pré-
sente sous une forme lyhiio, dont la première syllabe est attri-
buable à une modification causée par la forme verbale tyè, tye =
fr. tiens, tient.
Tisonner c. 751.
A côté des diflerentes formes du verbe fr. récemment adapté
ronuer, qui couvre aujourd'hui presque tout le domaine et de
retlje du point 5, composé d' « attiser », il subsiste encore
quelques traces d'un état ancien curieux. « Fourgonner », dont le
point 25 présente une forme régulière /t^'^^?, cf. ^uss'i fourguenai
Montbéliard et feurgnénè Uriménil, s'est trouvé en concurrence
dans notre domaine avec « barguigner » qui, du sens d'hésiter,
tâtonner, est passé à celui de fouiller, farfouiller, puis par plai-
santerie à celui de fourgonner; ce développement de sens était
facilité par celui de fourgonner, qui s'emploie en français au sens
de fouiller, d. aussi ferguénê, tâter, chercher, fourgonner, Hingre.
De cette concurrence est résultée une contamination réciproque,
si bien que seul berghje de 2, 5 peut passer pour une forme régu-
lière. Mais /'^r^^nè de 2, 5,8', 14, 19, indiqué en outre par 2 c et
19 c au sens de farfouiller comme bergéne de 11 a, cf. aussi ber-
guénè, v. a. et n., tatiller, tâter, essayer à petits coups; fourgon-
ner, Hingre, doit sa terminaison ne à << fourgonner » ; et d'autre
part brâ'gnâ de 12 représente « fourgonner » avec b de « bargui-
gner », tandis que fergàne de 8' (avec un a d'origine obscure) et
ferguénè de la Bresse ne doivent à ce croisement que la
voyelle de la syllabe initiale. De même à Uriménil beurguénè,
ne pas travailler sérieusement, passer d'une affaire à une autre
sans rien terminer ou parfaire ', est refait sur feurgnénè. La
contamination des deux verbes est telle qu'en plusieurs points
I. L'indication du sens n'est pas complète, ce mme il ressort du dérivé te»?-
guénottu, perche à four, ... tout objet servant à beurouénè.
— 312 —
une seule forme subsiste avec les divers sens : c'est le cas de 2, 5,
19 ; l'emploi de bèrghje à l'inhnitif et de bcrghi à l'indicatif par 5
d au sens de travaillotter représente une bien faible trace de l'état
ancien ; si 'à la Bresse il existe deux formes berguénè et /-, la
différence des sens est infime, et Hingre indique simplement que
/- est péjoratif.
Toit à porcs c. 753.
ràdi&io, II, 15-20, 22 et mîde 12-14, ly^^iui doit son â ini-
tial à l'article, comme on l'a vu p. 116, proviennent de l'ancien
haut-ail. rail, cf. ML. ,EIF. 4205. Ce mot a été éliminé dans l'aire
1-9 par un terme nouveau bitrôl, diminLitif d'un simple bur <C
germ. biir ML., EÏF. i}9j, qui a disparu de notre aire vosgienne,
mais qui subsiste dans les parlers franc-comtois et s'emploie au
sens d'ètable, cf. la c. 313, et même, mais rarement, au sens de
toit à porcs, d'après la réponse de 26 b. p-woé de 19 correspond
au fr. porche et désigne d'après 2 c l'entrée de la grande porte de la
grange ; c'est de ce mot que dérive piUre, seul mot actuellement
usité à Ventron. L'application de « porche » au toit à porcs pro-
vient sans doute d'une plaisanterie, quia été favorisée par la res-
semblance de pzc'0,^//f^, porc, pourceau.
Tonnerre L.
Il suffit ici de renvoyer aux pp. 11 et 219 où nous avons déjà
eu l'occasion de traiter ce mot et de dire que partout, sauf au
point 12, il est refait dans sa syllabe radicale sur « tonner ».
Toujours c. 759.
A côté de « toujours » usité dans l'aire i-ié, nos parlers
emploient dans l'aire 17-22 un mot tôhue que M. Horning, § 56,
a expliqué exactement par a loiil + coi » <C*qiietn : ce type se
retrouve dans quelques parlers placés au nord de la vallée de la
Moselotte, cf. Adam p. 216, AL. c. 13 18. Quant à tohmct de
20 a, il suffit ce le rapprocher du fr. à tout jamais.
Traîneau, cf. Glissant.
Trayon c. 764.
Nous avons admis, p. 107, avec M. Horning que pu'èsi? usité
dans la majorité des localités est un dérivé d'une forme non
attestée issue de /?^r///5. Ce mot est, en quelques poinis, battu en
— 313 —
brèche par un mot qui dérive, avec différents suffixes, de « tette »,
tt'tâ 12, Util 2, II, 13, 14, lHù 2, 4, 6, 7, et qui doit son ï au
langage enfiintin, ci. aussi à Uriménil tita, téton, tétin.
Trembler c. 766.
grfilà des localités i_, 2, 4, 5, 26, que l'aire 1-7 emploie aussi
au sens de gauler des noix, se rattache au moy. haut ixW. griuwel,
cf. ML., EÎV. 3877. Mais si l'on compare les {ormesgrulè Uri-
ménil, grillai Châtenois, grilla La Franche-Montagne, etc., l'^de
^^/■27/(/ paraît être postérieur et dû à un croisenient avec o'my' := fr.
grouiller, employé au sens de trembler par 8 b, cf. aussi groilyé,
V. n., grouiller... grelotter; d'où ègroûyé, tout saisi de froid et
grelottant, Hingre.Le verbe représenté partrhtmlâ 9, 10, IrÔiii-iile
II, 13-I), tràumlà 12 existe également dans la vallée de la Mose-
lotte, bien que le fr. récemment adapté « trembler » y soit devenu
prépondérant ; en effet Haillant, s. v, troiiiotilè, cite terinola, trem-
bler de frayeur, deVentron,et Hingre, s. v.guérmôla, signale éga-
lement/t'r;/w/^z; il est en outre assez répandu dans les parlers lor-
rains d'après Horning § 175 et la carte trembler de VAL. C'est
sans doute par inadvertance que M. Horning a considéré les
formes qu'il a recueillies comme issues régulièrement du latin tre-
iiiitlare. S'il est vraisemblable que la première syllabe de ce verbe
est due à « trembler «, ce n'est que par suite d'un croisement avec
un verbe qui se rattache à l'ancien haut-ail. griiii, cf. ML., EPF.
3867, et qui actuellement se présente surtout au sens de grom-
meler : griinôla, v.a., gourmander sourdement et plus ou moins
longtemps. V. n., grommeler, Hingre^ griinoiilé, -ôlè, murmu-
rer, grommeler, Haillant, qui cite aussi griiiiokr de Dompaire
d'après Adam, cr/v;//ci/^, id., 2 c. Mais la Bresse possède en outre
une forme giiénnôla, probablement récente et issue par croise-
ment de griinôla et de ténnola, qui a non seulement le sens de
grommeler, mais celui de trembler, faire trembler, plus proche
du sens primitif disparu trembler décolère.
Trém ie L.
On a vu p. 76 que dans plusieurs localités ce mot a été modi-
fié par « meule », et p. 234 qu'ailleurs il a subi une substitution
du suffixe : il suffit de renvoyer à ces pages.
— 314 —
Truelle c. 770.
eÇtrûel de 16 et eçterwt'I de 17-22 doivent leur initiale cç à un
croisement avec le verbe (e^terivâ dont nous avons parlé s. v.
fumier, croisement comparable à celui qui a donné naissance à
ehgoter, cf. gouttière, ydcrwel que M. Horning a recueilli à
Fouday (Alsace), avec son d surprenant, présente une initiale
de même origine.
Vacher, cf. Berger c.96.
Ainsi qu'on l'a vu p. xv Introduction de mon Atlas, il eût été
plus exact de mettre en exergue vacher que berger, et en tout
cas il eût mieux valu se servir dans le questionnaire du mot
vacher. Quoi qu'il en soit, on remarquera que dans les aires i-
7, 17-22 « vacher » se présente avec un lu initial qui ne peut pas
s'être développé phonétiquement, mais qui provient du verbe
« garder », cf. la c. 374. Ce croisement, qui ne paraît pas
exister en dehors de notre domaine et n'a en tout cas été signalé
nulle part, est peut-être attesté dès le Moyen Age dans Girars de
Pont di:{ li wachiers NAL. 2531, 83 b.
Veiller c. 779.
A « veiller » usité partout, y compris selon toute vraisemblance
à la Bresse, bien que je ne l'y aie pas recueilli, les localités 19,
21, 22 tendent à substituer le v. Ifirye, qui signifie au propre aller
à la veillée et dérive du substantif bien connu et attesté dans tout
notre domaine l-iir i-io, l-fir 11-22, veillée, soirée en société.
L'origine en est contestée, M. Horning ayant proposé comme
étymon Incubriim en partant du sens soirée en compagnie et
M. Behrens opéra en prenant pour base le sens travail qu'on fait
pendant ces veillées, cf. ML., EIV. 5 151. En l'absence de textes
anciens, qui permettent d'établir la succession des sens, ce pro-
blème reste actuellement insoluble. Mais, quoi qu'il en soit, on
doit noter ici que la substitution du verbe issu de/wràcc veiller»
est rare en dehors de notre domaine; il est difficile de foire état
de loure, louri veillée, veiller, le Tholy, Adam, p. 267, mais
dans d'autres parlers on voit nettement par les indications des
lexiques qu'il n'a encore que le sens d'aller à la veillée, d. p. ex.
lourié, aller aux lonres, veillées, Uriménil, lôvraî, veiller en veil-
lée (.^/V), Chàtcnois, etc.
— 315 —
Vilain c. 792.
En réponse à ce mot, j'ai obtenu, outre le français vilain, deux
adjectifs très répandus dans les parlers orientaux pâ <C pulidus,
cf. Horning § 117, et îvet, qui signifie plus exactement sale
comme la plupart des témoins l'ont indiqué, cf. aussi Adam saie
p. 369, Haillant uwtte, Hormnu, tact p. 122, et parait inconnu,
en dehors des parlers lorrains: je ne l'ai pas recueilli dans
l'aire 23-26 de la Haute-Saône, et, sauf erreur, il ne se trouve
pas dans les lexiques franc-comtois. Quant à l'étymonde ce mot,
c'est à mon avis l'alémanique wiiest = ail. îviist, cf. Martin, II,
876, tandis que M. Horning se contente de considérer ce mot
comme influencé par « iviist ». Il est remarquable que nulle part
cet adjectif ne conserve la spirante qui précède le /, alors que
tous les parlers alémaniques la possèdent; il ressort de ce fait
que, dans des régions comme la vallée de la Moselotte, zuet a
été emprunté à des parlers voisins tels que l'aire 1-15, où la spi-
rante est régulièrement amuïe.
Vipère L.
vlper, qui est une forme récemment empruntée au français,
est devenue aux points 16 et 17 par une étymologie populaire
curieuse vyeper, qui correspond au fr. « vieux père ». Cette modi-
fication ne peut être que postérieure au genre masculin dû à celui
de serpent. M. Grammont a expliqué d'une façon analogue,
p. 132, le genre masculin de vijiper par une étymologie popu-
laire qui a vu dans la deuxième syllabe de ce mot le mot per,
père. En effet, dans ce parler, il ne peut pas provenir de « ser-
pent », qui y est féminin.
Visite c. 795.
Nous avons vu p. 234 que le représentant du latin qtiadruviu,
usité dans tout notre domaine au sens de visite, réunion, a subi
partout' une substitution de suffixe. Ce mot, avec des modifica-
tions diff"érentes, est particulièrement répandu dans les parlers
lorrains, cf. Haillant coaré, Adam couaraïe p. 241, et il a donné
naissance à un verbe cité dans mon lexique. Il a eu aussi un grand
succès auprès des gens qui s'intéressent aux patois lorrains et à
qui il a paru être un mot caractéristique de ces parlers ; c'est ainsi
- 3i6 -
qu'une société régionaliste de Nancy a pris- le nom de coiiaraU.
Et cependant ce mot appartient aussi, et avec le même sens,
aux parlers franc-comtois limitrophes, comme le montre la
carte 795, cf. en outre câreU, causette, Salbert, etc., coreil, Plan-
cher-les-Mines, d'après Vautherin s. v, câré. D'autre part. Belle-
fontaine emploie un autre terme et dit « aller » e y t'vo, et le
témoin b, qui a été seul interrogé sur ce mot, a affirmé que
haorh est du parler de Saint-Nabord, mais ne s'emploie pas à
Bellefontaine . C'est une innovation qui semble locale, car je ne
l'ai vu signaler nulle part ailleurs : l'origine n'en est pas tout à
fait certaine, toutefois il me paraît probable que c'est une
expression formée de la préposition (^ -f" }' <^^ liaison (cf. p. 37)
-\-evo = fr. aval, qui aura été créée par les montagnards descen-
dant de chez eux pour aller en visite.
§ 152. Le parler du Val-d'Ajol.
Nous avons vu pp. 141 et 241 que le Val-d'Ajol doit à la fois
à sa situation excentrique et à son contact plus étroit avec les
parlers franc-comtois un certain nombre de particularités de ses
systèmes phonétique et grammatical. Ces causes ont dû naturel-
lement agir aussi dans la constitution du lexique ; et en effet on
a déjà pu en remarquer quelques exemples dans les pages précé-
dentes. Toutefois il convient de rappeler que notre connaissance
insuffisante des parlers immédiatement voisins ne nous permet
pas de nous prononcer sur les faits qui paraissent propres au Val-
d'Ajol : c'est ainsi que iyo':(ë, jardin, dàye, pinson, emè n lœy, par
terre, cf. sur cette expression p. 12e, que nous n'avons relevés
qu'au Val-d'Ajol, existent peut-être aussi dans les localités envi-
ronnantes. C'est encore plus probable de hl, cône de sapin,
frœlàt, copeau de rabot, qui se retrouvent dans d'autres par-
lers lorrains ou franc-comtois, d. aussi vlco, s. v. putois :
à ces mots étudiés plus haut, on peut ajouter le mot d'ori-
gine obscure lnvo€, pétrin L., usité seulement au Val-d'Ajol, à
côté de ma de i-ii, 13-26, mais que VAL. donne au point 66
(Conflans-sur-Lanterne, Haute-Saône) sous la forme bwej, et qui
a donné naissance, dans les parlers lorrains, au dérivé désignant
une espèce de panier, cL c. )5oN. E., bôjot 9, -ot 11 a, haugeotte
— 317 —
Uriménil. Miiis, à côte de ces cas douteux, il existe un nombre
assez important de mots où Le Val-d'Ajolet les parlers franc-com-
tois (sauf certaines innovations postérieures d'un de ces parlers)
forment une seule aire lexicale, qui s'oppose aux autres localités
vosgiennes. Nous avons déjà parlé de hctd's, baratte, lefkii, berge-
ronnette, ukl, tartine ; on peut encore citer oruml, -t,
citrouille c. 193, issu, comme gôj de 23-26, de ciiciirbila, bote
du Val-d'Ajol et de 23-26, moyeu L., dérivé de /;////(', tonneau,
ML,, Eï'V. 1427, comme le fr, moyeu et niûyœ de i-ii, 13-22
proviennent de iiiodiolu, halo dérivé du germariique franc skala,
ML.,id. 7970, qui s'est substitué assez récemment à un représen-
tant de (( noix », ainsi que le montre uney, noyer c. 527,
et auxquels correspondent t^olà et néy'i, nûyl de 23-26, enfin le
représentant de retorta ML.,id. j266,erwot, rewôt au sens de lien
de bois L., attesté également par roé des témoins 23, 25 d (//
de 26 étant une adaptation récente du français) et qui a donné
naissance dans les parlers lorrains à un dérivé dont on a parlé
p. 32.
§ 153. Les emprunts aux parlers alémaniques.
Quand on parle d'emprunts aux parlers alémaniques, il faut
naturellement écarter les termes qui proviennent d'emprunts
anciens aux parlers germaniques, tels que les deux verbes
signifiant regarder, le substantif désignant une espèce de traî-
neau, issu de l'anc. haut ail. slito, ou celui qui représente l'anc.
haut ail. zoefsa au sens de guêpe, cf. pp. 278, 280, etc. ; car ces
emprunts ne sont pas propres à nos parlers et sont dus en tout cas
à l'influence que les parlers germaniques ont exercée, après l'in-
vasion des barbares, sur les parlers romans. C'est ainsi que
l'emploi de « mer » au sens de lac, cf. mwa, lac, Hingre, et
qu'on remarque dans les noms de lieux, tels que Gérardmer, etc.,
s'explique par une influence très ancienne d'une forme germa-
nique de l'ail, see sur le latin Niare. Mais si on laisse de côté
ces emprunts d'origine ancienne, il en reste un grand nombre
qui proviennent des parlers de l'Alsace, ainsi qu'on a déjà pu
s'en rendre compte dans les notes lexicales précédentes. Un
pareil fait n'est pas la conséquence d'un simple rapport de voisi-
- 3i8 -
nage, mais d'une importante pénétration de populations alsa-
ciennes et aussi de techniques nouvelles avec leurs termes. Or nous
avons vu dans l'introduction, p. XII, quelle part revient à ces popu-
lations dans la colonisation des vallées et l'exploitation des hauts
pâturages. C'est ainsi que le tenancier d'une « chaume », qui
élève du bétail et fabrique des fromages, est appelé d'un terme issu
d'une forme alémanique correspondant à l'allemand melhr\d.
Martin, I, 677 et plus haut p. 129, et quia pénétré dans le français
régional, où on le transcrit marquaire, nmrcaire, cf. Hingre s. v.
tmvarqunre, Boyé passini. Parmi les termes concernant la fabrica-
tion du fromage et l'élève du bétail, je n'en ai pas trouvé dont
j'aie pu établir l'origine alémanique. Mais on a vu à quel point
la technique du bûcheronnage et du travail du bois est tributaire
des parlers alsaciens ; nous avons en effet montré que le scieur
de profession est partout désigné et que la sciure et l'action de
scier le sont également dans la majorité de nos localités par des
mots empruntés à ces parlers p. 307, et que le traîneau pour
traîner le bois et le coin pour le fendre sont fréquemment expri-
més par des mots de même origine, pp. 278, 262. D'autre part,
le langage de la vie agricole et domestique contient aussi un
grand nombre de termes provenant des parlers alsaciens : rappe-
lons ceux qui ont déjà été étudiés, les dérivés de l'alémanique
kacheî et de Xvr/ désignant des ustensiles de cuisine, p. 258 sq. ;
ceux du V. schahen désignant l'outil de tonnelier appelé en Fr.
bouvet p. 267, les représentants de hoiii au sens de manivelle
p. 287, de falle, piège, p. 297, deganser, jars, p. 283, les formes
de « sabot» refaites sur hol:(schuh, p. 305, celles de^r/i,sont refaites
sur griiîie, p. 308 et, si les explications proposées sont admises,
les dérives de kcni au sens de novau, p. 291, du v. schichcii au sens
de cime, p. 262, les représentants de hajj au sens de coquille,
p. 271. Aces mots on peut ajouter le verbe ribt' 2 a et, par cor-
ruption, ride 8' f, 14 a, lé a, 19 a, écraser le chanvre avec une
I. Pour des raisons de commodité, je cite seulement la forme de l'alle-
mand, quand celui-ci possède le ternie en question. Du reste la forme des
parlers alémaniques immédiatement v.jisins de notre région n'est pas toujours
indiquée par Martin,
— 319 —
meule <C reihcii, Martin, II, 218, et d'où dérive le substantif rib
2 a et, par corruption, rui 8 a, 8' f, 16 a, nd^ 14 a, meule pour
écraser le chanvre, chanvre L, kraé 2 c, 5 d, f, 19 c, 22 a, -€
14 b, 16 a, 17 c, espèce de hotte destinée à porter le foin, h otte
L, <, hàie'^ M., I, 534, lod 2 c, 5 d, f, 19 a, 21 a, 22 a, porte
de cave établie au niveau du planclicr, trappe/-. <C làden M.,
I, ^^-, groh 2 a, raie derrière les bètes, où l'on met le fumier,
é table L. -<, grah M., I, 266, eof, ÇÔf, Çàf, buffet de cui-
sinée. 127 <C schaft M., II, 400, nicngb 8' b, 20 a, arr oche L.
< viaiigold M., I, 693.
Outre ces mots appartenant à des langages techniques, il en
existe même qui expriment des idées communes, comme Inuôh,
garçon, fils, cf. p. 276, €0 2 c, 8' c, ço 14 b, 16 a, 17 a, 19 c,
giron L. <C scboss M. II, 441, l'adjectif zcr/, sale, cf. p. 315,
celui qui dérive àe scbaben au sens de creux, cf. p. 267, le verbe
emîke, sentir, cf. p. 300, le verbe holà, -c, tinir, L., cf. aussi les
cartes 348, 349, <C halten M., I, 329, les représentants de rauschen
et ses dérivés au sens de pleuvoir averse, averse, cf. p. 251.
CONCLUSION
La longueur de ce travail suffit à montrer à quel point nos
parlers sont actuellement différenciés. Le nombre des mots com-
plètement homophones est relativement restreint ; la diversité
des faits morphologiques et lexicaux n'est pas moins remar-
quable que celle des faits phonétiques, et le système phonique
lui-même présente de notables différences. Dans un ensemble ^i
touffu, l'interprétation est souvent malaisée, et plus d'une des
explications proposées dans les pages précédentes n'entraînera pas
l'adhésion du lecteur. Mais, au delà des faits particuliers et mal-
gré le caractère contestable de certains commentaires, il est pos-
sible et il convient d'essayer de dégager quelques conclusions
d'une portée plus générale.
En premier lieu, si l'on considère la répartition actuelle des
faits, on constate que pas un centre n'offre un usage strictement
identique à celui du voisin : il est même fréquent de voir deux
traitements coexister dans une seule localité, et parfois davantage.
D'autre part, les relations entre nos parlers sont trop étroites
pour qu'on y trouve des lignes de séparation dialectale profondé-
ment marquées. Cependant le Val-d'Ajol doit à sa situation
excentrique un nombre appréciable de particularités. En outre,
s'il est vrai que les lignes de démarcation des traitements s'entre-
mêlent plus souvent qu'elles ne se superposent, il existe cepen-
dant quelques coïncidences qui méritent d'être signalées. Un fais-
ceau de plusieurs isophones et isomorphes passe au débouché des
deux vallées et sépare l'aire i-io, 16-22 de la région de Remire-
mont (en faisant abstraction du \'al-d'Ajol) : rappelons qu'rt
issu lVc, § 44, ne dépasse pas les deux vallées, qu't) issu d'^7 et c en
syllabe protonique devant /, une consonne labiale ou une syllabe
contenant une voyelle postérieure, § 51, est confiné à l'aire 11,
— 321 —
15-15. que 10, :yÔl, eux, elles, § 91, //'</, ///, ^iit, :^w, leur adj. pos-
sessif, § 94, sont propres à la région de Remiremont et n'atteignent
qu'accidentellement le point 16, etc. De même les deux vallées
se séparent en plusieurs cas assez importants : a des monosyl-
labes, § 50, est toujours représenté par Ô dans l'aire i-io et par à
dans l'aire 16-22, s devant consonne, § 43, ne subsiste que dans
la vallée de la Moselotte, etc.
Un autre fltit qui doit être également signalé, c'est que, con-
trairement à ce qui a été soutenu par MM. Rousselot et Dauzat
et comme M. Terracher l'a déjà démontré op. laiid., p. 116, la
répartition ne paraît pas s'être faite par paroisses et ne se foit p^s
actuellement par communes : Thiéfosse qui faisait partie autre-
fois de la paroisse et de la commune de Vagney et n'est indé-
pendant que depuis 1836, se sépare de Vagney et traite diffé-
remment entre autres le pronom personnel je et la i" personne
de l'indicatif présent, d. §§91 et 98. De même Ferdrupt, qui a
été érigé en commune en 1832 et appartenait auparavant cà la
paroisse et à la commune de Rupt, s'en distingue notablement, cf.
les traitements de « bon » § 54, de « pesant » et du représen-
tant de piscllu, pois p. 26, de « chemin » id., d'« essuj^er »,
« jouer », « chier » p. 220, de « chien » § 57, de « roue » § 59,
des articles et adjectifs pronominaux « les, des, mes, etc. » §§ 90
et 94, etc.; etMaxonchamp qui, aujourd'hui encore, n'est qu'une
section de Rupt a réduit partout à f, j les phonèmes /, ] que
Rupt possède encore, cf. § 42. Bien plus, à Remiremont, nous
avons pu noter un certain nombre de divergences entre les centres
et les faubourgs, qui sont antérieures à la désagrégation actuelle,
cf. §§ 86 et 150 r°.
Donc, si la parenté dialectale de nos parlers est largement
démontrée par un ensemble important de traits communs, il
résulte de ce qui précède qu'ils manifestent une tendance d'une
puissante efticacité à se dissocier. Il est sans doute remarquable
que les divergences proprement dites, cf. le chapitre VI de la
Première Partie, n'atteignent que le vocalisme, et que le conso-
nantisme n'y ait aucune part. Mais les innovations de toutes
Les parlers des Vosges méridionales.
— 3^2 —
sortes sont excessivement nombreuses: la phonétique syntactique
et l'analogie s'exercent dans les sens les plus divers ; même dans
les traitements phonétiques que nous avons classés comme com-
muns, d'importantes variations de la qualité et de la quantité
vocaliques se sont produites ; enfin l'activité lexicale elle-même
est considérable. Même dans le cas typique où nos parlers
montrent l'étroitesse de leurs relations par la création d'un mor-
phème pour exprimer l'imparfait prochain, cette innovation
aboutit à des formes très variées, cf. § 125. Cette diversité anor-
male, qui donne l'impression d'un véritable affolement, est cau-
sée par l'usage purement local auquel nos parlers tendent de
plus en plus à se réduire, en raison de la place prépondérante
que le français a prise dans la vie sociale de cette région. C'est ce
que M. Meillet a nettement formulé, à propos de l'ensemble des
parlers populaires de la France, dans un article publié dans Scini-
tia,lX, 191 1, p. 408: « Réservés à l'usage local, les parlers
locaux ont pris de plus en plus un caractère particulier, et l'im-
portance même du rôle pris par la langue commune a eu pour
conséquence une résistance moindre à l'isolement des parlers
locaux. »•
Mais si cette tendance à l'isolement se manifeste d'une façon
intense, il ne faut pas méconnaître qu'en raison de leur constitu-
tion fondamentalement semblable nos parlers doivent tendre à
évoluer dans le même sens : c'est ce qu'on a pu voir dans plu-
sieurs des traitements convergents exposés §§ 38-435 et c'est ce
qu'on observe dans le recul général de quelques traitements
anciens, cf. §§ 33-37 et § 120, et dans le mode même de déve-
loppement de ceux qui ne couvrent actuellement qu'une partie
de notre domaine, cf. §§ 44-47.
D'autre part, nos "parlers, en raison de la configuration de la
région et des relations des localités, ont dû en tout temps être et
sont encore sujets à réagir les uns sur les autres : nous avons
relevé § 88 3" quelques exemples typiques de formes anciennes
représentant le latin rivu, " jeune » et « chanvre », qui sont
actuellement reléguées dans des aires très restreintes et ont perdu
du terrain devant d'autres formes plus récemment empruntées.
— 323 —
A cet égard, il était particulièrement intéressant d'examiner
quelle action le parler socialement supérieur de Remiremont a
exercée sur ceux des localités voisines et notamment des deux
vallées ; or, s'il est souvent impossible de distinguer les faits
d'emprunt et ceux qui sont dus à une évolution spontanée,
même dans le cas où l'innovation remonte les vallées, cependant
il existe un nombre appréciable de traitements, indiqués §§ 85 et
150, 1°, où l'action du parler de Remiremont est certaine ou du
moins très probable.
Mais le rôle troublant des emprunts n'est pas limité à ce seul
cas. En se réduisant de plus en plus à l'humble fonction de par-
1ers locaux, nos parlers deviennent en même temps plus aptes à
se désagréger. De là proviennent l'instabilité remarquable que
nous avons signalée pp. 140 et 143 dans la région de Remire-
mont, et tant de mélanges d'origine diverse qui apparaissent dans
tout notre domaine, cf. §§ 88, 89 et 150, 4°. Le dernier terme de
cette désagrégation d'origine récente se trouve à Remiremont
même, où, sous la poussée du français, le parler local disparaît
rapidement de l'usage et n'est plus pratiqué que par quelques
personnes, dont le langage, en l'absence de toute norme, est nota-
blement particularisé .
TABLE DES MATIERES
Notice préliminairi-. p. vu
Introduction. ix-xviii
Bibliographie. xix-xxi
PREMIÈRE PARTIE
PnoNÈTiauE 1-149
ChAPI TRE I.
Description dv système phonique actuel. 1-3
Chapitre II.
Traitements communs réguliers. 4-17
A. — Vocalisme. 5-14
§ I. — ^ :
1° <C il anciennement entravé en syllabe tonique devant r.
2° <; ancienne diphtongue ^rv <iii latin tonique suivi d'un
phonème palatal. 5
§ 2. — e. 5'S
A. — I:
1° •< g ouvert ■< a latin tonique libre.
2'' <C ^ latin ouvert suivi d'un s qui s'est amuï.
3° ■< ancienne terminaison el < ellii 5
B. — I:
<rt tonique entravé devant consonnes sourdes. 5-6
C. -e:
1° dans l'ancien suffixe aige.
Les parlers des Vosges luérdionales. 2i
— 3^6 —
2" < i' latin ouvert et entravé en syll. tonique.
3" < /devant / et ;/ < / latin.
4" dans le suffixe correspondant au fr. ier, ière.
' y -<. e latin ouvert suivi de v en svll. tonique.
6° dans « Dieu ».
7" dans « suif ». 6-8
I" •< 0 devant un s qui s'est amuï en syll. tonique.
2° dans « bois ».
3° dans « eau ».
4° <C a latin tonique devant /.
5° ■< ancienne diphtongue au. 8-9
§ 4 • — <P :
I" dans « mieux ».
2" << 0 latin tonique suivi de y. 9
S 5- —'" ■■
< 0 latin tonique fermé et libre. 9-ro
§ 6. — / et u :
I" <C / et M du latin toniques et libres.
2° ■< ai <C latin u -j- y.
3° -< c latin fermé tonique libre et précédé d'une palatale, ro
S 7- — y :
■< e latin tonique et libre. 10
§ 8. — -ive :
<i e latin terme tonique et libre après labiales. 10
5 9. — I" yâ ti œ <^ 0 latin tonique ouvert et libre.
2" Vf devant nasale. 11-12
§ 10. — (> et i( issus d'o latin devant /. 12
§11. — Les voyelles nasales. i2-i.(
B. — Consonantisme. M'^T
§ 12. — I" Conservation du /.' germanique.
2" Réduction du k palatal latin à )'.
3" tc d'origine germanique. 14
513. — Les consonnes des proparoxytons latins. 14-16
§ 14. — L'épenthèse. 16
§ I ). — // -< ancien groupe ml . 16-17
§ 16. — 1" y <C l dans les groupes initiaux on appu\és M,
p!,JJ,kl,ol.
2" ij <C // suivi de \\ 17
§ 17. — Amuïssement de consonnes :
I" /• implosit devant /, J, I, s, 11.
2" y devant une voyelle antérieure.
3" -v devant -iv. 17
Chapitrh ht.
Traitements communs irréguliers. 18- 30
A. — Vocalisme. 18-36
§ 18. — Traitement de la voyelle représentant 0 latin
tonique fermé et entravé. 18-20
§19. — Traitement de la voyelle dans l'ancienne ter- .
minaison cl << illu. 21
§ 20. — 0, II, i en syllabe finale terminée par une
consonne. 21-22
§21. — Traitement de la voyelle nasale cii (^) issu dV
latin devant // ou /// entravés en syllabe proto-
nique. 22-24
§ 22. — Syncope de la voyelle d'une syllabe proto-
nique intérieure ou initiale. 24-27
§ 23. — Réduction d'« en hiatus à w. 27-28
§ 24 — Affaiblissement des voyelles protoniques en œ,
é et c. 28-3 I
§.25. — Maintien d'n, 0 et développements secondaires
en syllabe proionique. 3i")3
§ 26. — Chute d'^; initial. 33-34
§ 27. — Les voyelles caduques c et (' 34-36
H. — ■ Consonantisme. 36-)U
§ 28. — Développement de consonnes entre voyelles en
hiatus : i°t'. — 2" y. — 3° u'. 3^-^^
§ 29. — Amuïssement de consonnes finales :
1° /", — 2" /. — 3"/. — 4"/t. — 5^' y. a) y issu dun ancien
— 32'^ —
/ ; b) V développe entre voyelles; c) .y issu d'une
ancienne palatale. — 6" la spirante finale f, ç. —
7° / après £ -< s. — 8° d du groupe ml. —
ru- 3^-45
§ 30. — Les liaisons. 45~-l7
§31. — Assourdissement des consonnes finales. 47-4^
§ 32. — Métathèse de r. 49" )0
Chapitre IV.
Tkaithments anciennement communs en recul. 51-55
A. — Vocalisme.
S 33- — f' "^ ^y devant /•. 5 1-52
§ 34. — Traitement d'/7 latin protonique en hiatus. 52-33
B. — - Consonantisme.
§ 35. — Persistance de zu dans le groupe kw. 53
§ 36. — t-, € <i ancien k final. 54
§ 37. — f, f < ancien groupe final rs. 54-55
Chapitre V.
'iRAnEMENTS CONVERGENTS. 56-69
A. — Vocalisme. 56-60
§ 38. — La dénasalisation :
1° devant les voyelles nasales en position finale ou
devant une consonne autre que ;/, ;;/ ; 2'' devant ;/,
B. — Consonantisme. 60-69
V^ 39. — Absorption d'un v par la consonne précé-
dente. 60-62
§ 40. — Développement d'un w devant voyelle. 62-65
^41. — ly,fly< kl, gl. 65
§ 42. — -f, /' et €, j - r, / du français. 65-67
§ 43. — Amuïssement de s {ou de ses représentants <', /;)
devant consonne 67-69
— 329
ClIAPl IRI-. \'I.
'rRAITEMENTS d'eXTENSIOX LIMITEE. 70-79
A. — Vocalisme. 70-77
§44. — à <C <^' <C iincicn t'/ <^ a latin tonique libre, saut
après palatales. 70-73
§45. — îy (î, î) <C yèy ■< ancien ieie •< latin iilti
après palatales. 75-76
§ 46. — yc' •< xd' devant /. 76-77
B. — Consonantisme. 77-79
§47. — d{c) h < €,j.
Chapitre VI.
Traitements divergents. 80-10^
§ 48. — yè, yâ, e et a <i c latin tonique ouvert
devant r + consonne. 80-82
§ 49. — ey, èy, e, ày, Ôy < ancien eie (= fr. ée^ <C latin
ata, sauf après palatales. 82-84
§ 50. — (', ^T, 0 <^ a dans lesmonosvUabesou leurs com-
posés. ^4-^ y
§ 51. — è,à, 0 dans la syllabe protonique ■< anciens a,
ai, e <i il ou e latins. 83-90
§ 52. — Traitements divergents de l'ancienne
diphtongue oi :
1° à, e, ô <Z ancien oi <C c latin fermé libre ou suivi
d'un phonème palatal ;
2° à, è, 0 <C oi devant r, I ;
3° traitement d'oie, d'origines variées, en syllabe
tonique;
4" a, e, 0 <C oi devant ancien [ <i c latin fermé;
5° a, e, 0 en syllabe protonique <Coi ■<, e latin ouvert
ou fermé devant palatales. 90"97
§53. — a, e, 0 <ie issu à'e latin fermé et entravé. 97-100
§ 54. — Traitement d'oin en position finale ou devant
consonne et d'oi devant ;/, tous tleux après
labiale. 100-103
Chapitre MI.
Traitements particuliers ou accidentels. 104-154
A. — Vocalisme. 104-119
§55. — Changements réciproques d'à en / et dl en u. 104-106
§ 56. — La nasalisation. 106-107
§57. — Traitements particuliers des voyelles nasales :
1° traitement de «gendre ».
2° palatalisation de la voyelle nasale. 107-109
§ 58. —Action d'une consonne labiale sur une voyelle
voisine. 109- m
§ 59. — Il <Z ancienne diphtoiTgue ue << 0 latin ouvert
et libre. 111-112
§ 60. — â <i n <C (' liUin fermé tonique et libre. 1 12
§ 61. — 0 issu à\l. II 2-1 13
§ 62. — û issu dV). II 3-1 14
§ 63. — à <i c en position finale au Val-d'Ajol. 114
§64. — à <iôouc protoniques au Val-d'Ajol. 114
§ 65. — T) < ir. II 4- II 3
§ 66. — / <C t'entre consonne et r. lî)
§ 67. — ye, yà < / devant /. 115
§ 68. — Agglutination d'une vovelle initiale. 115-116
§ 69. — I" Chez ; 2° « coisier » au sens de se taire;
3° épaule ; 4° chevreuil ; 5" traitement de
« trestout, trestuit » au sens de tout, tous ;
6" traitement de la voyelle de « quelque » dans
q u e 1 q u e c h o s e , quelque paît, quelqu'un;
7" encore; 8° poussin ; 9° pièce ;
10° éclair. i 16-1 19
B. — Consonantisme. 1 1 9- 1 3 4
§ 70. — lu < V. 1 19
§ 71. — zf < X'. 1 19-120
— yV —
§ 72. —v:
1° i' <C "w; 2° z' dans aiguille, aigu iser. 120
§ 73. — /'. 120-121
§ 74. — Développement d'un v linal. 121
§75. — Amuïssement de consonnes en groupe :
1° v. — 2° i(. — y (i. — 4°/. — 5°/-. 121-12^
§ 76. — k se mouille ou devient / devant une vovelle
antérieure. 123
§ 77. — / analogique à la rin des mots. 123
§ 78. — Traitement des consonnes Hnales de
« moiste ». 123-124
§ 79. — Traitement du groupe initial d'écornée. 124
§ 80. — l <C r dans bolyd, caneton. 124
§ 81. — Assimilation : A. — assimilation par contact
direct; B. — assimilation à distance. 124-129
§ 82. — Dissimilation. 129-131
§ 83. — Métathèse. 131-133
§ 84. — Agglutination et apocope d'une consonne ini-
tiale. 133
Chapitre VIII.
MÉLANGES DE PARLERS. I 34-I49
§85. — La région de Remiremont et les deux
vallées,
i" Traitement de la voyelle protonique de maison ,
raison, saison.
2° Traitement d'à tonique entravé et précédé d'une
palatale.
3° Traitement de « garçonnet ».
4° Traitement des représentants de ciicitUa au sens de
citrouille.
5° hoU, collier. 135-138
§ 86. — Le parler de Remiremont. 138-141
— 332 —
^ (Sj. — Le parler du Val-d'Ajol.
r" Traitement de la voyelle d'êr, hier.
2° r < /.
V' Traitement des anciens groupes rt, rd.
4" c persiste à côté ûe c.
3" f diQ enyer =r fr. feiiillnnl. 141-143
§ 88. — Autres mélanges :
I" /(y) <; ancien ieie <C latin ata après palatales.
2° traitement du représentant de l'a. fr. « flaùter »
au sens de siffler à Ferdrupt.
3"chanvre, jeune, les représentants de rivii, rouet.
scier. 143-143
§ 89. — Pénétration de traitements étrangers à notre
domaine :
I" infinitifs et participes passés de la i'^ conjugaison en
/ après ç, h aux points 17 et 18.
2" hnbt, pomme de terre, /?/, iij , auge, vas cercueil,
kdse, méteil.
3" s devant consonne.
4" traitement de l'ancien groupe /'/ intervocalique. 145-1 49
DEUXIÈME PARTIE.
MORPHOl.OGIF HT SyKTAXE. 1)1
Chapitre I.
Description du système actuel des formes prono.minales
ET verbales. 1 51-163
§ 90. — Article. 15 1
§91.^ — Pronoms personnels. 151-153
§92. — Pronom réfléchi. 153-I)
§ 93. — Pronoms adverbiaux eu et r. 1)4
§ 94. — Possessifs. 154-155
§95. — Démonstratifs. 155-156
§ 96. — Relatifs et interrogatifs. 156-157
Le verbe. 157-^^3
r^^ —
S
97
— Inlinitit et participe.
§
98
— Indicatif présent.
§
99
— Impci-atif.
5
100
— Futur
§
102
— Imparfaits.
§
102
— Conditionnel.
§
103
— Parfait.
^
104
— Subjonctif.
Chapitre
137-158
1)8-159
1)9
1 39-160
160
i6r
161-162
162-163
TrAITRMEXTS l>FiO\ÉTlQ.UES PARTICULIERS A CERTAINS GROUPES
DE FORMES. 164-I7O
^ 103. • — Développeiuents phonétiques particuliers. 164-168
A. — Formes pronominales :
1° « les » article, le représentant de l'a. fr. es au sens d'au.x,
« des, mes », etc., et « les » pronom. — 2° le pronom « je ».
— 3° 0, vous. — 4° n, en, après la négation. — 3'' les adjec-,
tifs possessifs « mon, ton, son ». — 6° le pronom démons-
tratif .v/'/- 164-167
B. — Formes verbales.
167-168
§ 106. — Conservation de l'état phonétique ancien :
1° lo, article et pronom. — 2° do et ih, du. — 3" t'il, elle,
elles. — 4° sii, ce. — 5° a, en, pronom adverbial. 168-169
^ 107. — Utilisation morphologique d'un double traitement
phonétique :
1° mê, té, le après l'impératif, té postposé dans les phrases
interrogatives. — 2° à, en, pronom adverbial. 169-170
Chapitre III.
Survivances.
§ 108. — Article
I" ('). — 2° Ô.
171-183
171-172
— 3V1 —
§109. — Hinploi de « leur » comme pronom personnel
tonique. 172-173
§ iio. ^ — iiicy, pronom possessif. 17^
§ III. — su, sliït, se, pronoms démonstratifs 174
§ 112. — Désinence en e, à de la première personne du singu-
lier de l'indicatif présent. 174-176
§ 113. — Désinence en /, tf de la troisième personne du pluriel
dans l'aire 19-22. 176-179
§114. — Deuxième personne du pluriel de l'indicatif présent et
de l'impératif 179
§ II). — Deuxième personne du pluriel de l'indicatif présent
d'avoir et du futur 179-180
§ 116. — /au singulier de l'impartait de l'indicatif et à à la troi-
sième personne. 180
§ 117. — Subjonctif. 180- 181
§118. — Parfait et autres formes. 181-182
§119. — Emploi des formes verbales. 182
§ 120. — Ancienne flexion nominale 182-183
§ 121. — Genre des substantifs. 182-184
§ 122. — Adjectif:
A. — formation du féminin ; B. — ordre des mots. 184
§ 123. — Svntaxe :
i" svntaxe de l'article. — 2" préposition. 18J-185
Chapitre 1\',
CrKATIOX DI-: l'ORMt-S NOUVELLES. 186-I9I
§ 124. — Formes pronominales :
1° démonstratif. — 2" réfléchi. — 3" emploi du pronom
personnel précédé de « tout -}- par « au sens de seul. 186-188
§ 125. — Imparfait prochain. 1 88-1 91
33)
Chapitre V.
Innovations analogiques. 192
§ 126. — Article. 192
§ 127. — Pronoms personnels:
1° e, H, ely ell, il, ils, elle, elles. — 2° le, lui, tonique. —
3° lô et lu, eux, elles. — 4" pronom de la 2' personne du
singulier : A. en fonction de sujet ; B. tii après l'impéra-
tif. — 5° « je » pronom sujet de la i'* pers. du pluriel. —
6° ordre des pronoms dans le groupe correspondant au fr.
« le moi » après l'impératif. — 7° emploi de « lui, eux »
en fonction de réfléchi tonique. — 8° w, en, devant voyelle
dans les phrases affirmatives. — 9° /, pronom adverbial.
192-195
§ 128. — Possessifs :
r' « leur ». — 2° tey, sh', tien, tien. 195
§ 129. — Démonstratifs :
1° so, sol, ceux^ celles. — 2° 5-^(0' ceux, celles, du \'al-d'A-
jol ; shI, celle, du point 9. — 3" formes avec / final. —
4° préposition de l'article devant « celui, celle... » précé-
dant le relatif, et simplification du système des formes . —
5° substitution de « ça » à « ce » devant « est ». 195-197
§ 130. — Pronom et adverbes ou conjonctions relatifs et inter-
rogatifs :
I" le relatif. — 2° les formes périphrastiques avec « est-ce
que », « ce que », etc. — 3° développement du relatif
« que » après les mots interrogatifs. — 4° la particule in-
terrogative tt'. 1 97-199
Le verbe. 199-227
§ 131. — r^ et 3*^ personnes du pluriel de l'indicatif présent et
du futur. 199-201
§ 132. — Indicatif présent du verbe avoir et 2^ et 3^ per-
sonnes du futur. 201
§ 133. — Indicatif présent du verbe être 202
§ i^^. — Indicatif présent du verbe aller. 202-203
§ 135. — 2"^ pers. sing. de l'impératif de venir. 203
:>:>"
3 136. — / désinence du pluriel de lindicatif imparfait et du
conditionnel et ?(.?) du subjonctif. 204
§ 137. — Les 3 désinences du singulier et la 3^ du pluriel de
l'indicatif imparfait et du conditionnel. 204-205
§ 138. - Parfait: A. parfait faible. — B. parfait fort. 205-208
§ 139. — Le subjonctif. 208-209
§ 140. — Emploi de la 3^ personne du pluriel après o n . 209-21 1
§ 141. — L'infinitif. 211-214
§ 142. — Le participe passé : A. masculin. — B. féminin. 214-218
§ 143. — Le radical verbal:
A. — verbes en -er. 2:8-222
B. — autres verbes. 222-227
§ 144. — Genre des substantifs. 221-228
§ 145. — Adjectif. 228-229
§ 146. — Syntaxe des particules :
\° particules négatives. — 2° particules conjonctives. —
3° prépositions. 229-230
Chapitre VI .
Formation DES MOTS. 231-238
§ 147. — De quelques procédés de dérivation. 231-232
§ 148. — Substitution du suffixe et emploi de différents suf-
fixes. 232-236
§ 1^9. — Dérivés n'existant que dans une partie du domaine. —
Composition. 236-238
Chapitre VÏI.
Mélanges de parlers. 238-243
§ 150-
!• La région de Remiremont et les deux vallées. — 2° Le
parler de Remiremont. — 3" Le parler du Val-d'Ajol. —
4° Autres mélanges.
337
TROISIÈMR PARTIE.
Lexique. 244-319
§ 151-
Abri. — ■ Ainsi. — Aire. — Apprivoiser. — Appuyé.
— Arc-en-ciel. — Argile. — Arranger les vaches. —
Automne et les noms de saisons. — Avec. — Averse. —
Baratte. — Battoir à linge. — Bavard, bavarder. —
Bégayer, bègue. — Berceau. — Berger. — Bergeron-
nette. — Beugler. — Bousier. — -Bouvreuil. — Brui-
ner. — Cache-cache. — Casserole. — Chaise. —
Champ. — Chevreau. — Cime. — Coin à fendre le
bois. — Combien. — Cône de sapin. — Copeau de
rabot. — Coquille. — Corbeau. — Cosse. — Cou-
leuvre. — Coussinet. — Couvercle. — Creux. —
Déchirer. — Dehors. — Depuis. — Dernier, derrière.
— Dîner. — Donner. — Éclore. — Écorce. — Écou-
villon. — Entre. — Épervier. — Essaim. — Eté. —
Exciter un chien. — Fenil. — Fève. — Fil. — Fil le,
f i Is. — Frileux. — Fumier. — Garçon . — Glissant ,
glisser. — Gouttière . — Granç^e. — Gre nier au-dessus
de la grange. — Guêpe. — Haricot. — Herse. —
Hêtre. — Hier soir. — Hoquet. — Jardin. — Jars.
— Jeter des pierres. — Premier lait de la vache qui a
vêlé. — Longtemps. — Mal, maladroit, etc. — Man-
cheron de charrue. — Manivelle. — Marmite. —
Mèche de cheveux. — Mèche de lampe. — Mettre. —
Miauler. — Millet. — Muer. — Mulot. — Noircir. —
Noyau. — Nuage . ^ — Oiselet. — Ortie. — Orvet. —
Oseille. — Papillon. — Paroi. — Pêcher. — Pelure.
— Pendant. — Peureux. — Peut-être. — " Piège. —
Pinson. — Pivert. — Pleurer. — Pomme de terre. —
Poulailler. — Printemps. — Puer. — Putois. —
Queux . — Regarder. — Retou r de la fête. — Ronron-
- 33« -
ner. — Rouet. — Rucher. — Sable. — Sabot, sabo-
tier.— Sale. — Sauterelle. — Savon, cf. Sable. —
Scier, scieur , sciu re. — Sentier. — Siffler, -et. —
Son. — Soulier, cf. Sabot. — Soupière. — Sourd. —
Sur. — Sureau. — Tarière. - — Tartine. — Taupi-
nière. — Timide. — Timon. — Tisonner. — Toit à
porcs. — Tonnerre. — Toujours. — Traîneau. —
Trayon. — Trembler. — Trémie. — Truelle. — Va-
cher. — Veiller. — Vilain. — Vipère. — Visite.
245-316
§ 152. — Le parler du Val-d'Ajol. 316-317
§ 153. — Les emprunts aux parlers alémaniques. 3i7~3i9
Conclusion. 320-323
TABLE DES MOTS
Nota. — Cette table contient surtout des mots patois ; cepen-
dant on y a compris quelques mots français, qui suffisent comme
types des formes patoises correspondantes. Les numéros ren-
voient aux pages. On ne signale pas ici toutes les pages où une
forme est traitée, mais seulement celles que la table des matières
ne permet pas de retrouver aisément et sûrement ; il en est de
même des mots qu'on a relevés ici. Dans ce choix arbitraire on
s'est efforcé d'être large : souvent on ne cite qu'une forme du
mot patois, mais, en ce cas, les autres formes impliquées par
le terme, etc. diffèrent peu de la forme citée.
âk, quelque chose, 122 hêtre, cf. bok
année 23 hetû, lait de beurre, 231,-2
ày, écharde, 236 bU, -€, auge, 54
ciyh, pie, 87 hloet, etc. prunier, 30
âyiyy àyot, écharde. 236 hôdol, etc., nombril, 31
rt:^l, rucher. 86, 303 bôk, -kre, etc., premier lait de
la vache qui a vêlé,
berceau, -er 81 130, 236, 284
bercent', -ne tisonner, 311 bds, ruche, 252
139 —
lélè, moyeu, 3 17
brt'kû, etc., brasser, broyer, 218
/'/•(î'^/7jr, chènevottc, 231
brÔHiô, -0, beaucoup, bien, 121
brœgnà, tisonner, 3 1 1
hwèlà, 4, pleurer, 71
bii'cyh, -ày-, fille, 86
bivôb, garçon, 62
biubnje, -ht, bon loisir, désœu-
vré, 126
byo, bluet, 9
byœ€, -€, bille de bois, 21, 54
dez^à l em, Dieu ait l'âme, 209
dèje, etc., tarder 306
dtne, etc., ainsi, 127
dôtîl, peureux, 306
d'fir, dessus, 125
t'bd're, appuyé,
(f)dyel, argile, 115,
egœdî, exciter,
ehiuoy, poutre d écurie,
eh, quelque chose,
ckdye, jeter des pierres,
e me n lœy, par terre,
t'iiiœr, t'h-, (é)mouvoir,
enœl, -y, nuage, 116,
t'pem, Cl-, sevrer,
cpi'irà, muer,
t'pu'cs, moment,
<7', jardin. 3 1,
erh, arrêté,
erwe, arranger le bétail,
erjànâ, etc., beugler,
t'r.sïnc, -à, réveillonner.
ersôna, etc . , ourler, 3 1
h-wot, lien de bois, 317
criuoye, fouiller, 148
t'ryât, rouet, 5 3> 'i- i
hô, abri, 245
t'trey, -ây, étrille, 6
t'vn, -œ, abri, 10, n. i, 245
ey, entendre. 29
tyh, pie, 87
e:^e{y^, rucher, 86, 303
cmlà, noix, 317
heyœr, siège, 259
m, etc., bardeau, 61, 109
(e)çkœpe, etc., cracher, 28, 211
eçkh'éy, ration de foin, 8^
(e^ttenu, faire la litière, 17, 87
(ï)çth-u'à, racler le fumier, 277
fàl, fol, piège, 1 10
246
j'en, etc., fange, fangeux, 44
247
ftTgàiic, tisonner, 3 1 1
274
jhinivàe, etc., étincelle.
G6
64, 98, 132.
122
fougère 14
284
fourneau 235
126
fûû, siffler, 17
213
fiiyer, etc., feuilles de légumes,
149
137
68
fyètrè, -1, caresser, 71, 211
289
fyh, -ç, fiel, 54
107
fyfità, etc., siffler. 29, 71
228
fyd'rây, semence de foin, 82
231
248
oey, quille, ' 6
60
gtsh, averse, 251
10
golâ, -d'r, étrille, -er, • 264
gof, gonflé, 231
graisse 5
^rhnolà, grommeler ^ i ^
yrob^ raie pour le fumier, 319
grfdà, trembler, gauler des
noix,
U^
)j )/
hérisson
herse, -er
hàpà. ~b-, gretiér,
hoi'iiy manivelle,
holà, -e, finir,
huche
btîrse, -v^', exciter un chien,
106, 120, 273
105
8r
120
287
319
15
îg, ongle,
108
îgyot, ongle des bestiaux, 108
ïvÇr^, pis de la vache, 39, 105
/Vi/3u', printemps, 119
jèy, réussir, 29
fabè, j-, jante, 1 5
']ed, -eci, etc., atteler, t6
jelè, etc., Cochet, 26
jonïre, chanterelle, 1 1 5
fwày, etc., poutre d'écurie, 66
kerniotrà, kwârinôtrà^ carnaval,
24. 53
kereey, ce qu'on met dans la
crèche, 76
kîket verge, 261
kïklot, -al, -krbt, mèche de
bonnet, 261
kohol, etc., citrouille, 12, 112
kotrc, coude,
kôvd', creux,
krâé, -€, hotte,
krâ-éhv, hotte.
kreint'{y), crémaillère.
15
267
319
II)
40
ku'ârt'j, etc., visite, 53, 1 10, 3 1 5
M/)^, cracher, 28, 211
kwe, œufs de grenouille, 119
kîvey, ration de foin, 83
kiOï, écouvillon, 119
Idnt', tas de bûches, 1 14
It'ciè, foin des éclairs, 21 1
Icsyœ, drap de lit, 13
lézard 129, 130, 1 52, 133
linfii, graine de lin, 231
Joci, trappe, 319
JÔij, bûche, 93
îbs, tarière, 309
liir. lilryc, veillée, -er, 314
lnjî{y), etc., purin, 235
hû-ee, etc., pelote de fil, 31
Id'vyb, tar ière, 9
5, 15
110
319
malade
luàllo, etc., bourdon,
iiu'NgÔ, arroche,
uiervey, mancheron de charrue,
28e
/////, etc., mèche de- fouet,
77, 106
mitre, -n, taupinière, 105
iiile, oiselet, 292
mofà, moisir, 290
niosret, mulot, 290
niiijrfi, etc., mulot. 290
— u^ —
iiiU'a,hc, 64 pè-é, -<■, k)uche, 21
//m-^, etc., jardin, 64 purin 253
mivàyt', -CI-, guérir, 14, iio p-iicieÇy), mendiant, 8
Wtm7^m',etc., fromager, 129, 3 18 piverenid, à cause de, 107
mwerodà, etc., goûter, 86 pivèsc, trayon, 107
inweld, etc., milieu, 63, 106 pyt'd. etc., perte, 15
imvnc, etc., battre en grange, pyol, etc., bobine, j6
60, 63, 86 /Jw///, pivoine, 128
niœ^tc, humide, 42 pœ, vilain, 315
Noisette, noix 238
nô-vPIjo, pommes de terres nou-
velles, 1 1 1
nœjle{y), etc., noyer, 24
ii(èjol, noix, 1 5
onia, etc., estmier,
98
Ôrsà, ourlet,
30
oi'hv, tarière,
319
ÔvrPj, arroche.
234
Ô-vyo, tarière.
319
Ôyô, oison,
29
Ô£y amorce.
98
Ôc, porte,
114
oÇï, sortir.
114
opâ, etc., greffer.
15. 57
pàtiâ, etc., balayer.
60
pànè, pan.
60
pilnfis, balayures.
231
penï, sevrer,
68
phe^ -ç-, donner labecquée, 214
per€i, etc., grenier au-dessus
de la grange, 280
pinà', millet, 1 1 1
pnœ, id., id.
rd\\ rayon de miel, 82
raye -0-, arracher, 14, 113
ref^â, etc., renverser, 24
rekray, avant-grange, 279
rhinuây, etc., couverture de
bardeaux, 64
rhnyœr, labourer, 213
rhvbt, lien de bois, 317
reuwe, renverser, 24
reçfâ, cache-cache, 256
rcjt', etc., ruminer, 108
rïhî', -i^-, écraser le chanvre, 328
rmwoye, guérir, 1 4
rôt, rangée de bardeaux, 32, 62
rote, herbe en bandes, 32
roy, etc., sillon, 41
roiè, bruine, 256
ro€-, -f, averse, 250
rphe, -ç-, repaître, 214
rsa, -ô, piège, 297
rwelo, etc., tire-braise, 148
nuoy, râble, 148
riuoie et. rote,
rd-ye, -a, oublier, 28. 148
rœyt', racler, 28, 148, 277
rd'yt', planche d'écurie, 148
sanglier io8
seyû, sureau, 234
seç, échasse, 130
sïuiyœl, manivelle, 286
shjôlà, enlever les feuilles des
légumes, 286
slo(^y), soleil, 18
sôtir, follet, cauchemar, 306
sit', piège, 297
ihii, etc., fiiire la litière, 29
ûrye, contrarier, 212
tinœ, millet, 130
tflf, éiouftant, 231
tôse, etc., téter, 26, 61, 100
Irhnyol, 1er-, Irenurr, trémie.
76, 234
Irevot, etc., poutre, 86
lro€ touffe, 287
trôély, touffe, 287
tro€ey, mèche de cheveux, 287
triiyày etc., paresseux, 35, 52
Indo, etc. , bâton, 32
tye, -à, petit-lait, 3 )
tyop, cheville, 1 3 1
vârel, vc-, -tô, noms de bœufs
et de vaches, 5 1
vijokrr, vlb-, piège, 297
tye, VLy, vieux, vieille, 7
ivèdyœv, etc., vaurien, 38
wejolœr, piège, 297
ctv/, sale, 315
weyè, etc., regain,
I I' 37» 57. 585 248
li'cç, -Cl-, averse,
2SO
d'rsà, ourlet.
30
âvyo, tarière.
309
d'^, etc., porte.
42, 77
éânel, etc., chéneau, 127, 23^
fhivà, etc., chénevis 64
éèpâ, avant-grange, 279
écrï, etc., avart-grange, 279
akâf, mèche de cheveux, 261
fiklôt, mèche de bonnet, 261
e'i, chien, 109
£lkll, etc., bouquet de fleurs
ou de fruits, 26 1
i'ofyot, mèche de cheveux, 287
éokà, etc., se brûler, 292
éos, -àt, bas, 237
éiipot, QIC, mèche de cheveux,
287
ۉ, etc., sec, 42, 137
^fl/>, échappé, 231
€ùye, etc., gaspiller, 219
fc, essart, 136
£ernï, etc., baguette de cou-
drier, 126, 132
£er-ee, raquette, 128
^eye, etc., gaspiller, cf. t'âyé
€)kc, ç-, paré, 262
fuôy, etc., collier en bois, 148
^Ô, ç-, giron, 319
foh, etc., creux. 2,1, 267
^Ôb, -a-, bouvet, 267
fôf, etc., buflet, ^19
^ofyi, etc., chauffer, 78, 212
iàdr, etc., bardeau, 39, 57
-eivây, etc. , abri,
Çell, ridelle,
Çînày, échine.
343
8i
dpd'h, muer,
289
çœle, siffler,
28, 149
88
Cf. en outre eî;...
82
l»ROT\T Fni-nPS. rMPRTVtFURJ-
.^-ri
V
r^^r
> ■9'.-^^-^'-jm^ j^'
*:/- S
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